Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, en réponse à des questions sur les attentats de Bruxelles et le renforcement de la lutte contre le terrorisme djihadiste en France et dans l'Union européenne, au Sénat le 22 mars 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, en réponse à des questions sur les attentats de Bruxelles et le renforcement de la lutte contre le terrorisme djihadiste en France et dans l'Union européenne, au Sénat le 22 mars 2016.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Séance des questions au Gouvernement, au Sénat le 22 mars 2016

ti : * Monsieur le Président,

Comme le président Larcher a eu, voilà un instant, l'occasion de le dire, mes premiers mots et mes premières pensées vont naturellement vers Bruxelles, qui a été lâchement frappée ce matin par des attaques terroristes.

Je pense, nous pensons aux victimes, à leurs familles. Même si le Président de la République, les ministres des affaires étrangères et de l'intérieur, ainsi que moi-même, l'avons bien évidemment déjà fait, je veux de nouveau, ici au Sénat, assurer les autorités belges de notre soutien, de notre solidarité et, bien sûr, de notre amitié indéfectible.

Ces événements nous rappellent une fois encore tragiquement que nous sommes face à une menace globale. Nous sommes en guerre, comme je le dis depuis janvier 2015, en guerre contre l'islamisme radical, contre le djihadisme, contre le terrorisme, contre le fanatisme, et nous devons continuer à mener cette guerre avec détermination, et avec les armes de l'état de droit, de la démocratie, c'est-à-dire les lois que l'immense majorité des sénateurs et des députés ont votées.

Il y a eu deux lois antiterroristes, dont une dès l'automne 2012, que j'avais présentée ici même. Nous avions ensemble déjà détecté ce qui faisait la particularité de cette menace terroriste et de ce terrorisme, à savoir l'existence concomitante d'un ennemi extérieur et d'un ennemi intérieur.

Par ailleurs, nous avons fait voter deux lois sur le renseignement et apporté des moyens accrus à cette action. Jamais un gouvernement et un parlement n'avaient donné autant de moyens à nos forces de l'ordre et à nos armées pour lutter contre le terrorisme, mais il faudra aller encore plus loin dans la lutte contre la radicalisation, pour la justice et la sécurité de nos concitoyens, et accorder bien sûr des moyens encore plus importants.

C'est l'affaire d'une génération que d'engager une lutte de très longue haleine, très difficile - je le dis avec gravité et je vous remercie d'ailleurs, monsieur Longuet, du ton et des mots que vous avez employés - contre ces phénomènes de radicalisation, qui concernent aujourd'hui des milliers de jeunes en France.

C'est l'affaire d'une génération, qui devra faire l'effort de cette prise de conscience. Cette lutte nécessitera l'engagement de l'ensemble de nos services publics, mais aussi de la société.

Nous vivons une situation caractérisée par un niveau de menace jamais égalé, comme le ministre de l'intérieur le rappelait encore ce matin. Il faut une réponse à ce terrorisme qui nous frappe en France et en Europe, et celle-ci doit être européenne.

Ce terrorisme frappe les pays libres, les démocraties, les symboles, comme la Tunisie, le Mali, le Burkina Faso, la Côte-d'Ivoire. Face à ce terrorisme, il y a bien sûr nos valeurs, notre démocratie à opposer, et il n'y a qu'une réponse possible : l'unité.

Il s'agit bien sûr de l'unité avec nos amis belges, mais aussi de l'unité de tous les États de l'Union européenne face au terrorisme. Il faut que l'Union prenne toute sa dimension sur ce sujet, car une Europe de la liberté doit s'accompagner d'une Europe de la sécurité. À cet égard, comme nous avons eu l'occasion de le dire voilà un instant à l'Assemblée nationale, il est temps que le Parlement européen vote, par exemple, le dispositif de sécurité pour les passagers de compagnies aériennes, c'est-à-dire le PNR, car nous avons assez perdu de temps.

Il s'agit enfin de l'unité de la nation française, telle qu'elle s'est manifestée en janvier et en novembre autour des symboles de la Nation, comme je le disais ici mercredi et jeudi derniers.

Cette unité et ces valeurs, nous les défendons en poursuivant le débat démocratique. Le Sénat vient d'adopter à son tour le projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation, avec des modifications intéressantes pour ce qui concerne l'article 1er, et des changements substantiels pour ce qui concerne l'article 2. C'est la preuve que la démocratie suit son cours, dans le respect du bicamérisme.

Nous avons eu des débats et des discussions, qui ont révélé d'incontestables désaccords. Il faut chercher à rapprocher les points de vue, car ma conviction personnelle, que rien ni personne ne fera changer, est que, face au terrorisme, il faut non seulement des réponses en matière de sécurité et de protection des Français, donc en termes de moyens, mais également des réponses symboliques.

