Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, au journal "Le Parisien" du 6 février 2016, sur la gestion par la Grèce des flux migratoires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, au journal "Le Parisien" du 6 février 2016, sur la gestion par la Grèce des flux migratoires.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : Q - La Grèce se montre-t-elle à la hauteur de l'urgence humanitaire et de la crise sécuritaire qu'affronte l'Europe ?

R - Nous ne sommes pas venus ici pour blâmer la Grèce mais, au contraire, pour parvenir dans la solidarité avec elle à surmonter une crise migratoire sans précédent depuis la création de l'Union européenne.

L'administration grecque s'est fermement engagée à ce que les hotspots soient opérationnels le plus rapidement possible. Il reste cependant beaucoup à faire, en matière d'équipement numérique notamment. Il y a urgence. Si nous n'en tenons pas compte, les conséquences seront désastreuses pour Schengen.

Q - La libre circulation est-elle menacée ?

R - Elle suppose la maîtrise des flux. Le désordre et le chaos ne peuvent qu'aboutir à la fin de Schengen.

Q - La France soutient-elle assez les Grecs ?

R - Nous sommes le premier pays européen à mettre en oeuvre le processus de «relocalisation» des migrants depuis la Grèce : près d'une centaine est accueillie en France, sur 570 places déjà notifiées. Nous avons, par ailleurs, envoyé 60 personnels à l'agence Frontex. Et, dès la semaine prochaine, une équipe française spécialisée dans la détection des faux documents sera déployée. La France agit, en première ligne.

Q - Le risque que des terroristes se fondent parmi les migrants persiste...

R - Il ne sera maîtrisé que si l'on met en place au plus vite les propositions que nous avons faites. Nous devons créer le dispositif permettant aux hotspots d'enregistrer l'ensemble des migrants, de les identifier avec un haut niveau de fiabilité et de procéder à l'interrogation des fichiers européens de police.

Q - Comment enrayer la crise migratoire ?

R - Comme le sujet du terrorisme, la crise migratoire ne peut s'appréhender qu'à l'échelle européenne. Nous avons en France l'exigence d'une approche maîtrisée. C'est pour cela que plutôt que constituer un grand campement à Calais, qui est une impasse, je privilégie un accueil adapté, dans de bonnes conditions. Cette approche a déjà permis la mise à l'abri de près de 4.000 personnes en dehors de Calais, dans des centres d'accueil pour demandeurs d'asile ou des centres d'accueil et d'orientation. Nous intensifions, par ailleurs, la lutte contre les réseaux de passeurs, ainsi que les contrôles qui permettent de reconduire ceux qui, ne relevant pas de l'asile, n'ont pas vocation à rester sur notre territoire.

Q - Que vous inspire l'inquiétude grandissante des Français à l'égard des migrants ?

R - La crise migratoire que nous traversons implique d'accueillir ceux qui sont persécutés dans leur pays et de reconduire davantage ceux qui relèvent de l'immigration économique. Si l'on veut traiter humainement la question des réfugiés, il faut de la maîtrise. N'agitons pas en permanence des peurs pour réveiller les plus bas instincts.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 février 2016

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