Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec France Info le 21 avril 2016, sur le décés de trois militaires français au Mali, la lutte contre le terrorisme, la situation en Libye et sur la vie politique en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avec France Info le 21 avril 2016, sur le décés de trois militaires français au Mali, la lutte contre le terrorisme, la situation en Libye et sur la vie politique en France.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

ti :

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour Jean-Yves LE DRIAN.

JEAN-YVES LE DRIAN
Bonjour.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bienvenue. Le président François HOLLANDE a rendu hier un hommage national aux Invalides, hommage aux trois soldats français tués par l'explosion d'une mine, c'était le 12 avril dernier au Nord du Mali. Jean-Yves LE DRIAN, nous sommes engagés dans une guerre qui n'en finit pas ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien, d'abord, je voudrais rendre aussi moi-même hommage à ces trois soldats, Damien NOBLET, Michael CHAUWLIN et Mickaël POO-SING, qui ont sacrifié leur vie pour notre sécurité, et pour notre liberté. Il y a eu 14 morts au Mali depuis le début de notre intervention. Mais la situation a beaucoup changé. Rappelez-vous en janvier 2013, où il y avait des convois de membres d'Al Qaida qui voulaient transformer le Mali en Etat sanctuaire terroriste. Et imaginez si nous n'étions pas intervenus que, aujourd'hui, il y aurait, à la fois le proto-Etat de Daesh au Levant, et un Etat islamique mené par Al Qaida au Mali, et peut-être ailleurs. Donc il fallait agir avec fermeté, avec détermination, pour vaincre militairement ces groupes liés à Al Qaida, c'est ce que nous avons fait. Et le fait que l'intervention de la France ait eu lieu de manière aussi rapide et aussi déterminée a permis à ce pays de retrouver la démocratie, d'avoir des élections, de retrouver la vie, d'avoir maintenant une croissance qui s'affirme, mais il reste encore une nébuleuse de microgroupes, qui ont été battus militairement, mais qui maintenant développent des actions terroristes. C'est pourquoi la force Barkhane reste là, et qu'il faut…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Elle va rester ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Reste là jusqu'à ce que les forces africaines soient en mesure, elles-mêmes, d'assurer leur sécurité, c'est pourquoi nous les formons en même temps, il y a une mission européenne qui le fait…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous avez vu ce qui s'est passé, ce qui s'est produit sur l'aéroport de Kidal, il y a une manifestation antifrançaise, on ne sait pas si elle est spontanée ou pas. On a l'impression que la France n'est pas forcément la bienvenue par endroits, au Mali ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien, les groupes terroristes évidemment ne sont pas satisfaits du fait que Barkhane et que la mission des Nations Unies, la MINUSMA, arrivent à contrôler et à sécuriser l'ensemble du territoire, parce que ça les empêche de mener leurs actions, et de mener leurs trafics, parce qu'il s'agit, à la fois de terroristes et de grands brigands, les deux mélangés qui essaient d'empêcher ce pays de retrouver totalement sa liberté et son intégrité. Mais il faut dire que nos forces ont été tout à fait à la hauteur, et je voudrais leur rendre hommage ici, nous sommes là pour la durée, parce qu'il faut mettre en oeuvre sur l'ensemble des pays du Sahel, et pas uniquement le Mali, la capacité pour les pays africains d'assurer leur sécurité, et leur liberté, mais c'est en même temps la sécurité et la liberté des Français, parce que s'il y avait des actions terroristes qui se développaient à partir de ces pays, c'est notre propre sécurité qui serait en cause. On parle beaucoup de Daesh, mais Al Qaida est toujours vivant.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, vous, vous évoquez la sécurité des Français, le Premier ministre, Manuel VALLS, ici-même, à ce micro, hier matin, a annoncé la prolongation de l'état d'urgence sur le territoire national durant toute la période de l'Euro 2016, le dispositif Sentinelle, Jean-Yves LE DRIAN, va-t-il être renforcé sur notre sol ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Le dispositif Sentinelle est là, il y a autour de 10.000 soldats qui sont…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, toujours…

