Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, en hommage au capitaine Cyril Genest et au lieutenant Boris Voelckel (BAC 75N), tombés dans l'accomplissement de leur mission au service de la République et sur le plan BAC d'équipement des policiers, à Paris le 22 février 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, en hommage au capitaine Cyril Genest et au lieutenant Boris Voelckel (BAC 75N), tombés dans l'accomplissement de leur mission au service de la République et sur le plan BAC d'équipement des policiers, à Paris le 22 février 2016.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Cérémonie en hommage au capitaine Cyril Genest et au lieutenant Boris Voelckel (BAC 75N) au centre de police Bessières, à Paris le 22 février 2016

ti : Monsieur le Préfet de police,
Monsieur le Directeur général de la Police nationale,
Mesdames et Messieurs,


C'est la deuxième fois que je me retrouve parmi vous pour participer à la cérémonie qui rend désormais hommage chaque année au capitaine Cyril GENEST et au lieutenant Boris VOELCKEL, et c'est à nouveau, comme l'année dernière, une très grande émotion.

Je considère en effet que c'est pour moi un devoir et un honneur que d'être présent ce soir pour saluer la mémoire de vos deux collègues tombés alors qu'ils accomplissaient leur mission au service de la République.

Comme c'est un honneur que de pouvoir saluer à nouveau le courage du lieutenant Frédéric KREMER, qui fut grièvement blessé au cours de la même intervention et qui s'est battu de toutes ses forces pour recouvrer sa pleine intégrité physique. Vous êtes ainsi pour nous tous, lieutenant, un exemple de ténacité.

Enfin, et d'une manière générale, je suis heureux d'avoir l'occasion de vous rendre l'hommage que vous méritez en tant que fonctionnaires de police et en tant que serviteurs de l'Etat. Cette reconnaissance que je souhaite vous exprimer ce soir n'est pas seulement la mienne, mais bien celle de la Nation tout entière.

Car les Français sont fiers de leurs policiers. A plusieurs reprises au cours de l'année passée, ils ont été les témoins de ce que vous étiez prêts à accomplir pour les protéger en toutes circonstances. Ils connaissent la force de votre engagement. Ils savent à quel point ils peuvent compter sur votre détermination et sur celle de l'ensemble des forces de sécurité. Ils mesurent désormais pleinement le prix des sacrifices que vous consentez au nom du bien commun, tels ceux qu'ont accomplis Cyril GENEST et Boris VOELCKEL, lesquels ont perdu la vie parce qu'ils entendaient accomplir leur devoir jusqu'au bout. Parce qu'ils étaient de grands policiers et qu'ils croyaient en la nécessité de faire respecter les lois de la République. Parce qu'ils savaient – comme nous tous ici présents – qu'entre le fort et le faible, c'est la loi qui protège, et c'est le désordre qui opprime. Sans ordre républicain, en effet, il n'est pas de liberté, d'égalité ni de fraternité possible.

Chacun d'entre nous connaît les circonstances dans lesquelles le capitaine GENEST et le lieutenant VOELCKEL nous ont quittés, voici maintenant trois ans, le 21 février 2013. Je sais que leur mort tragique est toujours présente dans vos mémoires.

Alors qu'un chauffard qui refusait d'obtempérer avait été pris en chasse par un autre équipage de la BAC, vos trois collègues ont tenté de l'intercepter à la porte de La Chapelle. Plutôt que de ralentir, le criminel a alors volontairement et violemment percuté leur véhicule, ne leur laissant aucune chance.

Cyril et Boris sont morts sur le coup. Frédéric, lui, comme je l'ai dit, a été très grièvement blessé.

Le procès du criminel responsable de la mort de vos deux collègues aura normalement lieu cette année. Je souhaite pour ma part – comme nous tous – que la justice fasse son œuvre, car aucune violence commise à l'encontre des policiers ou des gendarmes ne doit rester impunie, a fortiori les plus graves.

Cyril et Boris sont partis en laissant derrière eux leur famille, leurs proches, que rien ni personne, sans doute, ne pourra jamais consoler de la perte de l'être aimé. Pourtant, je veux vous dire que nous tous, réunis autour de vous, partageons votre chagrin. Je tiens ainsi à vous exprimer toute ma compassion et tout mon soutien.

