Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur la déchéance de nationalité pour les seuls binationaux condamnés pour crime terroriste et les chantiers de la réforme du collège et du marché du travail, à Paris le 4 janvier 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur la déchéance de nationalité pour les seuls binationaux condamnés pour crime terroriste et les chantiers de la réforme du collège et du marché du travail, à Paris le 4 janvier 2016.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Cérémonie de voeux du Premier ministre au Gouvernement à l'issue du Conseil des ministres, au palais de l'Elysée à Paris le 4 janvier 2016

ti : Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs les Membres du gouvernement,


Une année marquée par les épreuves et les souffrances vient de s'achever, une année terrible, vous l'avez dit Monsieur le Président de la République en présentant vos voeux aux Français.

Ce que les Français ont vécu en 2015, la force, la dignité et le courage dont ils ont fait preuve nous ordonnent plus que jamais d'être à la hauteur de leur exigence.

L'histoire des nations est faite de ces moments où il faut tenir bon, ne rien céder sur l'essentiel, ne jamais céder sur l'essentiel. Et nous savons tous ici combien nous pouvons compter, Monsieur le Président de la République, sur votre volonté, votre détermination à protéger nos compatriotes et faire avancer le pays.

Ce matin, une nouvelle année du travail gouvernemental s'ouvre. Et les regards des Français et des Françaises se tournent - vers nous aussi. Ils attendent de notre équipe, une cohésion de chaque instant, un engagement sans faille et bien évidemment des résultats ; des résultats concrets dans leur vie de tous les jours.

De la cohésion, d'abord.

Dans un pays en proie aux doutes et aux peurs, notre devoir, c'est de redonner confiance dans la parole et dans l'action publique. Il nous faut toujours veiller à travailler en équipe, à communiquer en équipe. C'est la marque d'une action lisible et cohérente, et donc d'une action qui convainc et redonne de la confiance. C'est cette intelligence collective que vous évoquiez il y a un instant.

La cohésion, c'est aussi la cohésion des ministres et de leur administration, vous l'avez rappelé Monsieur le Président lors du séminaire du 19 décembre : chaque membre du gouvernement doit exercer pleinement ses responsabilités pour que les décisions prises aient une traduction concrète et effective sur le terrain.

Il nous faut ensuite de l'engagement.

J'entends dire parfois qu'il faudrait, dès à présent, cesser de réformer, ne plus décider que dans le consensus ou chercher l'apaisement, notamment au Parlement... Et aussi qu'une nouvelle période commencerait à l'automne, où nous devrions nous consacrer entièrement à la préparation de l'élection présidentielle. Ce serait une erreur que les Français ne nous pardonneraient pas.

Le gouvernement, sous votre autorité Monsieur le Président de la République, restera engagé jusqu'au bout, en apaisant, en rassemblant, en évitant la polémique, mais en agissant et en réformant.

Nous ne serons forts pour affronter l'échéance de l'année prochaine que si nous pouvons être fiers de notre professionnalisme, de notre bilan, de notre action, de ce que nous aurons accompli pour notre pays.

De la cohésion, de l'engagement au service de résultats.

Et d'abord bien sûr en matière de lutte contre le terrorisme, c'est le grand défi. Dire que la menace est là, à un niveau jamais égalé, ce n'est pas décider de s'y soumettre ou de s'y plier, c'est au contraire décider de s'y confronter en citoyens libres.

Lutter contre le terrorisme, c'est donc poursuivre - puisque nous sommes en guerre - l'action militaire au Sahel et au Levant pour faire reculer et détruire les groupes djihadistes. C'est aussi trouver une issue diplomatique, assurant la paix et l'ordre en Syrie ou en Libye.

Lutter contre le terrorisme, c'est améliorer encore la coordination et l'action de nos services de renseignement, partager des informations avec nos alliés et mettre en oeuvre sur le territoire national notre stratégie, renforcée avec des moyens supplémentaires, de nos forces de sécurité. C'est aussi engager de manière particulièrement volontariste une action contre les phénomènes de radicalisation.

