Point de presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les relations entre la France et la Corée du Sud, la situation en Corée du Nord et sur la lutte contre le groupe terroriste Daech, à Séoul le 24 mars 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Point de presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les relations entre la France et la Corée du Sud, la situation en Corée du Nord et sur la lutte contre le groupe terroriste Daech, à Séoul le 24 mars 2016.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Déplacement à Séoul (Corée du Sud), du 23 au 25 mars 2016

ti :
Je suis venu pour le lancement de l'Année France Corée et, au-delà de l'événement qui nous a réunis hier soir, je pense qu'il faut parler de la relation entre la France et la Corée, une relation extrêmement riche qui n'est pas très ancienne. Les relations diplomatiques n'ont que 130 ans mais en 130 ans on peut faire beaucoup de choses et surtout des choses intéressantes et utiles. Paradoxalement, c'est un peu normal qu'on parle beaucoup plus de la Chine et du Japon mais, malgré tout, je crois qu'on sous-estime l'importance et la place de la Corée dans les relations entre la France et l'Asie. Il y a un intérêt de plus en plus marqué des Français pour la Corée - les touristes - et c'est réciproque.

On a eu le succès de l'Année France-Corée en France. Là, je crois que le nombre de manifestations qui sont prévues va conduire exactement au même résultat. Il y a une dynamique qui est enclenchée. Donc, c'est un élément qui participe à cette relation. Je pense cependant qu'il faut encore - c'est le sens de ma visite - renforcer encore davantage. Il n'y a pas eu de visite du ministre des affaires étrangères depuis six ans ici en Corée et j'ai souhaité, dès ma prise de fonctions, faire ma première visite en Asie en Corée. Il y a l'opportunité de l'Année France-Corée mais je pense qu'il faut aller au-delà.

Je suis déjà venu plusieurs fois en Corée : j'étais venu comme Premier ministre et j'étais venu aussi comme maire de Nantes : une relation qui s'est nouée avec la ville de Suncheon. Une histoire assez intéressante. Au départ, c'est la ville de Suncheon qui cherchait une ville française pour réaliser un jardin. Après une investigation, ils ont choisi Nantes. Donc une relation est née avec ce jardin coréen qui est un vrai jardin coréen, avec des matériaux, des plantes, etc. qui a toute sa place dans un parc à thème nantais qui justement rassemble des jardins de beaucoup de pays. Cela s'inscrit dans la tradition botanique nantaise des échanges internationaux liés à cette approche. Et puis la France - enfin Nantes - a fait la même chose et je suis venu à Suncheon.

Il y a donc une relation intéressante qui s'est créée. J'ai remarqué qu'entre Français et Coréens, il y avait pas mal de similitudes malgré la différence d'histoire, de culture, etc. et un attachement à l'art de vivre, aux relations. On vient par exemple, avec de Castelbajac, de lancer l'éclairage de la statue du Roi Sejong. Dans cet espace public, que le maire a mis à disposition, vous avez déjà pu voir que des stands sont installés, avec So French Délices, etc. Il va y avoir beaucoup de monde, semble-t-il. M. l'Ambassadeur me le disait que les gens aiment aller sur l'espace public. Donc, il y a des choses communes avec la France. On aime aussi aller sur l'espace public, etc.

J'ai été frappé hier soir par la qualité du ballet qui été mis en scène, qui va aussi être joué à Paris au Théâtre national de Chaillot, par José Montalvo. Des jeunes danseurs, qui sont plutôt dans la tradition, ont participé hier soir à un spectacle très innovant, très mélangé et on voyait le bonheur qu'ils avaient à le faire. On avait l'impression qu'il y avait une respiration qui s'en dégageait.

