Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur le concours des meilleurs ouvriers de France, à Paris le 6 juillet 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur le concours des meilleurs ouvriers de France, à Paris le 6 juillet 2015.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Réception en l'honneur des lauréats du concours des meilleurs ouvriers de France, à Paris le 6 juillet 2015

ti :
Mesdames, Monsieur le Ministre, Monsieur le président, cher Christian FORESTIER, Mesdames, Messieurs, et surtout vous qui venez d'être distingués de Meilleurs Ouvriers de France,


Je tenais, malgré une journée compliquée, je vous l'avoue, à venir parmi vous pour vous féliciter. Ce n'est pas uniquement parce que je recevais le titre de Meilleur Ouvrier de France Honoris Causa, parce que c'est à l'institution que vous la remettez, et parce qu'un Président est jugé par l'ensemble des Français Je comprends le symbole que vous vouliez ici afficher, celui d'être une institution de la République car vous êtes une institution de la République.

C'est si vrai que votre médaille comporte le drapeau tricolore. Je sais ce que représente pour vous cette distinction. Tant d'épreuves, tant de travail, tant d'appréhension sur l'œuvre qui va être rendue ou le service qui va être récompensé. Je sais ce que peut être cet aboutissement après tant d'années. Certains ont commencé très jeune, d'autres sont venus au concours plus tard mais c'est finalement la même responsabilité, car il faut être à la hauteur de ce que représente cette distinction. Je voulais donc vous dire combien la République française peut avoir de fierté quand elle sait qu'elle compte autant d'artisans, d'artistes, de professionnels, de si grand talent.

Ce n'est pas un hasard si l'organisation a toujours confié à l'Education nationale cette responsabilité parce qu'au-delà des métiers que vous représentez, au-delà des formations qui ont pu être dispensées dans des lieux multiples, c'est l'Education nationale qui vient ici donner un titre, un diplôme, une reconnaissance, qui est finalement une reconnaissance nationale.

Je suis également heureux de vous voir si nombreux. Il y a là les Meilleurs Ouvriers de France – je devrais dire les Meilleurs Ouvrières et les Meilleurs Ouvriers de France – mais aussi les familles et les organismes qui ont pu vous accompagner parce que c'est une famille que celle des Meilleurs Ouvriers de France. Partout où je me déplace, et pas simplement en France, partout à l'étranger, je vois toujours apparaître un Meilleur Ouvrier de France, et pas seulement pour la gastronomie, mais aussi pour les arts de la table, pour les travaux qui exigent une très grande qualification. Lorsque nous réunissons les Français qui vivent à l'étranger, il y a toujours plusieurs de ces compatriotes qui portent fièrement cette distinction.

Partout où je vais dans notre pays, des manifestations célèbrent les chefs d'œuvre des Meilleurs Ouvriers de France. Pendant tout le temps où vous m'attendiez, c'est-à-dire trop longtemps, j'étais avec les préfets. Les préfets sont conscients de ce que vous représentez. D'ailleurs, ils jouent un rôle aussi dans la mobilisation pour faire connaître votre travail. Ensuite, j'ai pu admirer – c'est le mot : admirer – les œuvres, les chefs d'œuvre qui ont été présentés par plusieurs d'entre vous dans des domaines très différents, comme la serrurerie. On voudrait avoir davantage de portes avec ces serrures-là. Je suis sûr qu'à la Banque de France, ces serrures doivent exister car elles sont d'une sécurité mais aussi d'une beauté toute particulière.

Il y a également des travaux sur la soie, sur le bois, qui m'ont été présentés. Il y a tout ce qui fait la diversité de ce travail et de cette excellence. Ce n'était qu'une représentation parmi d'autres et il aurait pu y avoir les deux cent cinquante lauréats qui auraient pu ici me dire, me montrer ce qu'ils avaient fait pour mériter une telle récompense. Au-delà des métiers du métal, du cuir, du bois, du papier, il y a tout ce que vous faite dans deux cents métiers, dix-sept grandes familles de l'artisanat, l'industrie mais aussi les services et l'agriculture. L'activité économique de notre pays.

Vous êtes la plupart des artisans, des professionnels, des compagnons, des salariés expérimentés et vous êtes le reflet de tous les talents de France. On pourrait dire, mais je ne le dirai pas, que ce serait simplement le produit d'une tradition, que vous feriez ce que les générations précédentes ont déjà réalisé, mais ce n'est pas vrai. Vous inventez, vous imaginez, vous innovez, et même si c'est dans des métiers que l'on dit traditionnels, vous leur avez donné une nouvelle jeunesse, une nouvelle existence et une promotion qui permet de dire que ces métiers sont pleinement dans l'économie de demain.

Nous ne sommes pas dans le patrimoine, même si toutes vos œuvres sont dans le patrimoine. On est dans la réalisation de ce que la France fait et va faire demain pour réussir. Nous ne sommes donc pas dans une forme de nostalgie qui voudrait que la France se perpétue, nous sommes dans la conquête, nous sommes dans le succès. La France doit être consciente qu'elle a, grâce à vous, grâce à d'autres, plein d'atouts. Quels sont ces atouts ?

