Interview de M. Michel Sapin, minsitre des finances et des comptes publics, à "Radio Classique" le 18 mars 2016, sur les prévisions de croissance économique, les chiffres du chômage, l'aide aux agriculteurs, les difficultés de l'entreprise EDF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, minsitre des finances et des comptes publics, à "Radio Classique" le 18 mars 2016, sur les prévisions de croissance économique, les chiffres du chômage, l'aide aux agriculteurs, les difficultés de l'entreprise EDF.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, LECLERC Gérard.

FRANCE. Ministre des finances et des comptes publics;

ti : GERARD LECLERC
Michel SAPIN, la publication des prévisions de l'INSEE plutôt optimistes, 0,4 % de croissance au 1er et au 2ème trimestre. Mais la France est quand même toujours à la traine comparée aux autres pays européens !

MICHEL SAPIN
Ces chiffres-là qui sont des prévisions sont des chiffres qui sont exactement ceux en moyenne de l'Europe. Ce sont des chiffres qui sont exactement comparables…

GERARD LECLERC
Alors qu'on était en retard jusque-là !

MICHEL SAPIN
On était en retard jusque-là. Donc si je voulais faire un commentaire objectif, je ne cherche pas à fanfaronner, nous avons encore beaucoup d'efforts à faire pour retrouver une croissance plus forte, plus créatrice d'emplois, mais si je regarde les choses objectivement, la France a rattrapé son retard. La France est dans la même vitesse que des grands pays comme l'Allemagne, des grands pays puissants mais qui n'ont pas connu – heureusement – ce qui a pu se passer en Espagne, on prend toujours l'Espagne comme l'exemple d'une croissance forte, ils sont tellement tombés bas qu'aujourd'hui ils peuvent avoir des croissances.

GERARD LECLERC
Qu'est-ce qui explique que… ce n'est pas simplement un rattrapage ?

MICHEL SAPIN
Donc ce qui est important, c'est de voir d'où vient ce 1,5 % (on va dire) de croissance pour une année, qui est le chiffre d'ailleurs que j'avais prévu moi-même pour cette année ? Ça vient d'une consommation qui est forte, d'un pouvoir d'achat des Français qui est forte parce que l'inflation étant à 0 et un certain nombre de salaires et de revenus ayant augmenté, il y a du pouvoir d'achat. Donc c'est un bon moteur, c'est un moteur qui nous appartient à nous et à nous seuls. Et puis très important parce que l'investissement des entreprises reprend. Et l'investissement des entreprises reprend parce que ces entreprises ont retrouvé des capacités pour investir. Elles ne sont pas tombées du ciel ces capacités pour investir, elles ont deux origines. Une première qu'il faut reconnaître qui est indépendante de notre volonté qui est le prix du pétrole, ça fait faire des économies aux ménages et des économies aux entreprises. Mais la deuxième qui compte beaucoup, c'est des politiques que nous avons mises en oeuvre qu'on appelle parfois « les politiques de l'offres », incompréhensible mais qui veut simplement reconnaître ce qui est nécessaire, c'est que nos entreprises doivent retrouver des marges pour pouvoir investir.

GERARD LECLERC
C'est les 41 milliards que vous avez donnés…

MICHEL SAPIN
C'est les 41 milliards et ça se voit, ils sont là dans les chiffres, ils sont là…

GERARD LECLERC
Oui mais…

MICHEL SAPIN
Dans les comptes et ils sont là dans la croissance.

GERARD LECLERC
Oui mais le souci c'est qu'au niveau du chômage, ça ne s'améliore pas vraiment.

MICHEL SAPIN
Alors il faut transformer cela en effet et en effet visible et durable sur le chômage, c'est l'objectif depuis le début, c'est d'ailleurs l'objectif de tout gouvernement. C'était l'objectif de Nicolas SARKOZY quand il a été élu et malheureusement pour la France, il est parti il y avait plus d'un million de chômeurs de plus…

GERARD LECLERC
Et maintenant 650.000 depuis François HOLLANDE.

MICHEL SAPIN
Et puis je ne vais pas me vanter des 650.000 de plus, ce sont aussi trop de chômeurs en plus. Et donc la France sort de cette période où elle doit pouvoir enrichir en emplois sa croissance qui ne sera jamais de 3 % ou 4 %, comme on a pu le connaître autrefois. Mais je voudrais juste sur ce point non pas seulement regarder des prévisions mais regarder des résultats, des résultats de 2015. En 2015 la France, chiffres officiels de l'INSEE, la France de l'économie privée a créé au total plus de 100.000 emplois, il y en a qui sont détruits, il y en a qui sont créés, 100.000 emplois nets. Il faut un peu plus de 100.000 emplois dans le privé pour faire reculer le chômage, pourquoi ? Parce qu'on a un peu plus de 100.000 personnes de plus qui arrivent sur le marché du travail tous les ans. On y est presque, on est là, c'est-à-dire que 2016…

GERARD LECLERC
On y est presque, on n'y est pas encore mais on y est presque.