Ce matin, avec la présidente Park qui a tenu à être présente, nous avons assisté à un cours de cuisine par un cuisinier français de l'école Ferrandi, avec la télévision, avec une mise en scène. Il y avait tous ces jeunes en formation pour devenir cuisinier et nous avons entendu un discours professionnel du cuisinier français qui racontait ce qu'est la cuisine mais en même temps qui faisait tout un lien avec la culture, l'histoire, les valeurs, etc. J'ai trouvé que c'était vraiment intéressant et j'ai vu que le public était touché. Donc il y a quelque chose qu'il faut construire à partir de là.

Alors évidemment cela ne suffit pas. Au moment de la signature de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Corée, il y a avait de grandes inquiétudes : le marché français allait être envahi et il fallait résister, etc. Il faut toujours être prudent et attentif mais, au total, c'est un succès et un succès en particulier pour la France puisque le volume commercial entre la France et la Corée nous place à un très haut niveau, 2ème de l'Union européenne juste après l'Allemagne. C'est quand même intéressant et cela pas simplement dans la vente d'Airbus, mais aussi dans le luxe, dans des produits technologiques. Ce marché est un marché de conquête à mon avis très important pour la France et il ne faut pas le négliger.

Nous avons abordé tous ces sujets. Il y a ce partenariat global qui a été décidé entre la France et la Corée, avec son volet stratégique qui a fait l'objet d'une rencontre que j'ai eu cet après-midi avec mon homologue, M. Yun, ministre des affaires étrangères. Je pense qu'on a franchi une nouvelle étape : l'année dernière avec la visite présidentielle, visite d'État et cette année avec la visite d'État de Mme Park en juin.

Il y a beaucoup d'autres choses. Là, je viens de rencontrer le maire. Il a signé un accord avec Mme Hidalgo qui s'inscrit dans le défi de la lutte contre le réchauffement climatique. Les villes sont les acteurs à mon avis très importants de cet engagement pour le climat. C'est vrai pour les transports, pour l'énergie, pour le logement, pour l'innovation technologique et c'est vrai aussi dans le domaine de la culture. Je pense que c'est un point extrêmement important, ce qui nous a permis indirectement de parler de l'accord de Paris et de faire en sorte que cet accord non seulement soit signé le 22 avril à New York mais qu'il soit surtout mis en oeuvre. C'est un des sujets que l'on a abordé également de façon bilatérale.

Les relations bilatérales se développent très fortement et puis il y a le désir de la Corée d'être aussi un partenaire stratégique. Nous avons passé beaucoup de temps à aborder dans les échanges, que ce soit avec le ministre des affaires étrangères, que ce soit avec la présidente, Mme Park, évidemment, la question des menaces de la Corée du nord et de Pyongyang. J'ai eu cette rencontre ce matin très émouvante avec des réfugiés de Corée du Nord qui sont quand même 30.000 pratiquement aujourd'hui en Corée du Sud. C'est un flux qui continuera, même s'il n'est pas massif, parce que ce n'est pas facile de quitter la Corée du Nord. Ces témoignages étaient révélateurs d'une souffrance des gens concernés mais aussi de ce que ressentent les Coréens du Sud.

Donc, on a abordé cette question et ce qui m'a frappé aussi c'est la reconnaissance des autorités de Corée du Sud à l'égard de la France qui est en pointe sur cette question. Nous avons été actifs et engagés pour la dernière résolution du Conseil de sécurité. Nous le sommes aussi au niveau de l'Union européenne puisque nous n'avons pas d'ambassade et nous ne voulons pas en avoir. Nous avons juste un Bureau et cela suffit. On ne va pas renouer des relations diplomatiques avec ce pays évidemment - je l'ai dit à mes interlocuteurs - mais, surtout, nous voulons être en pointe pour encourager l'Union européenne à prendre, au-delà des sanctions du Conseil de sécurité, des sanctions complémentaires. Je ne dis pas que tout le monde est sur la même longueur d'onde mais la présidente a bien compris qu'il y avait aussi un travail des Coréens à faire en direction de chaque pays membre de l'Union européenne ; ce qu'ils vont faire. Ce message est très bien passé mais on sent qu'ils comptent sur la France pour poursuivre ce combat. Bien sûr, on ne peut pas le mener tout seul, il faut parler aux Chinois, il faut parler aux Russes - surtout les Chinois -, c'est ce que nous faisons et ce que font aussi les Coréens. Donc, il faut en sortir car il y a quand même cette menace, elle est là, elle est surtout imprévisible. Et c'est tout un peuple qui est en souffrance et c'est une situation totalement inadmissible.

