Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur la participation des militaires français à la lutte en Irak et en Syrie contre le groupe terroriste Daech, à Bahreïn le 31 décembre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur la participation des militaires français à la lutte en Irak et en Syrie contre le groupe terroriste Daech, à Bahreïn le 31 décembre 2015.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Allocution devant les militaires français armant le groupe aéronaval, à Bahreïn le 31 décembre 2015

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En cette fin d'année 2015, je veux vous dire la joie et la fierté qui sont les miennes, de me trouver ici ce soir, parmi vous. C'est la troisième fois en moins d'un an que je vous rends visite. Si j'ai tenu à nouveau à venir dans le Golfe, sur le porte-avions, c'est parce que vous constituez aujourd'hui le fer de lance de la plus importante de nos opérations dans le cadre de la lutte de la France contre Daech. Demain, j'irai voir vos camarades en Jordanie et samedi, je serai aux Emirats Arabes Unis avec le même objectif.

Pourquoi ces déplacements auprès de vous, au Levant ? Parce que la guerre se joue ici. Comme le Président de la République l'a dit devant le Parlement réuni en Congrès, c'est bien une guerre que nous menons contre Daech. C'est donc ici, et partout où la France lutte contre ce groupe terroriste qui la menace, qu'il convient que je sois à vos côtés.

Il y a quelques semaines, la France était frappée en son coeur. Plusieurs dizaines de nos compatriotes, ainsi que des citoyens étrangers, perdaient la vie assassinés par la barbarie de Daech. A travers ces victimes, c'est la Nation toute entière qui a été ciblée. Et avec elle, notre territoire, notre culture, nos familles, nos enfants.

Cette agression sur notre sol appelle une riposte là où Daech s'organise pour nous frapper. Nous le devons à ceux qui sont tombés le 13 novembre. Nous le devons à l'ensemble de nos compatriotes qui comptent sur leur armée pour les défendre.

Je veux rappeler que nous n'avons pas attendu qu'advienne ce drame pour agir. Notre participation à la coalition internationale au Levant date de septembre 2014. Vous-même avez déjà été déployés dans le cadre de l'opération Chammal au cours de l'année 2015. Face à ce dernier acte de guerre, cependant, notre posture a résolument évolué.

Notre objectif, c'est la destruction pure et simple de cette organisation terroriste qui tente de s'approprier des territoires au Levant, qui soumet les populations, qui efface le patrimoine de l'humanité, qui menace notre liberté.

Pour détruire notre ennemi, et vous le savez mieux que moi, il faut d'abord dégrader ses capacités, le fixer, le contenir. Depuis le 13 novembre, la France, mais également l'ensemble de la coalition, a intensifié ses frappes. Nous avons ciblé des centres de commandement, des centres d'entraînement, des bases logistiques, des dépôts de munitions, des sites pétroliers et d'innombrables positions de combat en Syrie et en Irak.

Il faut ensuite le réduire : pour cela, il faut agir au sol, et c'est ce que font nos partenaires locaux que nous appuyons directement. C'est pour cette raison que nous soutenons et formons les Kurdes irakiens, dans le Nord de l'Irak, ainsi que les forces irakiennes à Bagdad. Nous les renseignons, nous guidons et délivrons des frappes aériennes au cours de leurs offensives terrestres. Cette stratégie commence à payer : partout, nos capteurs révèlent que Daech adopte une posture défensive, peu efficace d'ailleurs, comme en témoigne la chute de Ramadi.

En Syrie, nous frappons Daech au coeur et, vous êtes bien placés pour le savoir, nous visons juste.

Le Groupe aéronaval occupe évidemment toute sa place dans cette stratégie.

Si nos armées ont su se déployer admirablement sur le territoire national pour protéger les Français, vous vous êtes déployés tout aussi rapidement pour assurer la défense de l'avant, au plus loin de nos frontières, et donc au plus près de l'ennemi.

A peine dix jours après les attentats de Paris, c'est l'ensemble du « système » aéronaval qui frappait en Irak et en Syrie aux côtés des chasseurs de l'armée de l'air. Lors de votre passage en Méditerranée orientale, vous avez pu effectuer 35 missions d'appui au sol. Je m'incline bien sûr devant la détermination et la bravoure des équipages, et je tiens aussi à y associer chacun d'entre vous, qui, chacun à sa place, constitue le bras armé de la Nation. Je pense aux mécaniciens, aux analystes renseignement, aux transmetteurs, aux cuisiniers, en bref à vous tous qui contribuez à faire fonctionner ce formidable outil qu'est le groupe aéronaval... Vous êtes la Task Force 473 et vous pouvez en être fiers.

