Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur le soutien de l'Etat, en tant qu'actionnaire d'Eramet, à la Société Le Nickel, à Nouméa le 29 avril 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur le soutien de l'Etat, en tant qu'actionnaire d'Eramet, à la Société Le Nickel, à Nouméa le 29 avril 2016.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement en Nouvelle-Calédonie du 29 avril 2016 au 1er mai - Visite de la Société Le Nickel sur son site de Doniambo à Nouméa le 29

ti : Madame la ministre,
Madame la parlementaire, messieurs les parlementaires,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur le Président du conseil d'administration de la SLN,
Monsieur le Président-directeur général d'Eramet,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames et messieurs les salariés de la SLN,


J'ai visité il y a quelques instants, avec la ministre des outre-mer, cette impressionnante usine de Doniambo.

Découvrir ces installations industrielles, observer une coulée de nickel, c'est être au coeur de ce qui a été l'une des premières industries à Nouméa et en Nouvelle-Calédonie.

La SLN tient, je le sais, une place centrale dans l'économie de la Nouvelle-Calédonie, symbolisée par son implantation au centre de Nouméa.

La SLN, c'est aussi l'histoire de plusieurs générations de Calédoniens qui s'engagent pour le développement de leur territoire. La Nouvelle-Calédonie d'aujourd'hui leur doit beaucoup. C'est par leur travail, leur professionnalisme, parfois même leur sacrifice, dans un secteur difficile, celui de la mine, que le territoire s'est construit.

Dans cet héritage historique, il y a ce qu'on connaît, et ce qu'on dit moins : il faut savoir le reconnaître et l'assumer, aujourd'hui que les salariés de l'entreprise sont à l'image de toute la société calédonienne.

Je tiens à apporter la reconnaissance de toute la Nation aux salariés, aux sous-traitants, aux retraités - à leurs familles - qui ont tant fait depuis tant d'années. Vous pouvez être fiers du travail accompli !

Et je constate aujourd'hui que, en dépit des vicissitudes des marchés et des changements d'actionnaires, la SLN continue de produire plus de nickel que tous les autres industriels en Nouvelle Calédonie réunis.


Mesdames, messieurs,

Le devoir d'un Premier ministre est de ne pas taire les problèmes, de ne pas non plus les minimiser. Il est de savoir poser des diagnostics lucides et de contribuer, au nom de l'Etat, à l'élaboration de réponses pour préparer l'avenir.

Regardons donc les choses en face, avec lucidité : oui, la situation est grave.

Oui, le secteur du nickel est, plus que jamais, fragile.

Oui, la SLN endure une crise sans précédent.

Comme toutes les entreprises minières et métallurgiques, elle est frappée de plein fouet par les profonds déséquilibres mondiaux dans le secteur des matières premières, qui a vu les cours du nickel être divisés par trois. Au cours actuel, les usines ne sont plus rentables et elles nécessitent d'énormes apports financiers.

Au niveau mondial, la surproduction gonfle les stocks et les analystes financiers exigent des industriels des réductions de capacité. Le statu quo n'est pas tenable ; car dans cette concurrence féroce, les avantages liés à la qualité des réserves ne suffisent plus à compenser les différentiels de compétitivité avec certains pays à bas coût.

La SLN doit, de surcroît, réaliser des investissements importants pour assurer son avenir.

Les formations politiques, les responsables institutionnels calédoniens et l'Etat en sont conscients. L'un des points de la déclaration du comité des signataires du 6 février dernier consacré au nickel, le point 5, pour être précis, concernait ainsi spécifiquement la SLN.


Pour surmonter cette crise très dure, chacun devra faire des efforts.

Je tiens d'abord à saluer les efforts fournis par la SLN, qui vous touchent directement et fortement, avec l'élaboration d'un plan d'économies ambitieux. Il comporte des mesures significatives qui permettront de réduire ses coûts. Si le redressement anticipé des prix du nickel se confirme, cela permettra, à terme, un retour à l'équilibre.

