Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à RTL le 12 janvier 2016, sur le développememnt du service civique et le chômage des jeunes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à RTL le 12 janvier 2016, sur le développememnt du service civique et le chômage des jeunes.

Personnalité, fonction : KANNER Patrick, CALVI Yves .

FRANCE. Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports;

ti :


YVES CALVI
Bonjour Patrick KANNER.

PATRICK KANNER
Bonjour.

YVES CALVI
Je rappelle que vous êtes ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. François HOLLANDE l'a donc annoncé hier, le budget du service civique va augmenter, passant de 300 millions à 1 milliard d'euros, où va-t-on trouver l'argent Monsieur le ministre ?

PATRICK KANNER
Déjà aujourd'hui, dans cette culture de l'engagement que nous voulons développer, mon budget pour 2016 a été doublé, je suis passé de 150 millions d'euros à 300 millions d'euros. C'est un choix politique, nous l'assumons, et à l'aune de 2019, trouver aujourd'hui 1 milliard d'euros pour permettre à 350.000 jeunes de pouvoir offrir à la Nation, de donner à la Nation, et recevoir aussi de la Nation, ne me semble pas impossible. Ce sont des arbitrages. Vous savez, diriger, gouverner c'est choisir, et donc si le choix et la priorité c'est celle-là, comme l'annonce le président de la République, eh bien nous trouverons les moyens de le faire.

YVES CALVI
Sauf que tous les jours on nous explique qu'on doit faire des efforts, des économies, et là on se pose des questions, d'autant plus que parfois certains chiffrages laissent entendre que ça pourrait en fait coûter 2 milliards, donc…

PATRICK KANNER
Non.

YVES CALVI
Non, mais franchement, vous avez clairement évalué la question budgétaire ?

PATRICK KANNER
Bien sûr, évidemment, c'est donc 300 millions, et il faut y rajouter 1 milliard, donc ce n'est pas 1 milliard globalement, c'est 1,3 milliard d'euros pour arriver à l'objectif fixé par le président de la République. Trouver de l'argent, pour permettre à des jeunes de s'engager, d'être utiles à la société, alors que d'autres les considèrent comme étant des charges pour la société, et qui coûtent finalement, moi je préfère un jeune utile à la société, justement rémunéré, même si ce n'est pas un emploi, pour aboutir à une mobilisation totale d'une génération, c'est ça l'objectif du président, une génération, à terme, après 2020, qui aura envie de s'engager. Finalement l'idée c'est quoi ? C'est que le service civique, aujourd'hui il faut dire ce que c'est le service civique, être auprès de personnes âgées isolées, être dans un établissement d'accueil pour personnes handicapées, permettre un accompagnement scolaire pour des enfants en difficulté dans les communes, tout cela c'est utile pour la société. C'est aussi, dans le cadre actuel, et ce n'est neutre si le président a choisi de le faire le 11 janvier, 11 janvier, « esprit du 11 janvier es-tu là ? » diraient certains, eh bien il était là hier soir, aux voeux à la jeunesse et aux forces de l'engagement.

YVES CALVI
On va revenir quand même sur les questions d'argent et les questions de… mais là vous venez de nous donner les missions, qui sont absolument incontestables, et qui sont à caractère social, et je dirais tout simplement de très saine solidarité notamment entre les générations. Sauf que François LENGLET il est allé sur le site ce matin du Service, et on découvre des choses ahurissantes comme berger de moutons et des abeilles dans le Rhône, promouvoir le sport boules auprès des nouveaux publics, ou sensibilisation artistique à l'environnement à travers le développement d'un jardin de sons. Excusez-moi, ça existe, on peut trouver ça ridicule, et en revanche je crois que tout le monde peut être mobilisé sur un vrai service.

PATRICK KANNER
Vous trouvez ça ridicule, mais peut-être pas pour les promoteurs du projet. En montagne, la mission qui a été évoquée sur les moutons, c'est vrai qu'à Paris c'est difficile de le concevoir, mais là-bas c'est tout à fait possible. Mais moi j'ai été sortir une autre fiche, accompagnement des personnes âgées dans le Morbihan dans le cadre d'un établissement d'hébergement de personnes âgées dépendantes. Voilà. Il faut de tout pour tout le monde. Moi je n'ai pas peur de la diversification. Un jeune qui peut s'épanouir dans une mission utile, pour son environnement, ça ne me choque pas.

YVES CALVI
Est-ce que vous êtes sûr que ce n'est pas une façon de faire, on va dire de parquer des jeunes gens avant qu'ils se retrouvent sur les listes du chômage ?

