Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 23 février 2016, sur le projet de loi El Khomri sur le Code du travail. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 23 février 2016, sur le projet de loi El Khomri sur le Code du travail.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Premier ministre;

ti : YVES CALVI
Olivier MAZEROLLE, François LENGLET, vous recevez ce matin le Premier ministre Manuel VALLS.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour Olivier MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
C'est un moment important, peut-être un marqueur du quinquennat que cette loi El Khomri, en tout cas ce projet de loi. S'il est adopté, il peut changer l'identité de la gauche et la manière dont les Français vont regarder la gauche. Avant de parler au fond de cette question, parce qu'on a beaucoup de questions à vous poser sur ce sujet avec François LENGLET, je voudrais vous parler une seconde de la méthode. Sur Facebook, vous dites : « J'entends réformer ce pays. Je veux bien des discussions avec le Parlement mais je veux réformer ce pays ». Le 49-3 est toujours là en réserve, si nécessaire ?

MANUEL VALLS
Moi je veux convaincre d'abord les Français que cette réforme du droit du travail est utile. Tout le monde refuse le chômage, tout le monde refuse la précarité, tout le monde refuse mais quand on propose, alors à ce moment-là, on se lève pour dire : « Il ne faut pas le faire ». Nous vivons avec un chômage de masse depuis trente ans. Nous avons aujourd'hui plus de 3,5 millions de chômeurs, donc c'est vers eux que je veux me tourner, vers tous ceux qui ne trouvent pas d'emploi, qui veulent accéder à l'emploi, qui sont au chômage depuis des années, qui cherchent un emploi malgré leurs diplômes ou leurs qualifications.

OLIVIER MAZEROLLE
Les Français pour convaincre les députés ?

MANUEL VALLS
Mais je veux convaincre les Français et je veux convaincre bien sûr, avec Myriam EL KHOMRI, une majorité de députés, de députés de gauche d'abord, pour adopter cette loi.

OLIVIER MAZEROLLE
Et s'il le faut, 49-3.

MANUEL VALLS
Je ne suis pas sûr que ce soit aujourd'hui la question essentielle pour les Français.

OLIVIER MAZEROLLE
Non, mais ça a braqué beaucoup de monde.

MANUEL VALLS
Je veux rappeler uniquement la méthode. Un texte a été arbitré par le président de la République, par moi-même, par les ministres concernés par le texte et bien sûr d'abord la ministre du Travail. Ce texte – c'est ainsi que la République fonctionne – est envoyé ensuite au Conseil d'Etat pour qu'il donne un avis juridique. Ensuite, le Conseil des ministres va l'adopter le 9 mars. Le texte ensuite sera examiné par la commission compétente de l'Assemblée nationale. Et il viendra aux débats dans l'Hémicycle avec les modifications que les députés auront déjà apportées dans ce travail en commission le 4 avril, et le débat va se poursuivre. Donc il faut à la fois convaincre les parlementaires, continuer la discussion avec les partenaires sociaux parce qu'il y a une autre discussion qui est parallèle à ce texte, qui est dans la main des partenaires sociaux : celle qui concerne l'assurance chômage, avec des points de rencontre peut-être avec le texte dont nous débattons. Et puis il faut convaincre une majorité. Mais si nous considérons que ce texte est utile pour lutter contre le chômage, pour l'emploi, pour donner davantage de souplesse aux entreprises, pour donner aussi des droits aux salariés, c'est parce que nous souhaitons garder cette ossature au moment des débats parlementaires. Pourquoi préjuger de l'intelligence collective du Parlement ?

OLIVIER MAZEROLLE
Très bien. Alors…

MANUEL VALLS
Pardon Olivier MAZEROLLE. Un problème, y compris de méthode : rappelez-vous, après les élections régionales avec le score du Front national, avec l'unité nationale qui, d'une certaine manière, s'est construite dans le Nord-Pas-de-Calais, dans le Sud-est et dans l'Est, là où j'ai appelé – où nous avons appelé – à voter pour des candidats de la droite pour faire reculer le Front national, et les électeurs de gauche l'ont entendu. Après cela, chacun a parlé de nouveau d'unité nationale : unité nationale contre le terrorisme, mais rassemblement aussi pour lutter contre le chômage. On oublie très vite ces bonnes résolutions, on oublie très vite ce que les Français attendent de nous : que nous soyons capables de dépasser les clivages traditionnels. Voilà, sur ce texte, qui est un texte républicain, qui ne renie en rien nos valeurs, qui protège les salariés, qui n'enlève aucun droit aux salariés mais qui donne plus de possibilités aux entreprises, moi j'en appelle là aussi à un débat serein, intelligent, qui permette de dépasser les clivages entre les partenaires sociaux mais aussi entre les formations politiques de ce pays.

OLIVIER MAZEROLLE
Quand on vous entend ce matin, quand on lit votre page Facebook : « Nous devons casser la logique des demi-mesures, chercher des solutions neuves et audacieuses », vous apparaissez presque comme libéré. Comme si enfin le moment de l'action sans réserve était arrivé. Moi j'ai en mémoire le livre que vous avez écrit il y a huit ans avec ce titre : « Pour en finir avec le vieux socialisme et être enfin de gauche ». Ça y est, c'est le passage à l'acte ?

MANUEL VALLS
Non, mais ces notions de droite et de gauche…

OLIVIER MAZEROLLE
Non, non. Ce n'est pas notion de gauche et de droite. C'est qu'est-ce que la gauche, le vieux socialisme, et être enfin de gauche. C'est vous qui aviez choisi ce titre.

