Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France Inter le 17 mars 2016, sur le projet d'implantation d'un centre d'hébergement dans le XVIe arrondissement de Paris, le logement très social en Ile-de-France et la consultation sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France Inter le 17 mars 2016, sur le projet d'implantation d'un centre d'hébergement dans le XVIe arrondissement de Paris, le logement très social en Ile-de-France et la consultation sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Personnalité, fonction : COSSE Emmanuelle, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre du logement et de l'habitat durable;

ti : PATRICK COHEN
Léa SALAME, la ministre de l'Environnement (sic) est votre invitée.

LEA SALAME
Bonjour Emmanuelle COSSE.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

LEA SALAME
Les habitants du XVIème arrondissement de Paris sont-ils tous d'affreux égoïstes ?

EMMANUELLE COSSE
En tout cas, quand je vois la réaction de certains de ces habitants, pour refuser l'implantation d'un centre d'hébergement, au bout du XVIème, je suis assez étonnée. Vous savez, dans le XVIème arrondissement il y a zéro centre d'hébergement, quand il y a 10 000 places dans Paris. Et ce que veut faire l'Etat avec la ville de Paris, c'est ouvrir un centre d'hébergement pour trois ans, de 200 personnes. Et je peux vous dire…

LEA SALAME
Des migrants ou des SDF ? Parce que c'était pas clair à l'origine.

EMMANUELLE COSSE
Des SDF, des personnes que l'on dit isolées et des familles qui sont à la rue. Il y a tous les soirs en Ile-de-France et à Paris, des milliers de personnes qui sont relogées par l'Etat, et nous cherchons à implanter des centres pérennes. Et vous parlez de la réaction des habitants du XVIème, il y a eu une réunion de concertation il y a quelques jours, vous en avez parlé, il faut quand même voir dans cette réunion que la préfète Sophie BROCAS, qui représente la région Ile-de-France, et qui vient expliquer au nom de l'Etat ce qui se passe, se fait traiter de salope. Il faut juste voir ça. Dans un arrondissement où on a quand même un nombre de personnes qui paient l'ISF extrêmement élevé, où il y a des moyens, on demande juste à faire du rééquilibrage territorial, et donc de mettre…

LEA SALAME
Eux, disent, sur la méthode, ils n'étaient pas prévenus, ça c'est ce que dit Claude GOASGUEN…

EMMANUELLE COSSE
Vous savez, ce dossier…

LEA SALAME
…et sur le fond, ils ne veulent pas d'un Sangatte au Bois de Boulogne.

EMMANUELLE COSSE
La première chose, c'est que ce dossier est connu depuis plusieurs années, moi-même je m'y suis rendue, alors que je n'étais pas ministre du Logement, en tant qu'élue régionale il y a quelques mois…

LEA SALAME
Donc, Claude GOASGUEN ment quand il dit : « Je n'ai jamais été prévenu ».

EMMANUELLE COSSE
La réalité c'est que ce dossier, le permis de construire a été donné il y a plusieurs mois et qu'en plus, le projet, on ne fait pas d'un seul coup un centre, aujourd'hui on en est à l'installer. Il va être ouvert pour juillet. Donc ça fait plusieurs années que c'est en projet, Anne HIDALGO en avait parlé pendant sa campagne des municipales, l'Etat l'avait fait aussi. Il n'y avait pas eu de réunion de concertation avec les habitants, mais vous savez, à l'échelle de Paris, on ne fait pas une réunion de concertation pour tous les projets d'hébergement.

LEA SALAME
Donc ils n'ont aucune excuse, ceux qui ne veulent pas de ce centre n'ont aucune excuse, c'est ce que vous nous dites ce matin.

EMMANUELLE COSSE
Je pense que la solidarité, elle n'a aucune frontière, et particulièrement quand on est à Paris, quand on se promène dans Paris, on voit tous des personnes qui sont démunies et qui sont à la rue. On demande à l'Etat de faire des choses, et l'Etat le fait, a augmenté énormément les places d'hébergement depuis quatre ans, et donc c'est aussi normal qu'on avance, et non, c'est inacceptable d'avoir de telles réactions.

LEA SALAME
Geoffroy DIDIER, qui vous a succédé au poste de vice-président pour le Logement à la région Ile-de-France, propose d'arrêter de financer le logement très social, là où il y en a déjà 30 %, l'idée c'est de casser les ghettos. Est-ce que c'est une bonne mesure proposée par la droite du Conseil régional ?