Lutter contre le terrorisme, ce sera en 2016 préparer la sortie de l'état d'urgence, sans rien relâcher de notre mobilisation. C'est pourquoi, nous allons proposer au vote du Parlement une révision constitutionnelle et un projet de loi de procédure pénale.

Monsieur le Président de la République, des débats difficiles traversent aujourd'hui les formations politiques sur le texte de la révision constitutionnelle. Plus d'ailleurs sans doute qu'ils ne traversent nos concitoyens. Vous avez pris une décision : soumettre un texte complet et cohérent et respecter l'engagement que vous aviez pris devant le Congrès, le 16 novembre dernier, c'est-à-dire 3 jours après les actes de guerre qui ont frappé Paris et Saint-Denis.

Il appartient désormais au Parlement de prendre ses responsabilités, vous l'avez dit, ce qui ne veut pas dire cesser notre effort de pédagogie pour expliquer ce que recouvre cette révision constitutionnelle. Chaque membre du gouvernement doit y contribuer.

Être Français, c'est partager avec nos concitoyens l'amour de la patrie et la volonté de servir la France. Être Français, c'est partager une même espérance. Comment dès lors, ceux qui refusent définitivement nos valeurs, qui les combattent, en s'engageant dans une armée de terroristes pour nous briser, peuvent-ils rester Français ?

La gauche doit être capable Monsieur le Président de la République, vous l'évoquez souvent, de porter l'idée de Nation et, donc, les piliers qui la fondent : la nationalité, le patriotisme, nos frontières. Une frontière, même si elle doit être contrôlée avec fermeté, n'est pas une barricade, le patriotisme n'est pas le nationalisme, la nationalité n'est pas un enfermement. Notre vision de la Nation, celle qui doit rassembler tous les républicains, c'est une volonté d'ouverture sur les autres et sur le monde, autant que le sentiment d'appartenir à une même communauté de valeurs qui fonde notre contrat républicain.

J'évoquais les frontières et j'ajouterai - suite aux propos que vous avez tenus il y a un instant au Conseil des ministres qu'il nous faudra obtenir aussi beaucoup de l'Europe, et plus particulièrement de la Grèce et de l'Italie la mise en oeuvre des décisions prises lors des Conseils Justice Affaires Intérieures et des Conseils européens, et déployer un corps de gardes-frontières européens. De 5.000 à 6.000 migrants continuent à entrer, par exemple, tous les jours en Allemagne. Les frontières extérieures de l'Europe doivent être rétablies et les flux contrôlés. Le droit d'asile doit être pleinement appliqué, mais nous devons le faire de façon ordonnée et maitrisée. Si nous n'y parvenons pas, la menace terroriste et les craintes en matière d'immigration vont se fondre dans l'esprit des peuples européens, et notamment des

Français et hystériser le débat politique et, ce, bien au-delà du discours bien connu de l'extrême-droite. La France sous votre autorité aura une nouvelle fois un rôle majeur à jouer dans ce domaine.

Les résultats, nous devons également les obtenir en matière de cohésion et d'unité de notre Nation. Nous devons continuer à construire cette République ferme et bienveillante, forte et généreuse, et porter haut ses valeurs et ses couleurs.

Cela commence à l'école, et la rentrée scolaire 2016 sera un moment essentiel, avec le déploiement de la réforme du collège qui offrira aux équipes enseignantes plus de liberté, avec de nouveaux programmes centrés sur la formation de la personne et du citoyen, avec une sectorisation différente pour plus de mixité sociale dans certains départements volontaires. C'est aussi l'année du déploiement du plan numérique à l'école.

Construire une République forte et généreuse, cela veut dire aussi poursuivre notre action en profondeur - c'est un chantier qui prendra du temps - pour les habitants des territoires ruraux et des quartiers populaires, qui peuvent se sentir abandonnés par l'État en déployant partout l'accès aux soins de santé, aux services publics, aux réseaux Internet et mobile.

Cela veut dire permettre à chacun de comprendre et de s'approprier les règles de notre vie en commun et, donc, défendre toujours la laïcité, faire en sorte que chacun soit à l'aise avec la langue française, promouvoir l'engagement civique. Et vous avez annoncé l'élargissement du service civique.

