Interview de M. Jean-Michel Baylet, ministre de l'aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales, à RTL le 17 février 2016, sur la crise agricole, la mise en place de la collectivité unique en Corse et la consultation sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Baylet, ministre de l'aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales, à RTL le 17 février 2016, sur la crise agricole, la mise en place de la collectivité unique en Corse et la consultation sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Personnalité, fonction : BAYLET Jean-Michel, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Ministre de l'aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales;

ti : YVES CALVI
7 h 48 ! Olivier MAZEROLLE vous recevez Jean-Michel BAYLET, ministre de l'Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Jean-Michel BAYLET.

JEAN-MICHEL BAYLET
Bonjour.

OLIVIER MAZEROLLE
Nicolas SARKOZY mis en examen pour financement illégal de campagne électorale, c'est un adversaire qui disparait pour la Présidentielle ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Je n'ai pas à juger, ni à préjuger des décisions de justice, elle suit son cours, peu importe l'adversaire ce qui compte c'est que notre camp – et en ce qui me concerne je pense au président de la République François HOLLANDE – nous soyons capables de l'emporter.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais vous pensez que ça l'élimine définitivement, ou pas ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Moi je ne peux pas juger de tout cela, je ne suis pas juge d'instruction et je ne connais pas le dossier au fond.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous êtes ministre de l'Aménagement des territoires et de la Ruralité, on parle beaucoup des agriculteurs ce matin sur RTL et d'une façon générale d'ailleurs en France actuellement, l'agriculture ça fait partie de la ruralité et comment expliquez-vous qu'on ait subi une humiliation à Bruxelles avant-hier : « Oui - nous dit le commissaire européen chargé de l'Agriculture – oh je reconnais qu'il y a des problèmes dans l'agriculture française, mais enfin vous attendrez déjà un mois avant qu'on prenne peut-être des décisions » ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Humiliation, le terme est trop fort, l'agriculture est en crise et c'est une crise de marché dans tous les secteurs, ce qui est totalement dramatique et qui effectivement pose un problème dans la ruralité. Moi je n'ai pas l'impression que le ministre Stéphane LE FOLL ait été humilié mais nous savons que les discussions avec Bruxelles sont toujours très difficiles en matière d'agriculture, surtout quand on demande qu'une petite spécificité française soit reconnue parce que l'agriculture française souffre terriblement.

OLIVIER MAZEROLLE
Je vous prie de m'excuser, mais j'ai un certain âge, j'ai suivi des sommets agricoles européens et à cette époque-là lorsque la France faisait entendre sa voix sur l'agriculture j'aime autant vous dire que les autres écoutaient ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Les choses étaient différentes, la voix de la France est toujours entendue, mais faire bouger Bruxelles - et en particulier sur le sujet agricole – c'est devenu plus difficile qu'à l'époque que vous évoquez.

OLIVIER MAZEROLLE
Et en France même j'ai regardé les commissions parlementaires, aussi bien au Sénat qu'à l'Assemblée, aucune n'est spécifiquement vouée à l'agriculture et dans la commission chargée des affaires européennes on trouve des députés qui s'annoncent spécialistes de la Défense – il n'y a pourtant pas de Défense européenne – spécialistes de la politique étrangère, mais l'agriculture pas un seul ?

JEAN-MICHEL BAYLET
C'est dans les affaires économiques ! Mais ce n'est pas nouveau non plus, les découpages des commissions parlementaires tant à l'Assemblée qu'au Sénat sont institutionnellement… c'est là depuis bien longtemps, mais l'agriculture n‘est pas oubliée, il n'y a qu'à voir hier à l'Assemblée nationale le nombre de questions qu'a eues Stéphane LE FOLL concernant l'agriculture et au Sénat de même.