Donc, c'est un des thèmes mais ce n'est pas le seul. On a évidemment parlé du terrorisme. Hier soir, on a commencé cette visite par une minute de silence, de solidarité avec le peuple belge, après Bruxelles. C'est très important et nous allons le refaire tout à l'heure, à l'initiative de M. l'ambassadeur, avec les représentants de la communauté française. Il y a évidemment cette inquiétude. C'est un sujet qui va aussi être abordé pendant le G7 à Hiroshima : comment aller plus loin dans la lutte contre le terrorisme ?

Nous avons donc abordé toutes les questions qui concernent la Syrie, Daech, et puis nous avons aussi parlé de l'Afrique. La Corée est engagée dans les opérations de la paix, certes encore modestement mais avec la volonté de continuer. La Corée est engagée aussi dans les programmes de développement, c'est très important. On sent un intérêt de nos interlocuteurs pour toutes ces questions, pas seulement la relation bilatérale - elle est très importante - mais aussi le rôle que cette puissance moyenne peut et veut jouer dans l'avenir.

Alors, donc, il y a le volet des échanges que j'ai évoqué. Il faut continuer à les renforcer, notamment on a fait la proposition d'un fonds commun d'investissement entre les deux fonds souverains, le nôtre est la Caisse des Dépôts. Cela pourrait être solennisé pendant la visite de Mme Park en France, cela reste à préciser. L'idée est que les investissements coréens augmentent plus en France parce que pour l'instant ils sont plutôt déséquilibrés en faveur de la France en Corée. Je pense que ce que nous avons fait cet après-midi, c'est-à-dire l'inauguration du French Tech Hub est une bonne contribution. C'est un partenariat franco-coréen qui va profiter aux start-ups, aux créateurs, aussi bien français que coréens. J'ai pu rencontrer un certain nombre de jeunes créateurs qui sont tout à fait prometteurs et dont certains d'ailleurs ont déjà réussi et créent beaucoup d'emplois et certains sont connus mondialement. Il y a un potentiel considérable. Je crois que la marge de progression est beaucoup plus importante qu'on ne l'imagine. En tout cas, je veux faire savoir en France que la Corée est un partenaire important.

Dans la diplomatie de la France, bien sûr l'Asie compte beaucoup. Quand j'étais Premier ministre, j'ai visité Singapour, les Philippines. On n'avait jamais envoyé de représentant depuis l'indépendance, c'est un pays de 100 millions d'habitants. Le président et moi nous étions coordonnés pour couvrir l'ensemble de l'Asie du sud-est : bien sûr la Chine, qui est un interlocuteur permanent, le Japon aussi. J'avais pu visiter plusieurs pays, la Thaïlande, la Malaisie, le Cambodge. Donc, je crois qu'il est très important que la France continue à être très présente en Asie, c'est quand même le monde qui bouge et qui change et la population mondiale va être là en majorité. Il ne faut pas que la France comme l'Europe néglige cette diplomatie qui a à la fois une dimension économique et aussi une dimension stratégique.

J'ai évoqué le climat, j'ai évoqué les conflits, voilà tous ces sujets qui ont été à l'ordre du jour de ce programme court mais particulièrement riche et intense. Voilà le sens de ce voyage qui bien sûr ne nous éloigne pas des préoccupations du monde. Mais justement nous en avons parlé avec beaucoup franchise et aussi de choses qu'on partage. Et donc c'est tout à fait encourageant et rassurant.

