Interview de Mme Myriam El Khomri, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à Europe 1 le 12 janvier 2016, sur le Plan d'urgence économique et l'engagement des partenaires sociaux dans la lutte contre le chômage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Myriam El Khomri, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à Europe 1 le 12 janvier 2016, sur le Plan d'urgence économique et l'engagement des partenaires sociaux dans la lutte contre le chômage.

Personnalité, fonction : EL KHOMRI Myriam, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social;

ti :

THOMAS SOTTO
Elle est la ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Jean-Pierre ELKABBACH, vous recevez ce matin Myriam EL KHOMRI. Madame, monsieur, c'est à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pourquoi je la reçois ? Etat d'urgence économique, où, comment et quand. Bienvenue Myriam EL KHOMRI, bonjour.

MYRIAM EL KHOMRI
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour réussir un tel projet, il faut de la transgression et de l'audace. Est-ce que vous pouvez me citer deux ou trois exemples d'audace ?

MYRIAM EL KHOMRI
Actuellement on voit bien qu'on a un chômage de peu ou pas qualifiés, et on a un retard insupportable dans notre pays en direction notamment de demandeurs d'emploi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors comment on est audacieux ?

MYRIAM EL KHOMRI
L'audace, c'est de faire un plan à la hauteur des enjeux. Quand vous avez près de deux millions de demandeurs d'emploi qui n'ont pas le niveau bac et près de 680 000 qui ont un niveau inférieur au CAP, il est audacieux de dire que c'est bon pour la compétitivité de notre économie que de former ces personnes notamment aux métiers sous tension, à la transition énergétique et au numérique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourtant avant 2017, personne ne croit à la possibilité d'une grande réforme.

MYRIAM EL KHOMRI
Vous savez, le président de la République et le Premier ministre nous ont demandé, à l'ensemble des membres du gouvernement, de continuer à réformer jusqu'au bout. On a en effet parfois le sentiment que notre pays est bloqué, qu'on est incapable…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sentiment, c'est une réalité.

MYRIAM EL KHOMRI
Et qu'on est incapable justement, on est très fort pour diagnostiquer les problèmes, mais à partir du moment où il faut poser des solutions face à ces problèmes, c'est toujours plus compliqué.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, on va voir les solutions.

MYRIAM EL KHOMRI
Moi ce que je souhaite justement, c'est continuer à avancer et répondre aux questions que peuvent se poser les employeurs et les salariés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Toute la journée à Matignon chez Manuel VALLS sans Emmanuel MACRON, vous avez reçu les demandes opposées des syndicats et des patrons. C'est une gesticulation classique et d'ailleurs vaine. Les écouter, ça finit par paralyser la réforme. Est-ce que le gouvernement sera capable et sera en mesure d'imposer son plan d'urgence ?

MYRIAM EL KHOMRI
Notre méthode, c'est bien sûr l'écoute, la concertation et il est important d'entendre tous les partenaires sociaux. Puis après, il faut prendre nos responsabilités et on décide.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous imposerez aux récalcitrants et aux réfractaires classiques le plan d'urgence, dit d'urgence.

MYRIAM EL KHOMRI
Hier, nous avons présenté quelles étaient nos intentions, où nous souhaitions aller. Il y a des positions qui sont portées par les partenaires sociaux qui sont intéressantes, qui doivent être bien sûr mesurées, et le président de la République le 18 janvier prendra ses décisions sur ce plan.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Suspense, suspense.

MYRIAM EL KHOMRI
Permettez-moi juste de dire que ce plan a un double objectif. Le premier, c'est de soutenir la création d'emploi ; et le second, c'est de former les demandeurs d'emploi les moins qualifiés justement dans des métiers qui recrutent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux, est-ce que ça veut dire qu'il y a deux lois ? Il y en a une ou deux ? La réponse, la réponse.

MYRIAM EL KHOMRI
Je vois ce dont vous parlez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Heureusement !