EMMANUELLE COSSE
Ecoutez, je ne le crois pas, et non pas parce qu'il remet en cause une politique que j'avais menée précédemment, mais simplement parce qu'on nous explique que c'est anti-ghettos, donc on est en train d'expliquer qu'il y a des villes en Ile-de-France, qui par… leur part de logement social est un ghetto. Il y a en effet des ghettos, il y a aussi un ghetto de riches qui est dans le XVIème, sauf que le dispositif de monsieur Geoffroy DIDIER, c'est pas un ghetto, c'est pas un dispositif anti-ghetto pour remettre de l'égalité partout, c'est uniquement pour taper les communes les plus en difficultés, et pour dire : « On arrêtera de vous aider à faire du logement social ».

LEA SALAME
Alors, comment vous expliquez que le maire de Sarcelle, le socialiste François PUPPONI, dit : « C'est une bonne mesure » ?

EMMANUELLE COSSE
J'y viens, je vous explique. Il y a en Ile-de-France, des villes qui ont plus de 50 % de logements sociaux et qui aujourd'hui disent : « Nous ne pouvons pas en accueillir plus, nous ne voulons pas faire des logements très sociaux ». Et c'est la réalité. L'an passé en Ile-de-France, on a eu quasiment pas de créations de logements très sociaux dans ces communes, mais il peut arriver. Quand on crée un centre d'hébergement pour femmes victimes de violences, c'est du logement très social, donc ça veut dire quoi ? Ces communes ne pourraient pas le faire ? Quand on crée un foyer de jeunes travailleurs, des jeunes actifs, c'est du logement très social. On ne pourrait plus le faire ? Et c'est ça en fait qui est fou, c'est cette manière de présenter les choses, et de stigmatiser. Moi je préfèrerais qu'aujourd'hui les collectivités locales, dans l'Ile-de-France, disent : « On est mobilisé pour le logement, on va faire du logement social partout, dans le XVIème, à Neuilly, à Saint-Cloud, parce que si je cite ces exemples-là…

LEA SALAME
C'est le mot ghetto qui vous gêne, en fait.

EMMANUELLE COSSE
C'est le mot ghetto et puis c'est le fait qu'on coupe…

LEA SALAME
Vous savez que le Premier ministre avait parlé d'un apartheid.

EMMANUELLE COSSE
Oui, mais il existe, moi je n'ai pas de difficultés à le dire, il y a aujourd'hui des quartiers en France où il y a de la ségrégation sociale, qui est faite par la question de l'habitat, mais simplement, on demande aujourd'hui aux collectivités d'avoir une position qui soit utile pour le logement et pas celle-là, qui est une position avec une posture absolument négative.

LEA SALAME
Manuel VALLS a tranché, le référendum sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes aura lieu au mois de juin et ne concernera que les électeurs du département de Loire Atlantique. C'est un bon arbitrage ?

EMMANUELLE COSSE
C'est l'arbitrage de Manuel VALLS. Le président de la République avait annoncé…

LEA SALAME
Voilà…

EMMANUELLE COSSE
Je vais y venir, avait annoncé qu'il voulait faire un référendum sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, vous connaissez pas position sur le projet lui-même.

LEA SALAME
Rappelez-là nous.

EMMANUELLE COSSE
Vous savez très bien que je suis très opposée à cet aéroport, et je l'ai toujours dit, et…

LEA SALAME
Et à ce référendum ?

EMMANUELLE COSSE
Ce référendum, moi je pense qu'il va régler un problème, c'est qu'en fait il n'y a jamais eu de débat démocratique sur ce sujet-là, et qu'à un moment il faut bien sortir du blocage, sinon on peut y rester pendant des années, et c'est le Premier ministre qui a dit que c'était lui qui souhaitait organiser cela pour assumer, parce que je pense qu'il est important que l'Etat assume cette procédure. Donc aujourd'hui il a expliqué les différents points, la date, le périmètre, la question qui va être posée…

LEA SALAME
C'est un bon arbitrage, le périmètre, la date, tout ça ?

EMMANUELLE COSSE
C'est aujourd'hui un sujet important. Je sais que des associations aimeraient avoir un périmètre différent.

LEA SALAME
Quel est votre avis ?

