Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à iTélé le 24 mars 2016, sur la sécurité dans les aéroports et le transport ferroviaire après les attentats de Bruxelles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à iTélé le 24 mars 2016, sur la sécurité dans les aéroports et le transport ferroviaire après les attentats de Bruxelles.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : BRUCE TOUSSAINT
L'onde de choc, bien sûr, des attentats en Belgique dépasse les frontières et atteint aussi la France Nous en parlons ce matin avec Alain VIDALIES. Bonjour. Vous êtes secrétaire d'Etat aux Transports. Que dites-vous ce matin aux Français, à tous ceux qui nous regardent, qui vont sortir de chez eux dans quelques minutes pour prendre un train, un métro, un avion, et qui ont peur ? Disons les choses. Qu'est-ce que vous leur dites ?

ALAIN VIDALIES
Je pense qu'ils ont bien conscience, chacun, que nous sommes dans une bataille, dans une guerre, a dit le Premier ministre, contre l'obscurantisme et contre des gens qui s'en prennent à la France, pas qu'à la France, à l'Europe, parce que nous sommes la France, parce que nous sommes des démocraties, parce que nous voulons vivre comme nous vivons, en étant différents, en se chamaillant sur des sujets, bref, en vivant comme on aime vivre, et l'obscurantisme, le radicalisme, n'aiment pas ce modèle, là, qui aussi a mis la religion, qui a reconnu à la religion son importante, mais qui a organisé une société laïque, et chaque français quelles que soient ses convictions, est porteur de cette image de la France, et aujourd'hui c'est normal que les Français, vous dites ils ont peur, bien sûr, dans les transports, au quotidien…

BRUCE TOUSSAINT
Certains ont peur.

ALAIN VIDALIES
Mais on n'est pas obligé de choisir et de répondre uniquement à la question de la peur. La peur, on y répond par le travail que doit faire le gouvernement, ce que fait Bernard CAZENEUVE, ce que je fais à ses côtés pour les transports, c'est-à-dire protéger les Français, c'est les mesures que nous avons annoncées, ré-annoncées hier, ce travail qui se fait au niveau européen, mais en même temps, en même temps c'est un combat qui est pas simplement mené par les forces de l'ordre, je crois que ce qui est important c'est de comprendre que c'est finalement un combat dans lequel chaque français, quel qu'il soit, est engagé aujourd'hui.

BRUCE TOUSSAINT
Regardons ce qui s'est passé précisément mardi. Ces terroristes qui entrent, tout le monde a vu ces images de vidéosurveillance, qui entrent dans l'aéroport, sans aucun contrôle, il n'y a pas de contrôle pour entrer dans un aéroport, c'est une scène qui, c'est terrible à dire, aurait pu se produire dans un aéroport français. Est-ce que les choses vont changer pour l'accès aux aéroports en France ?

ALAIN VIDALIES
Ce qui va changer pour l'accès aux aéroports en France, il faut bien que chaque Français doit comprendre, il y a l'espace qui est ce que l'on appelle la zone ouverte, la partie ville, et puis la partie piste. Il n'y a pas de problème une fois qu'on a franchi les contrôles. C'est la première partie. Est-ce qu'on peut contrôler à l'entrée, finalement, faire un deuxième contrôle ? Ce qu'il faut surtout, c'est dire ce que nous avons annoncé, pour rentrer dans cette partie-là, dorénavant il faudra avoir sur soi un papier d'identité et un titre de transport, c'est-à-dire de ne pas y aller pour avoir d'autres activités, ce qui existe aujourd'hui en réalité, parce qu'il y a des activités commerciales, donc il faudra ce titre-là. Et nous avons mis en place et renforcé, démultiplié, les patrouilles de sécurité, c'est-à-dire des gens qui sont dans cette partie-là et qui vont pouvoir contrôler, parce qu'on considère que c'est ça le système le plus efficace. Est-ce qu'on peut généraliser, vous citiez tout à l'heure l'exemple de Tel-Aviv, il n'y en a pas beaucoup d'autres de cette nature, en réalité, là on serait dans une structure complètement différente, parce que vous allez recréer à ce moment-là un système, qui est un système en amont dans l'entrée, avec des contrôles, et on sait très bien que chaque fois que vous recréez de la concentration, vous recréez aussi éventuellement, potentiellement, une cible. Alors, ces débats ne sont pas des débats illégitimes, je veux dire, c'est peut-être des débats qui sont ouverts pour demain, mais en tous les cas, l'efficacité aujourd'hui, ce qui est décidé, c'est effectivement d'avoir des… l'obligation d'avoir un titre de transport, une pièce d'identité…

BRUCE TOUSSAINT
Ça, c'est effectif quand, ça ?

ALAIN VIDALIES
Ça c'est effectif depuis hier. Nous sommes allés hier matin à Roissy, avec le ministre de la Défense et le ministre de l'Intérieur, pour constater la mise en oeuvre de ces nouvelles mesures qui ont été annoncées après l'attentat de Bruxelles.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est beaucoup de monde, les aéroports, c'est beaucoup moins évidemment que les transports ferroviaires, les trains, les trains de banlieue. Est-ce que là, on va avoir un contrôle plus sérieux de ceux qui montent dans les trains et qui peuvent poser un bagage, ressortir et laisser la bombe dans le train ?