MYRIAM EL KHOMRI
Moi, je travaille à une loi qui vise justement à simplifier, à rendre plus simple le Code du travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais une loi ou deux lois ? Simplifions.

MYRIAM EL KHOMRI
Il y a un travail qui est mené par Emmanuel MACRON, il y a un travail que je mène, moi, autour de la réforme du Code du travail, du compte personnel d'activité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc deux lois ?

MYRIAM EL KHOMRI
Ce que nous souhaitons pour être très clair avec Emmanuel MACRON, c'est d'aller au plus vite possible. Il nous reste un an, donc nous regardons. Il n'y aura peut-être qu'une seule loi et d'autres aspects qui seront pris d'un point de vue réglementaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Peut-être, à la grâce de Dieu. Une ou deux lois.

MYRIAM EL KHOMRI
Ce que nous voulons, c'est continuer à avancer et aller au plus vite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce sera un choix politique.

MYRIAM EL KHOMRI
Ce sera un choix politique qui sera celui du président et du Premier ministre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne sait pas si c'est une loi Macron II et une loi El Khomri I. On ne sait pas, on verra bien. Alors maintenant le fond. Les patrons se sont fait remarquer en réclamant un contrat de travail agile ; Jean-Claude MAILLY dit fragile. Comment vous répondez à Pierre GATTAZ et à ses frères ?

MYRIAM EL KHOMRI
Ce qui me semble important de rappeler aux organisations notamment patronales, c'est qu'il ne faut pas avoir la mémoire courte. Il y a un Pacte de responsabilité, un CICE qui permet de donner aux entreprises près de 41 milliards. Ce pacte est utile. Je dis aux organisations patronales qu'il ne faut pas avoir la mémoire courte.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ce contrat de travail, niet, non, nein.

MYRIAM EL KHOMRI
Par ailleurs, l'enjeu de notre plan est justement de créer de l'emploi et non pas forcément de faciliter les licenciements.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par exemple Emmanuel MACRON, bien rasé hier, trouve que chez les patrons ça relève de l'obsession, cette demande, cette surenchère. Vous êtes d'accord avec lui ?

MYRIAM EL KHOMRI
Il y a parfois du toujours plus. Je rappelle justement que depuis 2012, on a mis en place le Pacte de responsabilité qui est essentiel parce que les entreprises ont retrouvé des marges, parce que ça leur a permis également d'investir et donc in fine aussi après de créer de l'emploi. Je crois qu'il est important, quand nous mettons en place un plan d'urgence pour l'emploi, à la fois d'être en capacité de regarder ce qui a déjà été fait, et pas toujours plus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pierre GATTAZ vous dit, concret : « On est prêt à embaucher si, en fonction des carnets de commandes, on peut licencier plus facilement. » Est-ce qu'il a votre accord ?

MYRIAM EL KHOMRI
Non. De ce point de vue-là, je vous l'ai dit, moi je ne suis pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je retiens le « non ».

MYRIAM EL KHOMRI
L'enjeu, c'est de créer de l'emploi et pas de faciliter les licenciements. Je ne peux pas être plus claire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le gouvernement va-t-il plafonner les indemnités de licenciement aux prudhommes ?

MYRIAM EL KHOMRI
Oui. Je travaille depuis deux mois en effet sur un nouveau barème. Je rappelle que ce barème avait été inscrit dans la loi Croissance et activité portée par Emmanuel MACRON. Que cette mesure a été retoquée par le Conseil constitutionnel parce qu'il y avait justement une différenciation selon la taille de l'entreprise.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La réponse est oui.

MYRIAM EL KHOMRI
Donc en effet, je travaille à un nouveau barème qui sera inclus dans la loi que je porterai au printemps prochain.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et le même pour tous les salariés ?

MYRIAM EL KHOMRI
Tout à fait. Selon l'âge et l'ancienneté du salarié. Voilà ce sur quoi je travaille actuellement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les patrons, Myriam EL KHOMRI, qui sont bien organisés vous demandent d'exonérer ou d'alléger les charges des entreprises, surtout des PME. Votre réponse ?

