Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV/RMC le 15 mars 2016, sur les attaques terroristes en Côte d'Ivoire, la réforme constitutionnelle, la réforme du Code du travail, l'accueil des migrants et la candidature de François Hollande à l'élection présidentielle de 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV/RMC le 15 mars 2016, sur les attaques terroristes en Côte d'Ivoire, la réforme constitutionnelle, la réforme du Code du travail, l'accueil des migrants et la candidature de François Hollande à l'élection présidentielle de 2017.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité est Manuel VALLS, Premier ministre. Manuel VALLS, bonjour.

MANUEL VALLS
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Avant de parler de la réforme du Code du travail, je voudrais que nous revenions sur l'attentat qui a eu lieu en Côte d'Ivoire. Quatre Français tués, trente-trois blessés je crois. Des Français parmi les blessés ?

MANUEL VALLS
Je crois que non. Jean-Marc AYRAULT et Bernard CAZENEUVE, qui sont aujourd'hui en Côte d'Ivoire à Abidjan pour apporter leur solidarité à ce pays ami qui vient de subir cette attaque terroriste pour saluer bien sûr la mémoire des victimes, pour rencontrer la communauté française qui est particulièrement importante en Côte d'Ivoire, feront un point dans la journée sur les conséquences de cet attentat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le terrorisme islamique, vous confirmez ?

MANUEL VALLS
Cela a été revendiqué par AQMI, Al-Qaïda. J'étais il y a trois semaines en Afrique pour rencontrer nos troupes, notamment au Mali, mais aussi pour rencontrer les autorités à Bamako, les autorités maliennes, et aussi au Burkina Faso puisque ces deux pays ont subi des attaques terroristes. Ces deux pays bénéficient également de notre engagement et de notre soutien parce que ce sont des démocraties comme la Côte d'Ivoire. Regardez : le terrorisme d'AQMI ou de l'Etat islamique s'attaque d'abord aux démocraties, aux symboles. C'est vrai en Tunisie, c'est vrai donc en Afrique de l'Ouest.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un défi à la France. C'est aussi un défi à la France.

MANUEL VALLS
C'est un défi à la démocratie. C'est un défi à nos valeurs, c'est un défi à l'Afrique, ce continent ami avec qui nous avons, bien sûr, des liens historiques, culturels, de langue, des liens économiques. Mais cette Afrique est le grand continent d'avenir et nous devons donc être pleinement investis, nous les Européens, en Afrique pour aider les démocraties, pour aider les Africains qui font face à ces attaques terroristes. Une Afrique qui aussi vit un islam apaisé et que les terroristes veulent en permanence attaquer. L'Afrique a besoin de notre soutien et de notre solidarité. Au peuple ivoirien, je lui témoigne encore une fois, à lui, à Alassane OUATTARA, son président, notre soutien et notre solidarité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La lutte contre le terrorisme. Au Sénat s'engage la discussion sur la réforme constitutionnelle. Des sénateurs socialistes réclament la suppression pure et simple de la déchéance de nationalité. Est-ce que vous allez supprimer l'article 2 ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, vous venez de m'interroger sur les attaques terroristes en Côte d'Ivoire. Je veux rappeler, comme l'a fait encore il y a peu sur votre antenne Bernard CAZENEUVE le fait que la menace terroriste n'ait jamais été aussi présente partout dans le monde et bien sûr en France. La menace terroriste aujourd'hui est encore plus importante, plus lourde qu'avant le 13 novembre, donc nous devons en permanence nous rappeler ce qui s'est passé. Les cent trente morts français le 13 novembre, les centaines de blessés. Il faut penser à ces blessés parce que moi, ce qui me frappe, c'est que l'actualité balayant tous les sujets on oublie. On oublie les victimes, les morts, les blessés, on oublie les attentats, on oublie les causes de ces attentats et on oublie la menace. Cette menace elle est là, et face à cette menace il faut évidemment donner tous les moyens – c'est ce que nous faisons – à la police, à la gendarmerie, aux services de renseignement, à nos armées pour nous protéger.
Il faut aider, soutenir, être en solidarité avec les autres pays qui sont victimes du terrorisme mais il faut aussi, nous, nous mobiliser autour de symboles, d'actes forts, et il faut nous rassembler, il faut être unis. Moi ce que j'espère du Parlement, et je réponds à votre question, de l'Assemblée nationale – elle l'a fait – comme du Sénat, c'est que nous soyons capables de nous rassembler sur à la fois le fait qu'on mette dans la Constitution, qu'on constitutionnalise l'état d'urgence et qu'on se mette d'accord sur cette idée de déchéance de nationalité qui veut dire tout simplement que les terroristes français qui s'attaquent à leurs propres compatriotes, qui déchirent le Pacte national, ce Pacte formé de valeurs qui sont fondamentales, qu'on se mette d'accord autour de cette idée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais déchéance de nationalité pour tous les Français ? C'est ce que disait François HOLLANDE, ce n'est pas ce qu'a dit l'Assemblée nationale.

MANUEL VALLS
L'Assemblée nationale après un long débat, trop long débat mais c'est ainsi, c'est notre Constitution qui le veut ainsi, c'est-à-dire qu'il faut prendre le temps, s'est mise d'accord. Il y a eu une majorité des trois cinquièmes avec aussi bien des voix de gauche que des voix de droite. De toute façon pour réformer la Constitution, il faut que la gauche et la droite se mettent d'accord. Ce que j'espère du Sénat – le débat commence cette semaine – c'est que nous puissions nous mettre d'accord progressivement pour aboutir à une rédaction commune.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si des sénateurs socialistes réclament la suppression pure et simple de la déchéance de nationalité, je ne vois pas comment au Congrès vous arriverez à faire passer cette réforme constitutionnelle, pardon.

MANUEL VALLS
Mais c'est exactement ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale, où les deux familles politiques ont été divisées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant on ne retire pas le texte, il n'en est pas question.

MANUEL VALLS
J'interviendrai moi-même ainsi que Jean-Jacques URVOAS, le garde des Sceaux, demain au Sénat. Le débat ne fait que commencer au Sénat, dans cette haute assemblée sage et qui souhaite préserver les libertés fondamentales mais, j'en suis convaincu, qui souhaite aussi adresser des signes forts. Les Français ne comprendront pas ou ne comprendraient pas pourquoi les responsables politiques de ce pays, députés et sénateurs, ne sont pas capables de se mettre d'accord sur cette idée, bon sang ! qui est quand même relativement simple. Celui qui s'attaque à ses propres compatriotes, qui s'enrôle dans une armée étrangère, qui commet des attentats effrayants, qui marque ainsi une rupture avec ce que nous sommes, avec nos valeurs, qui s'attaque à nos libertés, à la laïcité à notre jeunesse. C'est ce qui s'est passé tout de même le 13 novembre. Oui, il y a cette déchéance de nationalité encadrée par le droit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qu'il soit binational ou pas.

MANUEL VALLS
Nous l'avons dit : avec, en même temps, le respect des conventions internationales - j'étais venu ici vous expliquer cela également - pour réduire les cas d'apatridie. Oui, c'est ce qui a été fait. Ça n'était pas la version initiale souhaitée par le président de la République. Ça n'était pas la version initiale du texte présenté en Conseil des ministres le 23 décembre. Nous avons évolué, nous avons écouté et nous avons rassemblé à l'Assemblée nationale déjà une majorité des trois cinquièmes. C'est nécessaire pour réformer la Constitution. J'espère que nous arriverons avec le Sénat, qui voudra mettre évidemment sa propre patte, sa propre touche, ses propres amendements, il faudra arriver à un moment ou l'autre à trouver un accord.
Personne ne comprendrait que nous ne puissions pas nous mettre d'accord, quelques mois après les attentats. J'en appelle là aussi chacun à faire preuve de la plus grande responsabilité et j'espère que nous trouverons, avec le Sénat puis ensuite avec l'Assemblée nationale, les voix d'un accord. J'entendais l'autre jour le président du Sénat, Gérard LARCHER, souhaitant ou disant que le Sénat ne voulait pas bloquer cette réforme. Il aura l'occasion d'évoquer aussi après ce vote-là cette question avec le président de l'Assemblée nationale Claude BARTOLONE.
Cheminons ensemble sur ces sujets-là : le rassemblement, l'unité, autour de nos valeurs. Les Français, tout au long de l'année 2015, ont voulu dire leur amour de la République, de la nation, se sont réapproprié l'hymne national, nos valeurs, notre devise Liberté, Egalité, Fraternité. On dit, au fond : « On veut être fort ensemble ». Ceux qui représentent les Français, ceux qui se sont levés le 16 novembre après le discours du président de la République pour témoigner le rassemblement de la nation, doivent aller jusqu'au bout et voter cette réforme constitutionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme du Code du travail : « C'est une révolution, j'irai jusqu'au bout » avez-vous dit. C'était il y a peu de temps. Vous avez réécrit le texte avec François HOLLANDE face à la mobilisation et aux critiques, les premières critiques. Vous avez regretté d'ailleurs de ne pas avoir mieux rencontré, mieux concerté, mieux organisé le débat avant même la présentation du texte. Pourquoi ne l'avez-vous pas fait d'ailleurs ?

