Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "Europe 1" le 14 janvier 2016, sur la baisse de réunération du plan éparge logement, sur la mise en place de la retenue à la source, sur la réduction du déficit budgétaire de l'Etat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre des finances et des comptes publics, à "Europe 1" le 14 janvier 2016, sur la baisse de réunération du plan éparge logement, sur la mise en place de la retenue à la source, sur la réduction du déficit budgétaire de l'Etat.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre des finances et des comptes publics;

ti : THOMAS SOTTO
« L'interview politique d'Europe 1 », c'est donc Michel SAPIN, le ministre des Finances, qui est l'invité de Jean-Pierre ELKABBACH ce matin. Messieurs, c'est à vous !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il a été étrangement silencieux pendant plusieurs semaines, Michel SAPIN pratique peut-être l'éloge du silence. Merci d'être avec nous. Bienvenue. Bonjour !

MICHEL SAPIN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord, du concret, du concret, vous maintenez la rémunération du Livret A à 0,75 %, elle aurait dû descendre à 0,50 %. C'est une décision politique ?

MICHEL SAPIN
C'était une décision qui était ici-même recommandée par le gouverneur de la Banque centrale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier…

MICHEL SAPIN
Il n'est pas là pour faire de la politique, il ne souhaite pas faire de la politique. C'est donc ce qui paraît être la solution la plus sage, pourquoi ? Elle permet de continuer à avoir une rémunération correcte pour l'épargne populaire, pour les gens les plus modestes, tout en corrigeant, sur d'autres aspects, et en particulier sur l'épargne qui touche le logement, on a réduit ce niveau de rémunération, et on a donc réduit en même temps le niveau de l'emprunt, le coût de l'emprunt. On a des taux d'intérêt très, très faibles aujourd'hui en France, tant mieux, c'est la preuve, 1°) : que la politique européenne de la Banque centrale est efficace, et 2°) : qu'on nous fait confiance. Si on ne faisait pas confiance à la France, et quand je dis la France, si on ne faisait pas confiance au gouvernement de la France pour gérer les finances de la France, nous n'aurions pas des taux d'intérêts qui, à dix ans, sont inférieurs à 1 %, et toute l'économie en profite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors hier, François VILLEROY de GALHAU a jugé aussi anormalement élevé le nouveau plan d'épargne logement, les PEL, à 2 %, et vous l'avez apparemment écouté, vous l'avez baissé, à partir du 1er février, à 1,5 %. C'est bon pour qui ?

MICHEL SAPIN
Eh bien, ça diminue la rémunération du PEL, de 0,5, enfin, 2 %...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'était trop ?

MICHEL SAPIN
C'était considérable pour une épargne moins liquide que le Livret A, mais malgré tout extrêmement liquide. Donc ça réduit la rémunération, mais ça réduit aussi le taux auquel les banques vont prêter à ceux qui ont besoin d'acheter leur logement. Donc c'est aussi une manière d'encourager à l'achat de logements, donc à la construction, et vous le savez, s'il y a un secteur aujourd'hui qui a besoin de redémarrer, c'est bien celui de la construction, il y a de l'activité et il y a de l'emploi dans une construction relancée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous ne vous contentez pas d'encourager les Français à épargner, mais vous leur dites : investissez !

MICHEL SAPIN
Il y a les deux aspects, l'épargne est légitime, mais à un moment donné, si on ne fait qu'épargner, on a un probablement d'activité. Donc de l'épargne et de l'activité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, du concret, du concret, Michel SAPIN, vous avez entendu l'enquête d'Emmanuel DUTEIL tout à l'heure sur le prélèvement à la source. C'est donc l'employeur qui va s'en charger.