MANUEL VALLS
Olivier MAZEROLLE, je suis chef de gouvernement, je suis Premier ministre, je suis dans l'action. Ce qui m'intéresse, c'est que le chômeur qui est sans emploi depuis des mois ou des années trouve un emploi. Ce qui m'intéresse moi, c'est que le chef d'entreprise, notamment patron d'une PME, puisse embaucher, n'ait plus peur d'embaucher.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais Manuel VALLS, il y a bien la bagarre entre la gauche moderne et la gauche passéiste. Vous-même vous l'avez souligné à plusieurs reprises ces derniers mois encore.

MANUEL VALLS
Moi, je suis dans la réalité. Ce que je souhaite c'est que la gauche, mais d'une manière générale les forces politiques de ce pays, les forces sociales, soient dans la réalité. Et la réalité, c'est de faire reculer le chômage ; c'est de donner plus de force et plus de compétitivité à notre pays. C'est y compris d'aller chercher les exemples, et il y en a : en Allemagne, en Italie, en Espagne, sur ce qui marche. Nous avons beaucoup fait pour baisser le coût du travail et la fiscalité sur les entreprises – quarante milliards, c'est le Pacte de responsabilité et de solidarité. Nous continuons à soutenir les entreprises, il y a cette aide à l'embauche pour les PME qui marche bien aujourd'hui – deux mille euros pour chaque embauche – mais il faut aller encore plus loin. Quel est le problème français ? C'est qu'il y a trop de rigidité sur notre marché du travail. Etre de gauche, Olivier MAZEROLLE, c'est regarder la réalité en face ; le progressisme, c'est faire en sorte que des salariés qui ont des droits puissent avoir des droits effectifs et réels ; le progressisme, c'est faire en sorte que les entreprises, ça marche, ça embauche. Moi, je fais confiance aux entrepreneurs et aux salariés et cette loi, c'est un message de confiance aux entrepreneurs de ce pays mais aussi aux salariés.

FRANÇOIS LENGLET
Justement, vous parlez de message de confiance aux entrepreneurs. Si votre réforme, votre projet de réforme, désoriente les électeurs de gauche – on les a entendus ce matin sur RTL -, c'est parce qu'il reprend largement les demandes du MEDEF en matière de flexibilité du temps de travail et des salaires. Vous pensez donc que pour réduire le chômage, c'est aux salariés du privé de faire des sacrifices sur ces deux sujets alors qu'ils ont déjà subi : 1°) la crise avec la hausse du chômage spécialement durant ce quinquennat ; 2°) des hausses d'impôts substantielles spécialement pendant ce quinquennat ; et 3°) qu'on s'apprête à diminuer leurs indemnités de chômage. Est-ce que ça ne fait pas un peu beaucoup ?

MANUEL VALLS
Non mais là, la question des indemnités de chômage est liée au débat au sein de l'assurance-chômage, l'UNEDIC, qui vient de commencer.

FRANÇOIS LENGLET
Pourquoi le fait de faire des sacrifices, de faire faire des sacrifices aux salariés du privé serait-il bon pour le chômage ?

MANUEL VALLS
Mais je crois qu'il n'y a pas de sacrifices. Quand nous affirmons dans ce texte de loi les droits fondamentaux des salariés c'est d'ailleurs les principes qui avaient été écrits et édictés par une commission présidée par Robert BADINTER, mais quand nous créons le compte personnel d'activité qui donnera à chaque salarié, à chaque travailleur de ce pays, quel que soit son statut, la capacité de poursuivre, de construire son parcours professionnel dans un monde du travail en constante évolution avec notamment la révolution informatique…

FRANÇOIS LENGLET
Licenciement plus facile, accord dérogatoire en matière de temps de travail, attendez ! Ça, c'est des éléments de changement importants.

MANUEL VALLS
D'abord, ce texte intègre ce qui n'a jamais été fait : ce compte personnel d'activité et ses droits. C'est ça la flexisécurité – le mot n'est pas très beau -, c'est-à-dire au fond les deux. C'est-à-dire de la flexibilité et de la souplesse pour nos entreprises, et pour de la sécurité pour les salariés. C'est le modèle danois, c'est le modèle suédois. Je suis d'ailleurs très frappé par le fait qu'ailleurs, dans les autres pays – je pense par exemple à la ministre du Travail social-démocrate qui recevait Myriam EL KHOMRI vendredi à Berlin, qui a salué ce texte comme un texte équilibré, je pourrai même rajouter gagnant-gagnant. Gagnant pour les entreprises et gagnant pour les salariés.

FRANÇOIS LENGLET
Pardonnez-moi, mais vous n'avez pas répondu à ma question. Vous demandez des efforts aux salariés substantiels. Quelles raisons avez-vous de penser que ça peut faire baisser le chômage ?

MANUEL VALLS
Prenons un cas très précis qui est la clarification de la définition du licenciement pour motif économique, puisque c'est la question que vous me posez. Nous le faisons à partir de critères définis par le juge : c'est que nous intégrons dans le texte de loi que nous allons proposer. Sur ce point, nous ne faisons ni plus ni moins que nous aligner sur les droits applicables qui existent dans les autres pays. Ces points-là pourront, par ailleurs, être précisés par les partenaires sociaux par accord de branche. Désormais, la loi est applicable, intelligible et claire. Parmi les critères reconnus par le juge que nous intégrons dans la loi, il y a une baisse de commandes ou du chiffre d'affaires pendant plusieurs trimestres consécutifs, des pertes d'exploitation pendant plusieurs mois, une importante dégradation de trésorerie, des mutations technologiques, une réorganisation de l'entreprise. J'arrête là la liste. Au fond, ce que nous voulons démontrer, et c'est pour cela que ça va dans le bon sens pour pouvoir créer de l'emploi, c'est que le chef d'entreprise ne doit plus avoir peur d'embaucher…

FRANÇOIS LENGLET
C'est une loi faite pour lui.

