Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RMC/BFM TV le 24 décembre 2015, sur la réforme constitutionnelle concernant l'état d'urgence et la déchéance de la nationalité française. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RMC/BFM TV le 24 décembre 2015, sur la réforme constitutionnelle concernant l'état d'urgence et la déchéance de la nationalité française.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Apolline DE MALHERBE.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous, vous êtes secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement. C'est donc vous qui allez être chargé de trouver toutes les brebis et toutes les voix pour faire voter cette fameuse réforme de la Constitution. Est-ce que vous pensez que vous aurez la majorité des 3/5ème pour la faire passer ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, je crois. D'abord, la Constitution est très sage, elle nous donne six semaines avant un premier débat, vraisemblablement à l'Assemblée nationale, et donc je mesure bien aujourd'hui…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça veut dire que le débat aura lieu tout début février à l'Assemblée nationale ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Absolument. Aujourd'hui il y a beaucoup d'émotion autour de tout cela, un peu de surprise, beaucoup de confusion aussi, donc il va falloir que les choses redescendent et que nous traitions au fond, c'est le travail des parlementaires, nous traitions au fond de ce sujet, à la fois la lettre du droit et puis aussi les éléments du contexte politique, bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
On va parler du fond, mais malgré tout est-ce que cette réforme de la Constitution a une chance de passer, est-ce que vous êtes confiant à ce stade ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, tout à fait. Je suis tout à fait confiant, je pense que cette réforme va passer. Pourquoi ? Parce que, quand on va regarder les choses, et peut-être qu'on aura l'occasion d'en parler ensemble, on va s'apercevoir qu'au plan du droit les choses sont très précises, sont très limitées, qu'il y a une décharge émotionnelle très puissante, notamment à gauche, autour de tout ça, mais que, à mon sens, cette loi et cette proposition de réforme de la Constitution ne heurte en rien nos valeurs essentielles, notamment…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, il va falloir que vous arriviez à les convaincre.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, bien sûr. Mais, attendez, je comprends parfaitement…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous dites ça ne heurte en rien, mais quand vous écoutez les uns et les autres ce matin, ils sont d'une virulence à l'endroit de cette réforme, j'écoutais ce matin Thomas PIKETTY, qui était extrêmement sévère, qui dit « l'infamie en plus de l'incompétence. »

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais écoutez…

APOLLINE DE MALHERBE
L'infamie.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que Thomas PIKETTY a des comptes à régler, depuis des mois et des mois, avec ce gouvernement, il le fait, et on va avoir tous les indignés habituels, ceux qui sont deux fois ou trois fois par mois…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est plus large, c'est beaucoup plus large que les seuls frondeurs.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, mais je ne parle pas des frondeurs, je parle des gens qui sont des spécialistes de l'indignation. Et puis il y a une vraie émotion, chez des citoyens, chez des gens engagés, notamment à gauche, qui se posent un certain nombre de questions, et je fais la part des choses, bien évidemment. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de répondre aux questions de fond, ce n'est pas de rentrer dans les polémiques, dont je ne suis pas impressionné, je suis un peu triste, de la violence d'un certain nombre d'attaques, évidemment…

APOLLINE DE MALHERBE
Qui viennent de votre camp.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr. Oui, enfin, de notre camp, au sens où c'est des gens qui étaient quand même déjà très largement dans la critique.

APOLLINE DE MALHERBE
Enfin, quand vous entendez Jean-Christophe CAMBADELIS qui, il y a encore une semaine, disait que la déchéance de la nationalité n'était pas une mesure de gauche !

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais attendez, est-ce que cette idée est dans le débat, est-ce qu'elle vient de la gauche ? Non, mais ça ne veut pas dire pour autant qu'à partir du moment où on la cadre comme le président de la République propose de la cadrer, cela pose des problèmes fondamentaux aux gens de gauche. On va essayer de s'en expliquer.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous disiez « je suis triste, mais pas impressionné », ça ne vous fait pas peur ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ça ne me fait pas peur. Je pense qu'il y a une émotion, encore une fois, légitime. Pourquoi ? Parce qu'on est dans une période ; voyons bien où nous sommes.

APOLLINE DE MALHERBE
Allez-y.

