Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes à France 2 le 11 février 2016, sur la Grande conférence de la santé et les enjeux de la santé publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes à France 2 le 11 février 2016, sur la Grande conférence de la santé et les enjeux de la santé publique.

Personnalité, fonction : TOURAINE Marisol, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes;

ti :

WILLIAM LEYMERGIE
Roland SICARD reçoit aujourd'hui la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol TOURAINE.

ROLAND SICARD
Bonjour à tous, bonjour Marisol TOURAINE.

MARISOL TOURAINE
Bonjour Roland SICARD.

ROLAND SICARD
On va parler de cette grande conférence de la santé, qui est sensée réconcilier les médecins qui étaient en colère, les professions paramédicales, avec le gouvernement, mais d'abord un mot du remaniement qui aura lieu dans la journée. Est-ce que vous êtes sûre d'être encore ministre de la Santé ce soir ?

MARISOL TOURAINE
Un ministre n'est jamais sûr de rien. J'ai beaucoup de travail, comme vous l'avez dit, aujourd'hui, j'en ai eu beaucoup pour préparer cette grande conférence de la santé, donc je suis consacrée à mon activité et à ce travail et très sereine.

ROLAND SICARD
Vous souhaitez rester à la Santé.

MARISOL TOURAINE
Je porte ces sujets avec beaucoup d'énergie, je crois, et d'enthousiasme, de convictions, c'est un très beau ministère.

ROLAND SICARD
Ce remaniement ministériel, il doit avoir un sens politique, il doit montrer un élargissement de la majorité ?

MARISOL TOURAINE
Si le gouvernement pouvait accueillir des écologistes et des Verts, j'en serais très heureuse, parce que, on le voit dans les votes à l'Assemblée nationale, et même au Sénat, notre majorité ne se limite pas simplement à des socialistes, et il est bon que le gouvernement, la composition d'un gouvernement, reflète la réalité de la majorité qui soutient ce gouvernement. Donc, pour ma part, je serais heureuse que des écologistes puissent rejoindre le gouvernement, surtout dans un moment où nous avons besoin d'unir nos forces, pour aller de l'avant, pour convaincre les Français des politiques que nous engageons.

ROLAND SICARD
En attendant, Jean-Luc MELENCHON a annoncé sa candidature pour 2017, ça fait une nouvelle division à gauche.

MARISOL TOURAINE
Oui, enfin il se divise et il divise son propre camp, puisque, si je comprends bien, c'est une aventure solitaire, lancée en solitaire, et ceux qui le soutenaient en 2012 n'avaient même pas été prévenus de cette initiative, il a voulu faire un coup, ça n'est pas étonnant venu de lui.

ROLAND SICARD
Alors, cette grande conférence sur la santé, elle fait suite aux grèves des médecins, des médecins libéraux. On a l'impression qu'il y a une sorte de fracture entre le gouvernement et justement la médecine libérale, d'ailleurs les médecins libéraux, les syndicats de médecins libéraux tiennent des assises, parallèlement, à la grande conférence.

MARISOL TOURAINE
La grande conférence de la santé, c'est quoi ? C'est la volonté de mettre sur la table, des sujets comme la formation des futurs professionnels de santé, pas seulement les médecins, aussi les professions paramédicales, et puis de voir comment on peut améliorer leurs conditions de travail. Notre système de santé, il a besoin d'être réorganisé, pour faire face aux nouveaux défis : le vieillissement de la population, des maladies chroniques avec lesquelles on vit longtemps, mais qui supposent que l'on soit pris en charge dans la durée, et cette réorganisation, ça a été le sens de la loi que j'a porté, pour la loi de santé, de modernisation du système de santé, mais on doit en tirer les conséquences pour la formation des futurs professionnels.

ROLAND SICARD
Alors, qu'est-ce qui va changer ?

MARISOL TOURAINE
Et donc nous allons faire un certain nombre de propositions. Par exemple, nous disons, tous, de plus en plus, que le médecin, l'infirmière, le kiné, ne travaillent plus tout seul dans leur cabinet, ils travaillent ensemble, en équipe. Aujourd'hui, les études médicales ou paramédicales, elles restent cloisonnées, les médecins avec les médecins, les infirmières avec les infirmières, etc. etc. Nous devons proposer des passerelles, de enseignements communs, entre les paramédicaux et les médicaux, c'est un exemple que je vous donne. De la même manière, nous disons, et c'est ce que porte la loi que j'ai fait voter, que le médecin généraliste doit être reconnu comme le coeur battant de notre système de santé. Eh bien nous devons en tirer les conséquences au niveau de l'université, des enseignements de médecine, il faut que la filière de médecine générale soit pleinement reconnue, avec des enseignants qui soient formés et qui soient encadrant.

ROLAND SICARD
Il faut aussi plus de médecins généralistes ?