Autre sujet que j'ai oublié d'évoquer et qui est très important aussi c'est l'encouragement aux échanges d'étudiants. Les chiffres sont encourageants mais on est quand même très loin des objectifs qu'on pourrait se fixer. On a vu le lycée avec des jeunes qui apprenaient le français. On souhaiterait qu'il y ait davantage d'enseignement en français mais aussi du coréen en France. On va pousser pour des sections françaises et sections coréennes dans les établissements d'enseignement secondaire et puis j'ai voulu aussi adresser un message : la France est accueillante aux étudiants étrangers. On n'est plus à l'époque de la circulaire qui avait mauvaise réputation ; nous l'avions abrogé il y a déjà plus de quatre ans. Mais c'est certain qu'il faut que la France soit plus accueillante aux étudiants étrangers, notamment coréens. Et j'ai pu percevoir notamment chez les jeunes que c'était un sujet qui faisait écho.

Je suis à votre disposition si vous avez quelques questions.


Q - Selon son avocat, Abdeslam souhaite partir en France le plus vite possible. Serez-vous favorable à son extradition vers la France ?

R - Ce n'est pas une question d'extradition. Il y a un mandat d'arrêt européen qui existe et le procureur de la République de Paris a déposé une plainte qui le concerne. Donc cet échange ne nécessite, ne passe pas par la procédure d'extradition mais de la livraison aux autorités judiciaires françaises de quelqu'un qui a été interpellé et qui a commis des attentats en France. Cela va se faire. Les textes sont extrêmement clairs. Le maximum de délais est de trois mois au maximum.

Q - Une question sur le French Tech Hub inauguré cet après-midi. Au-delà du discours sur l'initiative de faire connaître la French Tech, sur le plan concret qu'est-ce que cela peut apporter à des entreprises ? Est-ce qu'il y a des financements pour des start-ups ou est-ce simplement de l'affichage ?

R - Ce n'est pas de l'affichage, c'est de la mise en réseau avec la French Tech en France, c'est un hub, et il s'agit de pouvoir entrer dans l'écosystème qui existe. Il faut aussi pouvoir mettre en relation les jeunes créateurs, les jeunes start-ups, avec les entreprises, soit coréennes soit françaises. C'est cela l'écosystème. Vous avez vu les entreprises françaises et coréennes qui étaient présentes. Quand ces relations, quand cet écosystème se met en mouvement, alors il permet des solutions, y compris des conseils technologiques, des conseils de projets et des moyens, et des ouvertures financières dans le cadre d'appels de fonds. C'est cela l'écosystème. Ce n'est pas que de l'argent public, c'est aussi les pouvoirs publics qui mettent en place les conditions pour que cette relation se fasse.

Alors, évidemment, il faut des lieux. En France, il y a la Halle Freyssinet qui va accueillir 1000 start-ups et qui sera le plus gros incubateur au monde. La France est en pointe dans l'innovation. On ne le sait pas assez et c'était donc l'occasion de le rappeler. Je participais mardi au conseil stratégique d'attractivité de la France et j'ai pu donner aux interlocuteurs les derniers chiffres de classement. Je l'ai dit tout à l'heure, on est de mieux en mieux placé dans le domaine de l'innovation, c'est très important parce qu'on a toujours ce côté «French bashing» et parfois ce «French bashing» c'est nous qui le faisons. De temps en temps, il est bon d'affirmer ce que nous sommes et ce que nous sommes capables de faire.

Q - Au-delà des conseils, est-ce qu'il y a des financements publics prévus sur la French Tech ?

R - Il y a déjà le financement du hub qui est déjà un point important après, Monsieur l'Ambassadeur, concrètement.

