Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, au journal "Le Parisien" du 4 février 2016, sur le non-respect des règlementations en matière de pollution par les constructeurs automobiles et l'assouplissement par le Parlement européen des normes antipollution en vigueur. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, au journal "Le Parisien" du 4 février 2016, sur le non-respect des règlementations en matière de pollution par les constructeurs automobiles et l'assouplissement par le Parlement européen des normes antipollution en vigueur.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie

ti : Q - La décision du Parlement européen marque-t-elle un recul dans la protection de l'air ?

R - Oui, on peut le dire. Instaurer des normes plus laxistes, c'est comme donner un droit à polluer aux constructeurs automobiles. Ces derniers ont obtenu le doublement des normes d'émission des oxydes d'azote, les NOx, en contrepartie de nouveaux tests plus rigoureux qui incluraient des contrôles sur route. Le poids des lobbys a malheureusement pleinement pesé sur cette décision. On observe exactement la même chose avec les chimistes et leurs pesticides.

Q - Où en sont les contrôles aléatoires que vous avez lancés à la suite du scandale Volkswagen ?

R - A la fin du mois, nous aurons testé la moitié des véhicules, soit une bonne cinquantaine. Les derniers résultats sont assez édifiants puisque pas un constructeur automobile testé n'est dans les clous. Tous dépassent ce que la réglementation autorise actuellement en matière d'émissions. Avec des niveaux qui peuvent atteindre entre 5 et 11 fois les normes ! Alors certes, les tests de contrôle sur route, qui vont être mis en place dans tous les pays de l'Union européenne, permettront de réduire ces niveaux d'émission. Un vrai progrès donc, selon le lobby des constructeurs automobiles. Mais dans la réalité, cela signifie bien un doublement du niveau autorisé des émissions de NOx dans l'atmosphère. Et ça, l'opinion publique va avoir du mal à le comprendre.

Q - Comment en est-on arrivé là ?

R - Le niveau réel des émissions n'était pas contrôlé. Car les tests effectués en laboratoire étaient largement insuffisants. Il a fallu attendre le scandale Volkswagen pour mettre tout ça à jour. Et les constructeurs ne peuvent pas dire qu'ils l'ignoraient. Ils optimisaient même leurs véhicules pour réaliser le passage à l'homologation ! Jusqu'à aller pour certains d'entre eux à la fraude, comme Volkswagen. Ils se disaient : «Si le voisin ne fait pas un effort, pourquoi moi j'en ferais un ?» C'est une compétition. D'où la commission technique indépendante. L'ensemble du dispositif coûtera 500.000 euros. Mais nous la vendrons aux autres pays qui devront eux aussi s'équiper pour s'adapter aux nouvelles réglementations mises en place dès l'année prochaine.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 février 2016

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