Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à I-Télé le 11 janvier 2016, sur l'appel à une "primaire à gauche" dans le cadre de l'élection présidentielle de 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à I-Télé le 11 janvier 2016, sur l'appel à une "primaire à gauche" dans le cadre de l'élection présidentielle de 2017.

Personnalité, fonction : PELLERIN Fleur, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication;

ti :


BRUCE TOUSSAINT
Nous accueillons ce matin Fleur PELLERIN. Bonjour.

FLEUR PELLERIN
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Vous êtes ministre de la Culture et de la Communication. Le hasard fait que vous êtes notre invité politique, mais je voudrais évidemment vous demander votre première réaction, après la disparition de David BOWIE.

FLEUR PELLERIN
Oui, je dois vous avouer que je réalise assez mal pour l'instant, puisque je l'ai appris en entrant dans vos locaux et, voilà, je pense que toute ma génération, mais aussi celle d'avant, celle d'après, probablement, doivent être extrêmement aujourd'hui touchées, se sentent un peu orphelines, probablement, pour moi c'était une icône, comme il en reste encore peu en réalité, cette étrangeté, cette liberté, et à la fois cette popularité absolument incroyable de David BOWIE, son talent dans la musique, mais aussi en tant qu'acteur, ce sont des choses qui m'ont beaucoup marquée, et j'adore l'artiste, j'ai beaucoup de mal à réaliser qu'il nous a quittés.

BRUCE TOUSSAINT
C'est vrai que l'info vient juste de tomber, on le disait. On a eu Philippe MANOEUVRE qui nous disait il y a quelques instants que c'était… il était très ému d'ailleurs, Philippe MANOEUVRE, le grand critique rock qui avait du mal à retenir son émotion, en direct sur I Télé, il nous disait que c'était vraiment l'un des plus grands artistes du XXème et du XXIème siècle, puisqu'il venait de sortir un album, qui disparait. On va revenir longuement sur la disparition de David BOWIE, bien sûr, sur I télé, et avec les toutes premières réactions, suite à cette annonce. Mais avant cela, avec vous, Fleur PELLERIN, nous allons évoquer plusieurs sujets. J'aimerais d'abord évoquer avec vous cette proposition, qui est à la Une de Libération ce matin, qui est un appel à une primaire à gauche. Alors, ça vous concerne aussi, j'allais dire, presque directement, parce qu'il y a de nombreuses personnalités de la culture qui ont signé cet appel, je peux en citer quelques-unes, Marie DESPLECHIN, Romain GOUPIL, notamment, pour ne citer qu'eux, mais c'est surtout COHN-BENDIT et Thomas PIKETTY qui sont en tête de pont de cet appel. Alors, qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que l'on peut débattre de l'idée d'une primaire à gauche ?

FLEUR PELLERIN
Moi je pense que l'on peut débattre de tout, et d'ailleurs je crois que c'est le propre du parti auquel j'appartiens, et du gouvernement aussi auquel j'appartiens, de souhaiter qu'il y ait toujours du débat. Donc, ce n'est pas la question de savoir si le débat est possible ou n'est pas possible, il est évidemment possible et souhaitable, et personne n'a jamais exprimé le contraire. Moi je pense que ce débat, il peut avoir lieu aussi au Parlement, il peut avoir lieu dans d'autres enceintes, il n'est pas nécessaire, enfin, la condition sine qua non du débat n'est pas l'organisation de primaires, donc, oui pour le débat, maintenant moi je considère que nous avons un candidat pour 2017, légitime, qui est le président de la République, et tout autre débat sur les orientations politiques, sur la manière de concevoir la République, la Nation, la société, sont évidemment souhaitables, je ne fais pas de la primaire un préalable indispensable au débat.

BRUCE TOUSSAINT
Donc, pour bien comprendre, oui au débat, mais votre position, c'est plutôt non à une primaire.

FLEUR PELLERIN
Mais, je crois que nous ne sommes pas obsédés, en tout cas dans le gouvernement, et dans la majorité, nous ne devrions pas être obsédés par 2017. Je crois que, en tout cas, au sein du gouvernement, nous sommes plutôt obsédés par l'action que nous menons, que nous devons mener pour rassurer les Français, à la fois sur les questions de sécurité, évidemment, face au terrorisme, mais aussi en matière sociale, en matière économique, pour lutter contre le chômage, pour assurer une meilleure égalité des droits, enfin, toutes les actions dans lesquelles nous sommes engagés, avec détermination, depuis 2012, c'est ça notre obsession, c'est pas de savoir qui sera où et qui doit se placer où, et quelles sont les places réservées à untel ou untel, donc…

BRUCE TOUSSAINT
Justement, c'est ce que disent les signataires, c'est que c'est pas seulement une question de personnalité, mais c'est aussi une question de débat d'idées…

FLEUR PELLERIN
Le débat d'idées, très volontiers…

BRUCE TOUSSAINT
… et qu'il y a aujourd'hui d'ailleurs des débats à gauche.

