Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche à RTL le 13 avril 2016, sur le recrutement et la sélection des étudiants dans les Masters 1 et 2 et l'orientation scolaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche à RTL le 13 avril 2016, sur le recrutement et la sélection des étudiants dans les Masters 1 et 2 et l'orientation scolaire.

Personnalité, fonction : MANDON Thierry, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche;

ti :
13 avril 2016


OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Thierry MANDON.

THIERRY MANDON
Bonjour.

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que la sélection va devenir officielle à l'université pour passer du Master 1 au Master 2, c'est-à-dire de bac + 4 à bac + 5, votre décret est prêt ?

THIERRY MANDON
Oui, il est prêt, il sera présenté au CNESER, qui est l'assemblée de tous les partenaires sociaux du monde de l'enseignement supérieur, lundi prochain. Donc il – enfin – régularise une situation qui dure depuis 14 années de sélection larvée et illégale.

OLIVIER MAZEROLLE
Et pourtant, Najat VALLAUD-BELKACEM, qui est votre ministre de tutelle, avait qualifié la sélection en Master de mesure rétrograde, antidémocratique.

THIERRY MANDON
Oui, je pense qu'elle avait… ses propos avaient été déformés, en tout cas, elle est complètement d'accord avec le décret qui sera présenté lundi, qui n'est que la première partie de la réflexion, car comme vous l'avez dit, ce décret règle les problèmes du Master 1 au Master 2, et dès lundi soir, nous ouvrons une réflexion sur 4 mois plus générale pour l'ensemble du cycle Master, car il y a aussi des sujets à examiner…

OLIVIER MAZEROLLE
C'est-à-dire, d'une sélection éventuelle…

THIERRY MANDON
Après la licence…

OLIVIER MAZEROLLE
Après la licence.

THIERRY MANDON
En tout cas, d'une orientation qui soit très renforcée, des questions de recrutement des étudiants dans les Masters, il faut aussi accompagner la réflexion sur le M1, le Master 1 et le Master 2, d'une réflexion plus générale sur ce cycle-là, qui est très important dans l'Enseignement supérieur.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, je vais revenir ensuite sur les détails de cette mesure, mais dans le contexte qui est déjà extrêmement agité, vous pensez que les étudiants vont comprendre ?

THIERRY MANDON
Nous avons discuté avec les organisations syndicales et étudiantes de ce décret, du principe de ce décret, il peut y avoir des positionnements nuancés, mais globalement, ce qui se fait depuis 14 ans, de manière implicite, en dehors de tout cadre légal, que ça soit régularisé publiquement, tout le monde est d'accord sur le principe de cette démarche.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, est-ce que c'est une sélection ou, comme disent certains présidents d'université, une orientation renforcée ?

THIERRY MANDON
Ah, aujourd'hui, ce qui se passe entre le M1, le Master 1 et le Master 2, c'est de l'ordre de la sélection, certains Masters sont sélectifs, alors, ils le sont parfois pour des raisons de capacité d'accueil, c'est-à-dire de nombre de places, mais ils le sont parfois parce que c'est des contenus pédagogiques très précis, et donc ça, ça relève bien de choix qui sont réalisés aujourd'hui.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, les présidents d'université, beaucoup d'entre eux en tout cas, redoutent un décret au rabais, est-ce que la liste, qui est comprise dans votre décret, reprend toutes les formations qui pratiquaient déjà la sélection actuellement ?

THIERRY MANDON
Il y a un seul interdit dans ce décret, c'est que nous ne pouvons pas, parce que c'est la loi, autoriser une université à mettre l'ensemble de ses Masters 2 sélectifs, 100 % de ses Masters 2 sélectifs, ça, ce n'est pas possible ; la loi dit : le principe, c'est la non-sélection, il peut y avoir une liste limitative d'exception à ce principe. Ça, mis à part, c'est l'ensemble de ceux qui nous ont été proposés.

OLIVIER MAZEROLLE
C'est-à-dire, partout déjà, la sélection se pratique de façon illégale ?

THIERRY MANDON
Exactement, ni plus ni moins que ce qui se pratique aujourd'hui.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, en fait, les présidents d'université, pour la plupart d'entre eux, disent : mais, tout ce débat, ça remet en cause finalement le niveau des études, on a trop d'étudiants qui entrent à l'université avec un bagage insuffisant, ça entraîne des échecs à la pelle, des diplômes qui n'ont plus les mêmes valeurs, et des universités françaises qui sont mal classées dans le classement mondial de Shanghai.

THIERRY MANDON
Oui, alors, le classement de Shanghai, il porte sur la recherche, donc il ne porte pas sur ce sujet-là. L'entrée, le premier cycle, le cycle Licence, c'est autre chose, les universités, en gros, sont d'accord sur l'idée que, on accueille largement des étudiants après le baccalauréat. Il est vrai que certains baccalauréats promettent à leur titulaire un échec quasi-assuré à l'université. Donc il faut commencer à dire à ces étudiants-là : attention, vous allez dans le mur.

OLIVIER MAZEROLLE
Et comment on fait ?