MANUEL VALLS
C'est tout le paradoxe. C'est que nous avons beaucoup concerté pendant un an. Nous avons beaucoup concerté. J'ai ouvert moi-même en avril 2015, à travers une feuille de route, un agenda social, j'ai ouvert les débats. J'ai confié à Jean-Denis COMBREXELLE une mission et il nous a rendu un rapport à Myriam EL KHOMRI et à moi-même au mois de septembre sur le dialogue social dans l'entreprise. Beaucoup de ses propositions ont été reprises dans la loi. Ce rapport avait fait l'objet d'une concertation entre les partenaires sociaux et Myriam EL KHOMRI.
Le Compte Personnel d'Activité, le principe en avait été acté dans la loi sur la modernisation du dialogue social l'été dernier, loi portée à l'époque par François REBSAMEN. Ce Compte Personnel d'Activité a donné lieu à une négociation, une discussion entre partenaires sociaux. Il est dans la loi. Beaucoup d'éléments ont été concertés mais il a manqué un moment. C'est-à-dire, et j'en prends la responsabilité, de réunir de nouveau tous les partenaires sociaux, de faire au fond ce qu'on a fait il y a quelques jours et encore hier, pour cheminer ensemble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez fait parce qu'il y a eu contestation, parce qu'il y a eu critiques, parce que vous sentiez bien que la rue était en train de se mobiliser et les jeunes aussi.

MANUEL VALLS
La marque de ce quinquennat et la volonté de François HOLLANDE, c'est aussi notre inspiration. Quand je parle régulièrement de social-réformisme, c'est parce que je crois à la réforme mais la réforme, on ne la fait pas tout seul. On doit la faire avec des partenaires sociaux, le patronat, les syndicats, avec les Français. Quand on sent qu'il y a un blocage, des incompréhensions, des critiques, on avance. J'ai donc voulu, nous avons souhaité, nous donner quelques jours supplémentaires pour pouvoir convaincre, écouter – écouter – et bâtir un compromis.
C'est ce compromis, je crois, qui va permettre d'avancer parce qu'au fond, quel était le risque ? C'était celui du blocage. Et s'il y avait blocage, il n'y avait pas de loi. Si tout le monde était contre, moi-même, la ministre du Travail, nous nous trouvions face à un front, à une contestation de tous : au Parlement, parmi les partenaires sociaux comme dans la rue…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le sentiez monter ce blocage, vous le sentiez monter.

MANUEL VALLS
A ce moment-là, la réforme n'aurait pas été possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Donc la seule solution, c'était cette discussion, ce compromis.

MANUEL VALLS
Oui. Parce qu'il fallait redonner le sens et les objectifs de ce texte de loi, c'est-à-dire faire en sorte que le dialogue social qui doit être - ce n'est pas facile en France, le dialogue d'une manière générale et le dialogue social - d'abord dans l'entreprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais revenir sur le texte, Manuel VALLS, mais deux précisions. Nouveau texte donc : ce texte sera débattu quant à l'Assemblée nationale ?

MANUEL VALLS
Les modifications, les changements que j'ai annoncés hier, nous les envoyons dès aujourd'hui au Conseil d'Etat pour que le texte puisse être examiné et adopté par le Conseil des ministres pas de cette semaine mais de la semaine prochaine, le 24 mars. Ensuite la Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale se saisira du texte début avril. Et après les vacances parlementaires et après deux semaines – je rentre vraiment dans les détails – de contrôle et d'initiatives parlementaires, le texte sera examiné par l'Assemblée nationale dans l'Hémicycle début mai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Début mai et application de la loi l'année prochaine.

MANUEL VALLS
Comme nous l'avions toujours dit, le texte devra être adopté définitivement avant la fin de la session actuelle, c'est-à-dire avant l'été.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant l'été. Manuel VALLS, avec le 49-3 s'il le faut ou pas ?

MANUEL VALLS
Je préfère éviter l'engagement de la responsabilité. Nous l'avons utilisé une seule fois sur la loi Macron, sur le texte Croissance et activité, une seule fois depuis 2012. Moi j'espère réunir, rassembler une majorité de tous ceux à gauche d'abord, mais d'une manière générale, qui veulent la réforme dans ce pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais s'il le faut ?

MANUEL VALLS
Vous savez, avant de brandir cette arme constitutionnelle qui a été régulièrement utilisée au cours de la Vème République, je préfère convaincre. J'ai trouvé hier d'ailleurs que l'état d'esprit notamment des parlementaires, des députés de la majorité, des députés socialistes que je rencontrais encore hier soir, était un état d'esprit particulièrement positif. Parce que chacun a compris que nous avons bâti un compromis, que l'esprit du texte c'est-à-dire le dialogue social dans l'entreprise, s'adresser d'abord à ceux qui sont en dehors du marché du travail...

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'idée, c'est de négocier avant tout dans l'entreprise avant même la négociation par branche.

MANUEL VALLS
Oui. C'est l'entreprise d'abord, les branches bien sûr qui doivent être confortées.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que vous reproche Jean-Claude MAILLY d'ailleurs.

MANUEL VALLS
C'est assez paradoxal. On a des injonctions, y compris sur votre antenne, qui sont paradoxales et contradictoires. D'un côté, vous avez Jean-Claude MAILLY qui dit que nous avons cédé au patronat. De l'autre côté, la CGPME qui dit que nous avons cédé aux syndicats. Non ! Nous avons bâti un compromis - et ça n'est pas nouveau d'ailleurs depuis 2012 – avec tous ceux qui pensent que le dialogue social permet et le progrès économique et le progrès social, et qui permet de faire avancer les choses. Moi je me réjouis que les syndicats réformistes – la CFDT, la CFTC, l'UNSA, les cadres mais aussi un syndicat étudiant comme la FAGE, mais également le patronat qui a dit qu'il y avait des déceptions mais qu'il y avait aussi des avancées, je pense notamment au dialogue social dans l'entreprise mais également à la définition du motif de licenciement -, nous avançons ensemble comme nous l'avons fait sur d'autres textes. Je pense au Pacte de responsabilité et de solidarité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas cédé sur les licenciements économiques.

MANUEL VALLS
Mais ce n'est pas une question de céder, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si, de céder ou pas.

MANUEL VALLS
Non, ce n'est pas seulement ça. Qu'est-ce qui est le plus efficace pour notre pays ? Le licenciement économique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faciliter le licenciement c'est plus efficace pour notre pays. C'est plus efficace pour lutter contre le chômage.

MANUEL VALLS
C'est plus efficace pour les entreprises, pour leur compétitivité d'avoir des règles qui sont claires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Leur permettre de licencier plus facilement.

MANUEL VALLS
Il ne s'agit pas d'ôter des droits aux salariés, ils pourront toujours évidemment se défendre, mais il faut que les règles soient claires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous donnez des droits au patronat, aux chefs d'entreprise.

