Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, en réponse à une question sur l'Islam radical et les valeurs de la République, à l'Assemblée nationale le 05 avril 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, en réponse à une question sur l'Islam radical et les valeurs de la République, à l'Assemblée nationale le 05 avril 2016.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Question au gouvernement posée par M. Damien Abad, député (Les Républicains) de l'Ain, à l'Assemblée nationale le 5 avril 2016

ti : Je dirai d'abord un mot sur les principes, qui ont fait l'objet d'un travail de très grande qualité de Robert Badinter et de plusieurs experts. Nombre de ces principes font notamment référence à la liberté d'exprimer ses convictions - y compris religieuses - au sein de l'entreprise, tout en rappelant, surtout, que des restrictions à cette liberté sont possibles lorsque sont en cause le bon fonctionnement de l'entreprise ou l'exercice d'autres libertés. L'employeur dispose donc d'un pouvoir important en la matière.

À l'évidence, il y a débat ; des questions ont été soulevées ici même, et le sujet sera traité au sein de la commission des affaires sociales. D'une manière générale, ces principes - c'était l'avis des partenaires sociaux et de nombreux parlementaires qui suivent ces questions - pouvaient poser problème quant à leur application et au regard de la jurisprudence. Mme la ministre du travail et moi faisons confiance au rapporteur Christophe Sirugue pour trouver des solutions ou définir le bon chemin. Il s'agit, en tout état de cause, de rappeler le droit.

Cela veut bien dire que des difficultés peuvent rapidement survenir dès lors que l'on touche au droit fondamental, alors même que nous pouvons avancer ensemble pour promouvoir la République et défendre l'idéal de laïcité.

Il y a eu beaucoup de renoncements, avez-vous dit. Mais plusieurs lois, votées dans cette enceinte même, témoignent au contraire de la capacité du Parlement à répondre aux défis dont nous parlons : je pense à la loi, votée à la quasi-unanimité, interdisant les signes religieux ostentatoires dans les établissements scolaires, fruit des travaux de la commission Stasi et de la commission présidée par le président de l'Assemblée nationale de l'époque, Jean-Louis Debré ; je pense aussi à la proposition de loi interdisant le voile intégral dans l'espace public.

Le Parlement comme la société française, me semble-t-il, ont suffisamment de ressources, suffisamment de fierté dans nos valeurs, pour réagir : le peuple français, d'ailleurs, a su le faire - et de quelle manière - le 11 janvier 2015 et après les attentats du 13 novembre dernier. Je crois donc que nous avons la capacité de répondre au défi qui nous est posé.

Toutes les atteintes au principe fondamental de laïcité doivent bien entendu être dénoncées, même si nous devons rester lucides sur la place de l'islam dans nos sociétés, en France, en Europe et dans le monde : ne donnons pas le sentiment que nous visons une seule religion à travers tel ou tel propos.

Enfin - et je vous réponds -, un débat fondamental se pose en effet, en France, en Europe et dans le monde, sur l'islam. Notre rôle, à nous qui croyons aux valeurs universelles, est d'aider les musulmans de France, d'Europe et du monde à faire une séparation nette et définitive avec certains de ceux qui agissent et parlent, voire sèment la terreur, au nom de l'islam. C'est un combat fondamental, que l'on ne saurait résumer dans une réponse à une question au gouvernement.

Derrière ce débat fondamental se pose celui de la place de la femme, de l'égalité entre les femmes et les hommes dans nos sociétés. Nous pouvons cependant nous retrouver sur la question du voile intégral ; mais l'on doit aussi songer à la manière de revendiquer le voile islamique comme un signe politique jeté à la figure de la République, dans les quartiers et plus généralement. À cet égard les propos de Laurence Rossignol, ministre en charge des droits des femmes, étaient justes. Il y a un moment où nous devons dire stop. Nous ne pouvons accepter que, dans nos sociétés, certains veuillent effacer la femme de l'espace public et lui nier son identité, sous quelque forme que ce soit.

C'est un combat que nous devons mener ensemble : nous devons le mener à l'école, dans la société, dans l'espace public, avec la plus grande des intransigeances ; et nous devons le faire en disant clairement quel est l'adversaire. L'adversaire, c'est l'islamisme radical, c'est le salafisme.

Les adversaires, ce sont ceux qui veulent s'approprier l'islam. L'immense majorité des musulmans de ce pays, qui croient dans les valeurs de la République et dans la laïcité, et qui pensent que la France est le plus beau pays du monde, doivent être défendus : voilà notre tâche ; et cette tâche, j'en suis convaincu, a vocation à rassembler tous les républicains.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 avril 2016

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