Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à Europe 1 le 7 avril 2016, sur la poursuite des négociations avec les représentants des mouvements étudiants sur la réforme du code du travail. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à Europe 1 le 7 avril 2016, sur la poursuite des négociations avec les représentants des mouvements étudiants sur la réforme du code du travail.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :


JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Najat VALLAUD-BELKACEM, bonjour.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, vous avez vu qu'Emmanuel MACRON lance un mouvement politique qui va s'appeler « En marche ! », vous croyez que ça va marcher ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ecoutez, moi je crois que notre démocratie a un besoin vital, qui est qu'on ramène à la politique un certain nombre de Français qui s'en sont éloignés, et donc si ce mouvement peut contribuer à cette démarche c'est une bonne chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et, il dit « ni droite, ni gauche. »

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Il dit « élan », il dit « dynamique, enthousiasme, arrêtons les discours simplement déclinistes », et ça j'avoue que je partage assez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous pourriez y adhérer à « En marche ! » ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ecoutez, moi je…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ou c'est trop tôt ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, mais j'estime surtout qu'il faut être là où on est le plus utile. Aujourd'hui, pour ce qui me concerne, c'est dans ma responsabilité gouvernementale que je me sens le plus utile et je crois que nous avons beaucoup de sujets à aborder sur le sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes une femme politique, « En marche ! », c'est des idées nouvelles, est-ce que vous savez pour servir qui, pour lui-même, sa propre personne, ou pour servir François HOLLANDE le moment venu ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est une question qu'il faut lui poser directement bien sûr, mais je n'imagine pas un instant…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous le connaissez bien.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Que cette démarche ait pu être initiée sans concertation avec François HOLLANDE.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc la longue marche qu'il commence, Emmanuel MACRON, c'est en marche ou en marge ? Vous pensez que c'est plutôt en marche.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Holà, là, vous avez un talent fou tout de même ! Je n'en sais rien, honnêtement je… je pense que, encore une fois, il y a quelque chose d'utile et de vertueux dans cette démarche, après c'est tout ce qu'on en fait qui est importe et qui dura son succès ou son échec. Moi, si ça consiste…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, mais disons les choses simplement, si ça consiste à convaincre les gens, qui en doutent de plus en plus, que la politique ça peut faire changer les choses, faire bouger les lignes, et qu'on n'est pas obligé de rester sur des fatalités, qu'on peut se prendre en main…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous dites pourquoi pas, pourquoi pas, pourquoi pas, c'est une bonne idée.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Individuellement et collectivement, je pense que ça peut être une démarche intéressante.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ici, Najat VALLAUD-BELKACEM, il y a quelques jours, à peine trois semaines, Emmanuel MACRON s'était engagé, vous allez voir comment.

EMMANUEL MACRON
J'ai deux loyautés, l'une à mon pays, mes idées, et je ne l'ai jamais lâchée, je ne la lâcherai jamais, et puis, j'ai des principes personnels, et je sais à qui je dois le fait d'être là, c'est François HOLLANDE.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
HOLLANDE est le candidat légitime ?