C'est d'avoir du savoir-faire ; une excellence dans le travail ; c'est d'avoir aussi une capacité d'invention. Quand on reconnaît la touche française, la marque française, c'est parce qu'elle allie le beau, l'esthétique, avec l'innovation technologique. Aucune machine ne peut remplacer cette intervention humaine et c'est là que nous avons cette différence. S'il ne s'agit que d'avoir du travail banalisé, on sait qu'il y a des pays qui aujourd'hui sont mieux placés que nous, avec des coûts de main d'œuvre bien plus faibles. S'il ne s'agit que d'avoir des robots, c'est une affaire d'investissement. Qu'est-ce qui va faire la différence ? C'est justement la main, l'intelligence, le travail de la femme, de l'homme, qui va intervenir sur un métier, dans une entreprise ou dans une activité économique. C'est vous qui nous permettez d'avoir confiance dans notre avenir.

Je recevais il y a peu de jours le Premier ministre chinois. Nous avons signé beaucoup d'accords, notamment dans l'aéronautique. On parle toujours des avions quand on fait des contrats mais il y avait bien d'autres choses mais les avions, ça marque les esprits, que ce soit l'Airbus ou le Rafale. On dit : « Quand on a vendu de l'Airbus ou du Rafale, on a fait notre travail ». Mais non, il y a plein d'autres domaines. Ce qui intéresse ce grand pays, c'est justement ce qu'il ne peut pas faire lui. Quelquefois il essaye de copier mais il ne suffit pas de prendre des photos pour être ressemblant, il faut avoir cette créativité. Les Chinois l'ont dans beaucoup de domaines et heureusement : aucune nation n'a le monopole de la créativité. Nous, nous avons quelque chose de plus qui est inimitable, qui ne sera jamais délocalisable. C'est vous, c'est vous comme travailleurs, ouvriers, qualifiés et, j'allais dire, comme inventeurs. Voilà pourquoi ce concours est important.

J'en ai maintenant eu une évocation historique. J'ai vu que les présidents de la République s'étaient toujours investis et vous avez effectivement une longue histoire qui a quatre-vingt-dix ans. C'est vrai que le centenaire sera un moment très important et je vous souhaite, monsieur Christian FORESTIER, d'y être pour que nous y soyons tous. Je pense qu'il y a effectivement cette tradition et cette histoire qu'il est très important de connaître. Neuf mille lauréats, très peu en définitive quand on regarde sur quatre-vingt-dix ans. Si je prenais toutes les promotions de l'Ecole nationale d'administration, de l'Ecole polytechnique, ce serait beaucoup plus considérable. Cela veut dire combien ici la sélection a été extrêmement rigoureuse.

Cela suppose aussi, quand on a cette histoire, d'être chaque fois à la hauteur et donc d'avoir des modes de concours qui puissent être les plus ouverts et les plus démocratiques. Rien ne serait pire que ce soit certaines filières qui se cooptent. Quand on voit quelle est votre volonté d'ouvrir les concours à tous, aux jeunes, aux moins jeunes, aux étrangers comme aux Français pour avoir à chaque fois la conviction que ce sont les meilleurs qui ont été choisis. Je veux à mon tour féliciter toute cette organisation avec les quatre permanents qui doivent être là et fiers eux aussi,-qui sont les quatre meilleurs permanents de France-, et de voir aussi tous les établissements qui se sont mobilisés, quatre-vingt-dix lycées, et centres de formation des apprentis, dans dix-sept régions françaises – parce que ce qui était aussi important, c'était que les médaillés puissent participer aussi à la transmission à d'autres médaillés.

Je l'ai dit, vous formez une famille et dans cette famille, on transmet de génération en génération. On est fiers que d'autres puissent poursuivre le travail et c'est un modèle que nous voulons donner à la France tout entière. La transmission, l'idée que chaque génération a un devoir qui n'est pas de critiquer la génération la plus jeune, de considérer que le niveau baisserait, que les jeunes ne voudraient pas travailler. On entend cela parfois. Le rôle d'une génération, c'est de pouvoir donner à la suivante toutes ses chances, toutes ses conditions pour aller vers la réussite et c'est ce que vous faites. Vous êtes une forme de confrérie, les Meilleurs Ouvriers de France, parce que vous avez ce sentiment que vous appartenez à un secteur très particulier qui est celui de l'excellence.

Je veux féliciter donc toute cette association, toute cette organisation, toute cette mobilisation, vous dire que vous avez aussi réussi à vous faire connaître à l'étranger. On m'a dit que la statue de la Liberté à New York a été rénovée par les Meilleurs Ouvriers de France, tout comme les vitraux de la basilique de Yamoussoukro en Côte d'Ivoire et je devrais ajouter tant de réalisations à l'étranger où vous avez pu vous faire connaître. Les grandes marques françaises, celles qui font finalement parfois la réputation de notre pays, toutes ces marques que je ne vais pas citer ici, même si j'espère qu'elles parrainent l'organisation vivent pour leur prestige avec les Meilleurs Ouvriers de France.

Tout cela fait que vous êtes un symbole, le symbole de ce que la France peut faire de mieux de création exceptionnelle, de transmission remarquable et le symbole du travail. Parce que ce qui caractérise tous vos métiers, ce qui caractérise toute votre réussite, tout votre parcours, c'est le travail. Tout à l'heure quand on me présentait les œuvres, les chefs d'œuvre, on me disait huit cent heures de travail, deux mille heures de travail. Le travail. Le travail, j'allais dire presque sans compter ; le travail pour donner, mais en même temps le travail qui doit être valorisé, récompensé. C'est vous qui êtes l'expression du travail, du travail qui est reconnu, reconnu par la République. Vous êtes les Meilleurs travailleurs de France. Merci.

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