PATRICK KANNER
Sûrement pas. Aujourd'hui le chômage est fort chez les jeunes, double pourcentage chez les jeunes, et je préfère, moi, un jeune utile à la société, sachant qu'il y a des jeunes chômeurs qui prennent des services civiques, qui font faire du service civique, mais il y a aussi des étudiants, qui dans le cas d'une césure se disent je vais consacrer un peu de temps, un peu de ma vie, aux autres. Donc ce développement, cette culture de l'engagement, comme je l'évoquais tout à l'heure, me semble utile dans une société où le repli sur soi est malheureusement l'alpha et l'oméga pour beaucoup de nos concitoyens.

YVES CALVI
Vous m'avez répondu sur l'esprit de la chose, pas sur la façon qu'on aurait de dissimuler le chômage des jeunes.

PATRICK KANNER
Le chômage des jeunes il se traite par l'emploi, il ne se traite pas par le service civique. Je vous rappelle qu'un jeune en service civique reste inscrit, quand il est demandeur d'emploi naturellement, reste inscrit aux agences Pôle emploi, en catégorie C, mais il reste inscrit, donc il n'y a pas de camouflage, pour être très clair, lié au service civique.

YVES CALVI
La catégorie C, on en parle peu, mais ce n'est pas le problème, votre réponse est très claire. Vous avez cité le chiffre, l'objectif est d'accueillir 350.000 jeunes par an, c'est très ambitieux, surtout quand on voit qu'aujourd'hui à peine 70.000 jeunes ont été, on va dire séduits spontanément par le service civique, depuis 5 ans. Alors, comment mieux mobiliser, c'est la vraie question, et surtout pourquoi, tout simplement, ne pas le rendre obligatoire ? Quand on croit qu'on a une bonne idée, j'ai envie de vous dire on l'assume jusqu'au bout. Je crois que vous êtes un homme d'enthousiasme, est-ce que vous comprenez ma question ?

PATRICK KANNER
Tout à fait, vous comprendrez aussi ma réponse, à savoir qu'il peut y avoir une contradiction certaine entre engagement et obligation. L'engagement repose sur le volontariat, sur le fait qu'on décide, à un moment donné, de consacrer du temps aux autres, c'est ça l'esprit souhaité par le président de la République, c'est une sorte de nouveau contrat social finalement, par l'engagement, que nous voulons instaurer dans notre République. Le rendre obligatoire c'est revenir à de vieilles lubies, le service militaire peut-être, pour certains. Moi je considère que, aujourd'hui, un jeune engagé, un jeune qui est volontaire, répond à une préoccupation collective qui est celle de voir des jeunes qui ne se considèrent pas comme étant des relégués de la société, des discriminés de la société. C'est une digue aussi, anti-radicalisation, le service civique…

YVES CALVI
Vous voulez dire que vous allez lutter contre le terrorisme, intramuros si je puis dire, avec le service civique ?

PATRICK KANNER
C'est une digue. Un jeune qui se sent utile, qui est respecté, qui a trouvé sa place dans la société par le biais du service civique, pas que par le biais du service civique, est un jeune qui sera sûrement moins soumis aux tentations venant de prédateurs qui l'auraient repéré dans sa faiblesse.

YVES CALVI
Mais vous iriez, d'une façon ou d'une autre, jusqu'à vérifier qu'ils ne seraient pas d'éventuels apprentis terroristes, si je vous ai bien compris.

PATRICK KANNER
Ah mais, quoi qu'il arrive, il y a des entretiens, nous vérifions, dans les missions de service civique, que le jeune qui est là est un jeune qui ne présente pas de difficultés, mais en même temps un jeune qui est candidat à un service civique, il peut être, peut-être, aussi repéré, accompagné, s'il présente des difficultés personnelles, voire même psychologiques.

YVES CALVI
Les offres sont-elles suffisantes et pourquoi ne pas les ouvrir tout simplement aux entreprises ?

PATRICK KANNER
Alors les offres, aujourd'hui, ne sont pas suffisantes, c'est pour cela que le président de la République a dit qu'il imposerait aux administrations – pour l'instant les administrations publiques sont volontaires – elles auront, demain, une obligation de remplir des objectifs en fonction du nombre de salariés qui composent ces administrations.

YVES CALVI
Qui ne fait pas les efforts nécessaires dans cette histoire ?

PATRICK KANNER
Globalement aujourd'hui vous avez 82 % des missions de service civique portées par le secteur associatif, moi je souhaite qu'on arrive à 50/50, 50 % associations, 50 % secteur public, c'est-à-dire, très concrètement, Etat, au travers de ses administrations, de l'hôpital, mais aussi les collectivités locales.

YVES CALVI
Donc l'Administration ne fait pas son boulot en ce moment !

PATRICK KANNER
L'Administration n'est pas encore suffisamment sensibilisée. Moi je passe des conventions, et je vais en signer une prochainement avec Najat VALLAUD-BELKACEM pour 35.000 services civiques, mais on doit aller plus loin, sinon l'objectif du président ne sera pas rempli. Donc ma vocation, en tant que ministre, animateur de ce dispositif aujourd'hui, c'est de montrer à tous qu'il faut aller vers la généralisation du service civique.