Plus largement, c'est bien la grande famille de la Police nationale qui a été très durement éprouvée par cette tragédie. Car, quand l'un d'entre vous tombe, c'est toute une institution qui est frappée. Et la réponse que vous opposez à un tel drame passe par la solidarité et par l'entraide. Il suffit, pour s'en convaincre, de regarder l'écusson que vous portez tous : on peut y apercevoir une étoile qui rappelle symboliquement le sacrifice de vos deux collègues, pour ne jamais l'oublier.

Cette solidarité occupe une place importante dans votre engagement. A chaque anniversaire, à chaque Noël, depuis cette terrible nuit du 21 février, les enfants de vos collègues disparus reçoivent ainsi des cadeaux de votre part. Ces gestes et ces attentions prouvent combien l'unité qui est celle de votre service, l'unité de la BAC 75N, est d'une force à toute épreuve. C'est à cela aussi que l'on reconnaît les grands services de police et les grands policiers.


Cette année, l'hommage que nous rendons à vos deux collègues prend bien sûr une résonnance particulière. Voici maintenant un peu plus de trois mois, notre pays a été frappé par une série d'attaques terroristes d'une gravité sans précédent au cours de notre histoire. 130 victimes innocentes ont perdu la vie et des centaines d'autres ont été grièvement blessées.

Dans la nuit du 13 novembre, la BAC 75N a pris une part décisive dans la réponse que la France a opposée à la barbarie. Face à une horreur sans nom, vous n'avez pas flanché. Il y eut alors des actes d'héroïsme, individuels et collectifs, qu'aucun d'entre nous, jamais, n'oubliera.

Je tiens à vous dire que la République, que vous avez su protéger au cœur de la terreur, éprouve à votre égard une immense reconnaissance et une profonde gratitude pour le courage exceptionnel dont vous avez fait preuve en ces moments tragiques.

Nos concitoyens savent que les forces de l'ordre ont, ce soir-là, affronté le pire sans jamais reculer, sans jamais faiblir, sans jamais faillir. Grâce à vous, grâce à vos collègues, ainsi qu'à vos camarades de la Gendarmerie, c'est la vie de nombreuses personnes qui a pu être épargnée.

Comme celle du 21 février, la nuit du 13 novembre restera pour longtemps dans les mémoires de toutes celles et ceux qui l'ont vécue. Chacun, dans le rôle qui lui est propre, a dû, ce soir-là, traverser ces événements tragiques et en assumer les conséquences. Aussi, je veux vous dire, aujourd'hui, tout simplement, que je suis fier de vous. Fier que nous soyons parvenus, ensemble, à faire front dans l'épreuve et malgré le chagrin.

Cette nuit-là, c'est une page de l'histoire de notre pays qui s'est écrite, dans le sang et les larmes. Mais c'est aussi une page de l'histoire de la BAC 75N.


Chaque soir, vous repartez en mission, vous remettez l'ouvrage sur le métier pour protéger vos concitoyens et empêcher les délinquants de nuire. Car telle est la mission de la BAC, cette police du quotidien que vous incarnez et qu'incarnaient eux aussi vos deux collègues disparus, Cyril GENEST et Boris VOELCKEL. Cette police qui n'a jamais lâché la rue et qui, dès lors qu'un drame survient, se retrouve en première ligne et en assume tous les risques.

Face à la délinquance et à la criminalité, il n'y a pas de petites interventions. C'est chaque jour que nous portons coup sur coup à ceux qui menacent notre sécurité. Et cette détermination à faire respecter les lois de la République porte ses fruits.

Cette action, nous devons la poursuivre et nous devons l'amplifier. C'est la raison pour laquelle j'estime qu'il est de ma responsabilité de vous donner les moyens de faire votre travail dans les meilleures conditions de sécurité et d'efficacité possibles.

Après le drame dont a été victime, en octobre dernier, votre collègue Yann SAILLOUR de la BAC de Saint-Denis, j'ai donc décidé de renforcer considérablement les équipements de protection dont disposent tous les policiers des BAC de France.

Le plan BAC que j'ai lancé voici un peu plus de quatre mois prévoit ainsi, pour vous et vos collègues, de nouveaux moyens de riposte et de protection, ainsi que de nouveaux véhicules en nombre. Car je refuse que, face aux agressions dont vous pouvez être l'objet, face aux situations complexes sur lesquelles vous intervenez, vous ne disposiez pas d'un équipement adapté. Quand l'un d'entre vous tombe, nous devons précisément nous interroger, réfléchir pour faire en sorte qu'un tel drame ne puisse à nouveau survenir – ou du moins pour en limiter l'éventualité.