JEAN-YVES LE DRIAN
Un peu moins de 10.000 maintenant, un peu plus de 10.000 au moment de l'Euro 2016. Mais en tout cas, ces forces sont là, je leur rends hommage parce que, elles mènent un travail difficile, il faut beaucoup de sang-froid et de vigilance, et elles sont en appui des forces de sécurité intérieure, elles sont sous la responsabilité du ministre de l'Intérieur, mais elles sont aussi très déterminées à assurer notre propre sécurité. D'ailleurs, les Françaises et les Français le reconnaissent, puisque ces soldats, comme les forces de l'ordre, d'une manière générale, ont un accueil tout à fait chaleureux lorsqu'elles se déploient, et elles assurent notre sécurité, et elles l'assureront aussi pendant l'Euro. Il faut que l'Euro se tienne…

GUY BIRENBAUM
Une difficulté quand même avec ce qu'on appelle les fan-zones, ces endroits où le public pourra massivement regarder les matchs sur des grands écrans, il faut sécuriser.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais il faut que l'Euro puisse être aussi une fête. Et la plus grande victoire des groupes terroristes, de Daesh, en particulier, serait que nous renoncions à cette vie collective, et que nous ne soyons pas en mesure d'assurer l'engouement qui va se passer à ce moment-là. Parce que, ce que veulent ces groupes, ce que veut Daesh, c'est en fait de semer une idéologie de mort et d'empêcher notre pays, et les pays occidentaux, de vivre comme ils le souhaitent, et d'avoir des manifestations sportives, festives, culturelles, et donc il ne faut pas renoncer. C'est la raison pour laquelle l'état d'urgence va être prolongé si le Parlement le décide, et nous permettre d'avoir un Euro 2016 et un Tour de France qui se déroulent dans les meilleures conditions ; c'est une manière de résistance, et d'affirmation de ce que nous sommes.

GUY BIRENBAUM
Je reviens sur le théâtre des opérations, comme on dit, vous avez dit récemment, en 2016, ça doit être le début de la fin pour Daesh, est-ce que ce n'est pas un objectif présomptueux ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Vous savez, moi, je suis généralement très prudent lorsque j'analyse les situations sur le théâtre, j'évite les messages de trop grand optimisme, et je suis allé la semaine dernière sur la ligne de front au Levant, à la fois à Bagdad et dans le Kurdistan, et puis, j'ai accompagné le président de la République en Jordanie, saluer nos aviateurs, qui frappent régulièrement sur des cibles au Levant, je constate que Daesh recule, et que Daesh recule significativement. Je pense que depuis l'occupation par Daesh de la Syrie et de l'Irak, et depuis la tentative d'attaque sur Bagdad en juin 2014, Daesh a perdu entre 30 et 40 % de son territoire. C'est beaucoup.

GUY BIRENBAUM
Mais la coalition est sur le point de vaincre Daesh ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Alors, maintenant, il faut continuer notre action, ce n'est pas fini. Il faut se donner des objectifs, les objectifs que la coalition se donne, c'est que Mossoul et Raqqa tombent avant la fin de l'année, je ne vous dis pas que ça va se faire, mais en tout cas, c'est la feuille de route que la coalition –…

GUY BIRENBAUM
2016 ?