OLIVIER MAZEROLLE
Quand les agriculteurs sont sur les routes, on les écoute, sinon…

JEAN-MICHEL BAYLET
Non ! Non, non, non. Les agriculteurs sont sur les routes parce qu'ils sont aujourd'hui en très grande difficulté, je ne suis pas sûr d'ailleurs que c'est en maniant la violence qu'on fasse avancer les choses, on écoute toujours les agriculteurs, mais cette crise-là est beaucoup plus forte, beaucoup plus puissante que les autres parce qu'elle touche l'ensemble des filières.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous avez reçu hier les élus régionaux corses, alors les deux principaux élus qui ont gagné les élections – autonomiste et nationaliste – demandent l'officialisation de la langue corse, un statut fiscal, un statut de résident pour les achats immobiliers et la taxe foncière et une solution pour la question des prisonniers politiques, on est prêts à leur concéder quelque chose sur ces points-là ?

JEAN-MICHEL BAYLET
J'ai une feuille de route, je suis chargé de faire une ordonnance institutionnelle pour la mise en place de la collectivité unique corse et la disparition des deux départements. J'ai effectivement pour travailler là-dessus reçu hier l'ensemble des élus corses, ils étaient tous là, nous avons pendant trois heures beaucoup parlé, nous avons avancé, ils ont effectivement repris les revendications que vous venez de citer, je les ai écoutées, mais le Premier ministre a déjà répondu, il n'est pas question de tout cela à l'heure où nous sommes…

OLIVIER MAZEROLLE
Pas une seule de ces questions n'est admissible ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Non ! Pas une seule, pas une seule de ces questions n'est admissible, on n'est pas là pour faire une loi, on n'est pas loi pour faire une amnistie sur des problématiques graves quand même – il y a un préfet qui a été assassiné – moi je suis là pour travailler à la préparation d'une ordonnance.

OLIVIER MAZEROLLE
Oui ! Mais le nouveau président de la Région, monsieur SIMONI, a été l'un des avocats d'Yvan COLONNA justement qui a assassiné le préfet ?

JEAN-MICHEL BAYLET
C'est vrai, mais ce n'est pas parce qu'il a été l'avocat de COLONNA que l'on doit amnistier ceux qui ont été condamnés pour l'assassinat de COLONNA (sic). Nous travaillons sur les institutions, je ne travaille pas sur la modification de la Constitution française, car pour un certain nombre des points que vous avez cités il faudrait modifier la Constitution, vous avez vu au passage comme c'est simple de modifier la Constitution en France.

OLIVIER MAZEROLLE
Ça fait quand même des dizaines d'années que le problème corse est posé, est-ce qu'il n'y a pas une lassitude finalement, est-ce qu'un jour vous ne vous êtes pas dit à un moment donné hier : « Tiens ! Eh bien dans le fond Raymond BARRE quand il avait dit aux Corses si vous voulez votre indépendance prenez-là mais après ne venez plus nous demander un fifrelin », il n'avait pas raison ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Non, la Corse c'est la France et ils sont très minoritaires ceux qui voudraient l'indépendance. Mais hier j'ai senti que nous avancions quand même et les participants le reconnaissaient eux-mêmes, nous sommes quand même dans une situation – le mot historique a été prononcé – où il y a un changement de personnels politiques, un changement de mentalités, aller vers une collectivité unique ça va quand même simplifier les choses quant au fonctionnement institutionnel de la Corse, je crois que cette fois nous tenons le bon bout.

OLIVIER MAZEROLLE
L'aménagement du territoire ça peut aussi comporter les aéroports, sur Notre-Dame-des-Landes le président de la République a décidé l'organisation d'un référendum, au niveau du département ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Il va consulter les élus locaux, c'est avec eux que la décision sera prise. Moi je crois que faire un référendum c'est une très bonne solution parce que finalement il y a un blocage et, à partir du moment où il y a blocage, il faut consulter la population – ça été fait en Allemagne d'ailleurs de manière efficace – et je suis sûr que là, une fois la décision prise, elle sera appliquée.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais département ou région pour vous ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Ce n'est pas à moi d'en décider puisque je ne suis pas élu local de cette région.

OLIVIER MAZEROLLE
Pour vous ce matin c'est les retrouvailles avec le salon du conseil des ministres 23 ans après, ça va vous faire quelque chose quand même ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Oui ! Ca me fera un pincement au coeur, mais c'est toujours un honneur et une satisfaction d'appartenir au gouvernement de la France.