THIERRY MANDON
Comment on fait, c'est ce que nous avons commencé à faire cette année en révisant la procédure d'inscription à l'université, qui s'appelle la procédure APB où désormais, sans même que l'étudiant ait à solliciter quelque démarche que ce soit, il sait, en fonction de son baccalauréat ses chances de succès à l'université, et vous avez des baccalauréats pour lesquels les gens échouent à 97 % ; donc on leur suggère de faire d'autres choix de réussite que le choix d'un échec quasi-assuré.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, tout à l'heure, on parlait de la sélection en Master, entre Master 1 et Master 2, mais vous savez très bien qu'il y a des universités qui pratiquent la sélection à l'entrée même de leur université, avec des diplômes universitaires, bref, des filières qui sont qualifiantes, beaucoup plus que le diplôme national ordinaire.

THIERRY MANDON
Globalement, ce n'est pas l'état du système universitaire français, globalement, ça pose des difficultés, notamment ce qu'on appelle les capacités d'accueil, donc de places, mais les étudiants sont accueillis, parfois, c'est difficile, parce que certaines filières, je pense au sport, ce qu'on appelle les STAPS, je pense bien sûr aux études médicales, c'est encore particulier, je pense au droit, sont surencombrées, mais globalement, l'accueil a lieu. Ce qui est vrai, c'est que ce n'est pas d'accueillir tout le monde qui garantit que tout le monde va réussir. Et donc il faut à la fois mieux orienter, moi, je serais pour que l'orientation gagne une matière du secondaire même, en soi, parce que c'est très difficile de faire un choix quand on est jeune, très jeune, au passage, les étudiants français sont très jeunes par rapport à des étudiants américains qui ont 1, 2 ou 3 années de plus par exemple. Donc plus d'orientations. Et puis, deuxièmement, il faut responsabiliser plus les enseignants du secondaire sur le – entre guillemets – tutorat d'orientation des élèves, le professeur principal, ça, aussi, c'est une réforme que nous avons mise en place cette année, est désormais informé des voeux que celui qui va avoir son baccalauréat formule, et peut donc lui suggérer peut-être d'aller plutôt dans telle filière où il a des chances de réussite que d'échouer. Bref, c'est tout un travail de très long terme que de bâtir une vraie orientation avant le bac…

OLIVIER MAZEROLLE
Et de conviction…

THIERRY MANDON
Et de conviction, et de conviction, mais c'est très important, parce que l'objectif du pays, c'est la démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur, mais cette démocratisation doit s'accompagner d'exigences pour que, on ne nivelle pas les parcours, mais que, au contraire, on qualifie les jeunes et qu'on leur permette de réussir.

OLIVIER MAZEROLLE
Manuel VALLS, le Premier ministre, ce matin, dans Libération, regrette ouvertement qu'il ne soit pas vraiment possible d'introduire une loi sur le port du voile à l'université. Voici ce qu'il disait, c'était il y a un peu plus d'une semaine, au Théâtre Déjazet.

MANUEL VALLS, PREMIER MINISTRE
Je pense que la question de ce qui se passe à l'université, elle est posée, elle est très complexe d'un point de vue juridique, et je ne souhaite pas qu'on minimise ce qui se passe aujourd'hui dans une partie de nos universités.

OLIVIER MAZEROLLE
Que dit le ministre chargé de l'université ?

THIERRY MANDON
Si j'ai l'occasion de lui en parler, je lui dirai qu'il n'y a pas besoin de loi, ce que je vois sur le terrain, ce que me disent tous les présidents d'université, c'est qu'il n'y a pas de problème, et que ce n'est pas utile de créer un problème là où il n'y en a pas…

OLIVIER MAZEROLLE
Il y a beaucoup de professeurs qui disent : bon… qui sont intrigués, même inquiets de voir une affluence de plus en plus importante de jeunes femmes, d'étudiantes, avec des foulards sur la tête…

THIERRY MANDON
Non, il n'y a pas de contagion du foulard, il y a un état de la société, et il y a des étudiantes qui ont tout à fait, parce qu'elles sont adultes, le droit de garder un foulard, le foulard n'est pas interdit dans la société française. Vous allez à l'hôpital vous faire soigner, vous arrivez avec un foulard, on ne vous refoule pas, et donc quand on est usager d'un service public, on a le droit d'avoir un foulard, on peut en penser ce qu'on veut, mais ce droit existe, et je vous redis : il n'y a pas de problème, recevez des présidents d'université !

OLIVIER MAZEROLLE
Donc il a tort, Manuel VALLS, il se trompe ?

THIERRY MANDON
Eh bien, je pense qu'il n'y a pas besoin de ce texte.

OLIVIER MAZEROLLE
Bon. Une dernière question, le cannabis, ce serait une bonne idée de le légaliser ?

THIERRY MANDON
Non, moi, ça me semble, je dois dire, deux fois une mauvaise idée, d'abord parce que je pense qu'il n'y a pas besoin d'encourager le développement de l'usage des drogues, premièrement. Et puis, deuxièmement, la cohérence en politique, c'est très important, on refuse aujourd'hui, on n'a plus le droit de faire des affiches de cinéma avec des gens qui fument des cigarettes, parce que ça, ce n'est pas bien, mauvais, mais on va autoriser la consommation du cannabis, non, mais attendez, il y a un moment, il faut avoir… être un peu lisible dans les principes collectifs que l'on pose. Donc moi, je suis contre, je suis pour la sanction des trafics, la poursuite de ceux qui se livrent à ces trafics, et pas pour l'autorisation de produits nocifs.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci Thierry MANDON.

YVES CALVI
Et on a bien compris que le Premier ministre avait visiblement créé un problème qui n'existait pas à l'université concernant le voile. Merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 avril 2016

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