MANUEL VALLS
Il faut donner de la lisibilité, de la visibilité et des règles qui sont claires. Nous avons mis dans la loi ce qui est la jurisprudence, le droit, c'est-à-dire les décisions de la justice dans ce domaine-là. En même temps, c'est ce que j'ai annoncé hier, nous mettrons une clause qui permet de lutter contre tous les abus en matière de licenciement. Qu'un groupe européen ou international ne décide pas, pour des raisons uniquement de convenance économique et pas parce qu'elle a une difficulté économique, de licencier dans son entreprise en France.
C'est ce garde-fou qui sera mis et chacun l'a accepté, patronat comme syndicat. C'est l'intelligence collective qui permet d'avancer. Parce que sinon vous êtes toujours, Jean-Jacques BOURDIN, face à ce dilemme. Vous voulez passer en force et vous bloquez, et donc vous ne faites la réforme, ou alors vous êtes obligé de reculer. Non. Moi je souhaite qu'on avance grâce au dialogue, au compromis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez pas reculé, vous n'avez pas reculé. A la limite, peu importe les commentaires.

MANUEL VALLS
Peu importe les commentaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est l'efficacité qui compte.

MANUEL VALLS
Ce qui m'intéresse c'est l'efficacité, et c'est l'idée de la réforme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai deux questions. Aujourd'hui, on embauche en CDD et en intérim, vous le savez. Est-ce que ce texte va permettre plus d'embauches en CDI ? Première question. Deuxièmement, est-ce qu'il va participer à la lutte contre le chômage, faire baisser le chômage ? Parce que ce sont les deux questions de base.

MANUEL VALLS
Bien sûr. Plus de 90 % des premières embauches, vous venez de le dire, se font par CDD et intérim. Ce texte, notamment par le dialogue social qu'il permet, par les mesures que nous avons encore détaillées hier, oui, doit permettre de faire en sorte que la règle en matière d'embauche - c'est cette sécurité que demandent les Français – soit le CDI. Est-ce que cela permet de faire baisser le chômage ? Je ne veux pas raconter des histoires à mes compatriotes, ceux qui nous écoutent et qui nous regardent ce matin. A partir du moment où il y a davantage de flexibilité, de souplesse pour les entreprises, ou même de l'extérieur de la France on dit : "Tiens, le pays est en train de changer"; ce gouvernement a déjà baissé le coût du travail, la fiscalité sur les entreprises : quarante et un milliards sur trois ans, réforme le marché du travail, soutient les entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où sont les embauches ?

MANUEL VALLS
Regardez ce qui marche actuellement, c'est la prime à l'embauche pour les petites et moyennes entreprises, pour les TPE, 2.000 euros pour une première embauche sur deux ans, donc ça permet… là aussi, on voit que ça marche très bien. Vos antennes locales régionales vous le diront. Ça marche très, très bien, parce que, on voit bien, là que, ce sont les petites et moyennes entreprises, les start-up aussi, qui aujourd'hui créent de l'emploi, c'est là où travaille l'immense majorité des salariés de ce pays. Donc si vous créez une ambiance, si vous créez les conditions d'une confiance, si vous levez les freins à l'embauche pour les entreprises, oui, j'espère, bien évidemment, qu'il y aura davantage d'embauches. Quand vous avez 1,1 % de croissance en 2015, une prévision, même s'il faut être prudent, de 1,5 en 2016, que vous avez créé plus de 50.000 emplois au cours de ces derniers mois, ça veut dire que les choses vont dans le bon sens, mais ça n'est pas suffisant. Ça n'est pas suffisant. Donc nous devons tout faire pour favoriser et la confiance, et donc la possibilité d'embaucher pour faire baisser le chômage, et nous devons continuer à soutenir les entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, il y a aussi la Garantie Jeunes, c'est simple, droits pour tous les jeunes sans emploi ni formation, ça existe déjà, c'est testé, c'est un accompagnement renforcé, période en entreprise, 461 euros par mois, je crois, précisément ; combien de jeunes concernés ?

MANUEL VALLS
D'ici à 2016, on considère qu'il y en aura 100.000, alors une jeune…

JEAN-JACQUES BOURDIN
100.000…

MANUEL VALLS
Alors, une génération, c'est 900.000…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 900.000…

MANUEL VALLS
100.000…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc 100.000 en 2016 ?

MANUEL VALLS
100.000, et le coût, vous allez me poser la question sur ces 100.000, c'est autour de 418 millions d'euros. Nous espérons, en 2017, parce que ça sera une montée en puissance, doubler, doubler le nombre de jeunes, mais nous avons fait cette annonce, c'est un changement majeur, vous parliez de révolution tout à l'heure, vous rappeliez mes propos : révolution dans le dialogue social, révolution pour la jeunesse de ce pays. Nous nous sommes habitués, non seulement au chômage de masse depuis trente ans, nous nous sommes habitués, et ça, c'est terrible, et c'est ce que nous disent les jeunes aujourd'hui, c'est cette génération qui est confrontée à la globalisation de l'économie, à la révolution du numérique, mais aussi à 25 % de jeunes au chômage. Et dans certains quartiers, dans les quartiers populaires, ceux de ma ville, à Evry, le chômage chez les jeunes, il dépasse les 40 ou les 50 %. Donc avec cette Garantie Jeunes, avec cette universalité de la Garantie Jeunes, c'est-à-dire que tous ces jeunes-là pourront être concernés, il y aura bien sûr un certain nombre de règles, nous permettons à un jeune apprenti, qui n'a pas trouvé ensuite un emploi, un jeune sans qualification, de bénéficier d'un soutien, d'une formation, d'une insertion avec ces 460 euros par mois. C'est un changement, et c'est aussi un message d'espoir et de confiance vis-à-vis de la jeunesse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous parler de l'Allemagne, parce que vous avez choqué les Allemands lorsque vous êtes allé à Munich récemment...

MANUEL VALLS
Allons bon !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ils l'ont dit d'ailleurs, ils l'ont dit, il y a eu trois scrutins régionaux en Allemagne dimanche, on avait eu la forte poussée de l'extrême droite, mais Angela MERKEL persiste : je poursuivrai notre politique sur les réfugiés au niveau national et international, c'est ce qu'elle a répété ; courageuse, Angela MERKEL, plus courageuse que la France, plus courageuse que François HOLLANDE, plus courageuse que vous ?

MANUEL VALLS
Moi, je ne prends pas les choses ainsi, j'ai salué, quand je suis allé à Munich, il y a quelques semaines, l'engagement du peuple allemand et de ses dirigeants, parce qu'accueillir un million de réfugiés sur une seule année, 2015, oui, c'est faire preuve bien sûr de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elle est courageuse, alors que vous avez dit : nous, nous ne pouvons plus accueillir de réfugiés…

MANUEL VALLS
C'est bien sûr faire preuve de courage et d'engagement. J'ai visité d'ailleurs un centre d'accueil des migrants, et il y avait, là, les associations, les associations religieuses, protestantes, qui étaient là pour accueillir les réfugiés, j'ai salué aussi cet engagement. Mais il ne faut pas en même temps nier les difficultés, la réalité. La politique de la France, nous l'avons dit dès le début, ce n'est pas un accueil illimité. Nous nous sommes engagés sur le fait que nous voulions accueillir, que nous pouvions accueillir 30.000 réfugiés sur deux ans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien en avons-nous accueilli sur ces 30.000 ?

MANUEL VALLS
Aujourd'hui sur ces 30.000 quelques centaines.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelques centaines.

MANUEL VALLS
… de réfugiés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous aviez dit en deux ans 30.000, on en est à quelques centaines Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Il y a des millions de personnes qui aujourd'hui sont concernées par la guerre en Irak et surtout en Syrie. Il y a des millions de réfugiés, d'abord en Turquie, en Jordanie, au Liban et qui affluent vers la Grèce. Ce n'est pas en le disant que nous allons accueillir tout le monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc nous n'allons plus accueillir de réfugiés ?

MANUEL VALLS
Mais l'Allemagne, elle-même, est en train de dire aujourd'hui qu'elle ne peut pas accueillir, qu'elle ne pourra pas accueillir plus de réfugiés. Des pays qui au début comme l'Autriche, la France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'accueillera plus de réfugiés ?

MANUEL VALLS
Des pays comme l'Autriche et la Suède qui voulaient accueillir de manière illimitée un certain nombre de réfugiés ont été obligés de fermer les frontières.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la France n'accueillera plus de réfugiés ?