MYRIAM EL KHOMRI
Je réponds qu'en effet, dans le cadre du plan pour l'emploi, il y a notre volonté de soutenir l'embauche et en effet de faciliter la création d'emploi. Il y a des réflexions de ce point de vue-là. Le président de la République tranchera le 18 janvier à l'occasion de ses voeux aux partenaires sociaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. On allège, on exonère, on fait une prime.

MYRIAM EL KHOMRI
Voilà. On a des réflexions sur le paramétrage sur l'aide qui pourra être apportée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A votre avis, ce sera une prime ?

MYRIAM EL KHOMRI
Je ne peux pas vous le dire à ce stade mais il y a un travail là-dessus. En effet, il faut aussi rappeler qu'il y a eu des allègements de charges notamment dans le cadre du Pacte de responsabilité et CICE. On entend par exemple que les organisations patronales, on est prêt à innover, notamment par exemple sur le contrat de professionnalisation pour former des demandeurs, où ils demandent un cadre plus simple et allégé quand on prend un demandeur d'emploi en contrat de professionnalisation. Tout ça est sur la table, on est en train de faire des études d'impact et les décisions seront prises…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les décisions vont être prises et elles ne sont pas prises. Les syndicats sont plutôt d'accord avec les 500 000 formations supplémentaires pour les chômeurs de longue durée. D'abord qui va le rendre opérationnel ? Et puis, sur le coup, Jean-Claude MAILLY dit : « Ça va coûter plus d'un milliard ». Vous savez comment vous allez le financer ? Vous le savez ?

MYRIAM EL KHOMRI
C'est également en plein arbitrage. Ce que je veux vous dire ici, c'est que c'est essentiel aujourd'hui que nous fassions ce plan de formation. Pourquoi ? Quand la France forme un demandeur d'emploi sur dix, l'Allemagne c'est deux, l'Autriche c'est quatre, certains pays scandinaves c'est trois sur dix. Donc nous avons un retard en la matière.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Philippe MARTINEZ dit : quand ils sortent les apprentis avec cette formation nouvelle, ils ne trouvent pas de travail.

MYRIAM EL KHOMRI
L'apprentissage, non, l'apprentissage, c'est une voie d'excellence, parce que vous avez 70 % des jeunes qui trouvent un emploi derrière l'apprentissage. Aujourd'hui, la méthode, on va être attendu sur la mise en oeuvre opérationnelle de ce plan, et c'est pour cela que vu qu'il y a une mobilisation collective, les présidents de régions qui sont prêts à travailler avec nous, les partenaires sociaux, l'enjeu, c'est vraiment de travailler à partir des besoins des territoires, quels sont les besoins des entreprises sur les territoires ? Quels sont les domaines dans lesquels elles n'arrivent pas à recruter, et à partir de là…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous allez travailler…

MYRIAM EL KHOMRI
On mettra en face des demandeurs d'emploi qui auront été formés…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous travaillez avec les régions ?

MYRIAM EL KHOMRI
Tout à fait. Et c'est essentiel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les présidents… attendez, les présidents de régions, qu'ils soient de droite ou de gauche ?

MYRIAM EL KHOMRI
Bien évidemment, beaucoup de présidents de régions dans le cadre de la campagne se sont engagés sur les questions de formation professionnelle, sur les questions d'apprentissage, nous réussirons que si nous sommes en capacité d'avoir une mobilisation générale qui part d'abord des besoins des entreprises et des territoires, et puis, derrière, que nous mettions les qualifications pour les demandeurs d'emploi qui le souhaitent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La réforme du travail, du code du travail, c'est pour quand, avec le compte personnel d'activité, ça, c'est une grande réforme ?

MYRIAM EL KHOMRI
C'est une vraie, c'est une grande réforme…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est quand ça ?