MANUEL VALLS
Parce qu'il aurait éventuellement peur demain de licencier. Et c'est cette absence de confiance ou cette crainte tout simplement – vous discutez beaucoup, François LENGLET, avec des chefs d'entreprise, notamment de PME ou d'ETI ; c'est ce qu'ils vous disent, c'est ce qu'ils nous disent : « Nous avons peur d'embaucher parce que c'est très compliqué, et si demain nous avons des difficultés, nous ne pourrons pas licencier ». Donc nous mettons cette souplesse, et c'est vrai aussi pour ce qui concerne le barème des indemnités prudhommales, pour donner plus de souplesse aux entreprises. Mais ça veut dire quoi, donner plus de souplesse aux entreprises ? Ça leur donne la possibilité d'embaucher davantage. Donc c'est bon pour l'emploi, et si c'est bon pour l'emploi, c'est bon pour les salariés, et c'est bon notamment pour ceux qui sont au chômage.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous êtes convaincu, monsieur le Premier ministre, mais vous n'êtes pas troublé du tout par les doutes exprimés par bon nombre de vos ministres, Jean-Marc AYRAULT, Marisol TOURAINE, Ségolène ROYAL, par Jean-Christophe CAMBADELIS, par le fait que les compliments vous viennent de la droite et très peu de la gauche.

MANUEL VALLS
Mais moi, je ne suis pas troublé par le débat, par la discussion. Je ne doute pas un seul instant que le 9 mars prochain le texte sera adopté par le Conseil des ministres. Ce que je demande, c'est à la fois aux ministres de s'engager pleinement comme nous l'avons fait hier avec Myriam EL KHOMRI et Emmanuel MACRON, et que tous les ministres s'engagent. Parce que c'est un défi considérable pour le pays. Quel est le problème de la France ? C'est que quand nous subissons une crise très dure et très violente, au fond notre filet social, notre protection sociale permettent d'encaisser le choc de la crise mieux qu'ailleurs, même s'il y a malheureusement beaucoup trop de chômage. La crise que nous avons connue n'a rien à voir avec ce que les Etats-Unis ou l'Espagne par exemple ont connu. En revanche, quand il y a le retour de la croissance – elle est là : 1,1 % en 2015 ; 1,5 %, nous l'espérons, en 2016 – c'est insuffisant. C'est insuffisant pour qu'on reprenne le chemin de l'emploi. Nous avons crée cette année, l'économie française a créé près de cinquante mille emplois. C'est la première fois depuis plusieurs années mais c'est encore insuffisant parce que d'abord nous avons une démographie positive. Nous avons un autre problème qui est celui d'un chômage de longue durée et de chômeurs peu qualifiés. Donc nous devons être capables d'offrir à notre économie et donc aux entreprises – qui embauche ? Ce n'est pas l'Etat, ce sont les entreprises. C'est en fonction d'une économie ouverte. Nous devons donner toutes les facilités aux entreprises pour pouvoir embaucher.

OLIVIER MAZEROLLE
Manuel VALLS, ceux que vous devez convaincre – moi, j'ai regardé votre page Facebook : il y a des réactions d'ouvriers qui vous disent : « Vous feriez mieux d'aller voir les ouvriers plutôt que les patrons ». Vous-même vous aviez écrit dans ce livre il y a huit ans : « J'ai adhéré à une gauche qui veut gouverner, et gouverner c'est forcément se trahir un peu ». Aujourd'hui, vous avez beaucoup d'électeurs de gauche qui vous disent : « Ce n'est pas se trahir un peu, c'est se trahir beaucoup, énormément. Vous avez dépassé la ligne jaune ».

MANUEL VALLS
Mais moi, je rencontre et les salariés, et les ouvriers, et les électeurs de gauche. Je discute avec eux. Je rencontre des personnes qui sont sans emploi. Ce qu'ils demandent ou ce qu'elles demandent ces personnes, c'est de trouver un emploi. Cette loi ne met pas en cause la durée légale du temps de travail qui est à 35 heures. Elle ne met pas en cause le CDI.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais pourquoi cette levée de bouclier ?

MANUEL VALLS
Elle ne met pas en cause le CDI, elle ne met pas en cause le SMIC, elle va donner de nouveaux droits : droit à la formation, droit à la pénibilité pour les salariés. Elle donne de la souplesse et de la flexibilité aux entreprises mais je veux sortir, Olivier MAZEROLLE – et ça, je l'assume – d'une confrontation stérile entre d'un côté les entrepreneurs et les salariés. Quand j'ai dit il y a deux ans que j'aimais l'entreprise, « Vive l'entreprise », j'ai dit tout simplement qu'est-ce que c'était une entreprise. Une entreprise, c'est un chef d'entreprise. Ce sont des ingénieurs, des cadres, ce sont des salariés, ce sont des ouvriers qui tous sont fiers de l'entreprise et qui ont envie de leur réussite pour l'entreprise et bien sûr pour eux-mêmes. Donc je veux sortir d'une vision caricaturale de l'entreprise et de la confrontation entre les uns et les autres. Moi, je veux faire confiance aux entrepreneurs de ce pays et je veux donner plus de droits aux salariés en privilégiant la négociation sociale au niveau de l'entreprise, en privilégiant les accords majoritaires, mais aussi la possibilité de recourir à un référendum ou plutôt à une consultation si j'utilise le bon mot. Mais on donne plus de pouvoir aux salariés, on leur permet de passer des accords au niveau de l'entreprise, c'est-à-dire là où concrètement on connaît bien la situation de l'entreprise et on peut adapter à ce moment-là l'organisation du temps de travail à la réalité de l'entreprise. C'est cette réalité-là qui doit s'imposer.