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous sommes dans une période où à la fois le risque est maximal, et puis Les Républicains, les gens de gauche, ont eu un mois de novembre/ décembre particulièrement bouleversants…

APOLLINE DE MALHERBE
Douloureux.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bouleversants et douloureux, donc on a quand même aussi de l'émotion qui doit ressortir, et c'est complètement légitime.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est le contexte, pour vous, qui explique, en quelque sorte, ces levées de boucliers ?

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est le contexte, c'est l'absence d'explication, etc. Qu'est-ce qu'a voulu le président de la République à Versailles. Il dit « j'ai besoin, pour garantir la sécurité des Français, de faire inscrire dans la Constitution de solidifier, en quelque sorte, l'état d'urgence, mais dans le cadre de l'Etat de droit. Pour cela j'ai besoin de réformer la Constitution. Et je veux une deuxième chose, parce que la situation est celle-là, j'ai besoin de la concorde des Français. » Et donc, il faut des propositions, qui correspondent aux intérêts supérieurs du pays, c'est-à-dire conforter l'état d'urgence dans l'Etat de droit, et qui correspondent à la volonté de rassembler les Français. Parmi les propositions qui sont sur la table, et qui pourraient être d'ordre constitutionnel, et d'ailleurs il va vérifier au plan juridique puisqu'il va poser la question au Conseil d'Etat, mais il dit « il y a une mesure qui me semble, que j'entends, qui ne vient pas spontanément de mon camp, mais cette mesure je pense que je peux la prendre et la mettre dans le panier, en quelque sorte, des mesures qui me semblent utiles et nécessaires pour être efficace et rassembler le pays. »

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que, Jean-Marie LE GUEN, vous parlez d'une concorde nationale, sauf que cette concorde nationale elle se fait surtout à droite et un peu moins à gauche. Est-ce que le groupe socialiste, dans son ensemble, va voter cette réforme de la Constitution ?

JEAN-MARIE LE GUEN
J'en suis convaincu, il y aura une très large majorité des députés de gauche, il y a des députés socialistes qui voteront cette mesure, mais j'entends bien aujourd'hui que beaucoup se posent des questions, ont des appréhensions, et nous allons avoir ce dialogue. Il y a deux types de débats qui se superposent aujourd'hui et qui, à mon avis, sont différents. Il y a un d'un côté le débat sur la Constitution, sur ce que nous proposons d'un point de vue rationnel, précis et juridique, et de l'autre côté il y a tout un débat, qui est présent en raison de ce que nous avons connu ces dernières semaines…

APOLLINE DE MALHERBE
En toile de fond depuis longtemps, sur l'identité de la gauche.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, non, mais l'identité de la République aujourd'hui, et, moi je le dis, la réforme constitutionnelle elle ne porte atteinte, en aucune façon, ni au droit du sol, ni au code de la nationalité. C'est une mesure à caractère essentiellement symbolique, et qui vise à faire en sorte que des personnes qui ont trahi le pays ne soient plus considérées comme citoyens de ce pays.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, Jean-Marie LE GUEN, vous me dites que le groupe socialiste va, dans sa large majorité, le voter, les élus Front national ont dit, hier, qu'en l'état ils voteraient cette réforme. Est-ce que ça, ça vous dérange ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je ne suis pas… ils font ce qu'ils veulent, et leur tactique est ce qu'elle est, donc moi je ne les regarde pas et…

APOLLINE DE MALHERBE
Eux ils disent ce n'est pas de la tactique, c'est de la conviction, ils sont d'accord avec le contenu.

JEAN-MARIE LE GUEN
Très bien, mais moi je ne m'intéresse pas à ce que fait le vote du Front national.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous les prendrez quand même ces voix.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais, ce n'est pas ces voix qui feront la différence. Ce que nous voulons, nous, c'est une majorité claire, au Parlement rassemblé, au Sénat et à l'Assemblée, avec la très large majorité des gens de gauche, et bien sûr nous souhaitons qu'il y ait des gens de droite aussi.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous appelez aussi les gens de droite à voter cette réforme.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais bien sûr. Pour qu'il y ait une réforme constitutionnelle il faut qu'il y ait les 3/5ème…

APOLLINE DE MALHERBE
Il faut les 3/5ème, donc vous en aurez besoin.

