Déclaration de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, sur les atouts de l'économie française, Paris le 18 mars 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Emmanuel Macron, ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique, sur les atouts de l'économie française, Paris le 18 mars 2016.

Personnalité, fonction : MACRON Emmanuel.

FRANCE. Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique

Circonstances : Ouverture du printemps de l'optimisme, à Paris le 18 mars 2016

ti : Cher Thierry SAUSSEZ,
Chers tous,


Je suis ravi d'être parmi vous ce matin. Je suis ravi parce que vous êtes en quelque sorte culottés, dans les temps que nous parcourons, de promouvoir l'optimisme et d'en faire un slogan. Et ce fait d'être intempestifs, c'est-à-dire de ne pas correspondre à l'esprit du temps pour marquer sa liberté : j'y adhère.

Alors c'est vrai que quand on regarde l'état du pays, on peut se dire que penser que l'optimisme est au coeur de nos valeurs n'est pas une chose évidente. Quand on regarde les grands sondages, les grandes tendances, il y a un jeune sur deux qui, aujourd'hui, pense que son avenir sera meilleur à l'étranger qu'en France. Et quand on regarde les indicateurs d'optimisme justement, c'est-à-dire de confiance en l'avenir, on s'aperçoit que les Français sont moins confiants en leur propre avenir que ne le sont les Bangladais, les Pakistanais ou les Nigérians, ce qui en dit long.

Et donc, chercher à promouvoir l'optimisme aujourd'hui, ça ne doit en rien être une forme de naïveté revendiquée. En effet, cher Patrick BERNASCONI, ce n'est pas essayer de faire revivre Pangloss et se compromettre dans une forme de béatitude coupable, mais c'est essayer de chercher d'abord à comprendre pourquoi on peut légitimement être optimiste aujourd'hui en France et surtout à quoi cela engage.

Je suis pour ma convaincu qu'il y a deux bonnes raisons d'être optimiste. La première, c'est que l'optimisme est un pragmatisme, là où le pessimisme ne sert à rien. Et donc c'est la foi dans la capacité, justement, à se relever, à jouer sa dernière chance, et tous les entrepreneurs mais aussi beaucoup de nos concitoyens le savent, qui ont à se battre pour créer, pour innover, pour investir, pour au quotidien redresser leur activité ou en inventer une autre.

Ensuite, parce qu'il y a des bonnes raisons d'être optimiste quand on regarde l'état du pays en vérité. Quand on regarde les chiffres d'abord, cette économie demeure robuste, ce pays demeure l'un des plus importants au monde : dans les six premiers en termes d'économie, dans les cinq premiers en termes d'image. Ça demeure une grande puissance politique et il y a un ressort dans le peuple français qui doit nous conduire à être optimiste. Nous l'avons encore vu en fin d'année dernière, il y a une capacité insoupçonnée au quotidien à se relever, à se redresser, à se battre, à chercher justement à se mobiliser toutes et tous ensemble lorsque l'adversité survient. Et ça, ce sont aussi des bonnes raisons d'être optimiste.

Alors, maintenant, qu'est-ce que c'est l'optimisme, et en particulier lorsque vous parlez d'économie, mais plus largement ? C'est d'abord la capacité à innover. Et je crois qu'au coeur de l'optimisme, il y a la capacité qu'ont les femmes et les hommes à inventer des choses nouvelles, des perspectives nouvelles, qu'elles soient technologiques, qu'elles soient sociales, qu'elles soient économiques, qu'elles soient relationnelles. Tout est en train de se bouleverser aujourd'hui dans notre pays mais, plus largement, dans le monde.

Et la capacité à innover – c'est-à-dire à dessiner les quelques éléments qui, aujourd'hui, parfois se disposent devant nous, mais surtout à chercher à transformer le monde dans lequel nous vivons – c'est un ressort formidable. C'est celui qui nous permet d'être l'un des pays qui créent le plus de start-ups en Europe : nous en créons 1 500 par an. C'est plus que l'Allemagne, et c'est presque autant que le Royaume-Uni, qui bénéficie pourtant d'une situation – en termes de financement – différente.

Nous sommes l'un des pays qui excellent dans la biotechnologie, dans la robotisation de plus en plus aujourd'hui, dans la nanoélectronique et la nanotechnologie, dans l'intelligence artificielle. Et nous avons, sur tous les champs nouveaux de cette Nouvelle France Industrielle, des leviers formidables.

Mais l'innovation, c'est aussi la capacité des grands groupes à se réinventer par des interactions beaucoup plus fréquentes, plus fortes que naguère avec ces start-ups et par leur propre capacité, en architecture ouverte donc avec une mentalité qui n'était pas toujours celle d'il y a encore 10 ou 20 ans, à retrouver la sève de cette vitalité commune.

Nous avons une force – puisque vous parlez des grands groupes – en France, c'est que nous avons le CAC 40. Le paradoxe, c'est que beaucoup trop de Français, voire de partis politiques, ne l'aiment pas. On aime les petits entrepreneurs mais nous n'aimons pas les grandes entreprises. Mais elles sont l'un des ciments de notre activité économique ! Leur moyenne d'âge, c'est 105 ans. Et donc, tout le défi, c'est de retrouver l'optimisme à 105 ans et d'être en capacité justement d'avoir cette mobilité, cette capacité à regarder devant que peuvent avoir les start-up. En comparaison, le NASDAQ a une quinzaine d'années d'âge moyen.