FRANÇOIS LENGLET
Manuel VALLS, si c'était ça, pourquoi tous les syndicats sont-ils unis contre votre projet ? Il y a une intersyndicale qui se réunit aujourd'hui, pour organiser la riposte contre le texte, et il y aura là-dedans le principal syndicat réformiste, la CFDT, qui est tout à fait hostile à votre réforme, et en particulier au nouveau droit du licenciement dont vous parliez à l'instant. Pourquoi n'avez-vous pas pris le soin de mettre à bord la CFDT en quelque sorte, c'est-à-dire de négocier un projet de loi qui lui convienne, alors que c'est justement un syndicat qui vous a accompagné dans des réformes qui n'étaient pas toujours faciles à faire passer ?

MANUEL VALLS
Myriam EL KHOMRI a discuté beaucoup avec l'ensemble des partenaires sociaux, je l'ai moi-même fait. Laurent BERGER, par exemple, le secrétaire général de la CGT…

FRANÇOIS LENGLET
Il est contre, il le dit…

MANUEL VALLS
Et le secrétaire de la CFDT, approuve beaucoup des mesures qui sont dans ce texte.

FRANÇOIS LENGLET
Ah non, non, il est globalement contre.

MANUEL VALLS
Approuve beaucoup de ces mesures.

FRANÇOIS LENGLET
Il l'a dit clairement dans Le Monde il y a 3 jours.

MANUEL VALLS
Non, il approuve, bien sûr, tout ce qui – ce qui n'est pas le cas parfois, des organisations patronales – mais il approuve par exemple pleinement le compte personnel d'activité, qui va être un élément très important de ce texte. Il approuve…

FRANÇOIS LENGLET
Est-ce qu'on peut faire passer une réforme comme celle-là sans les syndicats ?

MANUEL VALLS
Il approuve l'idée de la consultation des salariés. Il approuve l'idée qui était dans le rapport dit Combrexelle que j'avais demandé à ce grand spécialiste du droit du travail, il y a, plus ou moins, que la négociation avec des accords majoritaires se fasse au niveau de l'entreprise, et Laurent BERGER, je le connais bien, il ne sera jamais dans un débat caricatural. Il a des désaccords…

FRANÇOIS LENGLET
Il y aura des amendements possibles pour pouvoir se réconcilier avec eux ?

MANUEL VALLS
Il a des désaccords avec le texte, mais moi je veux convaincre, et les partenaires sociaux, et les parlementaires. Mais, encore une fois, mon problème n'est pas celui de la réconciliation, je suis tourné résolument vers les Français pour les convaincre que ce texte est utile pour notre économie et pour eux.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous allez répondre dans un instant aux auditeurs, mais, une dernière question, est-ce que vous pensez à Alain JUPPE, 1995, qui a dressé la France entière contre lui, peut-être avec des idées qui étaient bonnes, mais qui néanmoins n'ont pas été acceptées, et que répondez-vous à ceux qui vous disent que vous préparez l'échec électoral, définitif, de François HOLLANDE, un suicide électoral ?

MANUEL VALLS
Ecoutez, drôle d'analyse alors. Je suis convaincu que la France est face à des défis considérables et que nous devons changer la manière de faire la politique, de nous adresser les uns aux autres. Nous avons une menace terroriste majeure, un défi migratoire, qui peut faire exploser la construction européenne. Il y a des difficultés économiques pour notre pays, qui doit rentrer pleinement dans ce qu'est la réalité du monde, la mondialisation, la révolution informatique, la transition écologique, et pour cela nous donner les moyens, nous devons armer le pays face à tous ces défis…

OLIVIER MAZEROLLE
Droit dans vos bottes, comme Alain JUPPE ?

MANUEL VALLS
Non, je n'utilise pas ce type d'argument, parce que si je crois précisément au dialogue social dans l'entreprise c'est que je crois, d'une manière générale, au dialogue, avec les partenaires sociaux comme avec les parlementaires, mais je suis convaincu que ce texte il va connaître bien sûr un certain nombre de…

FRANÇOIS LENGLET
Il pourra être changé, amendé.

MANUEL VALLS
Il y aura des amendements, il y aura des modifications…

OLIVIER MAZEROLLE
Pas de suicide électoral ?

MANUEL VALLS
Nous sommes dans une démocratie, mais je veux convaincre mes compatriotes que nous devons sortir d'un certain nombre de blocages, qu'il faut réformer ce pays, que nous allons le réformer jusqu'au bout. Et donc moi je ne pense pas à un horizon électoral, je ne pense pas forcément uniquement à la gauche, même si j'en suis, mais je pense d'abord aux Français et à moderniser la France.

YVES CALVI
Ce texte n'enlève aucun droit aux salariés, il facilite les choses pour les entreprises. Cette loi ne met pas en cause, ni les 35 heures, ni les CDI, vient de nous dire Manuel VALLS. Merci à tous les trois, l'entretien est bien entendu à réécouter et à retrouver comme chaque jour sur le site rtl.fr, et Monsieur le Premier ministre vous restez avec nous puisqu'à partir de 8H10 vous allez dialoguer avec les auditeurs de RTL, tout cela se passe au 32.10.

YVES CALVI
Manuel VALLS merci d'être resté avec nous pour discuter avec les auditeurs de RTL, et on va directement donner la parole à l'un d'entre eux, en l'occurrence Alain qui est chauffeur routier nous appelle de Vendôme dans le loir et Cher. Bonjour Alain, le Premier ministre vous écoute.

ALAIN
Oui bonjour, bonjour monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour monsieur.