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est-à-dire qu'il y ait des gens de gauche et des gens de droite qui la votent, des députés, des sénateurs, de gauche et … évidemment, et c'est d'ailleurs, aussi, une des raisons pour laquelle nous avançons cela. Nous avons besoin à la fois d'un esprit de concorde, mais nous avons besoin de réformer la Constitution.

APOLLINE DE MALHERBE
Et quand Marine LE PEN, hier, se réjouit sur Twitter et qu'elle dit « déchéance de nationalité, c'est le premier effet des 6,8 millions de voix pour le Front national aux régionales » ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, vous savez très bien que c'est un engagement du président de la République qui a été pris…

APOLLINE DE MALHERBE
Elle ne vous fait pas une très bonne pub quand même !

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais elle n'est pas là pour ça, il faut quand même reconnaître que, bon, voilà ! Et moi non plus je ne souhaite pas lui faire beaucoup de pub, donc n'en parlons pas et constatons que cet engagement c'est celui du président de la République qui a été pris le lendemain du 13 novembre et qu'il n'y avait pas d'élection régionale et il n'y avait certainement pas de Front national dans cette affaire. Donc arrêtons, l'instrumentalisation par le Front national ne m'intéresse pas et je mets ça de côté.

APOLLINE DE MALHERBE
Un mot sur Christiane TAUBIRA. Lundi soir, donc il y a tout simplement quatre jours, elle disait « je vous indique que l'extension de la déchéance de la nationalité ne sera pas retenue par la réforme », donc évidemment elle s'est trompée, mais elle a ajouté surtout, « ça pose un problème de fond sur un principe fondamental qui est le droit du sol auquel je suis profondément attachée. » Est-ce que dans ces conditions elle peut rester au gouvernement ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Christiane TAUBIRA a dit ce qu'il fallait, à savoir que c'est, en définitive, le président de la République qui choisit. Donc, elle s'est exprimée, elle a exprimé un avis qui est, je ne vais pas vous le cacher, elle n'est pas la seule à avoir eu des interrogations, y compris au sein du gouvernement…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous-même vous en aviez eues ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mes interrogations n'ont pas d'intérêt en l'occurrence, je veux dire par-là, le débat est légitime…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, vous, contrairement à Christiane TAUBIRA, vous ne les rendez pas publiques, mais vous aviez des interrogations.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non, je ne vous ai pas dit ça, donc je ne vais pas vous parler de mes états d'âme, sinon on va y passer toute la matinée, même le réveillon, donc ce n'est pas ça que l'on va faire.

APOLLINE DE MALHERBE
On va s'arrêter là.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je vous dis simplement qu'elle fait, elle a exprimé une opinion, après dans des circonstances aussi où elle pensait qu'il y avait une décision qui allait être prise dans un sens, elle a été prise dans un autre sens, voilà, elle est un peu prise à contrepied, ça nous arrive à tous.

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'est-ce qui a fait que la décision qui devait être prise dans un sens a été prise dans un autre sens a été prise dans un autre sens ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il y a eu… enfin écoutez… la décision elle a été très claire dans la tête du président de la République et du Premier ministre depuis le discours qui a suivi le 13 novembre…

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a eu visiblement un moment de doute puisque Christiane TAUBIRA ne se serait pas engagée à ce point.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, excusez-moi, mais vous savez très bien qu'il y a des conseillers, il y a un certain nombre de gens, et la presse est là, « le conseiller a dit que », etc.

APOLLINE DE MALHERBE
Christiane TAUBIRA lit trop la presse, c'est ça ce que vous dites ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais nous lisons tous trop la presse, et d'ailleurs je crois que… il y a une certaine presse où on ne cite que des gens de façon anonyme, qui ont des informations absolument essentielles, et qui sont rapportées. Moi je préfère que quand un ministre s'exprime, je dis ce que j'ai à dire, sinon, voilà.

