Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, en hommage aux combattants de la Bataille de Verdun pendant la Première Guerre mondiale, à Bois des Caures le 21 février 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire, en hommage aux combattants de la Bataille de Verdun pendant la Première Guerre mondiale, à Bois des Caures le 21 février 2016.

Personnalité, fonction : TODESCHINI Jean-Marc.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux anciens combattants et à la mémoire

Circonstances : Cérémonie au Cérémonie au Bois des Caures, à Bois des Caures (Meuse) le 21 février 2016

ti :


Monsieur le Préfet,
Monsieur le Sous-Préfet,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le maire,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le gouverneur militaire de la ville de Metz, mon général
[Officiers, sous-officiers], militaires du rang français,
Messieurs les porte-drapeaux,
Monsieur le président du Comité national du Souvenir de Verdun,
Chers élèves ici présents,
Mesdames et messieurs,


Le 21 février 2016, il y a cent ans jour pour jour, la bataille de Verdun commençait. Enfant lorrain, instituteur puis sénateur de Moselle, j'avais déjà arpenté ce champ de bataille. Depuis ma nomination comme Secrétaire d'Etat en charge des Anciens combattants et de la Mémoire en novembre 2014, je me suis rendu à de nombreuses reprises sur le site de Verdun, animé par une même émotion et un puissant sentiment de responsabilité.

Mais ce jour précis du Centenaire du début de la bataille donne à cette commémoration une dimension toute particulière.

Le 21 février 2016, à 7h15 du matin, l'apocalypse est commencée. L'ouragan des obus fulmine contre le bois des Caures, où tombent, durant cette seule journée, 80 000 obus. Les bois verdoyants ont laissé place à un décor de désolation.

Le capitaine Seguin, du 59e Bataillon de Chasseurs à Pied, dit ne plus reconnaître le paysage auquel il s'était pourtant habitué pendant des mois.

Après dix heures de bombardement, ceux qui ont survécu à ces avalanches de fer et de feu, ceux qui reviennent de l'enfer, sans y croire tout à fait eux-mêmes, se relèvent et livrent une défense acharnée face à un ennemi pourtant bien supérieur en nombre.

Parmi ces héros des premières heures, figurent le Colonel Driant et ses hommes du 56e et du 59e Bataillons de Chasseurs à pied. Le Colonel avait prévu l'attaque. Le 21 février, il se lève plus tôt que d'ordinaire. Sa dernière lettre est pour sa femme. Il ôte son alliance et dit à son secrétaire : « Si je suis tué, vous irez la rapporter à Madame Driant ». Elle lui fut rapportée le lendemain.

Au bois des Caures, ici même, les chasseurs résistent contre l'inimaginable et l'impossible. Ils réussissent à freiner l'offensive ennemie et offrent ainsi un délai précieux aux renforts français. Le 22 au soir, le colonel Driant meurt près de Douaumont, sur les hauteurs de Verdun. L'ordre était de tenir jusqu'au bout. La mission fut accomplie.

Le souvenir de son engagement n'a cessé d'être honoré. En 1966, la promotion de l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr lui rend hommage en prenant son nom.

Aujourd'hui, je veux saluer la présence de 20 membres de cette école, qui ont à l'esprit le courage et la détermination de leur illustre prédécesseur, lui-même entré à Saint-Cyr en 1875.

Si tout le monde connaît le soldat héroïque qu'il fut, moins nombreux sont ceux qui connaissent l'homme de lettres, d'engagement et de convictions qu'il était aussi : député de Nancy en 1910, romancier talentueux, sous le pseudonyme de Capitaine Danrit, Driant n'était pas prédestiné à rejoindre l'enfer de Verdun.

Agé de 59 ans en 1914, il aurait pu rester éloigné des tranchées. Il fait pourtant le choix de s'engager dans l'armée et s'attache à ce que la Nation adresse aux combattants sa reconnaissance. En proposant la création de la Croix de Guerre, il avait à cœur de rendre hommage aux hommes qui s'étaient illustrés à ses côtés.

Le Colonel Driant est donc mort comme il a vécu : en modèle pour ses soldats. Des soldats qui n'étaient encore qu'à l'aube d'une bataille longue de 300 jours et de 300 nuits.

Au milieu des tranchées, de la boue, des puces, des cadavres, écrasés sans cesse par des tirs d'artillerie lourde, menacés par les gaz et les lance-flammes, ces hommes, des deux côtés, combattent avec une résolution héroïque.