MICHEL SAPIN
Enfin, l'employeur, celui qui verse la somme en question, si c'est une caisse de retraite, c'est la caisse de retraite, si c'est une caisse d'assurance-chômage, c'est la caisse d'assurance-chômage. C'est la méthode aujourd'hui utilisée, d'ailleurs dans tous les autres pays, et la méthode qui est utilisée en France, puisque la CSG par exemple est déjà prélevée sur votre feuille de paie par l'employeur…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est compliqué, ce sont des opérations compliquées qu'on a entendues tout à l'heure avec Emmanuel…

MICHEL SAPIN
Non, justement, il faut éviter quelque chose de compliqué, parfois, décrire quelque chose peut paraître compliqué, le faire peut être plus simple. Nous ferons le plus simple possible en dialogue avec les entreprises, ce n'est pas fait pour compliquer la vie des gens…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous avez les logiciels adaptés…

MICHEL SAPIN
Oui, eh bien, on travaille dessus, on les fait, on les fait nous-mêmes, on a d'excellents informaticiens, mais je veux un dispositif qui permette de valoriser l'avantage principal du dispositif, on paie des impôts en fonction des revenus du moment, et non pas des impôts l'année d'après, alors que, éventuellement, vos revenus ont changé. Vous étiez en activité, vous tombez au chômage, vous payez au chômage les impôts de l'activité, ça, ça ne va pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'y aura pas d'année sans impôts ?

MICHEL SAPIN
Non, il n'y aura pas d'année sans impôts, ça, c'est dans un monde…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la date, après les expérimentations, la date, c'est toujours ?

MICHEL SAPIN
1er janvier 2018, c'est : mise en oeuvre au 1er janvier 2018. Mais pour que les choses soient claires, pour que ce soit mis en oeuvre le 1er janvier 2018, il faut que tout ait été adopté au 1er janvier 2017. Donc c'est un sujet que nous aurons à débattre au Parlement, au cours de l'année 2016.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En 2015, Michel SAPIN, de combien est le déficit public, parce que, jusqu'à présent, il a pas mal augmenté cette année, puisque vous commencez, je suppose, à voir les chiffres ?

MICHEL SAPIN
Les chiffres vont être publiés dans quelques minutes, donc je peux vous les donner, pour l'Etat, le budget de l'Etat va voir son déficit diminuer beaucoup plus que nous ne l'avions prévu. Nous avions prévu 74 milliards de déficit du budget de l'Etat, et nous serons à 70 milliards de déficit du budget de l'Etat, quatre milliards de mieux que ce que nous avions prévu. Et c'est quinze milliards de mieux que l'année dernière en 2014. Et si je voulais trouver un repère dans cette période difficile, dans cette crise que les Français traversent, c'est le chiffre, 70 milliards, que la France connaissait en 2008, c'est-à-dire avant la crise budgétaire…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire qu'on sort de la crise ?

MICHEL SAPIN
Ça veut dire que nous sommes revenus, nous sortons, de ce point de vue-là, nous sortons de la crise, le budget de l'Etat a été géré avec suffisamment de sérieux pour nous permettre de surmonter cette période de crise…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais avec votre bras gauche cassé, où je vais mettre la médaille, parce que, on peut dire que c'est le sérieux de toute une équipe, etc., mais, mais ça reste élevé.

MICHEL SAPIN
Bien sûr, ça reste élevé, c'était déjà élevé en 2008, décrit comme tel par certains, ça a explosé – comme vous le savez – entre 2009, 2010 et 2011. Nous sommes arrivés, on y a remis de l'ordre progressivement, de l'ordre progressivement. C'est important, pourquoi ? Pas par rapport à des chiffres, parce que tous ces chiffres-là sont très gros, les gens ne se rendent pas compte, 74, 70 milliards, non, ce qui est important, c'est que si nous voulons faire face aux priorités du moment, et dans les priorités du moment, il y a la sécurité, la sécurité, la sécurité, nous devons pouvoir dégager des moyens supplémentaires. Les moyens supplémentaires dégagés en 2015, ils ont été couverts par des économies supplémentaires, ils n'ont pas été couverts par déficits supplémentaires…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais est-ce que… on l'a entendu tout à l'heure, on dit qu'il n'est pas exclu que soit dégelé l'indice de salaire des fonctionnaires, est-ce que c'est vrai ?

MICHEL SAPIN
Mais il y a plein de choses dont on peut dire qu'elles ne sont pas exclues, elles peuvent être sur la table…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais vous dites oui ou non ?