JEAN-YVES LE DRIAN
La fin de l'année 2016 – que la coalition s'est donnée. Il faudra beaucoup d'acuité pour mener cette bataille, beaucoup de détermination, mais je pense que les conditions sont en train de se réunir pour éradiquer Daesh, je le dis avec beaucoup de précaution, malis pour la première fois, j'ai ce message un peu d'optimisme. Et puis, nous avons des soldats français qui, non seulement, assurent leur part dans la coalition, par des frappes régulières, nous frappons tous les jours quasiment, on n'en parle pas, mais on frappe quasiment tous les jours, et puis, nous avons aussi des soldats qui forment l'armée irakienne, et les forces du Kurdistan, parce que le territoire sera repris par ceux qui y habitent et non pas par des forces extérieures.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Yves LE DRIAN, il y a le problème de la Libye également. Vous avez entendu ce matin, selon le HCR, 500 personnes auraient péri noyées en Méditerranée dans leur tentative de traverser depuis la Libye vers la Grèce, on a l'impression… je ne sais pas, d'abord, est-ce que vous avez des informations complémentaires sur cette annonce…

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, je n'ai pas d'information autre que celle que vous donnez…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ce sont des enquêtes en cours.

JEAN-YVES LE DRIAN
Mais la Libye, c'était le chaos, par des groupes qui s'affrontaient les uns les autres, une situation politique extrêmement instable, deux gouvernements qui fonctionnaient en même temps, quasiment deux Parlements qui n'arrivaient pas à s'entendre. Maintenant, il y a un gouvernement d'union nationale, qui est présidé par monsieur Al-SARRAJ, qui fait preuve d'un grand courage en s'installant à Tripoli, et en essayant de rassembler…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, ce n'est pas fait quand même…

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais c'est quand même une nouveauté que je tiens à saluer, d'ailleurs, Jean-Marc AYRAULT, le ministre des Affaires étrangères, s'y est rendu il y a quelques jours, pour montrer le soutien de l'ensemble de la communauté internationale à l'initiative et à l'action déterminée d'Al-SARRAJ, qui est vraiment soutenu par toute la communauté internationale, il faut qu'il réussisse à consolider sa présence et à rassembler les Libyens, pour sortir du chaos, ça, c'est le premier point…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Engagement militaire ou pas ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a deux risques en Libye, même lorsque monsieur SARRAJ sera complètement établi, le premier risque, c'est la présence de Daesh en Libye, dans la région de Syrte, 4.000 à 5.000 combattants, ça date d'un an, c'est récent, il ne faut pas que ça se prolonge et que ça s'accentue…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Le pétrole n'est pas loin…

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est à 350 kilomètres de l'Europe, parce que Lampedusa est tout près, et donc l'objectif de ce gouvernement, que j'espère bientôt totalement unifié, sera de combattre Daesh, là, ça, c'est le premier risque. Et le deuxième risque, que vous évoquez, c'est le fait qu'il y ait des passages de réfugiés, que des passeurs s'enrichissent, que ces dizaines de milliers de réfugiés, qui sont aujourd'hui en Libye, qui attendent un passage éventuel en Europe, puissent éviter les marchands de misère qui, aujourd'hui, essaient de les organiser pour des aventures qui généralement finissent dans le drame. Donc les deux sont liés, et la priorité, c'est d'assurer un gouvernement libyen unifié. Nous multiplions les initiatives pour que cela se passe ainsi.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Yves LE DRIAN, vous êtes ministre de la Défense, et Nicolas TEILLARD rappelait tout à l'heure que vous êtes également président de la Région Bretagne. Et nous sommes aujourd'hui, eh bien, oui, le 21 avril, ça rappelle des souvenirs, peut-être à certains, la gauche n'est-elle pas en train de perdre l'élection présidentielle à un an du scrutin ; il y en a partout, tout le monde en parle ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, sauf que l'élection présidentielle, c'est l'année prochaine.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
2017 !

