Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "France 2" le 12 avril 2016, sur la position du gouvernement contre la légalisation du cannabis, sur la signification des "Nuits Debout", sur les pesticides. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "France 2" le 12 avril 2016, sur la position du gouvernement contre la légalisation du cannabis, sur la signification des "Nuits Debout", sur les pesticides.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement;

ti : WILLIAM LEYMERGIE
Voici « Les 4 vérités », Roland SICARD reçoit ce matin le ministre de l'Agriculture, Stéphane LE FOLL.

ROLAND SICARD
Bonjour à tous, bonjour Stéphane LE FOLL.

STEPHANE LE FOLL
Bonjour.

ROLAND SICARD
Ministre de l'Agriculture et porte-parole du gouvernement. Jean-Marie LE GUEN, hier, ministre, secrétaire d'Etat, médecin, a lancé un vrai pavé dans la mare en disant qu'il fallait réfléchir à la légalisation du cannabis, d'ailleurs je vous propose de l'écouter.

JEAN-MARIE LE GUEN, SECRETAIRE D'ETAT AUX RELATIONS AVEC LE PARLEMENT
La prohibition n'amène pas la diminution de la consommation, notre pays est un de ceux qui consomme le plus dans la jeunesse.

ROLAND SICARD
Alors, est-ce que c'est la position du gouvernement ?

STEPHANE LE FOLL
Non, ce n'est pas la position du gouvernement, d'ailleurs je crois qu'il l'a lui-même dit, c'est une position qu'il défend depuis longtemps, parce que j'ai souvent entendu parler de ces questions, en tant que médecin il a une position qui est assez claire, d'autres l'ont eue aussi sur ce sujet, mais ce n'est pas la position du gouvernement. Et d'ailleurs il a ouvert à un débat au sein du Parti socialiste, si le Parti socialiste veut débattre, c'est tout à fait légitime, mais il n'y a pas, sur ce sujet, d'autre position que celle qui a été exprimée jusqu'ici par le Premier ministre, et le président de la République…

ROLAND SICARD
Il n'y aura donc pas de légalisation.

STEPHANE LE FOLL
Et il n'y a aucune piste, ni de travail, ni de réflexion, d'engagée au gouvernement, sur cette question.

ROLAND SICARD
Certains y voyaient un signe à l'égard de la jeunesse.

STEPHANE LE FOLL
Non mais là je vois que tout est fait aujourd'hui pour être mesuré l'aune de l'hypothétique candidature. Il faut qu'on s'arrête un tout petit peu et qu'on se…

ROLAND SICARD
On parle même de référendum après 2017.

STEPHANE LE FOLL
Oui, non, même de référendum, j'ai même vu un article hier disant que l'hypothèse d'une démission du président de la République serait évoquée, enfin, tout ça ne sert à rien, il y a une politique qui est conduite, elle est exprimée par le Premier ministre, elle est suivie par les ministres et les ministres ont suffisamment de travail à faire, pour éviter qu'on rentre dans des débats où tout le monde va, à chaque fois que quelqu'un s'exprimera, essayer d'y voir tel et tels signe pour la suite. Stop, nous gouvernons, et nous gouvernons la France.

ROLAND SICARD
Il n'y a pas une petite cacophonie, quand même, dans le gouvernement ?

STEPHANE LE FOLL
Non, il n'y a pas de cacophonie. J'ai dit, sur cette question, Jean-Marie LE GUEN, je connais suffisamment Jean-Marie LE GUEN pour vous confirmer qu'il l'a déjà exprimée.

ROLAND SICARD
Alors, autre actualité importante, ces « Nuit debout » qui se généralisent un petit peu partout en France. Est-ce que selon vous, ces gens qui discutent entre eux, à l'écart des partis, est-ce que ça signifie quelque chose d'important, de nouveau, un tournant ?

STEPHANE LE FOLL
Oh, je pense que ça signifie, oui, un besoin de discussion, comment dirais-je, de recherche, de compréhension, et je pense que la situation actuelle, le monde dans lequel on vit, l'Europe et ses questions qui sont posées, avec les migrations, les grands enjeux liés en particulier à la sortie de la Grande-Bretagne, les questions posées sur l'avenir dans nos sociétés, méritent effectivement que les citoyens aussi s'interrogent, discutent entre eux, et je crois que là-dessus, il n'y a pas à y voir autre chose qu'un signe qui donne, qui doit nous amener aussi à être dans l'explication. Ce que nous faisons quand nous gouvernons, doit être expliqué, ce qui est fait…

ROLAND SICARD
C'est pas assez ?

STEPHANE LE FOLL
C'est pas suffisant. C'est pas suffisant, la preuve c'est que les gens cherchent, et comprendre ce qui se passe, essayer de saisir ce qu'est la difficulté d'aujourd'hui, je pense que ça fait partie aussi de la mission des politiques, et s'il y a ces discussions, sur les places la nuit, c'est qu'il y a un besoin et donc il faut essayer d'être capable d'y répondre, mais moi j'y vois plutôt une source qui est légitime, de compréhension, de recherche de compréhension.