J'éprouve une satisfaction particulière à voir le fleuron de notre Marine tenir un poste clé de la flotte de la coalition au Levant. Vous le constatez tous les jours, la lutte contre le terrorisme a atteint une dimension internationale jamais égalée jusqu'à présent. J'en veux pour preuve l'intégration au groupe aéronaval de la frégate belge Léopold 1er, de la frégate allemande Augsburg, et de la frégate britannique HMS « Defender ». Je salue chaleureusement nos frères d'armes étrangers qui sont ici ce soir : les compter parmi nous est un honneur et le signe tangible de notre communauté de pensée et d'action face à la barbarie de Daech.

Lorsque ces pays décident d'intervenir à nos côtés au Levant ou en Afrique, c'est aussi à votre action qu'ils rendent hommage. C'est pour vous aider et vous soulager qu'ils déploient leurs moyens et engagent leurs hommes et leurs femmes, parce qu'ils reconnaissent les efforts et le dévouement dont vous faites preuve. Ces marques de solidarité envers la France sont autant d'hommages qui sont rendus à son armée.Ne nous trompons pas, c'est bien ici que l'Europe ou l'amitié transatlantique prennent tout leur sens. Et là aussi, vous en êtes les acteurs de premier rang.

Mais cet engagement a aussi un prix. Ce prix, c'est la sollicitation très forte dont les armées sont l'objet. Je connais votre rythme d'activité particulièrement intense. Ce soir, ce sont plus de 20 000 militaires qui passeront les fêtes en opérations, loin de chez eux, en mer, à l'étranger ou en métropole. J'ai une pensée pour chacun d'entre eux. En ces heures où la plupart de nos concitoyens fêtent en famille la fin de l'année, je mesure, en vous voyant ici, les sacrifices que vous consentez pour votre pays et pour votre mission. Je mesure surtout la chance qu'a la France d'être servie par des hommes et des femmes d'une telle qualité et d'un tel dévouement.

Pour mener vos missions à bien, dans ces conditions difficiles, vous méritez le soutien de l'Etat et de la nation. Il est de la responsabilité du Gouvernement de vous l'assurer. C'est là tout le sens des décisions prises cette année par le Président de la République et qui se concrétiseront dès 2016.

Le Président de la République a ainsi décidé, dès le printemps, de revoir à la hausse les budgets de défense prévus par la loi de programmation militaire. Pour mener la guerre contre Daech, les armées bénéficieront au total de plus de 3,8 milliards d'euros supplémentaires d'ici à 2019. Au lendemain des attaques du 13 novembre, pour permettre l'intensification de notre effort de défense, pour protéger notre territoire et lutter contre Daech, un nouvel accroissement de cet effort, déjà sans précédent, a été décidé – au-delà même de ce qui était prévu par l'actualisation de la LPM. Dès cette année, le budget de la défense sera ainsi augmenté de plus de 700 millions d'euros.

Cet effort permettra, entre autres, la poursuite des programmes d'armement ambitieux déjà initiés. Je veux parler, pour la Marine nationale, de la mise en service d'une nouvelle frégate multi-missions ou de l'arrivée du missile de croisière naval.

Ainsi, malgré les contraintes budgétaires qui pèsent sur notre pays, le Président de la République a donc décidé de garantir tous les moyens nécessaires pour poursuivre vos missions. Même s'il était attendu, et s'il est bien sûr particulièrement justifié, c'est là un effort majeur, validé par la Représentation nationale.

A l'aube d'une nouvelle année, soyez donc assurés du soutien total de la Nation, de la République et du peuple français dans l'action que vous menez ici. C'est une mission difficile, mais vitale pour le pays. Nos concitoyens, en vous renouvelant la confiance qu'ils vous portent, comptent plus que jamais sur vous pour les défendre.

Comme chaque fois, je suis particulièrement heureux de visiter nos forces en cette fin d'année. Je mesure à nouveau l'excellence de vos compétences et le courage de votre engagement. C'est le meilleur gage des succès qui nous attendent. Mais c'est aussi, à titre plus personnel, le premier moteur de ma détermination à relever, à vos côtés, tous les défis qui se trouvent encore devant nous.

Fier d'être votre ministre, je vous souhaite, à toutes et tous, ainsi qu'à tous ceux qui vous sont chers, une excellente année 2016.


Vive la République ! Vive la France !


Source http://www.defense.gouv.fr, le 6 janvier 2016

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