MANUEL VALLS
Nous continuerons à accueillir les demandeurs d'asile parce que ça c'est un droit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un droit.

MANUEL VALLS
Quand vous parlez de morale et de politique, moi je ne sépare pas les deux, elles se confondent et accueillir les réfugiés, faire vivre ce beau droit qui est le droit d'asile, nous continuerons à le faire, mais il le faut avec des règles, avec une méthode, en protégeant d'abord les frontières européennes, en créant des centres d'accueil dans les pays les plus concernés, je pense aussi bien à l'Italie qu'à la Grèce, en aidant la Grèce qui est confrontée par sa situation géographique à cette question, en soutenant la Turquie, la Jordanie et le Liban qui sont confrontés eux d'abord à l'afflux des réfugiés. En trouvant d'abord bien sûr une solution politique et militaire à la situation. C'est bien beau d'avoir des grands discours, de se référer, il le faut bien sûr, aux valeurs, à la morale, mais ce qu'attendent les peuples, ce qu'attendent les Allemands comme les Français, ce sont des politiques européennes efficaces qui permettent de maitriser les flux migratoires. Et moi, je me félicite que la position de la France, celle qui est exprimée aussi bien par François HOLLANDE que par moi-même soit une position responsable, efficace, parce que quand on accueille des centaines de milliers de réfugiés ou de migrants, sans prévoir les conditions d'accueil, d'intégration, sans prévoir tous les conséquences que cela peut avoir sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan culturel sur le plan politique, on peut être ensuite confronté à des défis majeurs. Et ces défis majeurs ce sont ceux de l'Allemagne, c'est pour cela que nous sommes solidaires avec l'Allemagne, mais nous souhaitons une politique européenne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir tout à l'heure avec les auditeurs de RMC qui ont des questions à poser d'ailleurs sur cette question, mais moi j'ai une dernière question, avant de passer, parce que nous allons parler avec les auditeurs de RMC des primaires, nous allons parler de votre impopularité, est-ce qu'on peut gouverner avec un tel niveau d'impopularité Manuel VALLS, je me pose la question ? Quand je regarde les derniers sondages, mais on y répondra sur RMC dans un instant.

MANUEL VALLS
On peut gouverner et on gouverne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Christophe CAMBADELIS dit, il appelle tous les cadres du PS, tous les ministres, vous, à vous prononcer pour ou contre la candidature de François HOLLANDE en 2017, alors vous êtes favorable à la candidature de François HOLLANDE ?

MANUEL VALLS
J'ai déjà eu l'occasion de répondre, bien évidemment François HOLLANDE est le candidat légitime, comme président, mais il ne suffit pas de proclamer, il ne suffit pas de faire un appel, celui qui prend la décision, c'est d'abord le président de la République. C'est d'abord François HOLLANDE et aujourd'hui c'est bien trop tôt pour qu'il prenne ce type de décision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et les primaires, vous êtes favorable à des primaires ?

MANUEL VALLS
C'est une belle idée la primaire, j'y ai participé, rappelez-vous en 2008.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça.

MANUEL VALLS
Mais dans la conception qui est la mienne, et je ne parle que pour moi, je suis très respectueux de toutes les initiatives qui ont lieu, d'abord je pense que c'est trop tôt pour en parler, ensuite je considère que le président de la République est légitime pour être candidat parce qu'il est le président de la République sortant, parce que c'est lui qui a construit cette relation avec le peuple, et même si aujourd'hui c'est difficile, c'est lui qui en 2012 a été élu. Et puis dans la conception qui est la mienne de la Vème République et les institutions, je crois beaucoup à cette relation entre le président de la République et les Français. Je crois beaucoup à cette relation directe et donc je suis très méfiant à l'égard de toutes ces initiatives qui constitueraient au fond à nous faire revenir à une autre république.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien Manuel VALLS va répondre à toutes vos questions sur RMC dans quelques instants.

RAPHAËLLE DUCHEMIN
Vous avez la parole évidemment au 32.16 et vous êtes avec Jean-Jacques BOURDIN et son invité, Manuel VALLS.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, Manuel VALLS qui va répondre à toutes vos questions évidemment. Manuel VALLS, je regardais toutes les questions qui sont arrivées, alors, au standard, mais qui arrivent aussi par SMS, qui arrivent par mails, qui arrivent de diverses manières, et j'en vois beaucoup concernant Emmanuel MACRON, votre rivalité. Est-ce qu'il y a une rivalité d'abord ? Ça vous fait sourire.

MANUEL VALLS
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça vous fait sourire. Il a lancé un cercle de réflexion appelé la Gauche Libre, pour peser sur les débats en 2017. Populaire beaucoup plus que vous et François HOLLANDE, vous l'avez remarqué, eh bien, dites-moi, il a beaucoup de talents, Emmanuel MACRON, non ?

MANUEL VALLS
Il a non seulement du talent, mais c'est bien d'avoir des talents au sein d'un gouvernement, pourquoi ça me gênerait ? Pourquoi cela nous gênerait-il ? Et pourquoi, d'abord, il y aurait une rivalité entre Emmanuel MACRON et moi ? Nous étions encore ensemble hier avec Myriam El KHOMRI, nous avons travaillé ensemble toute la semaine dernière. Vous savez, moi, je conçois l'équipe gouvernementale comme un collectif, c'est mon rôle de l'animer, de la coordonner, d'avancer ensemble. Et moi, j'ai besoin, nous avons besoin, avec le président de la République, de tous les talents. Il y a aussi – c'est notre responsabilité – une nouvelle génération, des hommes, des femmes avec des parcours différents, et c'est aussi la qualité, la force d'Emmanuel MACRON…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Christophe CAMBADELIS dit : Emmanuel MACRON doit se prononcer maintenant, il doit dire et il doit dire quel est son objectif, ce qu'il veut, c'est ce que dit CAMBADELIS ! Mais moi, je ne sais pas, c'est de la cuisine politicienne, mais Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, l'objectif des membres du gouvernement, c'est d'abord de travailler au service des Français. Emmanuel MACRON, il a une responsabilité, il est ministre de l'Economie, il est ministre de l'Industrie, il est là pour faire en sorte qu'il y ait davantage de compétitivité, que les entreprises, elles sont belles nos entreprises, avec ses patrons, avec ses cadres, ses ingénieurs, ses salariés, ses ouvriers, s'engagent pleinement sur la voie de la compétitivité, et donc de l'embauche, de l'emploi. Et puis, il y a des révolutions, il y a une révolution numérique, il y a celle de la transition écologique, nous devons en permanence nous adapter à ce qu'est la réalité du monde tout en préservant notre modèle social, en donnant des droits et des protections aux salariés, c'est l'objectif de la loi que nous avons présentée hier avec Emmanuel MACRON et Myriam El KHOMRI.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il ne vous exaspère pas un peu parfois à travers les propos qu'il tient ici ou là, franchement ?

MANUEL VALLS
Ecoutez, les hommes ou les femmes libres qui ont leurs propres pensées, qui apportent leur parcours, le talent, mais c'est un plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien…

MANUEL VALLS
Moi, j'ai toujours aimé travailler avec des gens intelligents, vous savez, moi, j'ai commencé mon parcours politique, et ça a été une chance, avec Michel ROCARD, ensuite avec Lionel JOSPIN, on apprend beaucoup, et moi, j'apprends toujours beaucoup, j'apprends toujours beaucoup de la confrontation des idées avec tous les membres du gouvernement. Vous savez, c'est pour moi un plaisir de travailler avec des gens qui ont la solidité, l'expérience d'un Jean-Yves LE DRIAN, d'un Bernard CAZENEUVE, avec la nouvelle génération, c'est le cas bien sûr avec Myriam El KHOMRI ou avec Najat VALLAUD-BELKACEM, ou Emmanuel MACRON, j'apprends toujours, et nous avançons ensemble, et aux aussi apprennent du travail de l'équipe. Ce qu'il faut, c'est que nous travaillions ensemble avec un seul but et un seul intérêt, servir les Français, servir l'intérêt général, assurer leur sécurité, lutter contre le chômage, parce que c'est évidemment la priorité, lutter contre la précarité, de redonner de l'espérance à la jeunesse, voilà, c'est ça, nous ne devons pas nous disperser sur d'autres sujets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors deux questions avant de passer aux auditeurs, Lionel, Leïla, Alain, qui sont là, la première, je cite simplement ce que disait Eddy MITCHELL, je ne sais pas si vous avez vu cette interview, il disait : la colère sociale gronde, elle est justifiée, les Français se sentent trahis, François HOLLANDE a été comme une bouffée d'air frais pour des millions de gens, et il ne se passe rien. Et il me fait de la peine, François HOLLANDE est tout le temps humilié, et humiliant. Il en est même à donner la Légion d'honneur à des coupeurs de têtes, un prince saoudien ; d'ailleurs, vous l'auriez décernée cette Légion d'honneur, vous ?