EMMANUELLE COSSE
Moi, je pense qu'il faut que ça ait lieu, et il faut que ça ait lieu vite. Parce que la réalité c'est que, il y a, dans cette histoire-là, des recours qui existent toujours, des paysans qui demandent que les choses soient clarifiées, et je pense qu'on ne peut pas continuer à vivre avec ce projet, qui je vous le rappelle, traine depuis 40 ans.

LEA SALAME
Les jeunes manifestent aujourd'hui contre le projet de loi El Khomri. Il y a trois mois, est-ce que vous auriez signé la pétition contre la loi ?

EMMANUELLE COSSE
Non, et je le dis très honnêtement, parce que je peux avoir des oppositions, y compris avec le gouvernement dans lequel je suis aujourd'hui. On a parlé tout à l'heure d'un sujet, parce que vous connaissez aussi ma position, sauf que moi…

LEA SALAME
On y vient.

EMMANUELLE COSSE
… je n'aime pas décider par avance, et par posture, que je suis contre. Et sincèrement, je n'ai jamais décidé de prendre une position sur un avant-projet de loi, alors que les négociations ne sont pas terminées.

LEA SALAME
Aujourd'hui, le projet, tel qu'amandé et présenté par Manuel VALLS, vous convient ?

EMMANUELLE COSSE
Il me convient. Il me convient. Moi j'ai entendu, et j'avais par ailleurs rencontré dans mes anciennes fonctions, la CFDT, donc je sais aussi les points sur lesquels il travaillait. Je souhaitais évidemment que les choses avancent, c'est le cas, et ça a été au bout d'une discussion, et en plus maintenant on a le débat parlementaire.

LEA SALAME
La déchéance de nationalité, Manuel VALLS a profondément déploré hier la décision du Sénat de réécrire le texte pour le limiter à la déchéance aux seuls binationaux. Dans ce bras de fer là, vous êtes du côté des sénateurs ?

EMMANUELLE COSSE
Moi je suis du côté, en tout cas, du débat parlementaire. Je ne partageais pas le point de vue du président de la République quand il a décidé de lancer ce projet, qui a trouvé aussi du côté des Français, un certain soutien, il faut dire les choses telles quelles, mais moi j'avais toujours dit, il faut que le débat parlementaire ait lieu, il a lieu, et maintenant c'est au Parlement de prendre ses responsabilités.

LEA SALAME
Ça veut dire quoi, ça ? Ça veut dire que vous êtes toujours la … la déchéance de nationalité ? Je ne comprends pas.

EMMANUELLE COSSE
Mais, vous savez, c'est marrant, parce que je viens une fois par mois chez vous, et il y a des sujets sur lesquels je ne vais pas changer d'avis.

LEA SALAME
Donc vous êtes contre.

EMMANUELLE COSSE
Mais oui, je suis opposée à cela.

LEA SALAME
C'est pas trop dur ?

EMMANUELLE COSSE
De quoi ?

LEA SALAME
De jouer l'équilibriste ?

EMMANUELLE COSSE
Ah mais je ne joue pas, justement, je ne joue pas l'équilibriste, je pense que je suis quelqu'un de très charpenté, avec des convictions et des valeurs et un engagement réel. Je travaille tous les jours pour qu'on améliore vraiment la situation du logement, la situation des migrants, mais je peux aussi, en moi, avoir des positions très claires, sur des sujets qui ne sont pas que politiques, mais aussi philosophiques, comme la déchéance de nationalité.

LEA SALAME
Emmanuelle COSSE, vous êtes sans parti fixe en ce moment, vous avez été radiée des Verts ?

EMMANUELLE COSSE
C'est ce qui se dit. C'est ce qui se dit, mais je ne suis pas très au courant de ce genre de chose. C'est derrière moi, tout ça, je crois.

LEA SALAME
Vous ne savez pas si vous êtes radiée ou pas ?

EMMANUELLE COSSE
Non mais surtout, je ne sais pas, puisque c'est une procédure qui n'existe pas dans le parti que je dirigeais, mais je…

LEA SALAME
Donc ils ne peuvent pas vous radier.

EMMANUELLE COSSE
Je n'en sais rien et vous savez, moi aujourd'hui j'ai décidé de prendre une décision : aller au gouvernement, on s'occupe de questions de logement, comme celle qu'on vient de parler sur l'hébergement, et je pense que ma priorité aujourd'hui c'est celle-là, et peu de m'appesantir sur des histoires qui aujourd'hui ne sont pas très utiles.

LEA SALAME
Emmanuelle COSSE était notre invitée, belle journée à vous.

EMMANUELLE COSSE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mars 2016

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