Interview de M. Jean-Michel Baylet, ministre de l'aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales, à iTélé le 18 avril 2016, sur la politique de réforme du gouvernement, le débat sur les élections primaires à gauche, les rassemblements de "Nuit Debout", le RSA et la sur-taxation des CDD. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Baylet, ministre de l'aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales, à iTélé le 18 avril 2016, sur la politique de réforme du gouvernement, le débat sur les élections primaires à gauche, les rassemblements de "Nuit Debout", le RSA et la sur-taxation des CDD.

Personnalité, fonction : BAYLET Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'aménagement du territoire, de la ruralité et des collectivités territoriales

ti : FLORENT PEIFFER
C'est l'heure de l'interview politique, bonjour Jean-Michel BAYLET.

JEAN-MICHEL BAYLET
Bonjour.

FLORENT PEIFFER
Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes le ministre de l'Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités locales (sic), membre du PRG, Parti radical de gauche. Selon un tout dernier sondage publié dans la presse ce matin, ça vous fait rire déjà !

JEAN-MICHEL BAYLET
Je m'y attendais.

FLORENT PEIFFER
Vous vous y attendiez. Dans toutes les configurations, François HOLLANDE serait éliminé au 1er tour, dans toutes les configurations, face à Nicolas SARKOZY, face à Bruno LE MAIRE, face à Alain JUPPE, il ferait perdre la gauche à chaque coup. Est-ce qu'il doit renoncer avant qu'il ne soit trop tard ?

JEAN-MICHEL BAYLET
J'ai vu ce sondage, il est mauvais, c'est vrai. Maintenant, moi j'ai beaucoup de distance avec les sondages. Vous en avez eu un hier grandeur nature, sondage, c'est l'élection législative partielle à Nantes, la gauche est arrivée en tête, 30 % devant les Républicains 23 %, c'est contradictoire avec cela. Donc gardons…

FLORENT PEIFFER
Ce n'est pas François HOLLANDE.

JEAN-MICHEL BAYLET
La tête froide… oui mais c'est la gauche quand même. Et la candidate, c'est quand même la circonscription de Jean-Marc AYRAULT, c'est donc très typé majorité gouvernementale et président de la République, les Français ont quand même voté pour elle. Ça prouve qu'à un an de l'élection, souvenons-nous Jacques CHIRAC – JOSPIN, BALLADUR – CHIRAC, chaque fois à un an de l'élection présidentielle les sondeurs se sont trompés. Je pense qu'il en est de même cette fois-ci, même si je prends conscience du score dans ce sondage particulièrement bas, c'est la première fois.

FLORENT PEIFFER
Ça n'a jamais été aussi bas, là vraiment…

JEAN-MICHEL BAYLET
Oui, c'est vrai.

FLORENT PEIFFER
C'est historique, la question se pose quand même…

JEAN-MICHEL BAYLET
C'est un sondage… le président de la République quant à votre question, il a clairement dit qu'il se prononcerait fin décembre. Donc attendons calmement, laissons-le faire son travail de président de la République qu'il fait plutôt bien, laissons-le continuer à réformer la France et puis au mois de décembre, il fera savoir sa décision.

FLORENT PEIFFER
Mais vous comprenez que quelqu'un qui a voté pour François HOLLANDE aujourd'hui ou qui est un militant socialiste se pose la question, elle est légitime cette question !

JEAN-MICHEL BAYLET
Je comprends que dans le « HOLLANDE bashing » qui est pratiqué au quotidien, on puisse parfois douter. Mais lui en tout cas garde sa ligne, trace son sillon et il préside la France.

FLORENT PEIFFER
Alors il y a un ministre qui a un peu le même discours que vous à quelques nuances près, on va l'écouter, c'est Emmanuel MACRON, il parlait à la BBC, écoutez.

EMMANUEL MACRON
Je pense que l'on est à un an de l'élection, c'est beaucoup trop tôt et c'est compliqué de gouverner dans nos pays. Je pense que s'il décide de se présenter, une décision très courageuse, s'il explique ce qu'il fait, il sera certainement en situation de gagner l'élection.