Comme vous l'avez dit, monsieur le sénateur, ce débat a divisé, ou tout du moins a eu lieu dans les deux camps politiques, pour reprendre une terminologie trop guerrière. En même temps, il s'agit d'un débat passionnant et passionné, qui, contrairement à ce que j'entends, intéresse nos concitoyens, car nous nous posons ces questions que nous ne nous étions pas posées depuis des décennies : qu'est-ce qu'être Français dans ce moment-là ? Comment faire vivre la Nation, ce «plébiscite de tous les jours» ?

En ce qui me concerne, je considère qu'il faut continuer à avancer et à discuter, mais, monsieur le sénateur, il s'agit d'un débat non pas seulement entre le Gouvernement et le Sénat, ou entre la gauche et la droite, mais aussi entre le Sénat et l'Assemblée nationale.

Aussi, le gouvernement, avec les présidents des assemblées, sous l'autorité du Président de la République, ne manquera pas de prendre des initiatives, à condition de savoir où nous allons pour trouver le chemin du rassemblement, question que je posais ici même voilà quelques jours.

Les Français attendent de nous le rassemblement et - je ne le dis ici en aucun cas comme une menace, mais comme une exigence - ils ne comprendraient pas, très sincèrement, que l'Assemblée nationale et le Sénat, la majorité et l'opposition, ne puissent se mettre d'accord sur ce qui fonde notre pacte républicain et national. Mesdames, Messieurs les Sénateurs, c'est à cette construction commune que je vous appelle.


* Bernard Cazeneuve et moi-même, quand j'occupais la fonction de ministre de l'intérieur, avons proposé au Parlement des lois de lutte contre le terrorisme, en 2012, puis en 2014. Dans les deux cas, alors que rien dans la Constitution ne nous y obligeait, puisque le vote conforme des deux assemblées n'était pas requis, nous avons ensemble tenu à rassembler autour de ces textes une très large majorité de députés comme de sénateurs. La première de ces lois avait d'ailleurs été examinée d'abord par le Sénat.

De même, le Sénat a apporté son regard propre et ses propositions, respectueuses du droit, sur la loi relative au renseignement.

Enfin, on peut mentionner la loi portant adaptation de la procédure pénale au droit de l'Union européenne, qui donne plus de pouvoir aux forces de sécurité, mais aussi aux magistrats, là encore dans le respect de l'état de droit et de nos libertés. Une très large majorité a été trouvée à l'Assemblée nationale pour soutenir ce texte. En outre, les propositions adoptées en première lecture par le Sénat, notamment à l'initiative de M. Philippe Bas, ont trouvé à l'Assemblée nationale un écho plus que positif.

Oui, nous pouvons travailler ensemble, et ce tout particulièrement lorsqu'il s'agit de la lutte contre le terrorisme et de la protection de nos concitoyens. Par conséquent, sur tous ces sujets, le gouvernement se montre disponible pour travailler avec le Sénat et, plus largement, avec la majorité comme avec l'opposition des deux assemblées.

Il reste évidemment la révision constitutionnelle ; j'ai répondu tout à l'heure à votre collègue sénateur sur ce sujet. Encore une fois, monsieur le sénateur, j'ai pour ma part la conviction que les Français attendent que nous soyons capables de nous rassembler.

Ce rassemblement s'impose, à la suite non seulement du discours du président de la République du 16 novembre, mais aussi du vote de l'Assemblée nationale sur la révision constitutionnelle. Ce vote a vu les familles politiques se diviser, mais il a aussi vu une majorité des trois cinquièmes se constituer sur une proposition.

Vous venez de vous prononcer sur un texte. Sur l'article 2 de ce projet de loi constitutionnelle, même si je crois qu'il existe des possibilités d'accord sur les grands objectifs, il reste incontestablement du chemin à faire.

Pour trouver un accord, il faut que chacun veuille bien avancer. Le gouvernement est prêt à le faire, l'Assemblée nationale le devra aussi. Quant au Sénat, même si son vote est tout frais, je ne doute pas qu'il voudra avancer.

Selon moi, nos compatriotes attendent que nous disions clairement si nous considérons que celui qui prend les armes contre ses propres compatriotes et nos valeurs partagées peut rester français ou non, selon des procédures prévues par la Constitution et par la loi. Voilà la réponse qu'ils attendent !

Par cette réponse, nous ferons ensemble la démonstration non seulement de notre volonté de travailler de concert, mais surtout de la volonté d'union qui nous rassemble, Monsieur le Sénateur.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 mars 2016

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