OLIVIER MAZEROLLE
J'ai une question énigme à vous poser, est-ce que vous avez une petite idée de la raison pour laquelle La Dépêche du midi – le journal de Toulouse - a été le seul quotidien en France à trouver absolument remarquable le remaniement ministériel ?

JEAN-MICHEL BAYLET
J'ai vu qu'il y avait une polémique là-dessus que je trouve assez pitoyable, La Dépêche du midi est un journal qui a une histoire, La Dépêche du midi est un journal qui a une ligne politique qui est connue, que ce soit ce remaniement ou d'autres La Dépêche du midi et les journalistes dans leur indépendance d'esprit et de plume ont jugé ce remaniement comme ils l'entendent.

OLIVIER MAZEROLLE
Le PDG ne passe jamais de coup de fil au rédacteur en chef ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Jamais ! D'ailleurs ceux qui ont essayé de trouver des journalistes pour dire qu'il y avait des pressions se sont fait renvoyer dans les cordes…

OLIVIER MAZEROLLE
Il y a un syndicaliste qui l'a dit !

JEAN-MICHEL BAYLET
Oui ! Bon, il est dans son rôle, qui est originaire de Valence d'Agen, de chez moi d'ailleurs.

OLIVIER MAZEROLLE
Pendant la campagne des primaires, à laquelle vous aviez participé, vous aviez été un avocat talentueux et très accroché à la question du cannabis, de la légalisation du cannabis, maintenant que vous êtes ministre vous avez l'intention d'essayer de convertir les membres du gouvernement à cette question ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Maintenant que je suis ministre j'applique la ligne gouvernementale et ce sujet n'est pas d'actualité.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais vous pouvez dire au président de la République et à vos collègues : « Bon, eh bien, mettons-le dans l'actualité ce sujet » ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Ce n'est pas lié à l'Aménagement du territoire, ni à la Ruralité, ni aux Collectivités territoriales.

OLIVIER MAZEROLLE
Non, donc vous ne voulez plus en parler ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Je ne veux plus en parler parce que ce n'est pas mon rôle et quand on entre au gouvernement on sait qu'on est là pour suivre la ligne politique tracée par le président de la République et le Premier ministre, ce sujet n'est pas d'actualité.

OLIVIER MAZEROLLE
Sur le plan de la capacité tactique on fait souvent la comparaison entre François MITTERRAND – dont vous avez été le ministre – et François HOLLANDE – dont vous devenez le ministre – quelle est la différence entre les deux ?

JEAN-MICHEL BAYLET
D'abord c'est beaucoup d'années après et, ensuite, c'est des différences de style et d'homme parce que l'époque n'est plus la même, François MITTERRAND a été un très grand président, admirable et admiré de tous…

OLIVIER MAZEROLLE
François HOLLANDE un petit président ?

JEAN-MICHEL BAYLET
François HOLLANDE est aussi un très président mais dans un style différent, les époques ont changé.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci beaucoup Jean-Michel BAYLET.

JEAN-MICHEL BAYLET
Merci.

YVES CALVI
Une dernière question, si vous le voulez bien Monsieur le Ministre, vous entendez la colère des agriculteurs - vous l'avez évoquée il y a quelques instants – faut-il diminuer les normes, en particulier environnementales, qui pèsent sur eux, c'est un de leur combat en ce moment ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Les normes environnementales pas spécialement, si on peut travailler dans l'agriculture et ailleurs - mais en particulier dans l'agriculture – à une simplification des normes c'est une bonne chose pour la France.

YVES CALVI
Merci beaucoup Jean-Michel BAYLET, j'ai bien noté aussi que la culture du cannabis ne relève pas de l'Aménagement du territoire. Bonne journée à tous les deux, l'entretien est à retrouver sur le site rtl.fr et puis nous reparlons bien entendu à 8 h 20 de ces fameuses normes : les normes en tout genre tuent-elles notre agriculture ? Vous savez que nous consacrons toute cette matinée au monde agricole français et à ses difficultés, nous serons avec notre consoeur la journaliste Isabelle SAPORTA, elle a parcouru cette France agricole et dénombré – écoutez bien – près de 400.000 normes, je dis bien 400.000 normes, n'hésitez pas à nous appeler et à réagir au 32.10


source : Service d'information du Gouvernement, le 19 février 2016

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