FLORENT PEIFFER
Emmanuel MACRON explique qu'il faudrait que François HOLLANDE prenne des décisions courageuses. Est-ce qu'il pourrait prendre des décisions courageuses François HOLLANDE, plus courageuses que ce qu'il prend… que ce qu'il a pris jusqu'à présent ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Je vais vous répondre en français parce que ça fait drôle de voir MACRON s'exprimer en anglais, mais c'est normal, il était à Londres. Oui, il faudra prendre des décisions courageuses, ce sera l'heure de bilan, l'heure de l'explication. Aujourd'hui, nous sommes encore dans l'action, dans la réforme. Moi, j'ai aimé le débat l'autre soir, en tout cas dans sa première partie, quand il dit : je veux continuer à moderniser la France et je veux préserver son modèle social. Nous sommes encore dans ce temps, donc nous sommes dans le temps de l'action. Et puis viendra le temps du bilan, de l'explication et là, c'est vrai, il faudra faire preuve de courage. Mais aujourd'hui pour faire de la politique, il faut beaucoup de courage et en particulier quand on est président de la République, parce que les choses sont difficiles, parce que nous avons trouvé le pays dans une situation très compliqué. Et ce qui n'a pas été assez dit en 2012…

FLORENT PEIFFER
Non mais enfin c'était il y a 4 ans…

JEAN-MICHEL BAYLET
Oui mais 4 ans ce n'est rien, vous vous rendez compte pour redresser la France…

FLORENT PEIFFER
Ca c'est le nouveau discours qui va monter un peu chez les soutiens de François HOLLANDE, il faut 10 ans pour réformer le pays, 5 ans ce n'est pas assez ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Je ne sais pas s'il faut 10 ans, mais enfin 4 ans ça n'est rien du tout. La France avait une dette de pratiquement 100 % du PIB, 2.000 milliards, 7,5 %, nous l'avons ramené à 3,5 %, donc pratiquement à ce que souhaite Bruxelles. Alors je ne vais pas rentrer dans des chiffres, mais il faudra mieux expliquer au moment de la campagne présidentielle que cela le fut quand nous avons gagné la présidentielle.

FLORENT PEIFFER
Comment vous expliquez le taux de chômage à 10 %, le taux de chômage des jeunes à 25 %, le vote FN qui n'a cessé d'augmenter ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Le vote FN d'ailleurs se trouve surtout dans la ruralité qui me concerne directement, et nous menons un certain nombre d'actions justement pour rassurer les ruraux qui sont un peu inquiets, qui ont l'impression qu'ils ont été abandonnés. Donc nous avons crée – c'est mon ministère qui pilote cela – des Maisons de services au public qui ramènent le service public à proximité dans les campagnes. C'est très important pour l'emploi…

FLORENT PEIFFER
C'est important mais ce n'est pas un peu tard ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Non, non, non, nous en aurons fait 1.000 d'ici la fin de l'année, croyez-moi c'est apprécié, y compris des élus. Nous créons les Maisons de santé, l'offre de santé de proximité avec les médecins. Nous sommes en train de numériser la ruralité, donc nous entendons ce désespoir des ruraux qui se traduit par un vote FN et je suis sûr que nous allons réussir à l'inverser et à revenir là-dessus.

FLORENT PEIFFER
Mais vous dites vous aussi « oui, ça va mieux », comme François HOLLANDE ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Quand on regarde clairement objectivement, ce qui n'est pas le cas souvent dans ce pays bien difficile à gouverner par ailleurs, quand on regarde les chiffres, oui ça va mieux. La dette est moins importante qu'elle ne l'était, le déficit public est stabilisé, les prélèvements obligatoires ont baissé…

FLORENT PEIFFER
Pas pour les Français…

JEAN-MICHEL BAYLET
Si, si si…

FLORENT PEIFFER
L'impôt sur les revenus c'est stabilisé…

JEAN-MICHEL BAYLET
Non, non, deux tiers des Français… deux tiers des Français, ça fait quand même 12 millions de français paieront moins d'impôt sur les revenus cette année que l'année précédente.