R - de l'ambassadeur - C'est en fait le même modèle que nous avons déjà développé dans d'autres pays, à San Francisco, à Tokyo qui est, comme vous l'indiquez, une mise en réseau et on met en réseau avec les acteurs locaux en Corée, que ce soit des start-ups ou des grands groupes. On met en réseau aussi avec tous les conseils qui peuvent être utiles : cela peut être l'expertise fiscale, financière, l'expertise technologique qui permettront après à ces start-ups de pouvoir plus facilement avoir accès à des levées de capitaux.

Q - What is your assessment of Belgium's security and intelligence operations in the wake of this week's attacks? Could more have been done to try to detect and intercept the plot? What has been the progress at the Syria peace talks, are you optimistic of the breakthrough of US secretary of state Kerry and Russian president Putin holding talks?

R - Je pense que ce qui s'est passé en France, en Belgique mais aussi dans d'autres pays qui ont été attaqués sur leur sol en Europe, y compris en Amérique, en Afrique... La lutte contre le terrorisme en Europe et en Afrique doit être en permanence une préoccupation et appelle une réponse globale. Personne ne peut se sentir exonéré du risque. Cela peut arriver partout. Là, c'est la France et la Belgique qui ont été touchés coup sur coup. Je dois dire qu'il y a une coopération en matière de renseignement qui est très forte mais je pense qu'il faut encore la renforcer. Plus nous serons coordonnés en actions de renseignement, de police, de justice, plus nous serons efficaces pour lutter contre Daech.

Je vais vous citer un exemple concret de ce que l'Europe peut faire en étant efficace. Je veux parler du mandat d'arrêt européen qui va permettre aux autorités judiciaires belges de remettre Salah Abdeslam aux autorités judiciaires françaises. Mais il y a des choses à améliorer. Le PNR doit être adopté sans plus tarder par le Parlement européen ; c'est indispensable pour que la coopération en matière de renseignement soit plus efficace. Ce ne sont pas les gouvernements qui tardent, c'est la lenteur du Parlement. Aujourd'hui a eu lieu une réunion des ministres de la justice et de l'intérieur de l'UE pour monter encore d'un cran. Mais monter encore d'un cran, c'est plus largement la coordination internationale. Je pense notamment aux Américains et aux Russes. Et puis il faut attaquer le terrorisme à la racine. C'est Daech, l'Irak, la Syrie qui sont le centre de cette organisation qui essaie d'avoir des relais pour perpétrer des attentats. Donc il faut continuer à frapper Daech comme le fait la coalition internationale. Nous devons intensifier nos frappes. Je me félicite qu'il y ait une coalition et que les Russes frappent désormais Daech avec résolution.

Sur les négociations politiques, des choses avancent. Globalement, le cessez-le-feu est respecté. Mais en matière d'aide humanitaire, les choses doivent être améliorées le plus rapidement possible. Aujourd'hui, les représentants de l'opposition font des propositions concrètes. Par contre, du côté du régime de Damas, il n'y a pas de proposition sur la table. Nous devons multiplier les échanges avec tous les partenaires, notamment la Russie. J'irai d'ailleurs en Russie prochainement. Il faut parler également avec l'Iran. J'ai eu mon homologue Javad Zarif au téléphone, nous avons évidemment parlé de la situation en Syrie. Ces échanges entre partenaires régionaux et plus largement internationaux doivent nous permettre de créer les conditions d'un État stable, d'une Syrie unie. Nous devons mettre fin à cette guerre qui tue et jette sur les routes des réfugiés syriens qui n'ont d'autres choix que de fuir.

Q - Vous parlez de la Corée du Nord, vous avez parlez de la reconnaissance de la Corée du Sud vis-à-vis de la France et le rôle qu'elle a joué. Maintenant il n'y a plus aucun canal de dialogue entre les deux Corées ce qui est assez inquiétant. Est-ce que la France ou l'UE n'aurait pas un rôle à jouer au-delà des sanctions à l'efficacité dont on peut douter ?