MYRIAM EL KHOMRI
Une grande réforme audacieuse, qui vise justement à donner, que les choses soient plus accessibles, plus simples, en laissant plus de place aux accords d'entreprises, plus de place aux accords de branches ; Conseil des ministres du 9 mars prochain, Commission à l'Assemblée début… fin mars, et puis, débat parlementaire début avril.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
80 % des Français pensent que la courbe du chômage ne s'inversera pas en 2016. Ils se trompent ?

MYRIAM EL KHOMRI
Oui, je pense que la courbe du chômage s'inversera en 2016, on le voit bien, en 2015, nous avons eu près de 46.000 créations nettes d'emplois, nous sommes dans une phase de stabilisation, mais s'agissant des jeunes, le chômage des jeunes a diminué de 25.000 sur la dernière année. Donc nous voyons bien que sur le chômage des jeunes, la politique que nous menons produit des résultats. Aujourd'hui…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, Myriam EL KHOMRI…

MYRIAM EL KHOMRI
Aujourd'hui, nous avons encore des métiers en tension, nous avons également, le président de la République annoncera ses voeux ce soir, à la CAISSE DES DEPÔTS ET CONSIGNATIONS, et développera de l'investissement public…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Simplement…

MYRIAM EL KHOMRI
Qui sera essentiel pour créer de l'emploi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'en 2016, on verra les résultats ou les effets de ce que vous êtes en train d'essayer de nous annoncer, et en tout cas, de fabriquer ?

MYRIAM EL KHOMRI
Oui, nous amplifions en effet le mouvement pour aller plus vite, plus loin, pour mieux répondre aux territoires, afin que le chômage en France recule durant l'année 2016…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Amen ! Amen ! Et vous pensez que vous aurez une majorité pour faire voter ça ? Vous avez la gauche qui est contre, ou une grande partie de la gauche, la droite qui est opposée, vous aurez une majorité ?

MYRIAM EL KHOMRI
Ecoutez, tout le monde est d'accord pour lutter contre le chômage, aujourd'hui, on voit bien qu'il faut une mobilisation générale. Nous mettons en place des outils avec des abondements de l'Etat, en partant des besoins des territoires, j'imagine qu'il y aura une majorité pour aller plus loin dans ce domaine.

THOMAS SOTTO
Myriam EL KHOMRI, petite question, vous avez dit à Jean-Pierre que, oui, vous travaillez sur le plafonnement des Prud'hommes pour tous les salariés, est-ce que vous allez alléger les impôts sur les indemnités quand elles sont décidées lors de la conciliation, c'est-à-dire avant qu'il y ait un jugement aux Prud'hommes ? Est-ce qu'il y aura moins d'impôts si la somme est décidée avant que toute la procédure se mette en marche, oui ou non ?

MYRIAM EL KHOMRI
En matière de transaction, vous voulez dire ?

THOMAS SOTTO
Oui.

MYRIAM EL KHOMRI
C'est en train d'être évalué.

THOMAS SOTTO
Donc c'est une piste ?

MYRIAM EL KHOMRI
C'est en train d'être évalué, ça a été porté également dans les discussions qui ont été menées hier…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc rien n'est décidé ?

MYRIAM EL KHOMRI
Non, rien n'est décidé de ce point de vue-là…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Rien…

THOMAS SOTTO
Et vous, vous y êtes favorable ?

MYRIAM EL KHOMRI
C'est dans le cadre de la loi. Ecoutez, je n'ai pas… j'attends l'évaluation…

THOMAS SOTTO
Voilà, c'est une information en tout cas que nous révélait Olivier SAMAIN, ce matin sur Europe 1. Merci Jean-Pierre. Et Merci Madame la Ministre…

MYRIAM EL KHOMRI
Merci à vous.

THOMAS SOTTO
Demain, c'est François VILLEROY de GALHAU, le nouveau président de la BANQUE DE FRANCE, qui sera votre invité, Jean-Pierre, à 08h20…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui a intérêt à être connu ou à se faire connaître.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 janvier 2016

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