Déclaration de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, sur le rôle et les propositions des femmes dans les politiques climatiques, à New York le 20 avril 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, sur le rôle et les propositions des femmes dans les politiques climatiques, à New York le 20 avril 2016.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène.

FRANCE. Ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat

Circonstances : Forum de haut niveau de l'Union africaine, sur le thème "Six propositions pour les femmes et le climat en Afrique", à New York (Etats-Unis) le 20 avril 2016

ti : Les femmes sont les principales victimes du climat.
Mais elles sont l'essentiel de la solution.

La réunion d'aujourd'hui s'inscrit dans la suite de l'événement qui a rassemblé des centaines de femmes à la COP21 à Paris avec Winnie Byanyima, Vandana Shiva et Mary Robinson.

I. Les femmes, principales victimes

- Longtemps oubliées des négociations climatiques.

- Aujourd'hui, les femmes sont le 5ème objectif du développement durable.

- Dans l'Accord de Paris, elles ont été intégrées dès le préambule et leur rôle a été reconnu, grâce au poids des ONG et aux négociations, jusqu'au dernier moment.

- Winnie Byanyima a aussi parlé à l'Action Day de la COP21 : vous avez dit à quel point le changement climatique est une injustice, appauvrissant les plus pauvres, et un fléau pour les femmes obligées d'aller chercher l'eau et le bois de plus en plus loin, consacrant chaque année 40 milliards d'heures à cette tâche harassante.

- L'agriculteur en Afrique est d'abord une agricultrice qui produit 80 % de l'alimentation mais ne possède que 10 % des terres.

- Les femmes sont les plus touchées par les catastrophes climatiques : 70 % des victimes du terrible tsunami d'Asie de 2004 étaient des femmes. Elles ne savent ni nager, ni grimper aux arbres, protégeant leurs enfants avant elles-mêmes. Elles sont aussi peu associées aux programmes d'alerte.

- Réfugiées climatiques, victimes de déplacements forcés, elles sont vulnérables : agressions sexuelles, traite des femmes, prostitution forcée.

Donc : cet impact différencié doit être pris en compte dans toutes les politiques climatiques.

II. Les femmes sont l'essentiel de la solution

- Les femmes sont combatives, inventives, créatives : elles ne demandent qu'à agir. Elles représentent une formidable énergie à encourager.

- Les femmes sont en charge des problèmes quotidiens de survie, la faim et la soif des enfants, comme le montre la situation en ce moment au Congo ou en Ethiopie, donc elles connaissent les services rendus par la nature.

- Plusieurs exemples l'illustrent :
* femmes de Cotonou qui récupèrent les déchets et les revendent en engrais,
* les gohotos du Bénin qui récupèrent les rébus et ont créé leur entreprise avec Oxfam,
* au Sénégal, les femmes qui ont monté des élevages de chèvres à Fatick,
* et d'autres que je j'ai rencontrées aussi qui valorisent le produit de la pêche, après le départ et la noyade de leurs enfants à Thiaroye au Sénégal et qui se sont battues pour que les plus jeunes aient un emploi.

- Gestion de l'eau, foyers à combustion lente, fours solaires : les énergies de proximité sont une des clés majeures de la solution.

- Selon les Nations unies, si les femmes avaient le même accès que les hommes aux moyens de production, elles augmenteraient de 20 à 30 % leur production agricole et pourraient nourrir 150 millions de personnes de plus immédiatement.

Donc :

- Une part essentielle de la solution est là : accès des femmes à l'éducation, à la formation, aux technologies, aux études scientifiques et techniques, à l'agronomie et à des financements réservés.

- La mise en place d'une application ambitieuse de l'Accord de Paris doit être aussi une action ambitieuse pour les femmes, sans elles, il est impossible de réaliser l'objectif des 1,5 degrés. Permettez-moi pour terminer d'évoquer une grande figure qui témoigne du à caractère décisif et universel du rôle des femmes : Wangari Maathai :
* prix Nobel de la paix,
* fondatrice au Kenya du Green Belt Movement qui planta des dizaines de millions d'arbres,
* et dont j'avais donné le nom à la grande salle de projection et débats à la COP21 à Paris.

III. Propositions de la présidente de la COP

- 100 % des contributions nationales doivent intégrer la dimension femmes : actuellement, 36 % des contributions déposées par les États intègrent la dimension femmes ; tous les programmes doivent les intégrer.

- Consacrer la moitié des ressources consacrées aux productions décentralisées d'énergie dans le cadre des 10 milliards de dollars mobilisés lors de la COP21 à des projets construits par des groupes de femmes en circuit court.

- Créer des écoles agricoles pour les femmes, avec des programmes intégrant les énergies renouvelables.

- Soutenir un programme massif d'appareils de cuisson au biogaz, de fours solaires, de foyers à combustion lente.

- Dans les dispositifs d'alerte, avec le programme CREWS, prévoir le financement à parité : la moitié des actions seront financées pour des femmes.

- Reconnaître le rôle des femmes : c'est le prix femmes d'Afrique et climat' auquel je propose de donner le nom de Prix Wangari Maathai. Pour reprendre l'expression d'Oxfam sur les "héroïnes de l'alimentation ", il s'agira d'encourager et de reconnaître les héroïnes du climat".


Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 26 avril 2016

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