MICHEL SAPIN
Mais il y a quelque chose qui est clair et net…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ne se fait pas ?

MICHEL SAPIN
Je vais vous dire les choses claires et nettes, de même que les dépenses supplémentaires, en 2016, dans le domaine de la sécurité, les armées, la police, le renseignement, la justice ont financés par des économies ; toute nouvelle dépense sera compensée par des économies. Par exemple, il va y avoir un plan emploi, un plan contre le chômage…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il coûtera combien au total…

MICHEL SAPIN
Le chiffre n'est pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au total, pas seulement les apprentis, les 500.000 chômeurs supplémentaires…

MICHEL SAPIN
Le chiffre n'est pas arrêté, ça dépendra des dernières décisions du président de la République…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autour de ? Soyons précis…

MICHEL SAPIN
Ça dépendra des décisions du président de la République…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autour de ?

MICHEL SAPIN
Mais la chose est claire et nette…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne voulez pas répondre.

MICHEL SAPIN
Non, mais parce que je ne suis pas le président de la République. Et donc c'est le président de la République qui répondra, vous le savez, la semaine prochaine…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais vous le savez, vous travaillez autour de chiffres…

MICHEL SAPIN
Le 18, où il décrira le plan global qu'il a souhaité, qu'il a déjà annoncé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Si je dis deux milliards, je suis loin de la réalité ?

MICHEL SAPIN
Vous n'êtes pas loin de la réalité, et c'est la réalité que décrira ensuite le président de la République de manière plus précise. Mais, mais ce n'est pas deux milliards de déficit supplémentaires, ce sont deux milliards de dépenses qui seront compensées intégralement par des économies ailleurs, parce que c'est comme ça qu'on peut remettre la France dans la bonne direction…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le silence respecté pendant un moment vous a rendu encore plus éloquent, simplement, est-ce que vous serez dans les délais des 3 % en 2017 pour Bruxelles ?

MICHEL SAPIN
C'est l'objectif, je vais vous dire, nous y serons, nous prenons tous les moyens pour y être, parce que cette stabilité, cette visibilité dans la diminution des déficits, c'est aussi une manière de créer de l'emploi, c'est aussi une manière de donner confiance. Si les économistes, si les entreprises, si vous-même, vous vous dites : mais finalement, tout ça va être financé n'importe comment, vous perdez confiance. La confiance, c'est aussi de tenir la barre...

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… AREVA, l'Etat a promis de sauver AREVA, EDF va mettre la main à la poche pour une partie d'AREVA, vous allez recapitaliser, est-ce qu'il est vrai, comme dit Le Figaro en Une, que ça va coûter quatre milliards, et je n'ajoute pas aux contribuables ?

MICHEL SAPIN
Le Figaro donne des chiffres, le gouvernement ne les a pas encore donnés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, non, mais quels sont-ils ? Parce qu'on sait très bien qu'il va falloir recapitaliser…

MICHEL SAPIN
Vous croyez que ce sont des chiffres qu'on invente, comme ça, au coin d'une table ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non…

MICHEL SAPIN
Non, c'est un travail précis, un travail sérieux, un travail qui implique EDF, qui implique AREVA…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, d'accord, mais on le sait que vous êtes sérieux !

MICHEL SAPIN
Et donc ce travail sérieux, je ne vais pas le gâcher en l'espace de quelque secondes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes sérieux, mais ça va coûter de l'argent à l'Etat, donc aux Français, les erreurs de gestion…

MICHEL SAPIN
Non, ça ne vous coûtera pas en tant que tel, puisque c'est la gestion de nos actifs, c'est-à-dire que ce que nous vendrons d'un côté, nous pourrons le mettre de l'autre côté, c'est ça aussi une gestion active et intelligente de ce qui appartient aujourd'hui à l'Etat…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Soignez-vous, là !

THOMAS SOTTO
Merci Michel SAPIN…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le bras, le bras, le bras !

THOMAS SOTTO
Le bras, parce que, voilà, Michel SAPIN a le bras en écharpe. Merci Jean-Pierre. A demain matin


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2016

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