Point de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur l'accord de Paris sur le climat, le nucléaire iranien et sur les relations entre la France et les pays arabes du Golfe persique, à Abou Dhabi le 18 janvier 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur l'accord de Paris sur le climat, le nucléaire iranien et sur les relations entre la France et les pays arabes du Golfe persique, à Abou Dhabi le 18 janvier 2016.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Déplacement aux Emirats arabes unis et en Arabie Saoudite, les 18 et 19 janvier 2016

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* Conférence de Paris pour le climat

J'ai été invité au World Future Energy Summit en tant que président de la COP21. Je vais revenir sur le contenu de l'accord de Paris, je vais expliquer comment on est arrivé au succès et surtout, je vais pour la première fois expliquer comment je vois l'année 2016, qui va être une année d'un plan que j'appelle «4 P».

Le premier P, c'est pour le processus de signature et de ratification de l'accord de Paris, puisque vous savez que pour l'accord de Paris entre en vigueur, il faut qu'au moins 55 pays, représentant 55% des effets de gaz à effet de serre l'aient signé et approuvé. La signature aura lieu le 22 avril à New York, nous serons là avec le Président de la République. Ça, c'est la première tâche que nous devons faire en 2016 : procéder à la signature et à la ratification.

Le deuxième P, c'est apporter des précisions sur l'accord de Paris. L'accord de Paris fixe une série de principes, mais il va falloir que nous nous mettions d'accord sur des précisions à ces principes. Par exemple, en ce qui concerne les modalités de révision des contributions nationales, le mécanisme de transparence et le reporting sur les financements. Tout cela va devoir être fait à partir du mois de mai, où nous aurons une session de négociations à Bonn.

Le 3ème P, ce sont toutes les actions pré-2020, dans le domaine public et dans le domaine privé. À la COP21, nous avons une série d'engagements, entre les États, entre les villes, les régions, les investisseurs, la société civile. Il va falloir veiller à ce que ces engagements pris soient respectés. Je vous donne quelques exemples : les engagements pris concernant l'électrification de l'Afrique, les engagements pris sur ce qu'on appelle «l'alliance solaire» du Premier ministre Narendra Modi, les engagements pris avec le président Obama, Bill Gates et quelques autres en ce qui concerne la mission innovation ; l'engagement pris du système pour l'alerte précoce pour les petites îles. Tout ceci va devoir être monitoré, sans oublier des domaines qui n'ont pas été couverts par Paris, mais qu'il va falloir faire avancer : l'aviation, le transport maritime, les HFC et là aussi cela va être notre rôle.

Le 4ème P, c'est la préparation de la COP22 à Marrakech. Nous allons mener l'action toute l'année 2016 avec nos amis marocains qui nous succèderont au mois de novembre à Marrakech.

Donc à l'occasion de cette conférence d'Abou Dhabi, qui est maintenant devenue un événement important en ce qui concerne le développement soutenable, j'annoncerai les quatre priorités pour l'année 2016 où la France sera bien sûr très investie.


Q - l'année 2016 sera une année test, est-ce que vous êtes optimiste sur l'élan que prendra la mise en oeuvre?

R - Oui, je suis d'un optimisme actif. Au-delà de la COP21, qui a été un grand succès, au-delà même de ce que nous avions espéré, on a dégagé des principes, des actions, des engagements, maintenant il faut les appliquer. L'année 2016 va être la première année d'implantation et la France, qui continue à présider la COP21, y veillera, en liaison avec nos amis marocains et en liaison avec les Nations unies.

Q - Vous espérez quand la signature ?

R - Il faut la signature et la ratification. La signature, cela peut être fait très vite, par exemple la France signera très vite. Je vais mercredi prochain au Parlement européen. J'inviterai les chefs d'État et de gouvernement à être présents à New York le 22 avril et beaucoup d'autres seront là.

Après, il y a le mécanisme de ratification qui est plus compliqué, parce que souvent il passe devant les parlements. Mais j'espère qu'on attendra les deux fois 55 très vite. De toute façon, l'accord est applicable en 2020, mais il y a des dispositions préalables et le plus vite sera le mieux. On va faire en sorte en France de le ratifier au premier semestre 2016.

Q - En quoi les énergies renouvelables font partie de la solution du dérèglement climatique ?

R - C'est une partie très importante car le sens de la conférence de Paris est qu'il y aura de moins en moins de place pour les énergies carbonées et de plus en plus de place pour les énergies dé-carbonées. Parmi les énergies dé-carbonées, les énergies renouvelables jouent un rôle extrêmement important. Déjà leurs prix ont baissé et il y a toute une série d'initiatives qui vont avoir pour objet de les faire baisser encore, notamment la mission innovation, que nous avons lancée avec le président Obama, le président Nieto, le président Hollande et pas mal d'investisseurs du monde entier. Son objet est de favoriser les sauts technologiques et dans le domaine des énergies renouvelables, il y a pas mal de sauts technologiques.

Personnellement, je pense que les choses iront plus vite que ce qui est prévu à la fois parce que le dérèglement climatique va devenir malheureusement de plus en plus spectaculaire - on voit bien en Inde, en Chine et d'autres pays, y compris en Europe -, et aussi parce que la technologie va progresser et les coûts des nouvelles énergies vont diminuer.

Nous allons plaider pour un prix du carbone dans toute une série de régions. Je pense que les énergies renouvelables vont prendre une place considérable.

Q - C'est un message que vous envoyez aux Émirats Arabes Unis, un pays producteur ?