MANUEL VALLS
Oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, sans problème ?

MANUEL VALLS
Oui, mais il faut arrêter les hypocrisies, j'adore Eddy MITCHELL, et c'est bien qu'il se transforme en commentateur politique, il faut sourire, c'est bien, mais c'est toujours comme ça, et puis, on a besoin, vous le savez bien, de grandes gueules, mais enfin, moi, je ne vais pas commenter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin, on ne sourit pas devant des coupeurs de têtes !

MANUEL VALLS
Non, mais je ne vais pas commenter tous les commentaires qui peuvent avoir lieu, fussent-ils d'Eddy MITCHELL ou d'artistes que je respecte et que j'aime beaucoup par ailleurs, et qui sont là depuis des années, et qui nous permettent de fredonner ces chansons. Mais nous avons une relation stratégique avec l'Arabie Saoudite, mais il faut l'assumer, est-ce que, pour autant, nous partageons la nature du régime, son action dans des domaines ? Non, bien évidemment, mais nous avons une relation stratégique, pas une relation économique seulement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça passe – une relation stratégique – ça passe par une Légion d'honneur ?

MANUEL VALLS
Mais c'est une tradition que d'honorer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Demandée par le prince…

MANUEL VALLS
C'est une tradition que d'honorer des dirigeants, mais vous savez, sinon, alors, nous ne discutons avec personne, nous n'avons aucune relation, et nous avons cette relation stratégique. Il y a quelques semaines, nous avons accueilli ceux qu'on présente comme les adversaires, les ennemis de l'Arabie Saoudite, je veux parler du président iranien, quelle est la force de la diplomatie française ? C'est d'être en capacité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais…

MANUEL VALLS
C'est d'être, Jean-Jacques BOURDIN, en capacité de parler avec tout le monde, les Iraniens comme les Saoudiens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais accueillir, c'est une chose, décorer, c'est autre chose, non ?

MANUEL VALLS
Oui, mais enfin, nous avons cette relation avec l'Arabie Saoudite, et parfois, il faut souligner cet engagement. Moi, je ne me cache pas, vous savez, la diplomatie, c'est quelque chose d'extrêmement compliqué, et dans ce moment-là, dans le Proche et le Moyen-Orient, où il y a ces risques de confrontation, où il n'y a pas ces risques de confrontation seulement, où il y a cette confrontation entre sunnites et chiites, la force de la France, qui ne se sent pas, contrairement aux mots d'Eddy MITCHELL, humiliée là-bas, elle est respectée, d'ailleurs, d'une manière générale, allons dans le monde, et regardons ce que disent les autres pays, les autres peuples, la presse, sur la France, sur l'intervention au Mali, sur notre capacité à résister au terrorisme, sur les réformes économiques que nous avons mises en oeuvre, sur aussi la qualité de la vie française, sur nos grands services publics, sur nos grandes marques, qui s'exportent partout dans le monde, donc sur nos valeurs, sur notre démocratie, même si elle est évidemment bousculée. Regardons aussi ce qu'ils disent sur la France, et moi, j'en ai assez, y compris quand c'est un artiste talentueux, de ce regard toujours négatif…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce n'est pas négatif…

MANUEL VALLS
Si, toujours critique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quoi est-ce critique ?

MANUEL VALLS
Mais en permanence, qui ne laisse aucun espoir, aucune vision d'optimisme, il y a suffisamment de difficultés pour que je vous dise en même temps…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors…

MANUEL VALLS
Et on s'y attache, et je vous dis en même temps, moi, j'y crois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, vous allez répondre…

MANUEL VALLS
Je suis engagé, j'aime ce que je fais, parce que j'aime mon pays, et parce que je pense que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, donnez des leçons d'optimisme, Manuel VALLS, aux auditeurs…

MANUEL VALLS
Je n'en donnerai pas des leçons, mais j'ai envie de redonner de l'optimisme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, de l'optimisme, eh bien, on va voir avec Leïla, qui est infirmière libérale, dans le Rhône. Bonjour Leïla.

LEÏLA
Bonjour. Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Leïla.

LEÏLA
Bonjour. Alors, voilà, j'ai une question sur la loi du travail, puisque nous sommes au temps des réformes, pour ma part, les grands oubliés sont les 50 ans qui se trouvent actuellement au chômage, donc ma question est : que comptez-vous faire ou que faites-vous pour sortir les 50 ans et plus de leur chômage, et leur éviter ainsi une situation de précarité, voire même de misère ?

MANUEL VALLS
Il y a deux problèmes dans le chômage en France, au moins deux, celui de la jeunesse, et notamment celui des chômeurs peu qualifiés, parce que notre chômage, il est marqué par cela, par la jeunesse, et par un chômage, par des chômeurs peu qualifiés, peu formés, et qui ont du mal à trouver un emploi, même si ce matin, Jean-Jacques BOURDIN, vous aviez un auditeur qui était diplômé, qui était Capé, et qui avait aussi une difficulté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Exactement, Benjamin, bac + 5, 26 ans, n'arrivant pas à trouver de boulot…

MANUEL VALLS
Benjamin, absolument, écoutez, qui avait un boulot, si j'ai bien compris, puisqu'il est professeur des écoles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, un boulot provisoire…

MANUEL VALLS
On ne va pas revenir sur lui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Professeur des écoles.

MANUEL VALLS
Et puis, vous avez, en effet, les chômeurs, les seniors, comme on les appelle, je n'aime pas forcément beaucoup ce mot, enfin, en tout cas, ceux qui ont plus de 50 ans, et qui ont du mal aujourd'hui à travailler, je ne vais pas ici détailler tout ce qui a été fait, non pas tout ce qui est dans la loi sur ce sujet-là, mais tout ce qui a été fait depuis 2012, eh bien, oui, il faut inciter, inciter à garder ces salariés qui apportent une expérience dans l'entreprise, qui transmettent cette expérience, cette qualité. Et dans le CPA, dans le Compte Personnel d'Activité, en augmentant le nombre d'heures de formation, nous apportons aussi une réponse à ces salariés, parce que très souvent, les salariés qui ont été dans la même entreprise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais une réponse quand ?

MANUEL VALLS
Qui ont été dans la même entreprise, qui ont travaillé pendant des années dans la même filière, sur le même secteur, avec le même métier, quand ils sont au chômage, quand ils ont été licenciés, ont du mal à trouver un autre emploi, parce qu'il faut trouver une formation. Eh bien, en augmentant le nombre d'heures de formation grâce au Compte Personnel d'Activité, nous apportons aussi une réponse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va prendre Alain, qui est ouvrier dans la Drôme, bonjour Alain.

ALAIN
Bonjour. Bonjour Monsieur VALLS, ou Monsieur le Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Question Alain.

MANUEL VALLS
Bonjour.

ALAIN
Je ne suis pas quelqu'un de droite, je ne suis pas quelqu'un de gauche, mais je commence à apprécier votre philosophie… je voulais savoir, est-ce que pour faire des réformes, à un moment ou un autre, il faut avoir aussi un petit peu de courage et dire voilà, les syndicats, stop, c'est bon, il y a un moment où on peut discuter avec, mais un moment où les réformes il faut les faire parce qu'on en a besoin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alain, quelle est votre question ?

