Point de presse de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur l'association des entreprises technologiques et numériques à la lutte antiterroriste et la coopération policière entre la France et les Etats-Unis, à New York le 12 mars 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur l'association des entreprises technologiques et numériques à la lutte antiterroriste et la coopération policière entre la France et les Etats-Unis, à New York le 12 mars 2016.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Voyage du ministre de l'intérieur aux Etats-Unis les 11 et 12 mars 2016 ; point de presse au siège du New York City Police Departement (NYPD), à New York (Etats-Unis) le 12

ti : (en français et en anglais)

Siège du New York City Police Departement


Q - (Sur les moyens de lutte antiterroriste mis en oeuvre par les services de police de la ville de New York)

R - Je constate une énorme progression technologique, une capacité de coordination de l'ensemble des services dans des dispositifs qui matérialisent cette volonté de coordination, notamment cette salle. Je constate une présence dans toute la ville, une capacité d'anticipation des crises, c'est-à-dire que je constate que tout ce qui constitue notre agenda en France, nos axes de modernisation, est ici à l'oeuvre depuis quelques années. Et si je suis là, c'est pour voir ce que font les Américains qui ont une grande expérience de la lutte antiterroriste et de l'anticipation des crises et des risques, parce que ce sont les orientations que j'ai données moi-même à mes services en France.

Je suis intéressé de voir ce que sera la police française dans quelques mois, puisque nous avons la volonté de la moderniser, de lui donner de nouveaux moyens technologiques, de renforcer les salles opérationnelles de coordinations des différentes forces, d'assurer la circulation de l'information entre les différents services : c'est mon agenda depuis déjà l'année dernière.

Q - Est-ce que concrètement vous voyez des choses ici que vous aimeriez voir en France ?

R - Non, parce que si vous étiez à Paris et que vous participiez aux cellules de coordination que nous mettons en place à la préfecture de police de Paris, vous verriez des installations plus petites en taille mais exactement les mêmes sur le plan de la philosophie et des moyens technologiques et numériques.

Q - L'agenda aujourd'hui ici est très important, entre le président Obama, le FBI et les entreprises privées de la Silicon Valley. Est-ce que vous vous sentez conforté en voyant que vous n'êtes pas les seuls à vous battre parfois contre les entreprises de haute technologie qui ne veulent pas vous aider ?

R - Je pense qu'il ne faut pas se battre contre les entreprises de haute technologie, il faut se battre avec elle, il faut les convaincre. Il faut réussir à trouver des équilibres qui permettent d'assurer le maximum de sécurité et, par conséquent, qui permettent d'associer les entreprises technologiques et numériques à la lutte antiterroriste plutôt que d'avoir un affrontement avec elles. Il faut les convaincre, il faut essayer de leur montrer qu'il n'y a pas de possibilité d'assurer la sécurité de nos concitoyens dans la lutte antiterroriste si on ne parvient pas à entrer dans des messages cryptés, si on n'arrive pas à faire en sorte d'avoir accès à des informations nécessaires pour aller au bout des enquêtes et de la prévention du risque terroriste. Il faut mener ce combat quotidiennement, il faut essayer de les convaincre et de trouver les bons équilibres.

Q - Vous comprenez l'argument de la vie privée qui est ici développé par les grandes entreprises ?

R - Je comprends parfaitement l'argument de la vie privée, mais que reste-t-il de la vie privée de l'économie numérique si demain les terroristes peuvent frapper toutes les villes, s'en prendre à tous les citoyens en semant partout la terreur, en remettant en cause partout les libertés parce que nous n'aurons pas été capables de prévenir le risque terroriste? Il faut bien comprendre que ce que font les administrations, ce que font les juges dans le cadre de la lutte antiterroriste n'est destiné qu'à un objectif : la préservation des libertés et la préservation des équilibres démocratiques. Donc que des sociétés démocratiques s'organisent pour prévenir le risque terroriste est bien entendu tout à fait souhaitable et tout à fait nécessaire. Le faire dans un équilibre qui permette aussi de respecter les libertés individuelles est hautement souhaitable, hautement nécessaire. Nous-mêmes, lorsque nous mettons en place l'état d'urgence, nous mettons l'état d'urgence avec un haut niveau de contrôle des juges administratifs, avec un haut niveau de contrôle parlementaire, avec une possibilité des citoyens de saisir les juges pour contrôler l'activité que nous conduisons.