FLORENT PEIFFER
Oui, parce que ça avait beaucoup augmenté au début en fait.

JEAN-MICHEL BAYLET
C'est vrai, c'est vrai mais pour les raisons que je viens d'évoquer, il fallait bien faire des efforts pour redresser la France, autrement nous nous serions trouvés dans la situation de la Grèce, du Portugal ou de l'Espagne. La France est quand même passée au travers grâce à la volonté politique de François HOLLANDE et du gouvernement.

FLORENT PEIFFER
Emmanuel MACRON, ça fera un bon candidat si François HOLLANDE renonce ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Moi, je n'ai pas entendu Emmanuel MACRON dire qu'il était candidat…

FLORENT PEIFFER
Non mais il est en marche.

JEAN-MICHEL BAYLET
Si… si François HOLLANDE renonce, la question se posera de savoir qui porte les couleurs de la gauche, je dis bien les couleurs de la gauche. Et là, il y aura plusieurs candidats et nous devrons choisir parmi ces candidats. Emmanuel MACRON peut être un de ceux-là, Manuel VALLS également et peut-être d'autres.

FLORENT PEIFFER
Vous dites que ça va mieux mais est-ce que ça va bien, est-ce que la France va bien ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Les Français n'ont pas l'impression que ça va mieux et c'est là où il y a dichotomie. Le président de la République a eu raison de souligner… il a donné les chiffres, la France va mieux et elle va même beaucoup mieux et de mieux en mieux. Mais les Français n'ont pas encore ce ressenti parce qu'ils entendent de manière permanente un discours misérabiliste, parce que les médias n'aident pas en la matière, c'est la vérité et moi je peux parler…

FLORENT PEIFFER
Les médias n'aident pas, c'est-à-dire, qu'est-ce qu'on devrait faire ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Les médias ont toujours une présentation assez catastrophique de la situation…

FLORENT PEIFFER
Mais la situation est catastrophique…

JEAN-MICHEL BAYLET
Non…

FLORENT PEIFFER
Le chômage est catastrophique.

JEAN-MICHEL BAYLET
Non, le chômage est trop important…

FLORENT PEIFFER
Le taux de pauvreté.

JEAN-MICHEL BAYLET
Le taux de pauvreté est trop important également. Mais comparé à d'autres pays, y compris européens, on pourrait aller plus loin… Vous savez, je vais vous raconter une anecdote rapidement, il se trouve que mon fils vient de se marier avec une Argentine, donc je suis allé à Buenos Aires pour le mariage. Là-bas, il y a 30 % d'inflation et 3 fois par jour on coupe 2 h 00 l'eau, 2 h 00 l'électricité. On n'en est pas là en France quand même…

FLORENT PEIFFER
Non, vous comparez la France avec la situation de l'Argentine…

JEAN-MICHEL BAYLET
L'Argentine est un très grand pays, l'Argentine est un très grand pays mais on peut comparer la France aussi avec d'autres pays européens. Donc oui, il y a une vision catastrophique, parfois misérabiliste qui est développée…

FLORENT PEIFFER
Ca correspond à la réalité.

JEAN-MICHEL BAYLET
Non, ça n'est pas la réalité, ça n'est pas la réalité. Qu'il y ait des problèmes très graves, très fondamentaux comme le chômage, comme la pauvreté, vous avez raison de le souligner. Mais point trop n'en faut.

FLORENT PEIFFER
Une image que vous avez peut-être vue ce week-end, en tout cas elle a été beaucoup diffusée sur les chaînes d'information, sur iTélé et sur les réseaux sociaux. Alain FINKIELKRAUT qui s'est rendu à « Nuit Debout », il voulait observer le mouvement, le voir de ses propres yeux, il s'est fait expulser, on va regarder.

(…)

FLORENT PEIFFER
Voilà, Alain FINKIELKRAUT expulsé de « Nuit debout », il a été insulté, traité de fasciste, on a entendu. Est-ce que c'est normal ou est-ce que c'est choquant ?