ALAIN
Mon fils a fait des études on peut dire comptable comme beaucoup de jeunes, il a obtenu son diplôme. Vous donnez des millions à des entreprises. Ma question est la suivante : est-ce qu'il ne serait pas possible de créer une loi pour obliger les entreprises à prendre des jeunes diplômés, parce que la seule réponse qu'on lui fait depuis deux ans quand il donne son CV, quand il postule à un emploi, c'est « vous n'avez pas d'expérience, je ne peux pas vous prendre ».

MANUEL VALLS
C'est malheureusement le cas de figure qu'on retrouve régulièrement. Si nous donnons des millions, des milliards d'ailleurs, si la Nation consent d'ailleurs à donner 40 milliards aux entreprises pour baisser le coût du travail, pour baisser la fiscalité sur les entreprises qui a trop augmenté au cours de ces dernières année, et pas uniquement depuis 2012, c'est parce que nous voulons que ces entreprises soient plus compétitives et qu'elles puissent embaucher. Et qu'elles puissent embaucher des jeunes qualifiés ; car au fond il y a deux problèmes souvent que nous rencontrons, des jeunes qui sont au chômage ou des salariés qui sont au chômage depuis longtemps, et parce qu'ils ne sont pas qualifiés ne trouvent pas d'emploi. Et de l'autre côté des jeunes qui sont qualifiés, qui ont une formation et qui n'arrivent pas à trouver l'emploi adapté à leur formation, à leur qualification. Ce qui peut poser parfois le problème de l'orientation dans les études et notamment après le bac, ce qui doit amener parfois à privilégier l'alternance, l'apprentissage. Hier à Solvay à côté de Mulhouse j'ai vu et j'ai rencontré de nombreux apprentis, notamment les apprentis qui avaient changé leur itinéraire d'orientation pour mieux adapter leur nouvelle formation à la réalité de l'entreprise.

YVES CALVI
La question que vous pose Alain, en fait elle concerne les entreprises, et il va plus loin, il vous demande si d'une façon ou d'une autre un gouvernement, et pourquoi pas le votre, peut forcer ou contraindre d'une façon ou d'une autre les entreprises à engager des jeunes ? Alors après on peut présenter les choses de façon plus souple, avec des mesures qui favorisent leur intégration à l'entreprise. C'est visiblement une grosse difficulté, on a eu de nombreux appels dans ce sens ce matin avec parfois des parents qui nous parlaient de leurs enfants qui sont bac+5.

MANUEL VALLS
Mais pourquoi il y a autant d'appels, c'est parce qu'il y a une angoisse dans la société française sur l'avenir de la jeunesse, sentiment qu'on va vivre moins bien, que les enfants, malgré les études, ne vont pas trouver un travail. On ne peut pas obliger des entreprises, nous ne sommes pas dans une économie administrée, on peut inciter, on peut accompagner, on peut faire en sorte que notre système de formation soit mieux adapté à la réalité des entreprises et travaille avec ces entreprises, pour permettre précisément ces embauches. Ce que j'ai vu encore une fois hier en Alsace, et c'est vrai aujourd'hui parce que ça va mieux à PSA, c'est vrai à Solvay. Vous trouvez aujourd'hui heureusement des entreprises qui travaillent avec le système de formation, avec le soutien des régions. Si nous sommes en train de mobiliser avec Myriam EL KHOMRI l'ensemble des partenaires sociaux et des régions sur la formation et l'apprentissage, c'est parce que nous souhaitons répondre à ces questions angoissantes des parents quant à l'avenir de leurs enfants.

YVES CALVI
Alors, vous l'avez compris, pas de mesures contraignantes mais plutôt accompagner les entreprises françaises pour favoriser l'entrée des jeunes sur le marché, c'est ce que vient de vous dire le Premier ministre sur notre antenne. On donne maintenant la parole à Martine. Bonjour Martine.

MARTINE
Oui bonjour, bonjour monsieur le Premier ministre, bonjour tout le monde.

MANUEL
VALLS
Bonjour.
MARTINE
Voilà, je vais essayer d'être très courte, je sais que vous ‘n'avez pas beaucoup de temps, je connais très bien le Pôle Emploi puisque je suis inscrite au Pôle Emploi depuis l'âge de mes 18 ans et j'en ai 53. J'ai fait l'erreur monumentale de travailler une saison dans un célèbre service public qui s'appelle La Poste et en fait j'ai été employée en CDD pendant 8 ans, j'ai fini par partir parce que la situation était précaire, donc j'ai fait plein de formations, j'ai toujours trouvé du travail mais jamais de CDI. Et j'ai servi comme receveur TAG aussi pour l'automatisation des voies et en fait je voulais savoir si sincèrement le fait de baisser les allocations chômage va vraiment inciter les chômeurs à travailler dans la mesure où moi dans ma situation actuelle – je vais vous expliquer – j'ai un CDI de 7 heures par semaine, je distribue les journaux donc je me lève très tôt, donc l'avenir m'appartient – mais je ne trouve pas d'autre travail, et je demande que ça de travailler. Est-ce que vous savez que sur la totalité des chômeurs il y en a la moitié qui comme moi ne touche pas d'indemnité. Donc est-ce que vous pensez sincèrement ou est-ce que c'est de la naïveté de penser ça, que le fait de baisser les indemnités de chômage vont inciter les travailleurs à plus travailler dans la mesure où il n'y a pas d'emploi. Et le cadeau fiscal des entreprises, et tout l'allègement des Prud'hommes ce sont des lois qui vont favoriser les gros mais qui au final pour nous en bas va voir des retombées dramatiques.

MANUEL VALLS
D'abord vous avez raison de rappeler, et c'est utile, que la moitié de ceux qui sont au chômage ou qui ont un travail partiel et qu'on retrouve dans d'autres catégories de chômage, mais qui sont en partie au chômage, ne sont pas indemnisés ; c'est important de le rappeler parce qu'on a l'impression parfois que les chômeurs sont des nantis.