ALAIN
Je voulais savoir pourquoi vous avez encore reculé devant des syndicats qui ont 2, ou 3, ou 4 % de représentativité en France ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez reculé devant les syndicats Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Non, je n'ai pas reculé, mais, à l'évidence, Alain, à l'évidence il y avait une incompréhension sur les objectifs du projet. Le projet c'est davantage de dialogue social dans l'entreprise, entre les salariés et les entrepreneurs, pour régler les problèmes du quotidien, il faut que ça se passe d'abord au niveau de l'entreprise, notamment sur l'organisation du temps de travail, et d'ailleurs, de ce point de vue là, nous avons fait en sorte que les accords majoritaires deviennent la règle, mais qu'on puisse également, à l'initiative des syndicats, consulter les salariés, moi je crois au dialogue et à la démocratie sociale. Le deuxième objectif c'est lever les freins à l'embauche, nous en avons parlé, et c'est aussi le sens de ce que nous avons écrit sur le motif de licenciement, et sur ce sujet-là nous n'avons rien changé. Et puis le troisième objectif c'est le Compte Personnel d'Activité, qui doit accompagner la personne, le salarié, tout au long de la vie, et nous avons donné, et nous donnerons davantage, de droits, de protections, aux salariés et aux jeunes. Et ces trois objectifs, ils sont dans la loi, ils ont été conservés. Mais pour avancer dans ce pays, dans ce pays qui aime les débats, qui aiment la castagne, c'est un pays qui aime la radicalité, moi je veux avancer avec ceux qui veulent avancer, avec ceux qui veulent réformer, syndicats et patronat. Et quand vous avez tout le monde contre vous, ce n'est pas vrai que vous pouvez réformer. C'est bien sympathique de dire il faut y aller, il faut foncer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous êtes rendu compte de ça là, dans le cadre de ce texte, franchement ? Vous aviez tout le monde contre vous ?

MANUEL VALLS
Que le risque c'est que tout le monde soit contre le texte, pour de bonnes et de mauvaises raisons, et que du coup on ne puisse pas faire cette réforme, celle sur le dialogue social, lever les freins à l'embauche, et le Compte Personnel d'Activité qui est une révolution. Vous savez, on parle beaucoup de la flexisécurité, tout simplement la souplesse pour les entreprises et davantage de droits et de protections pour les salariés, c'est ce que nous sommes en train de faire, et il fallait donc rediscuter avec les partenaires sociaux pour pouvoir avancer, et nous avons avancé. D'ailleurs, c'était très intéressant hier, Alain, de voir ceux qui de toute façon ne veulent pas de réforme, ne veulent pas de cette philosophie du dialogue social, qui s'opposent de toute façon. Je respecte leur position, moi ce qui me paraît important c'est que depuis hier nous puissions bénéficier du soutien, du patronat, au-delà des critiques, des syndicats réformistes, et que nous puissions faire voter cette loi, c'est comme ça qu'on réforme un pays, dans le dialogue et dans le compromis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alexandre est commerçant en Haute-Vienne, va nous parler du RSI. Alexandre – oui, ça revient systématiquement, mais c'est normal, c'est logique.

MANUEL VALLS
Oui, beaucoup.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alexandre, bonjour.

ALEXANDRE
Bonjour Jean-Jacques. Bonjour Monsieur le Premier ministre. Monsieur le Premier ministre, vous avez dit que le RSI est une catastrophe, je voulais savoir qu'est-ce que vous attendez pour baisser les charges des travailleurs indépendants, comme pour les travailleurs salariés avec le CICE et la suppression des charges patronales ?

MANUEL VALLS
Dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité, les 41 milliards que j'évoquais il y a un instant, pour faire baisser le coût du travail et la fiscalité sur les entreprises, il y a eu 1 milliard pour les indépendants. Mais puisqu'on parle de la loi El Khomri, je voudrais vous dire que – et on parle des indépendants là, à travers cette question – aujourd'hui un artisan qui se met à son compte ne bénéficie d'aucun droit à la formation, et grâce au projet de loi il va bénéficier de droits individuels, jusqu'à 24 heures par an, qui lui permettront de se former, par exemple à la gestion, à la comptabilité, à de nouveaux domaines d'activité proches de la sienne. Le RSI, puisque c'est la question de cet auditeur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Revenons au RSI.

MANUEL VALLS
Nous sommes en train de le réformer, sur la base d'un rapport qui nous a été remis il y a déjà quelques mois, à moi-même, à Marisol TOURAINE, la ministre des Affaires sociales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour quand, là maintenant, la réforme ?

MANUEL VALLS
Cette discussion, nous sommes en train d'avancer sur ce sujet-là, n'hésitez pas à interroger, et ces parlementaires, et Marisol TOURAINE, ils vous en diront bien plus que moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le RSI, dans le régime Sécurité sociale classique ?

MANUEL VALLS
Non, nous n'avons pas voulu l'intégrer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'en n'est pas question ?

MANUEL VALLS
Je ne dis pas qu'il n'en n'est pas question, cette piste-là a été écartée, et par les professionnels, ou par beaucoup de ces professionnels, et par les parlementaires, mais en revanche il faut conforter le régime actuel, parce que je sais que ces indépendants, ces artisans, qui font aussi la sève économique et sociale de notre pays, méritent considération et soutien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
CDD, surtaxé ou pas ?

MANUEL VALLS
Pas dans le texte de loi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas dans le texte, non, non, ça je sais, mais…

MANUEL VALLS
Mais c'est un sujet qui est à la main des partenaires sociaux dans le cadre du dialogue social.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ?

MANUEL VALLS
Je suis prudent sur tout ce qui peut faire renchérir le coût du travail. Tout ce qui permet de lutter contre la précarité et de faire prévaloir le CDI, par rapport au CDI, ne le disions tout à l'heure, 90 % des premières embauches se font par CDD ou par intérim, et nous sommes le pays d'Europe qui embauche le plus de jeunes par CDD, donc c'est bien qu'il y a un problème. Donc, tout ce qui permet de privilégier le CDI, oui c'est une bonne chose. Attention à ne pas renchérir le coût du travail, mais cette discussion-là, et je suis respectueux des partenaires sociaux, elle aura lieu, elle a lieu, au sein de l'UNEDIC.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais votre position, vous êtes prudent sur la sur-taxation des CDD.

MANUEL VALLS
Je pense qu'il faut lutter contre tous les contrats précaires…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

MANUEL VALLS
Cette précarisation, c'est le sens de ce texte de loi, mais je suis prudent parce que d'abord en terme de méthode, c'est à la main des partenaires sociaux, nous devons être prudents sur tout ce qui ferait augmenter le coût du travail, ce serait contradictoire avec ce que nous avons fait depuis deux ans, mais il faut trouver les solutions qui permettent la mise en oeuvre des CDI et le retour à l'emploi. C'est aux partenaires sociaux là aussi d'assumer, de prendre leurs responsabilités dans le cadre des débats sur l'assurance chômage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nicolas est conseiller financier dans les Ardennes, 36 ans, Nicolas bonjour.

NICOLAS
Oui bonjour Monsieur le Premier ministre, bonjour Monsieur BOURDIN. Alors je voulais vous poser une question toute simple, dans le cadre de la loi El Khomri, pourquoi est-ce qu'on n'aurait pas pu mettre en face un revenu de base qui aurait sécurisé finalement les salariés et même voir pour les artisans commerçants, professions indépendantes, pourquoi ne pas leur mettre également ce même système…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un revenu universel en quelque sorte.

NICOLAS
Tout à fait qui servirait de filet de sécurité à tout le monde.

MANUEL VALLS
C'est un beau débat celui sur le revenu universel, d'une certaine manière nous l'ouvrons avec cette garantie jeune universelle qui va concerner tous ces jeunes et on va déjà tout de suite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin tous ces jeunes, 100 000 dans un premier temps et tous ces jeunes au fil des années.

MANUEL VALLS
Au fur et à mesure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

MANUEL VALLS
900 000 jeunes par an.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si le prochain pouvoir confirme.