Chaque policier des BAC sera ainsi équipé d'un casque balistique avec visière pare-balle. Vous en avez vous-mêmes été équipés au cours de ces derniers jours.

Vous serez également tous dotés de gilets pare-balles porte-plaques afin de pouvoir faire face aux criminels qui utilisent des armes lourdes. Le modèle dont vous serez équipés, au plus tard à la fin du mois de mars, a été développé par le Service de l'achat, des équipements et de la logistique du ministère de l'Intérieur (SAELSI) et a été retenu après des tests que vous avez vous-mêmes réalisés avec vos collègues de Saint-Denis, de Mantes-la-Jolie, de Lyon et de Grenoble. C'est donc bien vous qui avez pu choisir vos propres équipements, ceux dont vous considériez qu'ils étaient les mieux adaptés aux difficultés que vous rencontrez au cours de vos missions.

Enfin, vous serez tous équipés de bâtons télescopiques de défense (d'ici la fin du mois de mars), de grenades de désencerclement (que vous avez normalement reçues aujourd'hui), de protège-épaules et de protège-tibias (d'ici la fin du mois de juin), ainsi que de gants de palpation (qui seront livrés à la mi-avril).

Outre les moyens de protection, votre armement aussi évolue. Il était en effet nécessaire que vous soyez en mesure de répliquer aux tirs d'armes de type Kalachnikov que certains criminels n'hésitent désormais plus à utiliser contre vous. C'est pourquoi j'ai décidé qu'un nouveau pistolet mitrailleur « HK G 36 » équiperait chaque équipage de BAC sur l'ensemble du territoire.

Ces armements arriveront dans les services à la fin du mois et vous pourrez en disposer une fois que les formations auront eu lieu. Je sais qu'il n'est pas simple de trouver des stands de tir adaptés, d'autant plus pour les policiers travaillant la nuit. Mais le Préfet de police m'a garanti qu'il suivrait personnellement le dossier et je lui ai demandé de me rendre compte de toutes les difficultés qui pouvaient le cas échéant se faire jour afin que nous puissions leur apporter une réponse satisfaisante.

Par ailleurs, un lanceur de balles de défense et un pistolet à impulsion électromagnétique viendront compléter l'équipement collectif de chaque équipage BAC, en plus d'un bouclier balistique souple.

Vos missions nécessitent également des véhicules plus performants. J'ai donc là aussi demandé que le parc automobile des BAC soit renouvelé et renforcé. 294 nouveaux véhicules, équipés d'un coffre sécurisé susceptible de contenir un pistolet mitrailleur G36, arriveront ainsi bientôt dans les services. Vous en avez vous-mêmes d'ores et déjà reçu un il y a quelques jours si je ne m'abuse.

Cet effort était nécessaire pour que vous puissiez faire face aux évolutions de la délinquance et de la criminalité, et par là même à celles des risques que vous encourez.

Sachez qu'afin que les matériels vous soient livrés le plus rapidement possible, les services de la préfecture de police sont pleinement mobilisés. Toutefois, vous vous en doutez, fabriquer ces matériels en aussi grande quantité nécessite du temps. J'ajoute que, dans les jours qui viennent, je réunirai l'ensemble des services de police de l'agglomération parisienne bénéficiant du plan BAC afin de leur détailler les objectifs et le calendrier que je viens de vous présenter.


En ce jour d'hommage, tel était le message que je souhaitais vous transmettre.

Pour défendre la République et l'Etat de droit, vous êtes en première ligne. Contre toutes les violences, vous constituez notre plus solide rempart. Plus que jamais, quand le pays est menacé, l'autorité de l'Etat que vous incarnez est une condition de la cohésion nationale et du respect de la loi républicaine.

Vous veillez sur nos vies, vous veillez sur la vie des Français. Vous êtes l'honneur de la République. Et la République vous doit le respect pour ce que vous accomplissez chaque jour pour elle et en son nom.

N'oublions jamais ceux qui sont tombés en mission, tels le capitaine Cyril GENEST et le lieutenant Boris VOELCKEL. C'est pour notre liberté qu'ils sont morts. Que le sens du devoir qui les a guidés continue d'inspirer notre action : tel est le souhait que je formule aujourd'hui au nom des forces de sécurité.


Je vous remercie.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 23 février 2016

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