GUY BIRENBAUM
Un scoop…

JEAN-YVES LE DRIAN
Alors, donc, je pense qu'il faut se garder de tout pronostic trop en avant, je pense que François HOLLANDE doit se préparer à ce combat, la gauche doit se réunifier pour le faire, l'ensemble…

GUY BIRENBAUM
Vous lui dites de se présenter également ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, je pense, moi, c'est mon avis, je pense que je souhaite, moi, qu'il se présente, parce que c'est un homme d'Etat, c'est un homme de grand courage, c'est un homme de détermination dans une période extrêmement difficile, et je trouve qu'il a su faire preuve de sa capacité d'agir, sa capacité de décision, moi, lorsque je le rencontre, sur les responsabilités qui sont les miennes, j'ai toujours rencontré un homme d'Etat capable de décider, capable d'agir, avec beaucoup de détermination, qui est reconnu et respecté dans le monde entier.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Au moins, c'est clair. Au moins, ça a le mérite de la clarté, ce matin, Jean-Yves LE DRIAN, parce que ce n'est pas évident tous les jours…

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien, je dis ce que je pense, c'est bien le rôle de l'émission.

GUY BIRENBAUM
Comment ça se passe avec monsieur MACRON, vous, qui le croisez au Conseil des ministres, on a l'impression qu'on a, là, une partition complètement solitaire, qui se joue jour après jour ?

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est un homme intelligent, c'est un homme…

GUY BIRENBAUM
Ce n'était pas ma question !

JEAN-YVES LE DRIAN
Eh bien, je réponds, c'est un homme qui a beaucoup d'enthousiasme, c'est un homme qui aime bien être un peu iconoclaste. La seule remarque que je pourrais faire, parce que je suis presque le doyen de Conseil des ministres, la remarque que je peux lui faire après mon expérience, c'est que la vie politique, et en particulier lorsqu'on est membre d'un gouvernement, c'est un peu comme au football, puisqu'on parlait de l'Euro, il faut jouer collectif, sinon, on ne gagne pas.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est ce qu'a dit Manuel VALLS hier, je demande à chaque ministre d'être pleinement attelé à sa fonction, il l'a dit ici-même.

JEAN-YVES LE DRIAN
A sa fonction et au jeu collectif.

GUY BIRENBAUM
Ça ne vous laisse pas beaucoup de temps pour la Bretagne tout ça ?

JEAN-YVES LE DRIAN
J'ai été très clair avec les Bretons lorsque je me suis présenté devant eux, je leur ai dit qu'il était probable que je reste ministre de la Défense pendant un certain temps, en raison de la gravité de la situation, et que si le président de la République me le demandait, j'assurerais mes fonctions jusqu'au moment où il l'estime nécessaire, les Bretons ont voté en toute connaissance de cause, ils m'ont porté à la présidence de la Bretagne, je l'assume avec une équipe, une équipe compétente, avec un premier vice-président de très bon niveau, qui a gagné lui-même la confiance des Bretons, j'assume.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Jean-Yves LE DRIAN, vous avez entendu parler de « He oh, la gauche », c'est le meeting organisé le 25 avril, donc la semaine prochaine, par Stéphane LE FOLL, en soutien à François HOLLANDE. Est-ce que vous irez à cette manifestation, à ce meeting ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je pense que cette initiative est bonne, Stéphane LE FOLL veut organiser une rencontre pour montrer comment la gauche et ce gouvernement a réussi dans cette période difficile à faire en sorte que notre modèle social puisse être maintenu, mais adapté, mais maintenu, et qu'il faut le faire savoir, et en particulier, le tiers-payant, la prime d'activité, l'ensemble des mesures qui ont été prises, qui ne sont sans doute pas assez connues, et il souhaite en réunissant les ministres concernés le faire savoir. Moi, je ne suis pas directement concerné par ces compétences-là, je reçois ce jour-là par ailleurs le gouverneur d'Australie qui vient en France pour les anniversaires de la dernière guerre 14-18…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous avez un agenda chargé…

JEAN-YVES LE DRIAN
Mais je soutiens totalement cette initiative.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci en tous les cas à vous d'avoir été notre invité ce matin, Jean-Yves LE DRIAN, sur France Info.

JEAN-YVES LE DRIAN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 avril 2016

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