YVES CALVI
Durée moyenne, 11 mois.

MANUEL VALLS
Et que les gens préfèrent rester au chômage, non ce ‘n'est pas le cas. Personne n'est chômeur professionnel. Personne n'en envie de rester au chômage. C'est bon de le rappeler. Deuxièmement il faut rappeler que la loi, dont nous discutons, ne prévoit pas la baisse des indemnités pour les demandeurs d'emploi, ça c'est une des discussions, c'est la discussion qui est en cours entre les partenaires sociaux, pour ce qui concerne l'assurance chômage.

YVES CALVI
Vous avez raison de le rappeler mais vous aviez bien compris, monsieur le Premier ministre, que la sous question de Martine, si je puis dire, c'est si l'on va effectivement vers une dégressivité est-ce qu'on en va pas pousser tout simplement ceux qui percevaient pas grand-chose vers la grande pauvreté, et est-ce que ça les aide à retrouver un travail ? On croit bien que la question est dans la réponse.

MANUEL VALLS
Oui, mais donc elle a fait et la question et la réponse, Martine, à juste titre. Ce qui m'intéresse moi dans la discussion qui s'ouvre entre les partenaires sociaux sur l'assurance chômage, c'est tout ce qui permet le retour à l'emploi, pas tout ce qui est punitif, ce qui mettrait des demandeurs d'emploi dans la précarité, c'est comment on incite mieux au retour à l'emploi, par des systèmes de formation, éventuellement en regardant de près la question de la dégressivité, mais tout ce qui permet le retour à l'emploi.

YVES CALVI
La dégressivité est une piste, c'est bien ce que vous venez de nous dire.

MANUEL VALLS
Ca n'est pas une piste du gouvernement, c'est une piste qui a été mise sur la table dans la discussion qui a lieu entre les partenaires sociaux et qui ne rencontre pas l'approbation ou le soutien des syndicats.

YVES CALVI
C'est exactement ce que nous a dit Myriam EL KHOMRI au micro d'Olivier MAZEROLLE il y a quelques jours à ce même micro.
Bonjour Laurent. Vous êtes chef d'entreprise, vous nous appelez du département du Rhône et de cette bonne ville de Lyon, on vous écoute.

LAURENT
Bonjour monsieur VALLS, bonjour monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Laurent.

LAURENT
Je suis chef d'entreprise, je suis président d'un groupe de tourisme français que je viens de racheter aux Américains, le groupe HAVAS Voyages, et une question pour moi très importante, parce que votre réponse va conditionner beaucoup d'emplois. Vous faites une loi qui est pour nous exceptionnelle, qui est une très très bonne loi, vous allez nous permettre d'engager du monde avec une sécurité et pour le salarié et pour le chef d'entreprise. Aujourd'hui nous avons peur de nous engager parce qu'on ne sait pas ce qui est notre carnet de commandes de demain. Aujourd'hui vous nous permettez d'engager des gens et de pouvoir en cas de problème, mais qu'en cas de problème, parce que vous savez un chef d'entreprise qui engage, il ne veut pas licencier, il veut garder son personnel, la formation coûte très chère, on veut garder notre personnel. Vous permettez en cas de problème de pouvoir à un coût précis, de pouvoir vous séparer de collaborateurs à un coût précis. Ce qui est important pour nous c'est ça, est-ce que vous irez quoi qu'il arrive dans cette loi, quelle que soit la pression sociale, vous irez jusqu'au bout ou pas ? Si vous me dites que vous allez jusqu'au bout, moi dans les quinze jours qui arrivent j'engage 47 personnes.

MANUEL VALLS
Vous vous rendez compte la responsabilité que vous faites peser sur mes épaules Laurent…

YVES CALVI
Oui, vous êtes Premier ministre.

MANUEL VALLS
Notamment pour ces 47 personnes.

YVES CALVI
Apparemment vous l'avez voulu.

MANUEL VALLS
Oui. Ca c'est une autre question. Mais en tout cas ce que j'ai voulu c'est assumer les responsabilisé, donc quand on assume les responsabilités il faut aller jusqu'au bout. Alors bien sur Laurent il va y avoir des discussions avec les partenaires sociaux et au Parlement, mais notre définition du licenciement économique comme le fait qu'on lève les freins à l'embauche en réformant le barème des indemnités prud'homales, c'est deux éléments qui sont fondamentaux pour les entreprises, fondamentaux.

LAURENT
C'est le principal, parce qu'on engage, on veut engager mais on a peur.

MANUEL VALLS
Pourquoi ? Il faut le rappeler, les TPE et les PME hésitent aujourd'hui à embaucher, ou à embaucher même en CDI, de peur des conséquences d'une éventuelle rupture de contrat, si les choses ne se passent pas bien avec les salariés, ou s'il y a des problèmes pour l'entreprise parce que l'entreprise économique a évolué. Aujourd'hui, soit elles n'embauchent pas, soit elles recourent au CDD. Et vous savez que 85 % des embauches aujourd'hui se font sur CDD non pas sur CDI, ce qui fait peser évidemment une incertitude quant à l'avenir du salarié. Donc nous voulons, en levant les freins à l'embauche, en réformant le barème des indemnités prud'homales et en clarifiant la définition du licenciement économique, tout cela encadré bien sûr, et dans un dialogue avec les partenaires sociaux, permettre à ces entrepreneurs comme Laurent d'aller plus loin, de pouvoir embaucher, d'avoir confiance et de ne plus avoir peur d'embaucher.

YVES CALVI
Vous lui dites : Laurent, allez-y, embauchez !

MANUEL VALLS
Laurent, j'irais jusqu'au bout.