JEAN-MICHEL BAYLET
C'est choquant et il faut le condamner de la manière la plus forte. « Nuit debout » doit réfléchir à son avenir, si tant est qu'il y ait une coordination qui soit capable de prendre des décisions. C'est un magnifique mouvement spontané de jeunes qui échangent, il y a même une partie un peu fête là-dedans, c'est très bien, que la jeunesse se politise c'est une bonne chose. Mais on ne peut pas accepter de tels débordements et ils doivent réfléchir au futur de ce mouvement. Malheureusement d'ailleurs, ça finit souvent comme ça ce genre de mouvement, mais la violence à l'égard de ce philosophe renommé est tout à fait inacceptable. Et puis de quel droit insulte-t-on les gens comme ça ?

FLORENT PEIFFER
Quand vous dites « il faut réfléchir à la suite du mouvement », ça veut dire que vous souhaitez que ça s'arrête dans ces conditions ?

JEAN-MICHEL BAYLET
C'est eux qui doivent réfléchir, mais je pense que ce genre de mouvement par nature à un moment doit trouver son issue, oui ! Je pense qu'il faut que ça s'arrête.

FLORENT PEIFFER
Vous iriez, vous, sur la place de la République ou vous auriez peur de recevoir le même type d'accueil ?

JEAN-MICHEL BAYLET
A mon avis, je recevrai le même type d'accueil, mais j'ai envoyé ma chef de cabinet qui m'a fait un compte rendu très précis dès le début de l'ambiance assez festive et assez agréable de « Nuit debout ». Autant je pense qu'à un moment, ça trouve ses limites liées à des débordements et il faut que ça s'arrête, autant à l'origine c'était plutôt dans la fraîcheur et la bonne humeur.

FLORENT PEIFFER
Mais vous pensez que vous seriez mal accueilli, si vous y alliez là ?

JEAN-MICHEL BAYLET
A partir du moment où tout ce qui représente de près ou de loin le pouvoir et traiter de la sorte, je serai mal accueilli. Même un philosophe est mal accueilli, pourtant ils devraient avoir envie de discuter avec…

FLORENT PEIFFER
Alors un ministre.

JEAN-MICHEL BAYLET
Alors un ministre, n'en parlons pas.

FLORENT PEIFFER
Tout à l'heure, le député socialiste Christophe SIRUGUE va vous remettre ainsi qu'à Manuel VALLS ses propositions de réforme des minima sociaux, vous êtes en charge de réformer ce qu'il faut. Etendre le RSA aux jeunes de 18 à 25 ans qui, aujourd'hui, n'en bénéficient pas ou en tout cas avec des conditions très, très compliquées.

JEAN-MICHEL BAYLET
D'abord deux mots du RSA, c'est le Revenu de solidarité active qui a succédé au RMI, le Revenu minimum d'insertion crée par Michel ROCARD, c'est une prestation d'Etat de solidarité. En 2004, pour passer la patate chaude aux départements sur le plan financier, Jean-Pierre RAFFARIN l'avait centralisé. Et depuis, le RSA a beaucoup augmenté pour deux raisons, d'abord parce que nous le disions il y a un instant, la pauvreté est là dans certaines catégories ; et deuxièmement parce que la partie insertion a été un échec. A l'origine, les départements étaient obligés de faire de l'insertion, si on garde les gens au RSA sans essayer de les réinsérer dans la société, fatalement il y a de plus en plus de prestataires…

FLORENT PEIFFER
On va en parler, mais les jeunes.

JEAN-MICHEL BAYLET
Donc ça pose des problèmes énormes sur le plan financier aux départements. Les jeunes de moins de 25 ans ne sont pas – sauf exception – partie prenante du RSA. J'ai cru comprendre que le rapport de Christophe SIRUGUE qui va nous être remis dans 2 h 00 propose d'élargir le RSA aux jeunes. C'est un coût fatalement mais ce serait une mesure de solidarité, un geste fort en direction de la jeunesse.