MICHEL SAPIN
En 2016, les conditions pour que le chômage recule sont là, elles sont présentes.

GERARD LECLERC
Alors justement, dites-nous un peu pour l'année 2016, la croissance ce sera quoi, 1,5 %, c'est ce que vous aviez prévu, vous allez tenir ? MOODY'S dit que ce sera seulement 1,2 %, MOODY'S, l'agence de notation.

MICHEL SAPIN
Il y a un certain nombre de prévisionnistes un peu partout…

GERARD LECLERC
1,5, vous y croyez ?

MICHEL SAPIN
Ce n'est pas que j'y crois, on n'est pas là dans de la foi, je lis une note de l'INSEE qui est un organisme indépendant et qui fait ses calculs…

GERARD LECLERC
Elle vous conforte ?

MICHEL SAPIN
Et qui me conforte. Ensuite ça ne tombe pas là non plus du ciel, pour atteindre un objectif il faut agir, c'est ce que nous faisons en continuant à soutenir les entreprises. Par exemple au 1er avril qui vient là, il y a encore une baisse de cotisations qui va une fois encore aider les entreprises à investir.

GERARD LECLERC
Et en termes de chômage, on en sera où à la fin de l'année ?

MICHEL SAPIN
L'INSEE prévoit une baisse du taux de chômage, c'est-à-dire de ce que nous comparons d'un pays à l'autre. On sera…

GERARD LECLERC
…D'inversion ?

MICHEL SAPIN
On sera en dessous des 10 % d'après l'INSEE.

GERARD LECLERC
En dessous des 10 %. Alors hier, vous avez accordé 1,2 % d'augmentation des salaires des fonctionnaires après 6 ans de gel, ça va quand même coûter 2,4 milliards cette affaire. Et ça s'ajoute à toutes les dépenses que vous avez engagées pour les agriculteurs, pour la sécurité, pour les étudiants. Où vous allez trouver l'argent, vous allez faire des économies ou alors est-ce que vous avez fait une croix sur la fameuse réduction des déficits ?

MICHEL SAPIN
Alors juste d'abord sur le « coût » de l'augmentation de 1,2 % que vous venez de citer, pour cette année c'est un peu plus de 200 millions…

GERARD LECLERC
Justement est-ce que vous n'êtes pas en train…

MICHEL SAPIN
Le 2 milliards 4…

GERARD LECLERC
Oui mais alors puisque vous dites…

MICHEL SAPIN
Juste pour que chacun ait ce chiffre en tête, le 2 milliards 4 il est pour 2018, on est…

GERARD LECLERC
Donc en fait, vous laissez la facture à ceux qui vont vous succéder…

MICHEL SAPIN
Non, non, je ne dis pas cela mais je veux juste qu'on regarde les choses en face. L'effort que nous faisons à juste titre pour les agriculteurs cette année, c'est 800 millions. Quand il y a eu 800 millions d'aide aux agriculteurs, légitime, je n'ai pas entendu beaucoup de critiques ; là j'entends parfois des critiques sur le fait que ça va coûter cher. Je donne les chiffres pour que chacun puisse les comparer. Cela dit par définition, quand il y a une dépense nouvelle, il faut pouvoir la compenser parce qu'il y a une chose à laquelle je ne toucherai pas, dont je ne varierai pas, dont le président de la République ne variera pas, c'est l'objectif de diminution de nos déficits. C'est parce qu'on a diminué nos déficits que nous pouvons retrouver de la croissance, c'est parce que nous diminuons nos déficits que les marchés internationaux nous font confiance, c'est parce que nous diminuons les déficits qu'aujourd'hui on fait des économies en termes de paiement d'intérêts absolument considérables. Est-ce que vous savez combien en 2016, on va avoir fait d'économies… d'intérêts en moins à payer aux marchés financiers ? Plus de 2 milliards, plus de 2 milliards. Vous voyez bien que quand on fait des économies de cette nature parce qu'on est crédible, cela permet aussi de faire face à des demandes légitimes.

GERARD LECLERC
Le déficit pour 2015 finalement, il sera à combien, il sera à 3,8 ?

MICHEL SAPIN
Le déficit final sera connu dans quelques jours, la semaine prochaine…

GERARD LECLERC
3,6 ?

MICHEL SAPIN
Les chiffres que nous connaissons s'agissant de l'Etat sont de 2 milliards de mieux que ce que nous avions prévu. Les chiffres que nous connaissons pour la Sécurité sociale sont de 2 milliards de mieux que ce que nous avions prévu…

GERARD LECLERC
Et donc à l'arrivée ?

MICHEL SAPIN
Il faut attendre les chiffres des collectivités locales, mais nous ferons mieux que prévu, 3 en 2015.

GERARD LECLERC
3,7 ou 3,6 ?