FLEUR PELLERIN
Mais il y a des débats…

BRUCE TOUSSAINT
Il y a beaucoup de débats.

FLEUR PELLERIN
Il y a des débats et je pense qu'il faut se concentrer sur ces débats d'idées, sur ces débats, sur la politique publique que nous menons, et qu'il n'est pas nécessaire de se focaliser en permanence sur les échéances électorales, je crois que les Français viennent de voter à plusieurs reprises, ils souhaitent que ce débat de fond existe, mais qu'il ne soit pas conditionné par des histoires de personnes.

BRUCE TOUSSAINT
Cet appel, est-ce que ce n'est pas simplement la conséquence directe de cette brèche ouverte, involontairement, par François HOLLANDE sur la déchéance de nationalité ?

FLEUR PELLERIN
Mais, ce n'est pas une brèche, c'est à nouveau un débat, et moi je pense que le débat est utile, qu'il est sain, et d'ailleurs ce débat, sur la question, au fond, de ce qu'est la Nation française, je pense qu'il est utile, et les Français expriment des opinions, je pense que le débat est loin d'être juridique, il est beaucoup plus politique, je l'ai déjà dit, il est beaucoup plus politique que juridique, et je crois qu'il est très intéressant que les Français aient à s'interroger sur ce qui fait l'essence de la Nation française, sur ce qui fait la citoyenneté, ce qui fait l'appartenance à la Nation, et dire que des terroristes qui s'en prennent à la Nation, en tuant des journalistes à raison de ce qu'ils sont, en tuant des juifs parce que c'est leur religion, en tuant des enfants de juifs, parce qu'ils sont enfants de juifs, en tuant des policiers parce qu'ils portent l'uniforme, ce sont des gens qui s'en prennent à la Nation, et dire qu'ils méritent d'être déchus de leur nationalité, donc de leurs droits citoyens, de leurs droits politiques, c'est le débat, bien sûr, on peut être d'accord ou pas d'accord, moi ça me parait quelque chose de tout à fait conforme à la tradition française des droits de l'homme et de la République, de la Nation.

BRUCE TOUSSAINT
Il y a une personnalité qui incarne ce débat, cette fracture, même, certains disent, c'est Christiane TAUBIRA. Je voudrais vous poser la question que Christophe BARBIER vous a posée à la fin de son édito, tout à l'heure, sur I Télé, la question est la suivante : « Pourriez-vous rester au gouvernement, si vous deviez porter un projet de loi, dont vous rejetez l'objet même ? ».

FLEUR PELLERIN
Ecoutez, non. Je vous le dis clairement, je ne crois pas, parce que je pense que si quelque chose heurtait de manière très fondamentale, ce en quoi je crois et ce que sont mes convictions, je pense que j'aurais beaucoup de mal à le faire. Maintenant, nous faisons partie d'un collectif, le débat est ouvert, nous ne sommes pas tous forcément des robots qui avons exactement la même conception et la même appréhension des choses, nous pouvons exprimer des divergences, nous le faisons d'ailleurs en Conseil des ministres ou dans les discussions que nous avons, nous n'avons pas vocation à le faire publiquement dans les médias, mais à partir du moment où il y a une décision qui est prise et qui est prise par le président de la République après cette phase de débats et de délibérations, elle nous engage tous, et moi je considère que je suis engagée par la parole du président de la République, par les décisions qui sont prises par le Premier ministre et le Président de la République et j'y adhère. Mais si je n'y adhère pas, eh bien j'en tire les conséquences.

BRUCE TOUSSAINT
Sans faire, sans remettre une couche dans la polémique, donc vous dites ce matin que vous avez un peu de mal à comprendre la situation ou l'attitude de Christiane TAUBIRA.

FLEUR PELLERIN
Non, parce que moi, franchement, je pense que ces questions-là, moi je ne suis pas là pour dézinguer untel ou untel, nous faisons partie d'un collectif, Christiane TAUBIRA a très clairement dit ce qu'était sa position, ce qu'était sa conviction, elle a aussi dit que la parole du président de la République était ce qui primait, qu'elle se rangeait derrière, et maintenant, fermez le ban, le débat est clos.