EMMANUEL MACRON
Mais bien sûr, bien sûr que c'est le candidat légitime, c'est le président qui est en place.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, on va voir s'il a changé Emmanuel MACRON, mais on peut donc imaginer une opération avec, pour la campagne, d'un côté VALLS, de l'autre Emmanuel MACRON, Najat VALLAUD-BELKACEM, Stéphane LE FOLL et quelques autres. C'est parti.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ecoutez, moi je pense que d'abord il faut arrêter de faire ces spéculations, s'il vous plaît, vraiment, concentrons-nous sur l'actualité du gouvernement, qui est quand même la gestion, en ce moment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et de votre ministère. Alors, les étudiants, les lycéens…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Voilà, par exemple, d'une politique jeunesse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Maintenant…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Parce que, à la fin de ce quinquennat, ce qu'on nous demandera, je vais vous dire, c'est un bilan de ce que nous avons réalisé, ce n'est pas un bilan des ambitions et des spéculations des uns et des autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, maintenant, les étudiants et les lycéens estiment que vous les écoutez, maintenant, que vous retenez leurs revendications. Plus vous leur cédez, plus ils vous en demandent, et moins ils veulent la loi El Khomri. Vous allez aboutir à quoi ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, si on lit ce qui se passe ces derniers jours en particulier, il y a la loi Travail, la loi de Myriam EL-KHOMRI, qui a provoqué un certain nombre d'inquiétudes chez un certain nombre de jeunes en particulier, qui l'ont manifestée, plus ou moins bruyamment, qui se sont mobilisés pour nous dire que quelque chose n'allait pas dans leur vie quotidienne, la précarité, l'insécurité, les transitions entre formation et emploi, etc.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, on les a entendus.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Eh bien, nous, nous considérons qu'avec ces jeunes il faut être dans le dialogue, à la fois pour améliorer la loi El-Khomri, c'est ce qui a été fait, je vous rappelle, puisqu'elle a été profondément équilibrée, notamment avec la Garantie jeunes universelle, mais aussi pour discuter, plus largement que la loi El-Khomri, de la situation des jeunes. Ce gouvernement, je le répète, a fait de la jeunesse sa priorité, je ne laisserai personne dire le contraire, mais…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais pourquoi vous les avez découverts si tardivement ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais pas du tout, pas du tout.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que, là ils ne quittent plus votre bureau, celui de Matignon…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ils y sont bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, apparemment ils ont des discussions en permanence, la table est ouverte, plus facilement qu'à Jean TIROLE, par exemple, le prix Nobel d'Economie, ils viennent quand ils veulent, mais ils sont ingrats parce qu'ils n'ont pas encore donné leur accord. Plus vous leur accordez, plus ils promettent de manifester et d'encourager la pression dans les manifs.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non. d'abord, Jean-Pierre ELKABBACH, vous remarquerez que, hier, il s'est passé quelque chose d'important, c'est que les organisations jeunesse que nous avons reçues n'ont pas fait du retrait du texte El-Khomri, le préalable à un dialogue avec le gouvernement, ce qui signifie, pour le dire autrement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est le but final.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Que nous sommes enfin en situation de nous mettre autour de la table, de discuter de la situation de la jeunesse et d'apporter des réponses à leurs inquiétudes, à la fois dans la loi El-Khomri et au-delà de la loi El-Khomri. Et donc moi je pense qu'il faut saisir cette fenêtre de tir, cette opportunité, pour améliorer notre politique, tout simplement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Evidemment. Donc là vous dites, d'après ce que vous avez entendu hier, qu'ils n'obtiendront pas, qu'ils demandent peut-être moins, ils n'obtiendront pas le retrait de la loi El-Khomri.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ce qu'on leur a dit hier c'est que désormais la loi El-Khomri elle en est à l'étape parlementaire, c'est dans le débat parlementaire qu'il y a des choses qui peuvent évoluer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pas la rue ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
De toute façon, vous savez, on ne va pas imposer aux jeunes de quitter la rue, ce n'est pas comme ça que ça marche, simplement il faut les convaincre de ce que nous sommes prêts à répondre à leurs inquiétudes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors qu'est-ce que vous leur accordez contre la précarité ? Parce qu'ils ont fait beaucoup de demandes. Par exemple des bourses versées entre le diplôme et l'accès à l'emploi. Vous leur dites oui ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors, on ne va pas procéder comme ça, si vous voulez bien Jean-Pierre ELKABBACH, parce qu'on n'est pas dans un marchandage ou une liste à la Prévert de mesures symboliques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous leur accordez ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
La question c'était d'abord de notre d'accord sur le fait que, un, la jeunesse a été la priorité de ce gouvernement, oui, mais cette réalité-là n'est pas une réalité figée, nous pouvons aller plus loin, donc un certain nombre d'éléments leur paraissaient importants pour aller plus loin. Deux, quels étaient ces éléments ? Eh bien, en effet, ils ont mis en avant notamment cet espèce de trou noir que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais comment vous leur répondez ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Cet espèce de trou noir qui est, pour un certain nombre de jeunes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Entre le diplôme et le travail, qu'est-ce que vous leur dites ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Voilà, cette situation entre le diplôme et l'entrée dans la vie active, le premier emploi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils demandent une bourse ou des aides, qu'est-ce que vous leur dites ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ils demandent un accompagnement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils l'auront ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Un accompagnement qui est une aide financière, c'est une proposition que nous allons étudier, moi je la trouve intéressante, et que nous allons proposer au Premier ministre qui arbitrera et qui présentera ses décisions définitives en début de semaine prochaine. Mais, vraiment, j'insiste sur un point, encore une fois, l'idée ce n'est pas d'être dans un marchandage, l'idée c'est de tomber d'accord sur un diagnostic et à partir de là d'apporter les réponses qui nous semblent le plus utile…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'à la fin du quinquennat il faut éviter le divorce de François HOLLANDE et des jeunes, c'était sa promesse.