YVES CALVI
Vous savez que de nombreux élus, de droite comme de gauche d'ailleurs, aimeraient revoir, une forme on va dire, de service militaire obligatoire, par exemple de 3 mois, il y a un sondage IFOP intéressant, l'an dernier, qui expliquait que 80 % des Français étaient favorables à un retour de ce service militaire. Est-ce que vous y réfléchissez, et si non, pourquoi ?

PATRICK KANNER
Il y a aujourd'hui la journée Défense citoyenne, la fameuse JDC, moi je suis favorable, et le président, d'ailleurs, a évoqué hier cela dans ses voeux, à l'extension de cette JDC à une semaine, avec une journée sur l'appropriation des éléments de défense, une journée sur les premiers secours, une journée sur une instruction civique, tout ceci s'inscrivant dans ce que moi j'appelle une fusée à quatre étages. Premier étage, l'enseignement moral et civique, 300 heures à partir de l'école. Deuxième étage, la journée Défense citoyenne, qui pourrait devenir une semaine citoyenne. Troisième étage, le service civique généralisé. Quatrième étage, la Réserve citoyenne. En fait, quand le président dit je voudrais qu'à partir de l'année prochaine chaque jeune, à 16 ans, ait un Livret citoyen, il est dans cette logique de dire « ne pensez pas toujours ce que l'Etat peut vous apporter, pensez aussi à apporter à l'Etat, à la Nation, au pays. »

YVES CALVI
Alors là ça devient du KENNEDY.

PATRICK KANNER
Oui, et je revendique.

YVES CALVI
Je reste au deuxième étage…

PATRICK KANNER
Je revendique.

YVES CALVI
Mais ce sont des valeurs et de belles idées. Je reste au deuxième étage, si on passe à 350.000, on pourra les héberger pendant une semaine nos gamins ?

PATRICK KANNER
Non, là vous confondez, excusez-moi, la journée Défense citoyenne avec le service, 350.000 c'est pour…

YVES CALVI
Mais la semaine c'est obligatoire.

PATRICK KANNER
La semaine ce serait obligatoire, pour toute une génération, donc 800.000 jeunes.

YVES CALVI
Alors je vous repose d'autant plus ma question, comment on fait pour les accueillir, 800.000 pendant une semaine ?

PATRICK KANNER
Ce n'est pas 800.000 en même temps…

YVES CALVI
Même si vous les lissez sur l'année ça fait du monde !

PATRICK KANNER
Bien sûr, mais ça permet, si vous voulez, de mobiliser par exemple tous les internats qui existent dans les lycées, qui sont disponibles pendant les petites vacances scolaires ou pendant les grandes vacances scolaires, nous avons encore des biens militaires qui existent aujourd'hui, donc techniquement nous avons regardé, cela est possible. Mais cela mérite un arbitrage. L'arbitrage n'est pas donné, et j'insiste là-dessus, le président a ouvert la porte hier dans son discours de voeux, il s'est interrogé sur l'opportunité, il n'a pas arbitré à ce stade, en tout cas moi j'y suis personnellement favorable, mais je suis un ministre discipliné.

YVES CALVI
On a compris que vous y étiez favorable, et par ailleurs discipliné. J'ai une dernière question à vous poser. François HOLLANDE avait fait de la jeunesse sa priorité pendant la campagne de 2012, vous êtes le ministre de la Jeunesse, Patrick KANNER, les jeunes Français vivent-ils mieux aujourd'hui qu'ils ne vivaient en 2012 ?

PATRICK KANNER
La situation reste très difficile pour beaucoup de jeunes, il y a une jeunesse qui va bien, une jeunesse qui va mal, moi je n'ai pas à rougir de l'acte 1 de la jeunesse portée par le président de la République, que j'ai accompagné depuis septembre 2014, à savoir le développement des emplois d'avenir, la garantie jeune, la caution pour les étudiants…

YVES CALVI
Ce qui n'empêche pas le chômage d'augmenter et la jeunesse française de se tourner majoritairement vers le Front national.

PATRICK KANNER
Aujourd'hui le chômage des jeunes diminue, permettez-moi de le rappeler, en 2015, 25.000 chômeurs de moins chez les jeunes, ce n'est pas suffisant, je vous le concède, et le vote Front national est le vote premier, aujourd'hui, chez les jeunes qui se sont exprimés aux dernières élections régionales. Trois quarts des jeunes n'ont pas été voter aux élections régionales, c'est ça l'enjeu, les remobiliser vers les partis républicains.

YVES CALVI
Merci beaucoup Patrick KANNER d'être venu faire le point avec nous sur ce dossier, qui est intéressant, qu'on va suivre, le président de la République se veut ambitieux et on espère que son ministre pourra porter ce dossier à terme. Très bonne journée à vous.

PATRICK KANNER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 janvier 2016

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