R - Le dialogue avec des interlocuteurs qui vous menacent de leurs fusées, de leurs moyens balistiques, ce n'est pas tellement évident. Il ne faut pas non plus être naïf. Il doit y avoir un rapport de force qui doit être le plus déterminé possible pour faire reculer le régime de Pyongyang. Cela ne concerne pas seulement la France et les Européens, mais aussi les autres, les Chinois, les Russes, les membres permanents du conseil de sécurité. Comme c'est un régime qui ne comprend rien d'autre que les sanctions, il faut continuer. L'objectif est le démantèlement de l'arsenal nucléaire, de façon définitive et transparente. C'est l'objectif, il faut s'en donner les moyens. Il y a des gens qui n'entendent pas la raison, hors de toute rationalité. Donc il faut qu'ils comprennent qu'ils risquent gros à continuer comme ils le font.

Q - Vous pensez vraiment que la Corée du Nord n'a aucune rationalité ?

R - En tout cas, il faut faire en sorte qu'ils se rendent compte qu'il n'y a aucune issue à poursuivre comme ils le font.

Q - Avez-vous senti chez vos interlocuteurs coréens une inquiétude sur ces sujets du fait de la multiplication des tirs de missiles ces derniers jours ?

R - Une inquiétude évidemment parce que les deux Corée se touchent, c'est le cas de le dire. Ils sentent ce risque, cette menace. Je suis frappé par le grand sang froid qui est le leur et, en même temps, le souhait que notamment la France continue d'être moteur dans cette mobilisation internationale.

Q - Quand vous dites la Corée du Nord risque gros, qu'est-ce qu'elle risque ? Les sanctions qui viennent d'être décidées concernent un événement qui a eu lieu il y a quelques temps et depuis il y a eu plusieurs autres tirs...

R - Elle risque gros. Elle risque d'abord de ne plus avoir les moyens de rien faire, d'être menacée d'effondrement. Et cela ne dépend pas que de nous, c'est pour cela que j'insiste bien sur la nécessité de mobiliser tous les acteurs.

Q - Est-ce que les sanctions qui existent sont suffisantes ? Plaider pour des sanctions supplémentaires mais il y a une initiative des Nations unies pour cibler juridiquement les responsables du régime du Pyongyang. Vous soutenez cette initiative ?

R - C'est la même démarche. Nous proposons que les sanctions soient de même nature et ciblent les responsables. Tous les responsables du régime, personnellement.

Q - Cela peut être plus efficace que jusqu'à présent les sanctions économiques ?

R - Oui, je pense que cela peut mettre en cause un certain nombre de gens qui peuvent prendre peur. En tout cas, on est là pour le faire. Je pense qu'il faut vraiment monter d'un cran, c'est indispensable.

Q - Et vous pensez que la Chine va suivre ?

R - Vous savez, la diplomatie, c'est fait pour parler avec les uns et les autres. Donc nous parlons avec tout le monde, et évidemment les Chinois, de ces questions. Nous avons abordé ces questions dans nos rencontres.

Q - Et au niveau européen, il y a des pays qui ont des relations diplomatiques avec la Corée du Nord.

R - Ce n'est pas le cas de la France et ce ne sera pas le cas de la France.

Q - Est-ce que par exemple le Bureau français est menacé ? Est-ce que le fait que certains pays aient des relations diplomatiques empêche une position unie de l'UE ?

R - Non. Très franchement, nous avons un Bureau qui permet quand même de mener quelques actions de soutien - cela reste modeste - et puis d?avoir aussi des informations. Ceux qui ont des relations diplomatiques et des ambassades n'ont pas plus que nous.

Q - Est-ce qu'il y a des efforts pour engager un dialogue justement avec les Nord-Coréens ?

R - Il n'y a pas de dialogue. Il n'y a pas de réponse au dialogue. Sinon on peut servir de faire-valoir au régime. On n'est pas là pour cela, pour sa propagande.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 avril 2016

Rechercher