LAURENT
Super. Eh bien vous venez aujourd'hui d'avoir plus 40 emplois.

MANUEL VALLS
J'irais vérifier alors.

LAURENT
Vous pourrez vérifier.

YVES CALVI
Merci d'être fidèle à l'écoute de RTL Laurent. On donne maintenant la parole à Jean-Marc, qui nous appelle de Châteauroux dans le département de l'Indre. Bonjour Jean-Marc. Le Premier ministre vous écoute.

JEAN-MARC
Oui bonjour. Moi je suis demandeur d'emploi, j'ai 59 ans, je suis indemnisé au revenu de solidarité active, je n'ai pas de voiture et pas de moyen de transport ; est-ce qu'il ne serait pas judicieux de permettre aux demandeurs d'emploi non indemnisés de voyager gratuitement dans les bus et les trains pour aller se présenter à des places dans les endroits où on embauche notamment pour les saisonniers, enfin voilà. Et puis je n'ai pas d'internet, donc je vais maintenant à Pôle Emploi tous les matins, parce que c'est fermé tous les après-midi pour permettre de sélectionner des stagiaires pour des formations, donc ce que je comprends parfaitement, mais c'est assez compliqué d'aller le matin à Pôle Emploi et puis de pouvoir consulter les ordinateurs pour avoir les places etc.

YVES CALVI
Bien sur. Alors il y a un aspect assez dramatique dans votre question, c'est quand on est au RSA, tout simplement, comment on fait pour chercher du boulot si on ne peut pas circuler. Est-ce qu'il peut y avoir une prise en charge çà ce niveau-là, c'est la question que vous pose Jean-Marc monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Cette question elle est touchante, elle nous bouleverse, parce que ce n''est pas la réalité uniquement d'un homme qui est décrite, mais c'est celle que vivent aussi des hommes, des femmes, beaucoup de nos concitoyens, donc il faut y être plus qu'attentif. L'occasion hier de la visite d'un Pôle Emploi à Mulhouse, j'ai vu et rencontré notamment des jeunes qui sont là dans le cadre du service civique, qui accompagnent des demandeurs d'emploi, souvent plus âgés, pour les former notamment à l'informatique, pour les former au numérique, pour leur permettre de surfer sur internet, ce qui est bien sur un atout supplémentaire pour trouver de l'emploi. Pôle Emploi est ouvert le matin, et l'après-midi c'est sur rendez-vous, parce qu'il faut aussi sortir, pardon de le dire, d'un certain nombre de clichés. Donc il y a à travers la mobilisation de Pôle Emploi une réponse sur ces questions de formation. Et puis les collectivités territoriales, je pense aux régions, parce que c'est elles qui ont en charge la tarification des transports, certaines l'ont fait déjà, peuvent prendre des dispositions qui permettent la gratuité pour les chômeurs qui se trouvent en très grande difficulté, parce qu'ils n'ont pas…

YVES CALVI
Donc à Jean-Marc vous dites c'est le problème de votre région, en tout cas c'est à elle de faire l'effort, si elle doit vous aider. Je vous ai bien compris.

JEAN-MARC
Non, en fait, ce n'est pas le problème de la région c'est le problème d'un très grand nombre de gens qui ne sont pas indemnisés et qui ne peuvent pas aller chercher un emploi. Même s'il faut se déplacer dans toute la France. Il y a des trains qui circulent à vide tous les jours… on peut ne pas permettre aux gens de voyager le week end pour partir en loisir, mais pour chercher un emploi la semaine ce serait quand même génial que les chômeurs avec une carte Pôle Emploi puissent monter dans un train pour aller se présenter à un poste ou essayer d'en trouver un.

YVES CALVI
On a compris. C'est envisageable.

MANUEL VALLS
Il y a des dispositifs prévus par les Conseils régionaux qui permettent la gratuité pour les chômeurs, pour ceux qui doivent pointer à Pôle Emploi.

YVES CALVI
Et on va continuer à vérifier tout ça Jean-Marc, et on se trouvera vers vous pour vous donner les infos, s'il faut, je m'y engage. Bonjour Eric.

ERIC
Bonjour monsieur CALVI, bonjour monsieur VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

ERIC
Alors écoutez monsieur VALLS, je vous ai écouté durant l'interview avec monsieur MAZEROLLE, vous avez plusieurs fois répété que vous étiez dans la réalité, dans l'action, et ma question va porter sur les migrants et notamment sur leur déplacement de Calais. Moi mon sentiment c'est qu'on tergiverse beaucoup, la dernière nouveauté c'est qu'on ne va plus les déplacer, on va tenter de les persuader de se déplacer – ce qui est quand même différent – ce qui me fait peur c'est que déjà avec 3000 migrants à Calais on n'arrive pas à trouver de solution, alors comment va-t-on faire quand les centaines de milliers de réfugiés qui sont aux frontières, notamment de la Grèce ou des autres pays, vont arriver en Europe et notamment en France. Comment va-t-on faire si déjà maintenant on ne s'en sort pas ?

MANUEL VALLS
Il faut apporter une réponse humanitaire à cette situation de Calais ou à Grande-Synthe, en mettant à l'abri ces personnes et dans des conditions humaines. Donc c'est toute l'action qui est actuellement menée par la préfète du Pas-de-Calais sous l'autorité du ministre de l'Intérieur. Donc nous sommes en train d'évacuer avec méthode, avec le temps nécessaire ces campements, parce que nous ne pourrons pas accepter les conditions terribles dans lesquelles vivent ces migrants, qui sont indignes, nous ne pouvons pas accepter de faire en sorte qu'un bidonville continue à ainsi être érigé aux portes de Calais.