FLORENT PEIFFER
Et vous êtes pour ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Je suis pour…

FLORENT PEIFFER
Les insertions, vous en parliez à l'instant, c'est un échec, est-ce qu'il faut obliger les départements à financer plus l'insertion, est-ce qu'il faut les obliger, mettre des minima, par exemple 10, 20 %, on doit absolument dépenser pour l'insertion…

JEAN-MICHEL BAYLET
C'était le cas à l'origine, nous étions tenus, les départements, je dis nous parce que j'étais à ce moment-là président du Conseil général, de faire 20 %. Et puis c'est tombé à 17 et le préfet avait le droit, si on ne le faisait pas, de l'inscrire de manière obligatoire dans votre budget. L'échec du RSA c'est la partie insertion, elle a été abandonnée par tout le monde, je crois qu'on est à moins de 9 % d'insertion. Or, il ne faut pas laisser des gens se complaire dans ce genre de situation, il faut les aider à retrouver le monde du travail pour celles et ceux qui…

FLORENT PEIFFER
Donc il faut obliger les départements ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Je pense qu'il faut… dans la discussion que nous avons, vous savez qu'en ce moment je suis au contact avec l'Association des Départements de France qui a demandé la recentralisation qui a été acceptée par le Premier ministre. Nous avons crée un groupe de travail pour voir dans quelles conditions, ça pouvait être fait. Dans les discussions que j'aie, j'insiste beaucoup sur la nécessité de l'insertion obligatoire.

FLORENT PEIFFER
Vous avez été chef d'entreprise, est-ce que Manuel VALLS doit renoncer à sa proposition de surtaxer les CDD ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Je me suis exprimé, donc je ne vais pas dire aujourd'hui le contraire de ce que j'ai dit hier. Je connais bien le monde de l'entreprise et pas n'importe laquelle quand même, le groupe DEPECHE que j'ai dirigé longtemps, c'est 1.800 salariés, je l'ai dit, ce n'est pas ma proposition préférée dans la loi El Khomri, la sur-taxation des CDD, les CDD sont indispensables dans l'entreprise. Alors il faut trouver la bonne solution et mettre le curseur où il faut pour qu'il n'y ait pas d'abus de CDD, ça n'est pas normal…

FLORENT PEIFFER
90 % d'embauches aujourd'hui en CDD.

JEAN-MICHEL BAYLET
Voilà, mais il faut… ça, ça n'est pas normal mais il faut par contre laisser aux entreprises une certaine souplesse et qu'ils puissent utiliser des CDD.

FLORENT PEIFFER
Alors moi, j'ai bien entendu votre réponse, je l'ai entendue hier : ce n'est pas ma proposition préférée. Ma question c'est est-ce que Manuel VALLS doit y renoncer, oui ou non ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Moi je ne suis pas ministre du Travail, je ne suis pas Premier ministre, je me positionne – même en étant membre du gouvernement – sur ce sujet. Le pouvoir de décision ne m'appartient pas, le pouvoir de décision il appartient au Parlement. Myriam EL KHOMRI n'a pas caché qu'il y aura encore beaucoup de débats, beaucoup d'amendements et…

FLORENT PEIFFER
Les radicaux s'y opposeront au Parlement !

JEAN-MICHEL BAYLET
Les radicaux, qui ont le particularisme d'être extrêmement progressistes sur le plan sociétal et libéraux sur le plan économique, essaieront de faire évoluer les choses dans le bon sens, que ce soit à l'Assemblée ou au Sénat.

FLORENT PEIFFER
Vous avez été candidat à la primaire socialiste en 2011, est-ce que vous serez candidat à la primaire de gauche – si elle a lieu cette primaire de gauche – à la fin de l'année ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Non, ce n'est plus ma responsabilité, je l'ai fait. Mais par contre, il me semble que s'il y a une primaire, il faudra que le Parti radical de gauche ait un candidat ou une candidate.