R - Oui, les Émirats Arabes Unis sont un pays producteur mais ils ont compris, bien avant d'autres, qu'ils ne pouvaient pas faire reposer leur développement uniquement là-dessus. C'est d'ailleurs pourquoi ils sont très présents sur les énergies renouvelables. Leur économie est basée de plus en plus sur les services. J'ai visité ce matin le Louvre Abou Dhabi qui doit ouvrir à la fin de l'année. Il va y avoir sur cette île un quartier des musées, pour développer le tourisme. Il y a d'autres éléments de services dans les Émirats. Je serai ce soir à Dubaï.

Non seulement leur économie ne repose pas seulement sur l'énergie, mais en ce qui concerne l'énergie, c'est aussi beaucoup sur les énergies renouvelables.

Q - Et même avec un pétrole à 30 dollars ?

R - Oui alors on dit que le niveau sur lequel étaient fondées beaucoup de prévisions ici était de 73 dollars. Aujourd'hui, il est de 30, il est passé à 28 même. Bien évidemment, il faut tenir compte dans les projets et dans la préparation du futur de cette évolution. Certains ont parlé - le gouverneur de la banque centrale britannique - de bulle financière dans les secteurs d'énergies carbonées. Il y a eu beaucoup d'investissements, mais compte tenu du déséquilibre offre/demande sur le marché et compte tenu du fait que, de plus en plus on va chercher à diminuer les émissions de carbone, il est évident qu'il va y avoir un rééquilibrage vers les énergies dé-carbonées. (...).


* Iran - Syrie - Arabie Saoudite - Émirats Arabes Unis

Q - J'aimerais vous parler de l'accord nucléaire. Les attentes sont grandes, aussi bien en Occident que dans le Moyen-Orient. Quel sera l'impact ?

R - L'accord que nous avons-nous-même signé, parce que vous savez que la France a joué un rôle important dans la négociation, dans la position que j'ai appelé de «fermeté constructive» en étant constructif et extrêmement ferme aussi sur les exigences. Cet accord vise à écarter le risque de prolifération nucléaire dans la région. Maintenant, nous avons eu, hier, le «implantation day» parce que l'Agence internationale de l'énergie atomique a dit que les exigences requises étaient atteintes.

Maintenant, on va rentrer dans la progression. J'ai dit que, en même temps, c'était une chose positive, parce que c'était lié à la lutte contre la prolifération nucléaire mais que nous entendions être extrêmement stricts dans la mise en oeuvre. Il y a des choses qui sont permises et il y en a qui sont interdites. Et il y a tout un monitoring au fur et à mesure des années qui est prévu. Ce qu'il faut espérer - ce n'est pas conclu - c'est que l'état d'esprit qui a permis cet accord aura des conséquences positives sur une attitude générale dans la région et en particulier de la part de l'Iran. Ça, c'est une espérance que nous avons, mais on verra à l'usage si cela est pratiqué.

On va en avoir une première occasion très rapidement avec ce qu'il se passe en Syrie, parce que vous savez que normalement à la fin du mois doivent s'ouvrir des négociations entre les parties syriennes. Nous sommes, nous Français, favorables aux négociations, mais nous disons qu'il faut que, pour que les négociations réussissent, toutes les questions soient traitées, y compris les questions de la gouvernance et du gouvernement syrien. Nous demandons aussi que le siège de toute une série de villes soit supprimé et qu'on arrête les bombardements indifférenciés. Là, des pays comme l'Iran ont un rôle à jouer, car vous savez - ce n'est pas contesté sérieusement - qu'il y a des éléments du Hezbollah ou d'autres encore qui sont présents en Syrie. Il y a d'autres conflits et nous espérons que la tension va diminuer : je pense au Yémen, à l'Irak et à d'autres pays encore.

L'accord nucléaire vise, comme son nom l'indique, le nucléaire, mais il faut espérer que ça permettra une réduction des tensions dans la région. C'est un espoir, ce n'est pas encore une réalité.

Q - Quel est l'objet de votre visite à Dubaï ?

R - Rencontrer les dirigeants de Dubaï et rencontrer la communauté d'affaires, car à Dubaï, il y a un dynamisme fort, il y a beaucoup de Français. Je veux faire le point avec les dirigeants économiques et politiques. Il y a toute une série de projets, de grands projets, par exemple l'aéroport, des projets dans différents domaines, y compris sur les énergies nouvelles où les entreprises françaises sont excellentes.

Q - Et Riyad demain ?

R - Demain matin je serai encore à Dubaï, et dans la journée j'irai en Arabie saoudite. Nous recevrons le président iranien la semaine prochaine à Paris et nous voulons avoir des contacts avec tout le monde. En Arabie saoudite, j'aurai l'occasion de rencontrer le roi et les principales autorités du royaume, pour discuter de la situation et préparer une réunion qui doit avoir lieu au mois de mars, qui est une réunion économique sur le degré d'avancement de la coopération entre l'Arabie et la France.

Q - Est-ce que la France offre certaines médiations entre Téhéran et l'Arabie Saoudite ?

R - Médiation n'est pas le mot exact, mais c'est vrai que nous parlons avec les uns et les autres. Mais là, l'opportunité se présente d'avoir un contact avec les plus hautes autorités saoudiennes et la semaine prochaine de recevoir le président iranien. La France a des positions qui sont connues, elle a des amitiés qui sont connues, mais en même temps c'est un pays qui est totalement indépendant, qui recherche la paix et la sécurité, qui n'a pas d'agenda caché et qui parle avec tout le monde.

Q - Et vous ne pensez pas que cette rupture entre Téhéran et Riyad complique un peu la situation ?

R - Lorsque les évènements sont intervenus, nous avons dit que nous souhaitions qu'il y ait une baisse des tensions car les tensions évidemment ne sont jamais porteuses de solutions.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 janvier 2016

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