Cet équilibre entre la nécessaire préservation de la sécurité, parce que la sécurité est la condition de l'expression de toutes les libertés en démocratie, et le respect des libertés individuelles sous contrôle, est un équilibre qu'il nous faut trouver si nous voulons être efficaces dans la lutte antiterroriste.

Q - What is the significance of this visit at the NYPD ?

R - The significance of this visit here is the capability of reinforcing cooperation. In each country, polices of the world have to face the terrorist risk. We have decided to modernize our police in France, and to give more tools and more means to our intelligence services. And yesterday I was at a certain number of meetings with experts at the university and also with my colleague, Jeh Johnson, and I will meet next week my colleague Loretta Lynch.

Because we want to reinforce the cooperation between our two states, our intelligence services, police forces, in order to be more efficient against terrorism. That means exchanging information, exchanging experiences, trying to be more efficient in front of the internet propaganda by organizing the counter-narrative, all that are the questions that are on the table. I'm here in order to try to find a good way in reinforcing that exchange.


Mémorial du 11 septembre

Q - (Question sur le sens de la visite du ministre)

R - Nos deux pays ont toujours été liés dans les épreuves. Nos deux pays sont liés dans la lutte anti-terroriste, nos deux pays ont été frappés de façon terrible, tragique par le terrorisme. J'ai voulu, en venant ici, témoigner de notre solidarité, des liens qui unissent la France aux États-Unis dans la lutte contre le terrorisme et également dans l'exercice du devoir de mémoire au terme d'un séjour qui a été entièrement consacré à la coopération anti-terroriste puisque j'ai rencontré hier des experts, mon homologue américain. Je verrai, la semaine prochaine à Paris, Loretta Linch. J'ai rencontré également les collaborateurs du président Obama et notamment Lisa Monaco parce que nous sommes en contact constant pour faire en sorte que dans la lutte anti-terroriste l'échange d'information, les actions de déradicalisation, l'approfondissement des relations aussi avec les acteurs d'internet nous permettent d'être plus efficace dans la lutte anti-terroriste.

Donc, le sens de cette dernière étape c'est le recueillement, c'est l'émotion, c'est la volonté de dire que nous n'oublierons jamais et que le souvenir de ceux qui sont tombés par la barbarie terroriste nous oblige à agir avec chaque jour plus d'efficacité pour prévenir les attentats et si les attentats viennent, pour les punir avec la plus grande sévérité.

Q - Et de voir ce que cette ville est devenu 15 ans après les attentats est-ce que c'est un message ?

R - C'est aussi un message très fort que ce mémorial et les monuments que nous venons de voir. Ce message est très simple, il est aussi celui que la France a voulu adresser au monde le 11 janvier et au lendemain des attentats du mois de novembre, c'est que rien ne viendra remettre en cause, ne doit battre ce que nous sommes fondamentalement, c'est-à-dire des peuples libres, amoureux de la tolérance, habité par le respect de l'autre, désireux de faire vivre à chaque instant la fraternité.

Ces valeurs sont plus fortes que la barbarie, aux États-Unis comme en France. Et cette résilience de nos sociétés, cette volonté de nos sociétés de demeurer debout dans les épreuves, c'est ce qui nous caractérise ensemble par-delà les océans qui nous séparent. C'est aussi le sens de cette visite que j'effectue en clôture de ce séjour aux États-Unis qui a été extrêmement riche de rencontres, de perspectives et de projets.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 mars 2016

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