Cela veut dire aussi permettre à chacun de nos concitoyens de croire de nouveau à la promesse Républicaine, et donc lutter sans relâche contre les discriminations et casser toutes les logiques de ségrégation qui sont à l'oeuvre.

Ces sujets sont au coeur, nous venons de l'aborder, du texte de loi égalité citoyenneté que nous présenterons dans quelques semaines. Ils sont surtout le coeur de nos convictions, de notre identité de gauche, une gauche ambitieuse et réformiste.

Les résultats, nous devons enfin les obtenir - et c'est notre priorité à tous - dans le domaine de l'emploi. Car la difficulté de notre économie à créer suffisamment d'emplois fabrique du doute, de l'exclusion et du renoncement sur lesquels là aussi prospèrent les populismes.

L'année 2016 doit être décisive, nous poursuivrons notre réforme du marché du travail en engageant la refonte en profondeur de notre code, pour que les entreprises et leurs salariés puissent décider eux-mêmes au plus près du terrain des politiques qui les concernent. Car ce n'est pas seulement l'État mais tous les acteurs - entreprises, partenaires sociaux, régions - qui doivent chacun à leur place et en dépassant les égoïsmes de chapelle, se mobiliser pour l'emploi.

Les nouvelles régions doivent, encore plus que par le passé s'engager dans le domaine de la formation et de l'apprentissage. Les partenaires sociaux devront prendre leurs responsabilités dans les prochaines semaines, et parvenir eux-mêmes à un accord sur l'assurance-chômage, sans attendre que l'État le fasse à leur place. Les entreprises, enfin, devront respecter les engagements qu'elles ont pris pour l'emploi.

Nous devons aussi nous mobiliser ensemble pour les secteurs d'avenir qui, rapidement, peuvent créer des emplois : le numérique, la transition énergétique dans la lignée du succès de la COP21. Le Plan que vous avez annoncé, Monsieur le Président et que nous présenterons plus en détail dans les jours qui viennent, permettra d'organiser cette mobilisation.

D'autres chantiers nous attendent. Je pense à celui du prélèvement à la source, la loi de finances 2016 a déjà balisé l'agenda. Je veux rappeler - et il faut aussi le rappeler à nos compatriotes - que 8 millions de contribuables profiteront également de la baisse de l'impôt pour la 3ème année consécutive. Et puis il nous faut aussi préparer la généralisation du tiers-payant.

Vous voyez Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Ministres, que les chantiers sont nombreux. Je rajouterai un rendez-vous qui est particulièrement important pour la fête, le sport, pour la mobilisation du pays même s'il nous faudra aussi être vigilant particulièrement, c'est bien sûr l'organisation de l'Euro 2016.

Monsieur le Président de la République, Mesdames, Messieurs les Ministres, l'année 2016 - je le disais tout à l'heure place Beauvau - sera également celle des commémorations une nouvelle fois du premier conflit mondial. Le 29 mai, vous vous retrouverez à Douaumont avec la Chancelière d'Allemagne, pour se souvenir de Verdun, des horreurs de la guerre ; et célébrer aussi la réconciliation franco-allemande.

Aujourd'hui, nous sommes en guerre, bien sûr elle est différente de celles que la France a connues il y a un siècle. Mais les événements de 2015 nous rappellent que l'histoire peut être tragique, et la description du monde faite en Conseil des ministres il y a un instant, est une démonstration de son instabilité, de son désordre et des menaces qui existent.

Pour affronter l'épreuve comme il y a un siècle, comme en 2005, la Nation doit être rassemblée et soudée. Et c'est vous qui incarnez cette unité.

Monsieur le Président de la République, vous avez dit aux Français que vous étiez fiers d'eux.

Permettez-moi de vous dire à mon tour, au nom de l'ensemble des membres du gouvernement, que nous sommes fiers de travailler sous votre autorité. Dans cette année difficile, nous n'avons pas dévié et soyez-en assuré, nous continuerons, fermement, à tenir le cap.

Au nom du gouvernement, je vous présente nos voeux les plus sincères pour vous-même, pour vos proches et bien sûr pour la France.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 janvier 2016

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