ALAIN VIDALIES
Oui, là vous avez raison, c'est de remettre les choses à leur niveau. Les trains, c'est 17 000 trains par jour en France qui circulent, c'est tout à fait considérable. Il y a 3 000 gares en France. Donc, sécuriser tout cela, c'est une autre dimension. Quelles sont les réponses ? Il y a des outils technologiques aujourd'hui, et il faut bien le dire, nous travaillons sur ça, nous nous mettons en oeuvre, et il y a des performances technologiques très fortes, notamment sur la question des caméras de surveillance et sur le comportement, c'est-à-dire que nous avons des logiciels intelligents et nous travaillons à la mise en oeuvre, à l'accélération, il y en a déjà, je ne vais pas tout exposer, il y a des…

CHRISTOPHE BARBIER
Bien sûr, il y a des secrets…

ALAIN VIDALIES
Voilà.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais enfin, les terroristes de Bruxelles ils avaient l'air très tranquilles, comme des touristes.

ALAIN VIDALIES
Oui, mais parce que ce système-là n'existait pas, et nous avons besoin effectivement, nous pensons que c'est efficace. Deuxièmement, nous avons voté la semaine dernière au Journal officiel, la loi dite Savary, la proposition de loi, et j'ai défendu la position du gouvernement au banc, qui donne des pouvoirs nouveaux aux agents de la sécurité, des 3 000 personnes qui travaillent aux services de sécurité de la SNCF ou de la RATP. C'était un peu extraordinaire comme situation, puisqu'ils avaient moins de pouvoir que les gens qui contrôlaient l'entrée des grands magasins, ils ne pouvaient pas demander qu'on ouvre les sacs, dorénavant ils ont ces pouvoirs là. Ils pourront être en civil dans les trains pour procéder à des contrôles d'identité et appeler la police. Donc nous avons renforcé l'arsenal législatif.

CHRISTOPHE BARBIER
Tout ça coûte une fortune.

ALAIN VIDALIES
Oui.

CHRISTOPHE BARBIER
L'opération Sentinelle, les caméras, les agents…

ALAIN VIDALIES
C'est vrai.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu'il va y avoir une taxe sur les titres de transport ? On paie bien une taxe sur le recyclage quand on achète un objet, pour que chacun contribue à l'effort sécuritaire français.

ALAIN VIDALIES
Eh bien chacun y contribue, parce que chacun paie des impôts. Aujourd'hui, il n'y a pas de secret, vous avez raison, tout ça coûte cher, mais c'est une priorité, et la question budgétaire ou la question d'un nouvel impôt pour financer n'est pas aujourd'hui d'actualité.

BRUCE TOUSSAINT
Où en est-on des fameux portiques de sécurité qui avaient été annoncés par Ségolène ROYAL ?

ALAIN VIDALIES
Ils ont été mis en oeuvre sur les trains internationaux, c'est-à-dire essentiellement sur le Thalys, du côté français, et ça fait partie des sujets sur lesquels nous avons des discussions, on va dire les choses comme ça, mais avec nos collègues européens, puisqu'il n'y a pas de certitude, en tout cas on n'est pas arrivé, je ne suis pas arrivé à convaincre un certain nombre de nos collègues européens, que ce modèle-là était un bon modèle et que dans tous les cas c'était un plus en matière de sécurité. Et donc c'est vrai que la situation d'aujourd'hui c'est qu'il y a des contrôles portiques au départ de Paris, qu'il n'y en a pas dans l'autre sens, ce qui évidemment affaiblit la pertinence du système, mais il y a une évolution dans les discussions avec les Belges, les Hollandais et les Allemands. Par exemple les Allemands ont une vision complètement différente de ce qu'est une gare, c'est des questions techniques, ça parait évident, mais par exemple il n'y a pas de quai dédié chez eux, c'est-à-dire que le Train à grande vitesse, il arrive sur le même quai qu'un train de banlieue et donc il y a toute une conception, les gares, évidemment, n'ont pas été conçues pour d'abord se protéger, mais les gares ont été souvent conçues d'abord comme étant des espaces de vie, tout ça aussi ce sont des conséquences avec des remises en cause qui vont être sévères.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que quand on est ministre des Transports, on n'est pas obligé de constater qu'avec des frontières ça marchait mieux ? Et des douaniers, et le simple risque qu'on pouvait se faire arrêter, on ouvre le coffre et on trouve les armes.

ALAIN VIDALIES
Mais aujourd'hui on peut se faire arrêter, on peut ouvrir partout. Très honnêtement, j'ai pas le sentiment qu'en matière de trafic ou de transferts, dans une autre époque, les choses se passaient et qu'on vivait dans un milieu complètement sécurisé. Vous savez il y a eu des moments en France, ou pour d'autres raisons, il y avait des attentats aussi et c'était des moments où il existait des frontières, il faut faire attention, c'est…

CHRISTOPHE BARBIER
C'est vrai. Sur le PNR, ce fameux fichier des passagers d'avions, est-ce qu'on va aboutir ?

ALAIN VIDALIES
C'est très important, Bernard CAZENEUVE a eu raison de le dire, et c'est incompréhensible, et c'est là une des failles, les failles de l'Europe, enfin, il y a une question politique derrière, comment des gens peuvent continuer à se battre, se dont je suis moi, je suis un militant de l'Europe, moi…

CHRISTOPHE BARBIER
Des gens de gauche !

ALAIN VIDALIES
Et j'ai envie que l'Europe elle marche. Aujourd'hui, on voit bien là, pourquoi bloquer ce texte au Parlement européen ? On le comprend, on dit il faut à la fois la protection des données et le PNR, mais enfin il y a une urgence, l'urgence c'est le PNR.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est la gauche qui bloque, en partie, au Parlement.

ALAIN VIDALIES
Mais on leur a donné le message, on leur a donné le message. Nous sommes en situation de responsabilités, et quand on est de gauche, je ne vois pas pourquoi on ne serait pas efficace sur la question de la sécurité, qui est d'abord une question, la sécurité c'est une question de démocratie.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Alain VIDALIES, merci d'avoir été notre invité ce matin pour éviter toutes ces questions de sécurité dans les transports.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mars 2016

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