Interview de Mme Erika Bareigts, secrétaire d'Etat à l'égalité réelle, à RFI le 14 avril 2016, sur le projet de loi Egalité et Citoyenneté, notamment la mixité sociale dans le domaine du logement, le CV anonyme et la nécessité de la maîtrise de la langue française. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Erika Bareigts, secrétaire d'Etat à l'égalité réelle, à RFI le 14 avril 2016, sur le projet de loi Egalité et Citoyenneté, notamment la mixité sociale dans le domaine du logement, le CV anonyme et la nécessité de la maîtrise de la langue française.

Personnalité, fonction : BAREIGTS Ericka.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité réelle

ti : ARNAUD PONTUS
Frédéric RIVIERE, vous recevez ce matin Ericka BAREIGTS, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité réelle.

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Ericka BAREIGTS.

ERICKA BAREIGTS
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Le gouvernement a présenté hier son projet de loi égalité et citoyenneté, est-ce que vous êtes d'accord avec la présentation qui en est faite un peu partout, c'est-à-dire que c'est la réponse de Manuel VALLS à l'apartheid social, territorial et ethnique qu'il avait lui-même annoncé, quelques jours après les attentats de 2015 ?

ERICKA BAREIGTS
Alors, c'est un projet de loi qui est important, parce qu'il va traiter de choses importantes pour les Français, d'abord l'engagement citoyen. Vivre ensemble c'est s'engager, c'est participer au collectif, l'engagement citoyen des jeunes, avec des mesures très claires, sur le service civique qui sera élargi avec le congé engagement six jours, que l'on ne prend pas, bien sûr, de façon consécutive. C'est la mixité sociale, c'est le vivre ensemble, la mixité sociale…

FREDERIC RIVIERE
Ça on va en reparler, la mixité, c'est notamment l'aspect logement.

ERICKA BAREIGTS
Mais ça répond à la question, c'est-à-dire que quand on parle de l'apartheid social, on répond aussi mixité sociale, on répond vivre ensemble, et cette mesure est très importante dans cette perspective-là.

FREDERIC RIVIERE
Alors, le volet logement est un des points central de ce projet de loi, il s'agit de favoriser, vous le dites, la mixité sociale. Pour dire les choses simplement, ça veut dire qu'il faut soit que des personnes modestes aillent vivre dans des quartiers aisés, soit l'inverse. Est-ce que dans les deux cas, on ne se heurte pas à une impossibilité ? Vous ne pouvez pas contraindre, pour dire les choses encore plus crument, des riches à aller vivre dans les quartiers de pauvres, et si vous mettez des pauvres dans les quartiers de riches, les riches s'en vont.

ERICKA BAREIGTS
Faire de la politique, c'est pas se dire « c'est pas possible », c'est se dire : « c'est possible ». C'est possible parce que ça marche, et la loi qui dit : on a la possibilité maintenant de faire que des personnes qui sont aujourd'hui dans des quartiers politiques de la ville, à qui on fait porter une image de ne pas pouvoir vivre ailleurs que dans les politiques de la ville, on dit c'est possible, à ces personnes, on dit, maintenant on va vous permettre de sortir et d'avoir un logement social en dehors des quartiers politiques de la ville, sur des loyers qui sont des loyers qui seront abordables pour vous, parce que dans le projet de loi il y est aussi question d'avoir un assouplissement des règles de fixation des loyers de logements sociaux. Ça c'est possible, ça c'est ouvrir les possibles pour les gens, et non pas dire « ça n'est pas possible de vivre ensemble ». Mais si on se dit ça, on condamne notre collectif. Il est hors de question que nous condamnions le collectif, la République, c'est aussi l'addition de différences. Il faut accepter cette diversité, mais il faut travailler pour que cette diversité s'accepte, les unes, les uns et les autres, c'est ça le travail politique qui est fait, c'est ça le travail politique qui est fait dans la loi égalité, citoyenneté. Ça ne se décrète pas, c'est pas simple à faire, mais il faut le faire.

FREDERIC RIVIERE
La mixité sociale est-ce qu'elle ne passe pas avant tout par du travail et des salaires dignes ?

ERICKA BAREIGTS
Aussi, aussi, c'est… l'un n'exclut par l'autre. Quand on fait des lois…

FREDERIC RIVIERE
Oui, mais il y a des failles du côté de l'emploi, aujourd'hui.

ERICKA BAREIGTS
Oui, mais il y a aussi une annonce de l'OFCE qui dit qu'on va passer en-dessous des 10 % de chômage. Donc les chiffres bougent aussi dans le sens positif, mais parce qu'il y a des réformes qui sont portées, la réforme sur le vivre ensemble, sur l'engagement citoyen, la réforme sur le travail, la réforme pour accompagner les entreprises, bref, il y a des réformes de fond, qui, additionnées, arrivent à faire bouger des choses qui nous semblaient totalement immobiles.

FREDERIC RIVIERE
Manuel VALLS disait il y a quelques jours et répétait hier dans les colonnes de nos confrères de Libération, que la question culturelle et identitaire était aujourd'hui fondamentale face à la montée de l'islam radical, il disait il y a quelques jours qu'il fallait mener, je le cite « la bataille identitaire ». Qu'est-ce qu'il y a dans ce projet de loi pour répondre à ce problème ?