MANUEL VALLS
Oui, mais je pense que ce type de débat, si on veut sortir de ce débat absurde sur l'assistanat, qui est un débat médiocre souvent même si beaucoup de nos compatriotes ont le sentiment que certains sont ainsi assistés, moi je parle du mot solidarité, mais l'idée du revenu universel est un beau débat, mais il faut être capable de le maitriser et sur le plan financier, mais de l'engager.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, j'ai d'autres questions par mail, j'en ai une par exemple sur les législatives partielles qui ont eu lieu dimanche dernier, catastrophiques pour le pouvoir en place avec très peu de votes aussi, très peu de votants, une participation très faible, est-ce que vous appelez les électeurs de gauche à voter pour les Républicains dans l'Aisne et le Nord ?

MANUEL VALLS
Trois législatives partielles dans trois circonscriptions sortantes de droite, une participation très faible, une gauche divisée, ne tirant pas une nouvelle fois les leçons que deux de ces circonscriptions renouvelables, c'était dans le Nord et dans l'Aisne, ne tirant aucune des leçons des élections régionales. Si la gauche se divise, dans ces départements, dans cette région, elle est condamnée au second tour à appeler à voter pour le candidat de la droite républicaine, ce que nous avons fait et ce que je rappelle ici face au Front national, j'appellerais toujours comme je l'ai fait au moment des régionales à voter pour les Républicains. Et j'attends aussi de la part de la droite exactement la même attitude, la République, elle ne se marchande pas et donc il faut toujours être clair, mais que chacun tire bien les leçons de ces élections législatives comme des régionales, la gauche divisée. Avec par ailleurs parfois des candidats socialistes qui ont fait campagne contre le gouvernement, la division, l'absence de solidarité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la division, d'où vient-elle ? Est-ce qu'elle ne vient pas de votre politique ? Est-ce qu'elle ne vient pas des choix que vous faites avec le président de la République, cette division ? Franchement…

MANUEL VALLS
Est-ce qu'à gauche pour autant il y a une alternative qui se dessine, quels sont les autres choix qui nous sont proposés ? Le statu quo, ne pas prendre en considération les changements du monde, de la société française, opposer les patrons aux salariés, diviser davantage le pays, c'est difficile de gouverner, mais nous assumons avec François HOLLANDE, avec le gouvernement, avec la majorité cette passion qui est celle du pays, qui est de gouverner le pays. Donc là moi je…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous sentez plus proche des Républicains que de Jean-Luc MELENCHON ?

MANUEL VALLS
Je ne dis pas les choses comme ça parce que, ça fait Jean-Jacques BOURDIN, ça fait des petites phrases et on voit bien comment ensuite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca fait des réalités aussi.

MANUEL VALLS
… le buz mais il y a, en tout cas oui moi je veux incarner, et nous incarnons une gauche qui gouverne, c'est difficile, mais c'est passionnant, qui réforme parce que le pays en a besoin, qui n'abandonne en rien ces valeurs mais qui les adapte aussi à la réalité du monde, de l'Europe et des changements de notre société et qui les mains dans la cambouis avance, réforme, écoute et gouverne en même temps. Il y a ceux parfois qui aiment observer, votre rôle, c'est d'être commentateur, mais parmi les responsables politiques il y a beaucoup qui commentent, mais qui agissent peu. Moi, ce que je demande, c'est à la gauche aussi de comparer, comparer ce qui se passe ailleurs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous en êtes à 80 % d'impopularité, donc vous agissez mal, pardon je ne veux pas, ce n'est pas un commentaire que j'apporte, c'est une réalité entendue sans cesse.

MANUEL VALLS
Les Français jugeront à la fin du quinquennat, aurons l'occasion de se prononcer à la fois sur le bilan, sur les résultats en matière de sécurité, en matière de lutte contre le chômage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous serez là dans un an ?

MANUEL VALLS
Oui, pourquoi voulez-vous que je ne sois pas là ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne sais pas, des rumeurs de démission avant l'été ont couru.

MANUEL VALLS
Oui, mais ma personne n'a pas beaucoup d'importance et moi, j'ai une mission, c'est d'assumer la responsabilité du gouvernement de la France jusqu'au bout. Ce débat sur les personnes ou sur ma personne, je peux le comprendre mais, en même temps, sachez le, je le considère comme indécent. Je considère que ma mission est là, moi je ne fais jamais de chantage à la démission parce que les défis de la France face aux risques d'implosion de l'Europe avec la crise migratoire, face à la menace terroriste que nous avons évoqué, face aux défis de la croissance et de l'emploi, à la révolution et à la transition écologique, je ne suis pas là pour démissionner toutes les semaines, je suis là pour agir, pour travailler au service des Français. Et puis regardons, comparons, vous me parliez de la droite il y a un instant, quand Nicolas SARKOZY, c'est son droit, propose de supprimer sur 5 ans, 300 000 fonctionnaires, où, parmi qui ? Les policiers ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a dit non, ni les policiers, ni les militaires.

MANUEL VALLS
Les hospitaliers alors que nos hôpitaux connaissent des situations parfois extrêmement tendues, les enseignants alors que nous avons une démographie positive et que nous avons besoin d'accompagner notamment les jeunes qui sont les plus en difficulté. Nous, nous avons créé 60 000 postes d'enseignants sur ce quinquennat et nous respectons les fonctionnaires et nous allons faire des gestes significatifs y compris en terme de rémunération, encore cette semaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

MANUEL VALLS
Il y a un rendez-vous salarial important jeudi entre les syndicats…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes prêts à quoi ? Augmenter le point d'indice.

MANUEL VALLS
Ce sera annoncé jeudi par la ministre GIRARDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Augmenter le point d'indice.

MANUEL VALLS
Il y aura un geste significatif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Significatif, ça veut dire quoi ?

MANUEL VALLS
Vous verrez jeudi. Mais pourquoi je dis cela ? Parce qu'il y a aussi dans ce vieux pays qu'est la France une certaine conception du rôle de l'Etat, du service public, qui doivent changer et se moderniser. Il y a des différences donc à ceux de gauche qui nous critiquent, qui disent même que nous ne sommes pas de gauche, je leur demande de comparer et de voir quelles sont les différences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre-Dame-des-Landes, parce que j'ai plusieurs questions qui sont venues au standard. Référendum quand ?

MANUEL VALLS
Avant l'été, au mois de juin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui pourra voter ?

MANUEL VALLS
Tous les électeurs du département de la Loire-Atlantique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Uniquement le département de la Loire-Atlantique ?

MANUEL VALLS
Oui, parce que c'est le département qui est le plus concerné par l'impact, les impacts écologiques notamment, les impacts en partie économiques également, de ce projet de Notre-Dame-des-Landes. Parce que l'enquête publique a eu lieu sur le département de la Loire-Atlantique, parce que je crois qu'il faut faire simple et le département de la Loire-Atlantique est le plus à même de pouvoir se prononcer sur le transfert vers Notre-Dame-des-Landes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avant de prendre Lionel sur les travailleurs détachés, parce que c'est aussi très intéressant, un mot sur les délits routiers. Je conduis sans permis, je conduis sans assurance, je vais passer devant un juge, un juge va intervenir. Est-ce qu'il ne faut pas changer cela ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques URVOAS est prêt à regarder de près ce sujet mais il faut le faire avec beaucoup de méthode, parce qu'il faut que personne ne puisse penser que nous baissons la garde contre les délits routiers et contre les chauffards sur la route. Parce que notre objectif, ça reste toujours de faire diminuer le nombre de morts et de blessés sur les routes. Ça reste un drame national même si depuis trente ans, à travers les engagements des présidents CHIRAC, SARKOZY, HOLLANDE nous obtenons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les chiffres sont mauvais.

MANUEL VALLS
Les chiffres ont été moins bons cette année, même s'il y a eu aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même là en février, mauvais.

MANUEL VALLS
Ça veut dire qu'il faut faire très attention à tout message qui donnerait le sentiment qu'on baisse la garde. En même temps, l'objectif du garde des Sceaux me paraît louable, c'est-à-dire faire en sorte qu'on soit plus efficace dans ce domaine-là et qu'on n'encombre pas nos tribunaux avec les délits mineurs routiers et qu'on puisse trouver peut-être un autre système. Le débat ne fait que commencer, il n'est pas nouveau.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'êtes pas contre.