MICHEL SAPIN
Nous ferons mieux que prévu. C'est la première fois depuis très longtemps que non seulement la France aura atteint ses objectifs, mais même aura fait mieux que ses objectifs.

GERARD LECLERC
Et pour 2016 3,3 %, l'objectif sera tenu ?

MICHEL SAPIN
C'est l'objectif que nous nous sommes fixés, les engagements qui ont été pris vis-à-vis des autres Européens, c'est 3,4. Je me suis engagé… l'Assemblée nationale a voté 3,3 % de déficit pour cette année, ce sera tenu.

GERARD LECLERC
L'impôt à la source, est-ce que ça ne va pas poser des problèmes, d'une part c'est du travail de plus pour les entreprises, deuxièmement peut-être des problèmes de confidentialité ?

MICHEL SAPIN
C'est les deux sujets légitimes et on pourrait commencer par l'avantage considérable que cela représente pour chacun… tout un chacun…

GERARD LECLERC
Oui mais on n'a plus beaucoup de temps, donc on va très vite.

MICHEL SAPIN
Un avantage considérable c'est qu'on paie l'impôt au même moment où on reçoit le revenu, donc…

GERARD LECLERC
Oui mais tout ça, ça va être démarré au 1er janvier 2018, ça se trouve vous ne serez plus au pouvoir, est-ce que ce n'est pas… est-ce que vous êtes sûr que ça va se faire ?

MICHEL SAPIN
Mais parce que vous pensez que chaque matin quand j'agis, je me dis : je ne le fais que pour les quelques mois…

GERARD LECLERC
Oui mais il se trouve que ça fait penser à Nicolas SARKOZY, la TVA sociale qui n'a jamais été appliquée.

MICHEL SAPIN
Donc les belles réformes et les grandes réformes, ce sont celles que l'on fait en pensant au-delà de soi-même et au-delà des dates électorales. Mais juste sur ces deux points, la confidentialité sera totalement préservée, pour une raison simple c'est que l'interlocuteur du contribuable restera l'administration fiscale et non pas son entreprise. Et deuxièmement, nous mettons en place les dispositifs les plus simples possibles pour les entreprises ou pour tous ceux qui auront à collecter cet impôt, parce qu'il n'est pas question de compliquer la tâche des entreprises. Leur rôle c'est d'investir et d'embaucher, pas d'être percepteur.

GERARD LECLERC
On termine avec EDF, Emmanuel MACRON a dit hier que l'Etat était prêt à recapitaliser EDF pour lui permettre de financer la centrale EPR en Angleterre d'Hinkley Point. Est-ce que ça vaut le coup, est-ce que c'est normal que l'Etat s'endette davantage pour financer une centrale nucléaire dont on a du mal à prévoir l'avenir ?

MICHEL SAPIN
Alors si nous devions recapitaliser toute entreprise publique, celle-ci ou toute autre, nous ne le ferions que par une gestion comme on dit de nos actifs, c'est-à-dire en vendant d'autres participations dans d'autres entreprises. Il n'est pas question justement d'augmenter l'endettement de la France pour pouvoir venir en appui à telle ou telle entreprise…

GERARD LECLERC
Donc ça sera dans ce cas-là…

MICHEL SAPIN
Donc ça se fait à l'intérieur de notre portefeuille, si je puis dire. Ensuite, nous n'avons pas décidé à ce jour quoi que ce soit de cette nature. Nous avons demandé à EDF de faire un certain nombre d'efforts de gestion et d'efforts dans le choix de ses investissements. Et c'est à partir de là que l'Etat prendra ses responsabilités.

GERARD LECLERC
Dernière question, il nous reste quelques instants, politique : François HOLLANDE à 17 %, c'est encore possible qu'il soit candidat en 2017 ?

MICHEL SAPIN
Mais évidemment…

GERARD LECLERC
17 % de popularité bien sûr.

MICHEL SAPIN
Evidemment, la popularité ce n'est pas une élection, 14 mois avant ce n'est pas un…

GERARD LECLERC
On n'avait jamais vu un président aussi bas !

MICHEL SAPIN
Si, on a vu des présidents très bas, souvenez-vous de Nicolas SARKOZY, il était aussi très bas !

GERARD LECLERC
Oui mais peut-être pas à 17 %.

MICHEL SAPIN
La France traverse une crise depuis très longtemps, dans cette crise par définition les jugements des Français sur ceux qui sont au pouvoir sont des jugements durs, des jugements exigeants et durs. Et puis ensuite il y a la campagne électorale. Moi vous savez, je dis simplement une chose, est-ce que pour ceux qui se retrouvent à gauche, ils voient un meilleur candidat que le président de la République lui-même, est-ce qu'ils en voient un plus capable que François HOLLANDE de gagner ? Je ne dis pas qu'il va forcément gagner mais plus que capable de gagner, je n'en connais pas.

GERARD LECLERC
Merci Michel SAPIN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mars 2016

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