BRUCE TOUSSAINT
J'aimerais qu'on revienne sur ce qui s'est passé hier Place de la République. Alors, certains ont dit qu'il y avait peu de monde Place de la République, pour l'hommage qui était rendu aux victimes des attentats, est-ce que ça vous a frappé, vous aussi, qui y étiez ?

FLEUR PELLERIN
Oui, j'y étais, je crois que c'était important qu'on puisse rendre cet hommage à ceux qui nous ont quittés en janvier dernier. Il y a eu beaucoup de commémorations ces derniers temps, il y a eu les attentats…

BRUCE TOUSSAINT
Un peu trop ?

FLEUR PELLERIN
Il y a eu les attentats au mois de novembre, je pense que voilà, c'est une ambiance, une atmosphère qui est douloureuse, qui est sans doute pesante aussi pour nos concitoyens. Moi je pense qu'il est naturel que nous puissions rendre hommage, surtout que ce qui a été touché en janvier, c'est aussi et ça me touche beaucoup en tant que ministre de la Culture et de la Communication, c'est aussi la liberté d'expression, c'est la liberté d'un journal, d'exprimer son opinion, de s'exprimer en conscience, c'est la liberté de conscience, d'avoir une religion, donc c'est tout ça qui a été touché, et je crois que c'était très important aussi que nous puissions commémorer ces attentats.

BRUCE TOUSSAINT
Bon, il y avait Johnny, qui a quand même fait l'unanimité hier, après, il y a eu quelques petits commentaires avant, mais hier, qu'est-ce que vous avez pensé de sa prestation ?

FLEUR PELLERIN
Eh bien j'ai trouvé que c'était très émouvant, que la chanson était belle, cette chanson écrite par Jeanne CHERHAL et Yodélice, c'était une belle chanson, qui était sobre, voilà.

BRUCE TOUSSAINT
Un an après Charlie et l'Hyper Cacher, deux mois après les attentats de novembre, est-ce qu'on peut parler du rôle de la culture dans, est-ce qu'on peut appeler ça la restructuration de notre société ou en tout cas le sursaut de notre société ? Qu'est-ce que vous, vous essayez de faire, dans votre domaine, dans votre périmètre, pour participer à cela ?

FLEUR PELLERIN
Eh bien vous savez, je crois que tout ce qui est de nature à recréer du lien, à créer du commun sur autre chose que des fondements religieux, ethniques, communautaristes, tout cela est… tout ce qui crée du lien, c'est l'éducation, c'est la culture, évidemment, et je crois que la culture a un très très grand rôle à jouer dans, voilà, ce travail patient et long, je ne dis pas qu'il y a une mesure à prendre pour que tout soit réglé d'un seul coup, mais évidemment la culture a un énorme rôle à jouer pour recréer ce sentiment de nos concitoyens d'appartenir à une Nation commune et d'avoir un destin commun. Je crois que c'est extrêmement important, et je pense que paradoxalement, alors même que la culture est très présente, dans la vie quotidienne de tout le monde aujourd'hui, je pense que beaucoup de Français s'interrogent sur ce qu'est une politique culturelle publique, sur ce qu'est le rôle du ministère de la Culture. Je pense que les gens voient bien que c'est un ministère qui distribue des subventions à des compagnies, à des comédiens, à des artistes, etc. mais ne voient pas très bien ce que ça implique pour leur vie quotidienne. Donc moi, ce que je voudrais, c'est redonner ce sens du rôle de la culture et de la politique culturelle, dans le quotidien des gens, et je pense que tout ce qu'on a pu dire ces dernières années, sur la démocratisation, c'est-à-dire sur le fait que la culture doit être accessible à tous, c'est un droit imprescriptible comme l'éducation, comme d'autres droits fondamentaux, la culture doit être un droit pour tous, et le rôle du ministère de la Culture, c'est d'assurer que chacun, même quelque soit l'endroit où il habite, quelque soit son milieu d'origine, ait accès à cette émotion que procure la culture. Donc c'est ça mon ambition, c'est un énorme chantier, parce que ça passe par beaucoup d'actions, et c'est ça mon ambition.

BRUCE TOUSSAINT
Justement, la culture au quotidien c'est par exemple aller au spectacle, après le 13 novembre, on l'a vu, les salles se sont vidées. Quelle est la situation en ce début 2016 ?