APOLLINE DE MALHERBE
Cécile DUFLOT ce matin se dit, je la cite, « malheureuse que l'Exécutif ait piétiné les convictions de Christiane TAUBIRA. »

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est l'expression d'abord d'un mépris pour Christiane TAUBIRA, elle n'a pas besoin de Cécile DUFLOT pour exister Christiane TAUBIRA. C'est quelqu'un que je connais comme collègue du gouvernement, elle a une personnalité puissante, et elle ne se laisse pas piétiner, et croire que Christiane TAUBIRA se laisse piétiner c'est bien mal la connaître.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais enfin ça veut dire aussi que Cécile DUFLOT elle se sent totalement exclue de cette décision-là…

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, elle n'a pas…

APOLLINE DE MALHERBE
La main tendue d'il y a une semaine vers les partenaires de gauche, c'est fini.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, franchement, si j'ose dire ce n'est pas l'objet de notre débat, les positions de madame Cécile DUFLOT.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais il se trouve que ça entraîne aussi, quand même, ces questions-là.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais attendez, Cécile DUFLOT c'est un problème qui est sur le côté.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est un problème, Cécile DUFLOT ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, enfin c'est une question, vous me la posez, je veux dire, voilà.

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Marie LE GUEN, il n'y a pas que la gauche de la gauche, je voudrais simplement vous soumettre les mots de Jacques TOUBON, qui est le Défenseur des Droits, et qui, hier, a, dans un communiqué, critiqué cette mesure que vous avez prise, le Défenseur des Droits a manifesté sa désapprobation, car ce projet revient à graver dans le marbre de notre norme supérieure une division fondamentale des Français en deux catégories, à l'encontre de l'esprit et de la lettre de la Constitution.

JEAN-MARIE LE GUEN
Alors, voilà, bon, allons au fond, si vous voulez bien…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, ça vous encombre malgré tout ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, mais attendez, il faut avoir ce débat pour aller au fond, est-ce que les binationaux sont mis en cause ? Non. De quoi parle-t-on ? Ce sont des gens qui sont des terroristes, et donc c'est une loi qui s'appliquera, d'abord, qui n'est pas votée, c'est-à-dire que, précisons à vos téléspectateurs, c'est que nous allons amorcer une réforme de la Constitution…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est un projet…

JEAN-MARIE LE GUEN
Qui permettra ou qui permettrait le vote d'une loi qui, elle, ferait l'application ; là, nous en sommes tout simplement à dire que la Constitution ne s'opposera pas au vote éventuel d'une loi. Il faut bien que nos téléspectateurs comprennent. Nous en sommes par étape…

APOLLINE DE MALHERBE
Sur les binationaux, Jean-Marie LE GUEN…

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien, alors, maintenant, allons au fond des choses, les binationaux ne sont pas mis en cause en tant que tels, j'entendais, il y a des gens, d'ailleurs, parce que, en même temps qu'il y a ce débat juridique, il y a un débat, j'allais dire, philosophique et politique, certains disent : mais pourquoi finalement, il y a des binationaux, bien, et c'est une question qui se pose…

APOLLINE DE MALHERBE
Et au fond, pourquoi avoir fait cette distinction ? Pourquoi ne pas recréer les apatrides ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Parce que la loi, les traités internationaux, en fait, l'intention…

APOLLINE DE MALHERBE
Et pourquoi vous ne leur dites pas aux traités internationaux que vous n'êtes pas d'accord…

JEAN-MARIE LE GUEN
Attendez, l'intention du législateur…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça aurait pu être une option, Jean-Marie LE GUEN, je veux dire, on aurait pu imaginer que finalement, la déchéance de la nationalité ne crée pas effectivement cette division entre les binationaux qui peuvent être soumis et les autres…

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais parce que ce n'est pas possible juridiquement, mais j'allais y venir. Apolline, j'allais y venir justement. Notre intention, l'intention était de dire : quelle que soit la personne, nous souhaitons qu'elle ait cette déchéance de nationalité, il se trouve que pour des traités internationaux, qui sont au-dessus de la Constitution, il est impossible de rendre les gens apatrides, c'est-à-dire sans nationalité. Et donc quand vous n'avez qu'une seule nationalité, la nationalité française, on ne peut pas vous l'enlever, c'est interdit dans les règlements internationaux. Et c'est au-dessus de la Constitution…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous êtes bien d'accord que ça crée quand même un décalage…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais notre intention eut été, au plan philosophique, effectivement, d'enlever la nationalité à tout le monde…

APOLLINE DE MALHERBE
Qu'ils soient binationaux ou pas…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il se trouve que la notion d'apatride est rejetée par les conventions internationales…

APOLLINE DE MALHERBE
Je comprends bien.