FLORENT PEIFFER
Une candidate, Christiane TAUBIRA si elle revient par exemple serait une bonne candidate ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Je ne sais pas si ça sera Christiane TAUBIRA, nous verrons, nous en parlerons entre nous. Ce n'est pas à moi à imposer au parti, mais il faudra que nous soyons présents pour faire connaître encore mieux nos valeurs ; et surtout dire quelles sont nos positions…

FLORENT PEIFFER
Mais ce serait une bonne candidate ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Sur le programme. Bien sûr.

FLORENT PEIFFER
Bien sûr. Emmanuel MACRON, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET ce matin elle aussi en parle, le clivage droite-gauche, est-ce qu'il est dépassé selon vous, vous êtes d'accord avec ça ?

JEAN-MICHEL BAYLET
On dit tout le temps ça, sauf que quand on arrive à l'élection présidentielle, au second tour il y a deux candidats, l'un qui représente la droite, l'autre qui représente la gauche. Et plus la campagne se déroule, plus on voit que ce clivage est une réalité tout simplement parce que droite et gauche, ça n'est pas la même chose. Moi je respecte les gens qui sont de l'autre côté, mais moi je suis un homme de gauche, je sais ce que c'est qu'être de gauche, je sais les valeurs que nous portons, je sais quels sont nos projets, notre vision de la société. La droite a un projet complètement différent qui ne…

FLORENT PEIFFER
Donc c'est de la démagogie ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Qui est de plus en plus près de l'extrême droite d'ailleurs.

FLORENT PEIFFER
C'est de la démagogie…

JEAN-MICHEL BAYLET
Ça n'est pas de la démagogie, c'est des débats que l'on a toujours hors les périodes électorales. Mais la démocratie doit fonctionner sur un certain nombre de principes, c'est les partis politiques que l'on vilipende de manière permanente également ; et c'est au second tour de l'élection deux projets de société différents qui doivent être offerts aux Français, pour qu'ils puissent choisir en toute connaissance de cause.

FLORENT PEIFFER
Il y a peu de temps, vous étiez contre la baisse de dotation des élus locaux, en tout cas vous faisiez partie des élus qui protestaient. Qu'est-ce que vous leur dites aujourd'hui à ces élus, maintenant que vous êtes en charge de ça ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Non, je n'étais pas contre la baisse de dotation, je me suis opposé à la suppression des départements, et avec succès puisque le département existe toujours. Je me suis opposé à ce que l'on limite les… du Sénat par la création d'un Grand Conseil des collectivités, j'étais contre cette partie-là de la loi Notre. Mais je n'ai jamais contesté qu'à partir du moment où – je le disais en début d'émission – il y a la nécessité absolue de redresser les comptes publics, l'Etat donne l'exemple et le fait très fortement, il est normal que les collectivités territoriales qui pèsent quand même pour beaucoup là-dedans soient aussi sollicitées. Elles le sont pour 11 milliards, nous sommes cette année à la dernière marche, c'est la troisième, c'est toujours la plus difficile.

FLORENT PEIFFER
Et François HOLLANDE va faire un geste ?

JEAN-MICHEL BAYLET
François HOLLANDE va au Congrès des Maires de France, j'imagine qu'il y va pour leur dire un certain nombre de choses. Et je pense que ce sujet sera abordé par le chef de l'Etat.

FLORENT PEIFFER
Dernière question, vous êtes partisan de la légalisation du cannabis, est-ce que le gouvernement doit ouvrir ce débat ?

JEAN-MICHEL BAYLET
Le débat est clos puisque le Premier ministre a dit qu'il n'était pas question de faire une loi. Mais je suis sûr que ce débat sera présent dans la prochaine campagne présidentielle, comme il le fut la dernière fois. Et oui, je le confirme, je suis pour la légalisation du cannabis pour des raisons de santé publique et pour des raisons de sécurité publique.

FLORENT PEIFFER
Merci beaucoup, merci d'avoir été avec nous.

JEAN-MICHEL BAYLET
Merci à vous.

FLORENT PEIFFER
Ce matin. Vous recevez ce rapport sur le RSA avec Manuel VALLS à 11 h 00 ce matin. On vous souhaite une belle journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 avril 2016

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