ERICKA BAREIGTS
Alors, d'abord, c'est une question très importante, parce qu'encore une fois ça pose la question du vivre ensemble. Sur… dans le projet de loi, en tout cas, on a parlé de la mixité, on a parlé de l'engagement citoyen, mais aussi on porte, c'est le « titre toit » sur lequel je suis, un message qui est de dire : on n'accepte pas les actes, les injures racistes et discriminatoires. La discrimination et le racisme, ce n'est pas acceptable. On double les peines aujourd'hui, de six mois à un an, et des amendes qui sont doublées aussi jusqu'à 45 000 €. Et ces actes-là vont être considérés comme des circonstances aggravantes pour tous les crimes et délits du Code pénal. Donc c'est un message…

FREDERIC RIVIERE
Ça c'est une des mesures qui relève en effet de votre périmètre de compétences, il y a la langue française, on va en parler…

ERICKA BAREIGTS
Dans le projet de loi.

FREDERIC RIVIERE
… mais alors, pourquoi, dans cet aspect des choses, là, le CV anonyme n'a pas été retenu, par exemple ?

ERICKA BAREIGTS
Alors, il y a les dispositions de la loi, c'est ce que je viens de citer, et puis il y a eu un choix de dire que, ça a été le choix du gouvernement de dire que pour le constat fait le CV anonyme n'était pas efficace. Donc nous portons, et hier on en a parlé, à Vaulx-en-Velin, avec Myriam El KHOMRI, l'idée d'une plateforme de tutorat. Parce qu'il s'agit pour les jeunes gens et les jeunes filles, qui aujourd'hui, moi j'ai vu sur le terrain les associations qui font ces actions-là, et des entreprises également, il y a des jeunes filles, des jeunes gens et des jeunes filles aujourd'hui, qui sont diplômés, qui habitent des quartiers politique de la ville, qui n'ont pas la bonne couleur de peau, le bon nom, le bon profil socioéconomique, et qui n'arrivent pas à avoir un accompagnement à l'emploi dans une grande entreprise, alors qu'ils ont fait une grande école, ou pas d'ailleurs. Mais ils sont diplômés. Aujourd'hui il y a des dispositifs de tutorat, qui marchent, parce qu'il faut un accompagnement tout au long du processus. Des entreprises qui s'engagent, ça marche, il y a aujourd'hui des chiffres, il y a 20 000 jeunes, par exemple, accompagnés par une association, qui ont pu avoir l'accompagnement dans le processus d'intégration, et le fait qu'ils ne soient pas de la bonne couleur de peau, ne soit plus un acte de discrimination pour eux. Donc il faut cet accompagnement, et on a choisi de travailler là-dessus, sur l'accompagnement, la plateforme.

FREDERIC RIVIERE
Vous voulez faire de la maitrise de la langue française une priorité, avec quels moyens et quelles mesures, concrètement ?

ERICKA BAREIGTS
Alors, la maitrise de la langue française, là aussi, j'y reviens, parce que c'est une question, c'est la question que vous posez, c'est le vivre ensemble, c'est le fait qu'on arrive à se parler, c'est aussi un moyen de protéger les gens et de travailler sur l'émancipation, quand on parle, qu'on a la maitrise de la langue française, on peut aller faire ses papiers tout seul et puis on peut aussi avoir une progression professionnelle. Il y a la moitié des gens, il y a trois millions de Français qui sont allés à l'école, qui sont victimes de l'illettrisme et la moitié d'entre eux sont en situation professionnelle, n'ont pas de perspective professionnelle. Donc pour répondre à votre question, on propose aujourd'hui formation tout au long de la vie, donc dans le Code du travail, pour accompagner, par des dispositifs de formation, sur des enveloppes formation professionnelle, qui sont des enveloppes des partenaires sociaux, de la région, et aussi de l'Etat, c'est 30 milliards la formation professionnelle.

FREDERIC RIVIERE
François HOLLANDE est à la télévision ce soir, à 20h15 sur France 2, un sondage ODOXA ce matin dans Le Parisien, est assez catastrophique pour le président de la République, 71 % des Français ne sont pas intéressés par ce qu'il va dire, sans même savoir ce qu'il va dire, d'ailleurs, mais bon…

ERICKA BAREIGTS
C'est dommage.

FREDERIC RIVIERE
… et 76 % pensent qu'il devrait annoncer ce soir qu'il renonce à se présenter à la présidentielle pour laisser à la gauche le temps de se trouver un meilleur candidat. Comment François HOLLANDE peut-il inverser la courbe de sa popularité ?

ERICKA BAREIGTS
Il faut continuer à travailler, comme il le fait…

FREDERIC RIVIERE
Ben oui, mais ça ne marche pas pour l'instant.

ERICKA BAREIGTS
Il faut continuer à travailler, il faut continuer à faire les réformes de fond qu'il a engagées, des réformes sur l'éducation, sur le travail, etc., il faut continuer à faire sur l'économie, il faut continuer à faire ça, c'est la seule vraie nécessité. Changer la société, ça ne se décrète pas, c'est beaucoup de travail, c'est très difficile, mais les chiffres aussi sont plutôt positifs pour… vont dans le bon sens. Je parlais du chiffre du chômage qui va être à - 10 %...

FREDERIC RIVIERE
C'est un peu moins mal, on va dire, mais enfin, dire que c'est bien ça serait peut-être un petit peu…

ERICKA BAREIGTS
Je dis que c'est des chiffres qui vont dans le bon sens, mais c'est le résultat d'un travail, l'engagement qu'on fait sur les jeunes, sur le social ou la revalorisation des minimas sociaux, ça va dans le bon sens, c'est ce que les gens attendent, donc il a raison, le chef de l'Etat, de continuer à travailler, pour l'intérêt général et pour la France.

FREDERIC RIVIERE
Merci Ericka BAREIGTS.

ERICKA BAREIGTS
Merci.

FREDERIC RIVIERE
Bonne journée.

ERICKA BAREIGTS
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 avril 2016

Rechercher