JEAN-MARIE LE GUEN
Donc nous le faisons potentiellement pour des gens qui seraient binationaux. Mais pas de binationaux…

APOLLINE DE MALHERBE
Parce que vous n'avez pas le choix et que vous êtes obligé d'en rester à cette catégorie-là !

JEAN-MARIE LE GUEN
Parce que nous n'avons pas le choix par des traités internationaux dont personne ne peut se délier, sauf à se mettre à l'exclusion de toute la communauté internationale, bien. Donc ce n'est pas une intention vis-à-vis des binationaux, c'est une intention générale qui ne peut s'appliquer qu'à des gens qui sont des terroristes, condamnés pour des crimes, et de ce point de vue, je veux le souligner aussi, que le président de la République et le Premier ministre ont restreint complètement le champ potentiel…

APOLLINE DE MALHERBE
Encadré ce champ…

JEAN-MARIE LE GUEN
Il n'y aura que des criminels condamnés, pour faits de terrorisme et pou faits de terrorisme seulement, qui pourront être éventuellement être dans cette déchéance de nationalité. Quand une loi, qui n'a rien à voir avec la réforme de la Constitution dont on parle, enfin, ce n'set pas la même chose, aura été votée à une autre étape…

APOLLINE DE MALHERBE
Jean-Marie LE GUEN, si jamais vous n'obtenez pas les trois cinquièmes, est-ce que vous seriez prêt à mettre en place un référendum ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est absolument pas dans l'agenda gouvernemental aujourd'hui…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est une question qui n'est pas sur la table ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas une question qui est sur la table, il n'y a pas d'arrière-pensées, nous pensons qu'il y aura une majorité dans les deux Assemblées, et nous pensons qu'il y aura une majorité des trois cinquièmes, parce que nous allons débattre, apporter des garanties, expliquer que, encore une fois, contrairement à ce qu'on peut ressentir, le code de la nationalité n'est pas en cause, ni le droit du sol…

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous pensez pouvoir convaincre…

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas parce qu'on est d'origine immigrée qu'on se trouverait dans une situation particulière, et donc ce sont bien parce que quand on est terroriste, on est dans une situation tout à fait particulière…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc pas de référendum…

JEAN-MARIE LE GUEN
Et non pas lié à ses origines, en aucune façon, ni même à sa binationalité. Nous souhaitons, nous pensons que c'est une richesse pour la France que de pouvoir avoir des binationaux, quelle que soit leur binationalité.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous souhaitez leur mettre du baume au coeur. Parlons du chômage. A midi, il y aura les chiffres du chômage, les derniers donc de l'année, est-ce qu'ils seront bons ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, je n'en sais rien, je suis comme vous, je les attends, et je me méfie des commentaires qui ont lieu avant les annonces officielles.

APOLLINE DE MALHERBE
Désormais, je suis bien d'accord avec vous, mais cela dit, on a quand même l'impression que sur ces chiffres du chômage, mois après mois, vous regardez un peu le ciel en vous demandant : où est-ce que ça va tomber, si ça va tomber du bon côté ou du mauvais ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, cette machine qui existe…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est le hasard, le chômage ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, non, le chômage, c'est un sujet majeur, sur lequel le gouvernement travaille pour passer à des étapes de mobilisation encore plus forte, parce que moi, je ne me résigne, et le gouvernement ne se résigne pas à l'idée qu'on a tout essayé sur le chômage, je pense qu'il y a eu depuis trente ou quarante ans un certain nombre d'actions volontaires qui n'ont pas été mises en jeu, parce qu'elles posaient des questions à tout le monde…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous comprenez, Jean-Marie LE GUEN, que ces annonces, effectivement, le Premier ministre qui a dit que, en janvier, il présenterait un pacte républicain pour lutter contre le chômage, ça donne quand même le sentiment qu'en fait, vous en aviez encore sous le coude, pourquoi vous n'avez pas tout mis sur la table avant ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, parce que, il y a aussi, nous, vous, moi, les Français, nous avons une certaine conception des choses qui ont fait qu'on s'est plus intéressé aux gens qui étaient dans la société économique, dans l'emploi, qu'aux gens qui étaient à l'extérieur…