MARISOL TOURAINE
Nous avons besoin de plus de médecins généralistes par rapport à d'autres spécialités, c'est ce à quoi nous nous employons, et nous devons aussi faire en sorte que les médecins, mais les professions paramédicales aussi, mais les médecins, aient envie d'aller s'installer dans un cabinet libéral. On a besoin de médecins à l'hôpital, on a besoin de médecins en ville. Or, aujourd'hui, qu'est-ce que l'on constate ? Que la protection sociale des médecins n'est pas très rassurante. Par exemple, une femme, médecin, n'a pas de congé maternité pris en charge, comme une femme médecin à l'hôpital, et donc, à l'occasion de cette conférence, nous allons annoncer, le Premier ministre va pouvoir annoncer, que nous mettons en place un congé maternité, rémunéré, pour les femmes médecin libéral, pour celles qui sont en secteur 1, comme on dit, c'est-à-dire qui pratiquent les tarifs de la Sécurité sociale, ou qui ont un accord avec la Sécurité sociale, et ces femmes pourront avoir des indemnités journalières, qui représenteront jusqu'à 3 000…

ROLAND SICARD
Ça sera combien ?

MARISOL TOURAINE
3 100 €, exactement, par mois, pendant trois mois, c'est évidemment quelque chose de très important, c'est important en termes de rémunération, c'est surtout important en termes de reconnaissance, qu'une femme médecin, installée en libéral, doit pouvoir accomplir son projet de famille, son projet de grossesse, sans avoir de préoccupations financières.

ROLAND SICARD
Les déserts médicaux, c'est un problème majeur, le manque de médecins dans certaines zones, notamment rurales, est-ce que là il y a des mesures qui vont être annoncées ?

MARISOL TOURAINE
Il n'y aura pas de mesures spécifiques apportées pour encourager des médecins à aller s'installer à tel endroit plutôt qu'à tel autre, mais c'est au fond le socle des annonces, de façon générale, c'est vraiment la motivation.

ROLAND SICARD
On parle d'un numerus clausus régional.

MARISOL TOURAINE
Oui, alors, le numerus clausus, c'est une manière, vous savez que pour les études de médecine, on dit : « Il va y avoir tant de médecins formés, autour de 8 000 par an », et on définit ça nationalement. Aujourd'hui, ça n'a plus beaucoup de sens. Nous devons tenir compte de la réalité locale, et dans les régions où on a moins de médecins, il faut qu'on en forme davantage, tout en les accompagnant et les incitant à rester sur place. Et c'est pour cela que le numerus clausus sera régionalisé et sera modulé, en fonction des besoins des territoires. Mais la grande conférence de la santé, Roland SICARD, je veux insister sur le fait qu'elle rassemble beaucoup de professionnels de santé, des médecins, des jeunes médecins, il y a tous les syndicats de jeunes médecins et de jeunes médecins installés, étudiants ou déjà installés, tous les représentants des syndicats ou des médecins hospitaliers qui sont là…

ROLAND SICARD
Il y a des syndicats qui boycottent.

MARISOL TOURAINE
Et parmi les médecins, toutes les professions paramédicales, sont là, et il y a quelques syndicats de médecins libéraux qui ne seront pas là, mais le principal syndicat de médecins généralistes, MG FRANCE, a annoncé qu'au regard de ce qui se dessinait dans la conférence, il serait représenté, il enverrait des observateurs, parce qu'il y a, là, des avancées concrètes et importantes pour les médecins libéraux, même si cette conférence, elle est pour tous les professionnels de santé.

ROLAND SICARD
Alors, ce que demandent les médecins libéraux, c'est une augmentation du prix de la consultation, les négociations vont commencer, est-ce que vous y êtes favorable ?

MARISOL TOURAINE
Les négociations vont commencer, pas aujourd'hui, ce n'est pas du tout l'objet de cette grande conférence, où on parle de projets dans la durée. La négociation avec l'assurance maladie elle commence dans quelques semaines. J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer, cette convention débouchera bien sûr, sur une revalorisation de la rémunération des médecins. La question c'est : sous quelle forme ? Un médecin, on a tendance à l'oublier, il a une rémunération à l'acte, pour un médecin généraliste c'est 23 € pour la consultation, mais en plus de cette rémunération à l'acte, il a les rémunérations complémentaires, par exemple s'il accompagne les patients vers la vaccination, ou s'il dépiste des diabètes, et pour un médecin ça représente environ 8,50 € de plus par consultation. Personne ne s'y retrouve très bien, donc nous devons discuter de tout cela. Quelle augmentation, sous quelle forme, à quelle échéance ? C'est le sens des discussions qui vont s'engager dès la fin du mois de février.

ROLAND SICARD
Merci Marisol TOURAINE. William, c'est à vous.

WILLIAM LEYMERGIE
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 février 2016

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