YVES CALVI
Est-ce que le Premier ministre de la France connait le nombre de migrants qui se trouvent à Calais ? On est dans une situation incroyable ce matin, on l'évoquait sur l'antenne de RTL, le préfet, la préfète nous disent-ils 1000, les associations nous répondent ils sont au minimum 3450 dont 300 mineurs dans la zone sud. Est-ce que vous connaissez le chiffre monsieur le Premier ministre ?

MANUEL VALLS
Le ministre de l'Intérieur a déjà eu l'occasion de s'exprimer et il a donné les chiffres qui sont ceux que vous venez de rappeler, et qui ont été donnés par la préfète. Nous sommes en train de créer les conditions d'une mise en place d'abris solides à l'épreuve des intempéries, 1200 personnes y ont déjà été accueillies. Et puis nous faisons des propositions d'hébergement pour les migrants qui renoncent à franchir la frontière, puisque s'il y a ce problème à Calais c'est parce qu'ils souhaitent aller en Grande Bretagne, qui souhaitent demander l'asile, ailleurs en France, et plus de 2700 en ont déjà bénéficié. Donc nous sommes en train de baisser progressivement, bien sur, le nombre de migrants qui sont sur Calais ou sur Grande-Synthe.

YVES CALVI
J'en profite pour vous poser une question sur les Britanniques, est-ce qu'on peut continuer à faire l'Europe sans les Anglais ? On n'a pas eu besoin d'eux pour faire l'euro.

MANUEL VALLS
Oui mais on a eu besoin d'eux pour gagner la première et la deuxième guerre mondiale. On a besoin d'eux pour lutter contre le terrorisme ; et il faut toujours regarder avec attention le fait que l'histoire elle est tragique, elle peut connaitre des périodes, et nous en connaissons particulièrement difficile. Et dans le monde, alors que l'Union européenne est un exemple, voir des pays ou un pays aussi important que la Grande-Bretagne quitter l'Union européenne oui moi je pense que c'est une mauvaise chose pour les Britanniques eux-mêmes mais aussi pour l'Europe. C'est pour cela qu'avec le président de la République nous nous étions battus pour que la Grèce reste dans la zone euro, parce que nous ne voulions pas qu'un pays quitte cette zone euro. Eh bien là c'est d'une certaine manière, dans des conditions bien sur différentes, la même chose. Voir un pays aussi important que la Grande-Bretagne quitter l'Union européenne c'est un signe qui est donné d'affaiblissement de l'Europe, et de dislocation de cette Union européenne.

YVES CALVI
Nous avons besoin, par définition, d'une équipe de combat pour affronter les difficultés qui sont les nôtres aujourd'hui dans ce pays, dans un monde compliqué et dans une Europe qui est perturbée. Vous venez, pendant près d'une heure de débattre sur l'antenne de RTL, on s'interroge sur, on va dire, l'harmonie qui règne au sein de votre équipe ministérielle aujourd'hui. Nos confrères du Parisien citent ce matin le mot de « détestation » dans vos rapports avec Emmanuel MACRON. Vous avez comme ministre Jean-Marc AYRAULT, qui fut votre Premier ministre, on dit que c'est peut-être tout simplement humainement compliqué à gérer, qu'avez-vous à dire de cette situation ?

MANUEL VALLS
D'abord quand on lit la presse on découvre des choses étonnantes. Tout ce qui est dit sur les relations, les liens qui existent entre Emmanuel MACRON et moi, c'est faux, c'est entièrement faux. C'est assez étonnant. Mais au-delà de cela ….

YVES CALVI
Il n'y a aucun problème avec Emmanuel MACRON ?

MANUEL VALLS
Non. Non. J'ai la chance d'avoir un ministre de l'Economie jeune, talentueux, qui connait l'entreprise et qui veut réformer, et nous partageons ce même gout, cette même volonté de la réforme. Avoir Jean-Marc AYRAULT au gouvernement comme ministre des Affaires étrangères, mais pourquoi je m'en plaindrais ? Moi je ne suis jamais dans la détestation, et encore moins dans la querelle de personnes. J'ai en charge l'animation d'une équipe et ce qui m'intéresse c'est ce que cette équipe - c'est la mission que le président de la République m'a confiée - travaille au service de la France. Bien sur qu'il peut y avoir des frictions entre des personnalités qui sont par ailleurs de fortes personnalités…

YVES CALVI
Ah donc elles existent ?

MANUEL VALLS
Mais tant mieux. Non mais dans un gouvernement. Mais dans n'importe quelle équipe ! J'imagine que c'est même le cas ici à RTL.

YVES CALVI
Ça doit pouvoir arriver.

MANUEL VALLS
Tant mieux. C'est normal. Mais je préfère avoir dans mon équipe des personnalités fortes, reconnues, solides. Ecoutez-moi voir Jean-Yves LE DRIAN à la Défense, Bernard CAZENEUVE à la sécurité, à l'Intérieur, c'est un plus. Voir des personnalités confirmées aux Affaires étrangères comme Jean-Marc AYRAULT ou Ségolène ROYAL à l'Ecologie, pourquoi je m'en plaindrais ?

YVES CALVI
En vous écoutant je me demandais si ce n'était pas une équipe de campagne, vous voyez ?

MANUEL VALLS
Non. On est toujours forcément en campagne, mais moi je suis en campagne pour la France et pour les Français. Aujourd'hui la seule campagne que nous devons mener c'est celle-ci, pour l'emploi, contre le chômage, pour préparer la France aux grands défis du monde.

YVES CALVI
Merci Manuel VALLS d'être venu ce matin passer la matinée avec nous sur RTL et d'avoir répondu à nos auditeurs après avoir répondu à Olivier MAZEROLLE et François LENGLET, bonne journée à vous. Bon travail.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 février 2016

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