MANUEL VALLS
Tout ce qui permet de rendre la justice plus efficace est applicable. C'est une bonne chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que les tribunaux sont engorgés.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, vous accueilliez il y a quelques jours Jean-Jacques URVOAS qui était très clair, qui a des idées très précises. Lui veut une justice efficace, proche des citoyens, en donnant des moyens à la justice dans notre pays. Je lui fais confiance pour mener ce débat avec méthode et précision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nos auditeurs sont jeunes comme Lionel qui a trente-huit ans, qui est chef de chantier dans les Alpes-Maritimes. Bonjour Lionel.

LIONEL, AUDITEUR DES ALPES-MARITIMES
Bonjour Lionel, bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour.

LIONEL
Dites-moi, par rapport à cette réforme du travail, à plusieurs reprises pendant votre interview, vous avez parlé des jeunes sans formation qui ont un peu de mal à trouver de l'emploi, emploi qu'il pouvait trouver à l'époque dans le bâtiment par exemple et dans des petits jobs, petits jobs qui sont actuellement occupés par les travailleurs détachés. On a à peu près cinq cent mille actuellement en France. C'est des travailleurs qui ne coûtent absolument rien à l'entreprise et qui ne rapportent absolument rien à l'Etat, parce qu'ils ne payent aucune charge sociale dans notre pays. Ne pensez-vous pas, à cette limite-là, qu'il aurait mieux valu… Enfin, « il aurait mieux valu » : la réforme du travail était utile mais dans le même temps, est-ce qu'il ne faudrait pas aussi essayer de réformer ces travailleurs détachés qu'on a sur le territoire et qui n'apportent absolument rien ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que faire pour éviter que ces travailleurs détachés viennent occuper des emplois que des travailleurs français pourraient occuper ?

MANUEL VALLS
Il y a le principe de la circulation dans l'espace européen, dans l'Union européenne. Je veux rappeler qu'il y a aussi beaucoup de Français qui travaillent dans les autres pays européens. Mais il y a eu incontestablement des abus et le mot est faible. C'est pour cela que nous avons demandé et nous sommes en train de l'obtenir une révision de nouveau de la directive européenne sur les travailleurs détachés. Dans la loi, la loi El Khomri, nous durcissons – et je vous invite à prendre connaissance de ce passage, ça doit être sur le site du ministère ou de Matignon – dans la loi nous allons aussi durcir les conditions sur le travail détaché. Parce qu'en effet, il y a quelque chose aujourd'hui qui ne va pas, qui crée d'ailleurs un trouble dans les entreprises et dans la vie économique française, parce que nous perdons aussi des emplois. C'est pour nous une priorité, c'est un engagement très fort d'ailleurs de la ministre du Travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux questions qui viennent et qui n'ont rien à voir avec la réforme du Code du travail. Question sur l'archevêque de Lyon : qu'attendez-vous de l'église catholique maintenant ?

MANUEL VALLS
La clarté. La clarté parce que je suis touché et bouleversé par les témoignages que j'entends, que je lis des victimes. Il faut d'abord penser aux victimes de ces actes abominables. Ce sont des actes abominables. Des victimes qui trouvent le courage plusieurs années après de parler. C'était enfoui en elles-mêmes. Il y a eu une confiance qui a été brisée avec ces prêtres, une trahison profonde psychique, morale. Avec des dégâts considérables dans la vie de ces hommes. Donc il faut de la clarté, pas seulement de la compassion. Il faut des actes, il faut des gestes.
Si ce débat concernait – et ça a concerné – des directeurs d'école ou des élus qui n'auraient pas pris leurs responsabilités par rapport à des enseignants ou à des animateurs qui sont au contact avec la jeunesse, qu'aurions-nous dit ? Nous aurions été impitoyables. Nous avons pris des mesures avec la ministre de l'Education nationale pour aller beaucoup plus loin dans la transparence, notamment dans l'éducation nationale après le drame – je pense à celui de Villefontaine. Donc j'attends non seulement des mots mais des actes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que demandez-vous à Monseigneur BARBARIN ?

MANUEL VALLS
Qu'il prenne ses responsabilités. Moi je respecte la présomption d'innocence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Prendre ses responsabilités, ça veut dire quoi ?

MANUEL VALLS
Je ne suis pas juge, je suis chef du gouvernement. Je fais attention à tous les mots que je veux prononcer mais un homme d'église, cardinal, Primat des Gaules, qui a une influence morale, intellectuelle, qui exerce d'une certaine manière une responsabilité majeure dans notre société, doit comprendre la douleur, beaucoup plus de ce qu'aujourd'hui on peut entendre. Donc le seul message que je puis faire passer en responsabilité, sans prendre sa place, sans me substituer à l'église de France, sans prendre la place des juges puisqu'une enquête est aujourd'hui ouverte, c'est de prendre ses responsabilités. C'est à lui de prendre ses responsabilités et de parler et d'agir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parler, agir, démissionner ?

MANUEL VALLS
C'est sa responsabilité. Il faut qu'il entende aussi cette douleur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question qui n'a rien à voir avec ces sujets graves : il s'agit de Karim BENZEMA. Il n'est plus sous contrôle judiciaire donc il pourrait participer à l'Euro. Est-ce que vous le rappelleriez en équipe de France ?

MANUEL VALLS
Elle est plus légère, la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, beaucoup plus légère. Néanmoins…

MANUEL VALLS
Néanmoins, c'est ce que j'allais vous dire. J'avais dit une fois il y a quelques mois, à propos toujours de cette affaire-là, que par rapport à la jeunesse un grand sportif se doit d'être exemplaire. Nous sommes en train de mobiliser tous les grands sportifs aujourd'hui Français pour la candidature de Paris aux Jeux olympiques en 2024. Je pense à tous ces athlètes qui évidemment nous font vibrer. Donc, un sportif il a aussi un rôle dans la société, un rôle d'exemplarité. Beaucoup de gamins se rêvent en Karim BENZEMA pouvant un jour accomplir des exploits, jouer au Réal Madrid ou à Lyon, comme c'était l'ancienne de Karim BENZEMA, ou, bien sûr, dans l'Equipe de France, et porter le maillot bleu, donc chacun doit être exemplaire. Moi je ne suis ni le président de la Fédération Française de Football, ni Didier DESCHAMPS, c'est à lui de constituer la meilleure équipe possible pour le beau rendez-vous de juin prochain, celui de l'Euro 2016.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le prendriez ?

MANUEL VALLS
C'est son choix, mais je crois que le ministre des Sports l'a dit, Patrick KANNER, je crois, très justement, je ne pense pas, mais je le dis très modestement et sans vouloir soulever la moindre polémique, et puis ensuite, je vois très bien, on va me dire mais il parle de tout, c'est lui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais il a le droit d'avoir un avis aussi, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Mais j'ai un avis, comme j'aime beaucoup le foot…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais, c'est pour ça que je vous pose la question.

MANUEL VALLS
J'aime beaucoup le foot parce que ça reste le sport le plus beau, le plus populaire, celui qui fait vibrer, regardez ce qui se passe aujourd'hui autour du Paris-Saint-Germain, c'est magnifique, c'est beau d'avoir cette équipe aujourd'hui sur la capitale, j'espère qu'elle ira le plus loin possible. Je pense que les conditions aujourd'hui ne sont pas réunies pour que Karim BENZEMA vienne dans l'équipe de France, il est toujours mis en examen, et puis on sent bien qu'il y a eu quelque chose, en même temps c'est la décision de la Fédération Française de Football et du sélectionneur. Mais attention, l'exemplarité, je me rappelle ce qui s'est passé il y a quelques années avec l'équipe de France, en Afrique du Sud, on a eu beaucoup de mal à sortir de cette période ; c'est notre patrimoine, vous savez, le foot ce n'est pas quelque chose à part qui n'intéresserait que les amateurs de sport, non, c'est quelque chose… vous voyez bien ici, à RMC… donc il faut faire attention, tous les gestes et tous les choix ont leur importance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Manuel VALLS d'être venu nous voir ce matin sur BFM TV et sur RMC.

MANUEL VALLS
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 mars 2016

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