Donc les gens sont différents, les mentalités sont différentes. Mais nous devons en faire une chance pour réussir – justement, par ces interactions entre grands groupes et startups, par cette capacité à vouloir se projeter, par l'innovation qui doit être aujourd'hui au coeur de notre ambition politique et économique – réussir à réinventer des lignes nouvelles.

Ensuite, il y a, quand on parle d'optimisme, la responsabilité des politiques. Nous sommes dans un pays un peu étrange où on conspue bien souvent l'État et la chose publique mais où on a tendance en même temps à tout attendre d'eux. C'est étonnant mais ça fait partie des paradoxes français. Je crois très profondément que l'optimisme passe par le discours de vérité des gouvernants, c'est-à-dire par la capacité non pas à masquer les problèmes, non pas à transformer la réalité, mais à dire les choses telles qu'elles sont. Et Pierre MENDÈS-FRANCE avait une belle formule à ce titre qui disait : « Parler le langage de la vérité, c'est le propre des véritables optimistes. Et je suis optimiste, moi qui pense que ce pays accepte la vérité, qu'il est prêt à prendre la résolution inflexible de guérir, et qu'alors il guérira. »

Et c'est ça le défi politique qui nous est collectivement posé aujourd'hui, qui est un défi politique, économique : si on dit les choses, si on nomme le mal, les difficultés dans tous les champs, nous nous donnons les chances précisément de rebondir, d'aller de l'avant.

Et puis enfin, être optimiste – et c'est vrai dans l'entreprise comme partout –, c'est décider d'avoir une autre relation avec le passé. Et nous sommes, en France, peut-être souvent trop obsédés par notre passé. On doit comprendre ce qui est advenu, on doit comprendre les choses qui nous ont précédés, c'est une hygiène indispensable. Mais en même temps, nous n'avons de cesse de préserver ce qui a déjà été ou de conserver ce que nous connaissons ou, en quelque sorte, de vivre dans la nostalgie d'un passé qui n'a jamais été. Et quand je regarde les pans entiers de notre économie, la capacité que nous avons d'ailleurs constamment à faire référence aux Trente Glorieuses ou à l'idée que nous nous en faisons, je pense très profondément que c'est un poison terrible.

En quelque sorte, ce dont notre pays a besoin, c'est de retrouver le goût de l'avenir plutôt qu'une fascination morbide pour un passé incertain. Et c'est vrai quand on parle de la politique économique, sociale. Je pense très profondément que nous avons aujourd'hui à réinventer – et c'est vrai pour les start-ups comme les entreprises centenaires – un nouveau modèle de croissance qui repose non pas sur des garanties, des équilibres construits en 1945, mais sur la capacité à saisir des parcours de plus en plus heurtés, des bouleversements profonds sur le plan économique, des « disruptions », comme il convient de les appeler aujourd'hui. Celles-ci peuvent tout bouleverser et elles supposent d'armer les individus pour qu'ils puissent, tout au long de leur vie, prendre part à ce monde beaucoup plus brutal mais, en même temps, riche de beaucoup plus d'opportunités et, à chaque fois, rebondir, réinventer, innover, comme je le disais à l'instant.

De la même façon, l'Europe dans laquelle nous sommes plongés, qui est l'une de nos missions historiques, nous ne la construirons pas avec optimisme si nous ne regardons que le passé, si nous pensons que nous sommes en quelque sorte uniquement les vestales de quelque chose qui n'a jamais totalement été. L'Europe ne s'est construite que par l'énergie d'entrepreneurs, parfois de grands inconscients ; que par l'énergie de celles et ceux qui avaient voulu prendre des risques à un moment donné.

Parce que regarder devant, c'est prendre des risques. Et au fond, c'est ça l'optimisme et c'est pour ça que je suis là ce matin. C'est cette volonté, en étant assis quelque part, debout à un endroit, avec volontarisme, de regarder ce qui va advenir et de vouloir y jouer un rôle résolu, d'avoir cet appétit pour le futur parce que nous sommes toutes et tous convaincus qu'il nous appartient puisque c'est nous qui allons le faire.

C'est, je crois, la principale différence entre un optimiste et un pessimiste. Les deux sont normalement lucides sur ce qui se passe mais le pessimiste s'est habitué à vivre dans la componction de celui qui préfère voir la négativité, voir les horreurs qui vont advenir ou les difficultés. L'optimiste est résolu à l'idée qu'il peut toujours inventer ce qui, justement, va advenir. C'est une différence fondamentale.

Et au fond – et je conclurai là-dessus –, les optimistes sont comme les idéalistes : ils sont et ils doivent être des grands pragmatiques. Chesterton a fait une très belle lecture de « Robinson CRUSOÉ » et c'est à la lecture de « Robinson » qu'il s'était exprimé et qu'il avait dit : « Les grands idéalistes sont avant tout des grands pragmatiques. Robinson CRUSOÉ n'est pas parti dans son île avec l'idée du fromage, du jambon ou de la prospérité, il est parti avec une liste très précise qui est le plus beau poème idéaliste : le nombre de jambons qu'il a pris, le nombre de fromages, le nombre de denrées. Parce que c'est ce pragmatisme qui l'a aidé à survivre et qui lui a permis de faire quelque chose. » Donc, soyez optimistes, soyez pragmatiques et ayez ce goût immodéré pour l'avenir parce que c'est de cela dont nous avons besoin.


Source http://www.economie.gouv.fr, le 24 mars 2016

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