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, Jean-Pierre ELKABBACH, non, je suis désolée, je termine juste sur ce point, l'idée ce n'est pas de faire plaisir à telle ou telle organisation de jeunesse, l'idée, pour ce qui me concerne en tout cas, c'est de profiter de ce moment pour aller le plus loin possible dans les réponses que nous apportons à l'ensemble de la jeunesse, parce qu'il y a celle qui l'exprime dans la rue, il y a celle qui parle moins mais qui est sans doute, parfois, plus précaire encore…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui est majoritaire.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Qui est parfois encore plus précaire, et donc nous devons, ensemble, apporter des réponses à cette jeunesse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Votre budget c'est combien, 32 milliards ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Vous parlez de l'Education nationale ou de l'Etat tout entier…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non, l'Education nationale.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Parce que ce n'est pas l'Education nationale seule qui est engagée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'Education nationale c'est combien ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est 70 milliards.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est à l'intérieur de votre budget que vous trouverez les moyens ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, c'est un travail interministériel, collectif, et c'est pour ça que c'est le Premier ministre qui arbitrera.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, « la pédophilie est un mal profond, il faut protéger les éventuelles victimes », c'est Monseigneur LALANNE, celui qui s'occupe pour l'Eglise de la pédophilie, qui s'exprime, et il ajoute « quand on commet un péché, on blesse la relation avec Dieu. » « Mais le pédophile est-il pécheur au sens stricte du terme ? », et l'Archevêque de Pontoise ne veut pas le dire. Est-ce que vous acceptez, vous, cette tolérance surprenante ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
La pédophilie, c'est bien simple, ce n'est acceptable, ni légalement, ni moralement, et laisser planer une quelconque ambigüité sur ce sujet c'est juste intolérable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc c'est la justice qui doit trancher et ce n'est pas Dieu qui, en l'occurrence, aura son mot à dire, ou peut-être les deux ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est à chacun d'entre nous, et individuellement, et en tant qu'institutions, de prendre ses responsabilités. Regardez ce que nous faisons au sein de l'Education nationale sur ce sujet en ce moment. Vous savez, quand on contrôle les casiers judiciaires des 850.000 personnels de l'Education nationale, ce n'est quand même pas anodin, ou facile, comme démarche, nous le faisons parce que les familles ont besoin de transparence et que nous avons besoin d'être rassurés sur le fait qu'il n'y a pas de prédateur sexuel à l'école.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, si les mots ne correspondent pas à la pensée de Monseigneur LALANNE, vous demandez qu'il s'excuse ou qu'il retire ce qu'il a dit ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je lui demande de lever toute ambiguïté, je crois que c'est absolument indispensable pour les familles, pour le message envoyé à la société, et je pense qu'il aura l'occasion de le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a beaucoup de questions à vous poser, vous viendrez peut-être un jour au « Grand rendez-vous », mais aujourd'hui et demain la Fédération des parents d'élèves appelle à des grèves, elle se plaint que depuis la rentrée 2015 20.000 jours de classe n'ont pas été assurés, absentéisme et pénurie de profs. Qu'est-ce que vous leur répondez, simplement ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je ne nie pas qu'il y ait des difficultés, mais ce qu'il faut comprendre c'est la situation dont nous avons hérité, parce que lorsque, par exemple…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça recommence…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, non, soyons simple. En Education nationale, vous savez, les décisions qu'on prend, généralement, produisent leurs effets 3, 4, 5 ans plus tard, et tout le monde le sait parfaitement. Donc, lorsque plus de 1500 postes de remplaçants ont été supprimés dans l'ancien quinquennat, eh bien c'est maintenant que ça produit ses effets, parce que ça veut dire que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est la faute à SARKOZY.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ça veut dire que les tensions, alors même que la démographie des élèves augmente…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
SARKOZY, FILLON, les auteurs.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors même que les effectifs démographiques des élèves augmentent, nous, nous créons des postes, mais ces postes, finalement, ils vont dans les classes pour assurer la présence devant ces élèves, et du coup le vivier de remplaçants, lui, met plus de temps à se recomposer. Il ne fallait pas le détruire. Nous sommes en train de le reconstituer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans l'urgence, vous dites ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Dans l'urgence je dis deux choses. Je dis, un, nous reconstituons le vivier en question, c'est-à-dire nous créons des postes de remplaçants, et à la rentrée prochaine ils seront encore plus nombreux. Et deux, au-delà de la quantité, il y a aussi une question de fluidité et de capacité à remplacer rapidement, notamment en recourant aux remplaçants des circonscriptions voisines lorsqu'on n'en n'a pas sur sa propre circonscription, c'est ce que je suis en train d'améliorer dans nos fonctionnements, mais les parents ont raison de s'énerver contre cette situation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue, ne prenez pas de retard, vous prenez l'avion pour Berlin, il y a un conseil franco-allemand.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 avril 2016

Rechercher