FLEUR PELLERIN
Oui, vous avez raison, donc une des missions, c'est effectivement d'assurer que chacun ait accès à une salle de spectacle et puisse y aller en ce sentant en sécurité. Donc une des premières mesures qui a été évidemment rendue nécessaire, c'est de s'assurer avec l'ensemble des salles de spectacles, publiques comme privées, bien sûr, mais aussi le cinéma, etc., que des mesures de sécurité pouvaient être prises pour assurer la meilleure sécurité possible pour le public et puis rassurer aussi évidemment les gens qui travaillent dans ces salles et ceux qui les fréquentent. Donc nous avons travaillé avec l'ensemble de ces salles, et le ministère de l'Intérieur, pour assurer une meilleure sécurité, renforcer les dispositifs de vidéo-protection, etc. Donc ça c'est la première… la première sécurité c'est évidemment de pouvoir aller aux spectacles en étant serein. Et puis après, il y a toute la question de, voilà, ce que peuvent être les obstacles psychologiques, quand on ne se sent pas forcément légitime dans une salle de spectacles, et c'est ça pour moi le coeur de mon travail, assurer la sécurité, évidemment, c'est nécessaire, mais pour moi, le plus important, c'est de faire en sorte que tout le monde puisse se sentir légitime dans une salle de spectacles, que tout le monde puisse avoir le souhait de pratiquer la culture en amateur, jouer d'un instrument, participer à une troupe de théâtre, c'est cela à mon avis l'objectif principal que doit avoir un ministre de la Culture au XXIème siècle.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, je le disais, vous êtes ministre de la Culture et de la Communication. Parlons un peu de télévision, de télévision publique, où en est-on de la chaine d'info publique ? Quand cette chaine sera-t-elle officiellement lancée ?

FLEUR PELLERIN
Alors, il y a un travail important qui a été mené par l'ensemble des entreprises de l'audiovisuel public, à la suite d'ailleurs des recommandations qu'avaient formulées l'Etat pour France Télévisions, pour la nouvelle présidence de France Télévisions, donc c'était un souhait de l'Etat d'avoir une réflexion sur cette chaine de télévision publique, beaucoup de travail a été fait, nous avons eu une réunion la semaine dernière avec Radio France, France Télévisions, France Médias Monde, l'lna, sur cette question, on travaille sur le modèle économique, sur le plan d'affaires. Ce que je peux vous dire à ce stade, sans révéler de secrets industriels, c'est que c'est une chaine qui a vocation à se constituer en utilisant des mutualisations de moyens, en regroupant des moyens qui sont importants dans l'audiovisuel public, mais sans coûter davantage aux contribuables, bien évidemment, et qui devra se singulariser, parce que vous savez il y a déjà une offre importante en matière de chaines d'information continue, et moi ce que je souhaite, c'est qu'on n'ait pas quelque chose de redondant ou qui fasse doublon, par rapport à quelque chose qui existe déjà. Donc il faudra qu'il y ait une singularité très forte de cette chaine de l'audiovisuel public.

BRUCE TOUSSAINT
Cette chaine verra le jour.

FLEUR PELLERIN
Normalement cette chaine devrait voir le jour.

BRUCE TOUSSAINT
En septembre ?

FLEUR PELLERIN
A peu près.

BRUCE TOUSSAINT
A peu près ?

FLEUR PELLERIN
Oui oui.

BRUCE TOUSSAINT
A la rentrée 2016.

FLEUR PELLERIN
Les annonces publiques et officielles seront faites prochainement.

BRUCE TOUSSAINT
Oui, donc, ça fera, si j'ai bien compté : I Télé, je la mets en premier, évidemment, BFM TV, LCI et une chaine supplémentaire qui sera sur la TNT ?

FLEUR PELLERIN
Ça n'est pas encore décidé, on verra.

BRUCE TOUSSAINT
C'est possible.

FLEUR PELLERIN
C'est possible.

BRUCE TOUSSAINT
C'est possible. C'est pas trop ?

FLEUR PELLERIN
Je pense que, c'est pour ça que j'y ai insisté à l'instant, il y a une singularité du service public, et il faudra qu'il y ait cette différence, il faudra que cette chaine fasse la preuve de sa différence et de ce qu'elle apporte de plus, à un paysage qui, vous l'avez dit, est déjà assez divers, en effet, en matière de chaines d'information en continu.

BRUCE TOUSSAINT
Je voudrais vous poser une autre question sur la télévision : est-ce qu'il faut renouveler et rajeunir les incarnations de France Télévisions ? C'est Michel DRUCKER qui a lancé ce débat, en dénonçant, c'est pas rien, le racisme de l'âge. Qu'est-ce que vous en pensez ?

FLEUR PELLERIN
Alors, je n'ai pas entendu dans quelles circonstances il a dit ça, exactement…

BRUCE TOUSSAINT
Dans une interview au Figaro.