ROLAND SICARD
C'est pas une méfiance à l'égard des partis traditionnels ?

STEPHANE LE FOLL
C'est… Vous savez, les partis traditionnels ont bien sûr toujours eu à combattre cette espèce de sentiment qu'ils seraient dans un jeu déjà convenu, et innover dans le domaine du débat démocratique, c'est toujours un besoin sur lequel il faut que les partis soient attentifs, donc je pense que les partis sont contestés, peuvent être quelquefois contestables, mais sont une nécessité, parce qu'il y a un moment où il faut quand même rassembler. Je me rappelle que, en Espagne, « Les Indignés », ça s'est transformé en « Podemos », et « Podemos » a un leader aujourd'hui, qui s'affirme comme étant un chef de parti. Bon, on est parti des « Indignés », de la discussion participative, à un parti politique et à un leader. Voilà.

ROLAND SICARD
Quand Emmanuel MACRON crée un parti, qui regroupe 13 000 adhérents, en trois, un parti qui veut rassembler à droite et à gauche, qu'est-ce que ça vous inspire ?

STEPHANE LE FOLL
D'abord, je pense que je l'ai dit, dans toute équipe il y a des voltigeurs, qui sont souvent, et c'est le cas d'Emmanuel MACRON, flamboyants, donc il a cette capacité à parler et à faire en sorte d'être en mesure de mettre en place un mouvement et d'aller chercher dans le débat des gens qui sont peut-être éloignés du débat politique. Mais je voudrais rappeler une chose, en ce qui me concerne, c'est qu'il faut aussi se dire qu'il y a des fondements sur lesquels ne pas s'appuyer serait une grave erreur. Dans la République, il y a la liberté, il y a l'égalité et la fraternité. Ça n'a jamais été suffisamment dit. Dans cette lecture de ces trois grands principes, il y a une lecture de droite, il y a une lecture de gauche. La liberté, tout le monde y est attaché, et ça là-dessus je ne ferais pas de procès à quiconque, sauf à certains à l'extrême droite. Liberté d'entreprendre, liberté de créer, liberté d'expression. L'égalité, c'est là qu'il y a un vrai sujet, comment on conjugue la liberté avec l'égalité. La gauche, porte l'égalité et la solidarité, de la même manière que sur la fraternité, la gauche porte la fraternité plutôt que l'exacerbation des peurs. Voilà un sujet qui doit faire réfléchir chacun, dans la politique, la démocratie, la gauche et la droite ça existe, parce que derrière la gauche et la droite, il y a des idées et des valeurs qui s'appliquent aux grands principes de la République. Les Républicains sont tous en capacité de défendre ces grands principes, mais chacun a une perception de ces principes, par rapport aux valeurs qu'il porte.

ROLAND SICARD
On passe à l'agriculture. Il y a un sujet qui va monter : les producteurs de cerises français se voient interdire l'utilisation d'un pesticide qui est autorisé en Europe. Est-ce qu'ils ne sont pas défavorisés ?

STEPHANE LE FOLL
Alors, c'est justement pourquoi, la question qui est posée, c'est sur la cerise, et on ne va pas rentrer trop dans les détails. Pesticide qui, selon l'Agence nationale française, pose un problème pour les consommateurs, selon les doses qui peuvent être utilisées. L'autorisation qui est donnée par l'Agence, n'a pas été donnée justement à ce produit. A partir de là, les producteurs français ne peuvent pas l'utiliser, et j'avais appris, par les producteurs français, que d'autres pays européens utilisaient ce produit. Résultat, si on…

ROLAND SICARD
Ce qui veut dire qu'on va les trouver sur les marchés français.

STEPHANE LE FOLL
Ça veut dire qu'on pourrait les trouver sur le marché français. Qu'est-ce que j'ai fait ? Parce que moi, je suis tout à fait cohérent depuis le début que je suis arrivé au ministère de l'Agriculture. Ce qui doit s'appliquer, c'est le respect, évidemment, de la protection des consommateurs et des producteurs sur la question des pesticides. Et en même temps, ce qu'on doit faire, c'est faire en sorte que ça soit fait à l'échelle européenne, pour pas qu'il y ait de distorsions de concurrence, mais même pire, c'est que si j'interdis en France, et qu'on peut importer des cerises avec ce produit, les consommateurs, ils consommeront toujours ce produit. Donc, j'ai saisi l'Europe, parce qu'elle ne s'était pas saisie de ce sujet, pour qu'il y ait une décision qui soit prise à l'échelle européenne. Et en fonction de cette décision, on prendra une décision au niveau national. Mais je ne veux pas, je ne veux pas que sur ces questions, il y ait des différences entre les différents pays européens, et surtout qu'on trompe, au fond, les consommateurs.

ROLAND SICARD
Merci Stéphane LE FOLL. William, c'est à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 avril 2016

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