APOLLINE DE MALHERBE
Et c'est devenu une sorte de muraille…

JEAN-MARIE LE GUEN
Et on a dit aux gens qui étaient à l'extérieur… oui, il y a une sorte de muraille entre les insiders, ceux qui sont à l'intérieur du système…

APOLLINE DE MALHERBE
Les droits des salariés sont devenus un peu excluants pour ceux qui veulent y rentrer, quoi…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, pas les droits des salariés, mais certaines attitudes et des barrières ont été effectivement constituées, mais qui ne sont pas…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous pensez au droit du travail ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, le droit du travail, il est important, il doit être… mais il doit aussi, et c'est l'objet du travail de Myriam El KHOMRI, il doit évoluer pour aller plus près de la personne, donner des droits à la personne, plus qu'au système. Et comme on a des droits qui sont plutôt sur des systèmes, il n'y a pas l'agilité, bon…

APOLLINE DE MALHERBE
Et sur l'assurance chômage, Jean-Marie LE GUEN, l'assurance chômage, est-ce qu'elle doit être réformée ? Est-ce qu'elle doit être davantage dégressive ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, vous savez que c'est les partenaires sociaux qui sont en charge de ce sujet…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous estimez que c'est une des pistes qui éventuellement pourrait permettre plus d'efficacité ?

JEAN-MARIE LE GUEN
La question que vous m'aviez posée précédemment est celle-ci revient à montrer qu'il y a quand même dans notre pays 1.500.000, 2.000.000 de personnes qui sont au chômage longue durée non qualifiées et non formées. C'est un problème absolument majeur qu'a notre pays plus que tout autre. Et à ça, nous n'avons pas été capables de nous attaquer depuis quarante ans. Ce sont ces sujets-là, mettre la formation et l'incitation à la formation, et je pense que s'il doit y avoir des évolutions de l'assurance chômage, c'est sans doute de réfléchir à mettre plus de moyens et plus d'actions en direction de la formation, en particulier des non qualifiées.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous êtes encore socialiste ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ah oui, tout à fait, bien sûr.

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous entendez ce matin quelqu'un comme COHN-BENDIT qui dit : François HOLLANDE doit se présenter aux primaires de la droite, il est le parfait président de la droite !

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, chacun y va avec ses petites formules, ce n'est pas ce que pensent les Français, vous savez, on est dans une période très grave d'abord, je ne l'ai pas suffisamment rappelé ce matin, les menaces sont toujours là, et nous sommes rentrés en 2015 finalement dans une nouvelle époque, moi, c'est mon sentiment. Un petit peu comme si on était rentré au 21ème siècle en 2015…

APOLLINE DE MALHERBE
Et donc toutes ces postures, toutes ces théories…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais il y a beaucoup de gens qui continuent à faire des commentaires sur un monde qui est un monde ancien, on est dans un monde nouveau…

APOLLINE DE MALHERBE
Au fond, ça veut dire que la vraie question, ce n'est même pas de savoir si vous êtes socialiste ou non ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Si, nous sommes socialistes, mais en tant que socialistes, et parce que nous sommes de gauche, nous avons aussi des intérêts supérieurs qui s'appellent la République et qui s'appellent la patrie.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc c'est à la gauche de vous suivre ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais parce qu'elle va nous suivre ! Parce que la gauche a toujours été présente, dans la résistance, elle n'a pas regardé si les gens étaient de gauche et de droite, mais la gauche, elle, s'est engagée majoritairement dans le combat pour la résistance. Et ça a été avant sur l'affaire Dreyfus, toujours la gauche, il y a toujours eu une partie de la gauche qui a refusé de faire l'effort de rentrer dans la République, et il y a toujours eu une majorité de gauche qui a fait l'effort de porter principalement la République…

APOLLINE DE MALHERBE
Et pour vous, c'est celle-là qui vous suivra dans cette réforme ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Et c'est celle-là qui nous suivra dans cette réforme, parce que c'est le chemin et les difficultés de l'heure aujourd'hui…

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Jean-Marie LE GUEN. Merci d'avoir été notre invité. Joyeux Noël.

JEAN-MARIE LE GUEN
Merci à vous. Joyeux Noël.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 décembre 2015

Rechercher