L'affrontement acquiert très vite une dimension emblématique. Nous parlons de la bataille de Verdun ; il faudrait parler de la bataille de France. Grâce au système de rotation rapide des troupes, plus de 75 % des poilus ont combattu à Verdun en 1916. Et le 10 novembre 1920, c'est à Verdun qu'Auguste Thin, choisit, parmi les cercueils présentés devant lui, celui du soldat inconnu, symbole de tous les « civils déracinés » que la Grande Guerre a enfermés dans l'histoire.

Verdun est la métaphore de la Grande Guerre. Le symbole de la mort de masse. Le symbole encore du courage et de la ténacité.

Mais ce champ de bataille est aussi devenu le lieu emblématique de la réconciliation franco-allemande. Le 22 septembre 1984, c'est à Verdun, devant l'ossuaire de Douaumont, devant la blancheur immaculée de milliers de tombes, que François Mitterrand et Helmut Kohl se tiennent la main.

Ce geste nous rappelle combien la réconciliation franco-allemande est l'entreprise la plus précieuse de notre temps. Ce geste nous oblige envers les 700 000 soldats blessés, disparus ou tués à Verdun. Il nous oblige envers leurs familles et envers leurs descendants. Il m'oblige enfin personnellement vis-à-vis des jeunes générations.

Commémorer Verdun exige un travail de mémoire renouvelé à chaque instant. C'est pourquoi je tiens ici à saluer la présence de ces jeunes venus de la Meuse et de la Martinique, comme ceux venus de la ville allemande de Darmstad. Leur présence nous rappelle la mémoire partagée de la bataille entre ces deux pays.

Nous entendrons bientôt, comme en 1984, la Marseillaise résonner sur ce champ de bataille, interprétée par les enfants ici présents. Comme l'a souhaité le Président de la République, l'hymne national nous accompagnera tout au long de l'année 2016.

Je voudrais saluer plus particulièrement la présence d'une délégation de 108 Martiniquais, dont la moitié d'ailleurs sont des jeunes. Ils entretiennent ce lien unique entre la ville d'Etain et cette île des Antilles, qui a offert, comme toute la France d'Outre-Mer, de courageux combattants pour défendre la métropole. En 1902, après l'éruption de la montagne Pelée, Etain offre son aide financière à ses frères martiniquais. Après la guerre, la Martinique soutient en retour la reconstruction de la ville qui l'avait relevée.

Le 29 mai prochain, 4000 jeunes français et allemands, participeront à la grande cérémonie commémorant le Centenaire de la bataille.

Leur présence sera une nouvelle illustration émouvante d'un rapprochement historique dont nous mesurons aujourd'hui les bienfaits.

Verdun nous enseigne où conduisent l'exacerbation de nationalismes étroits. Pour tous ces jeunes, Verdun est une leçon d'histoire, une leçon d'Europe, une leçon de paix. Une leçon qui ne se limite pas à Verdun, mais qui s'étend sur toute la région, où l'histoire et la mémoire franco-allemandes ne se sont pas écrites seulement pendant la Grande Guerre. Trois conflits majeurs, la guerre de 1870, ainsi que les deux guerres mondiales, ont nourri cette terre d'une mémoire aujourd'hui partagée des deux côtés du Rhin.

Toutes les familles françaises ont « fait Verdun », sur le front comme à l'arrière. C'est pour cette raison que dès la fin du conflit, des milliers de Français ont ressenti la nécessité de se rendre au fort de Douaumont.

Aux pèlerins du passé ont succédé les touristes de mémoire d'aujourd'hui. Je veux encore saluer les très nombreuses initiatives prises par toutes les collectivités locales et par tous les acteurs touristiques et associatifs, pour faire vivre la mémoire de Verdun. Ce patrimoine exceptionnel doit servir à entretenir la flamme de la mémoire et à redynamiser les territoires.

Le 29 mai 1966, à l'occasion du cinquantenaire de la bataille, le général de Gaulle déclarait : « Un demi-siècle a passé depuis que se déroula la grande bataille de Verdun. Combien, pourtant, demeure profond le mouvement des âmes que soulève son souvenir ! ». Aujourd'hui, deux demi-siècles ont passé. Mais la mémoire de Verdun est restée.

Je remercie chacune et chacun d'entre vous de continuer à la faire vivre.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 février 2016

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