FLEUR PELLERIN
Moi je pense qu'il est toujours important de s'interroger sur le renouvellement des talents, des générations, ça vaut à la télévision, ça vaut en politique, ça vaut dans le ministère que j'ai l'honneur de diriger, il y a beaucoup d'institutions culturelles, et moi j'ai une réflexion permanente sur le renouvellement des générations à la tête de ces institutions culturelles. Je crois que le message qu'on envoie aussi à la jeunesse de ce pays, c'est, on est capable de prendre en compte votre talent, votre potentiel, de vous donner votre chance et je crois que si on ne le fait pas en donnant des responsabilités qui sont importantes, eh bien on est en droit de douter de cette détermination à renouveler les générations.

BRUCE TOUSSAINT
Cette question, elle est arrivée sur le tapis après un épisode qui peut paraitre anecdotique, mais qui au fond a concerné beaucoup de gens qui regardent la télévision quotidiennement, c'est le remplacement de Julien LEPERS à l'émission « Questions pour un champion », j'imagine que vous avez au moins une fois de votre vie regardé « Questions pour un champion » comme nous tous, alors oui ce n'est plus seulement la question de : Est-ce que LEPERS doit être remplacé ? C'est devenue cette question, puisque c'est un peu comme ça que ça a été aussi présenté, une question de renouvellement, une question de rajeunissement aussi des antennes. Alors lui, il dit que c'est un scandale, qu'est-ce que vous en pensez ?

FLEUR PELLERIN
Je crois qu'on n'a pas de droit acquis à un poste, à une émission, évidemment il y a des personnes qui sont très très populaires, que les gens aiment, mais…

BRUCE TOUSSAINT
Mais c'est ça aussi le lien qu'il y a entre les télévisions et un public.

FLEUR PELLERIN
Oui, mais voilà… le lien d'une télévision avec son public, c'est un ensemble de choses, ce sont des émissions phares, ce sont des fictions auxquelles on s'attache, mais c'est aussi peut-être de proposer des choses un peu audacieuses qui étonnent, qui surprennent, on ne peut pas fonder, je crois, une philosophie de chaîne ou un ADN de chaîne uniquement sur l'habitude, sur la familiarité, sur voilà des gens auxquels on s'habitue et finalement qui sont encrés indéfiniment dans les programmes et dans la vie quotidienne des gens. Je crois qu'à un moment il faut aussi savoir dire, voilà il est temps de faire place à la nouveauté, de changer un peu les habitudes, c'est naturel. Je crois que dans le cycle de vie d'une télévision, c'est normal.

BRUCE TOUSSAINT
Ca ne vous a pas choqué le licenciement de Julien LEPERS ?

FLEUR PELLERIN
Non, je comprends qu'évidemment ce soit douloureux pour lui, que peut-être les gens qui étaient attachés à l'émission se sentent un petit peu seuls maintenant sans lui, mais je crois qu'il faut aussi pouvoir proposer des choses nouvelles.

BRUCE TOUSSAINT
Je voudrais vous poser une dernière question, ce matin on a des nouvelles d'Agnès SAAL, l'ancienne patronne de l'Ina qui a été sanctionnée par l'Etat, elle accorde une interview au Monde et elle dit notamment qu'elle est devenue un symbole d'une trahison des élites. Je suis devenue un dérivatif, l'incarnation de cette trahison des élites alors dit-elle, que je suis à l'opposé de cette image de haut fonctionnaire. Chacun y est allé de son crachat et je l'ai reçu bien au-delà de ce que je pensais mériter. Est-ce qu'au-delà de la sanction, vous n'avez pas le sentiment aussi que vous vous attaquez à une personne ?

FLEUR PELLERIN
Non, je me suis attaquée, enfin je me suis attaquée, j'ai tenu compte d'une pratique qui avait été révélée et étayée et prouvée et voilà je crois que la fonction publique et je suis moi-même fonctionnaire, donc c'est une fonctionnaire qui vous le dit, la fonction publique doit être exemplaire, doit montrer l'exemple. Nous sommes effectivement à un moment où il y a, je ne sais pas s'il faut parler de divorce, mais en tout cas le sentiment de la part du grand public, du public, que les élites sont un peu hors sol, ont des pratiques qui sont absolument en décalage avec ce qu'est la vie quotidienne des gens, des gens qui touchent le SMIC, de certains qui sont au chômage et je pense qu'il n'est pas tolérable aujourd'hui qu'on confonde les deniers publics, les moyens publics avec les moyens privés, je crois qu'il y a la nécessité de sanctionner ce type de pratiques, c'est ce que j'ai voulu en tant que ministre de tutelle d'Agnès SAAL.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Fleur PELLERIN. Merci d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 janvier 2016

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