Mais de nombreux efforts doivent être fournis par la société pour mettre en oeuvre ce plan d'économies ; et la crise n'est pas terminée.

L'entreprise doit continuer à améliorer sa compétitivité, à réduire ses coûts. Il appartient à la direction de la SLN de faire des propositions et de les mettre en oeuvre. Il y va de la survie de la SLN.


Un soutien des actionnaires est également indispensable.

Quand les cours du nickel étaient au plus haut, les actionnaires de la SLN ont reçu des dividendes. Maintenant qu'ils sont au plus bas, ils doivent prendre leurs responsabilités en assurant la trésorerie de l'entreprise.

Vous connaissez la structure du capital de la SLN : l'Etat en détient indirectement 14 %, à travers sa participation dans ERAMET, qui contrôle 56 % de la SLN. La STCPI en possède 34 %. Or, à ce jour, force est de constater que seul ERAMET a accompli son devoir d'actionnaire, en apportant 150 millions d'euros à la SLN.

L'Etat, en tant qu'actionnaire d'ERAMET, soutiendra, je m'y engage, tous nouveaux efforts qui seront décidés par les organes de gouvernance du Groupe. Il le fera dans le cadre d'un plan qui permette de passer le cap de la crise, et aussi d'assurer l'avenir de la SLN.

Si ERAMET doit faire plus, elle ne peut porter seule le destin de la SLN. L'actionnaire STCPI doit également contribuer. J'en appelle donc, conformément au dernier comité des signataires, à l'esprit de responsabilité et de solidarité de l'ensemble des acteurs.

L'Etat a fait une proposition très concrète à la STCPI, sous forme de prêt, pour la mettre en situation d'assumer pleinement ses devoirs d'actionnaire pour couvrir les besoins de financement jusqu'en 2018 et passer la crise. Cette intervention, dont les modalités sont en cours de discussion avec tous les actionnaires, pourrait aller jusqu'à 200 millions d'euros, soit environ 24 milliards de francs pacifique, ce qui représente un effort très important dans le contexte budgétaire actuel.

Il revient maintenant à la STCPI de se prononcer, avant le prochain conseil d'administration d'ERAMET, sur cette proposition et de s'engager aux côtés l'Etat pour le futur de la SLN.

Je souhaite aussi que, comme cela avait été décidé, l'autonomie de gestion de la SLN soit renforcée par rapport à son actionnaire majoritaire ERAMET. C'est une condition indispensable pour une meilleure intégration et responsabilité de la Nouvelle Calédonie dans sa gestion.

La situation exige qu'aucune piste permettant d'accroître la rentabilité de la SLN ne soit négligée. C'est vrai par exemple sur le coût de l'énergie : un dialogue fructueux pourrait se nouer avec ENERCAL.


L'Etat veillera, pour sa part, à ce que les économies mises en oeuvre par la SLN, qui auront des conséquences pour l'ensemble des acteurs et des personnels, soient compatibles avec le maintien de la cohésion sociale au sein et autour de la SLN - cohésion qui a permis à l'entreprise de toujours traverser les crises, économiques ou politiques.

Par ailleurs, même si la mission principale de la SLN n'est pas l'exportation de minerai, il n'y a aucune raison que l'entreprise soit exclue du programme d'urgence des exportations décidé au dernier comité de signataires. L'accès à ce programme permettra d'améliorer sa rentabilité, donc de préserver des emplois. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous passer de sources de revenus indispensables.

Nous voulons, à plus long terme, garantir l'avenir de la SLN sur les prochaines décennies. Ce qui veut dire : aborder de front l'incontournable question d'une nouvelle centrale électrique. Pierre FROGIER et Philippe GOMES ont légitimement interpellé l'Etat sur ce sujet majeur.

Et l'Etat répondra présent : le Gouvernement soutiendra les démarches qui permettront de concrétiser ce projet.

La centrale actuelle doit impérativement être remplacée à l'horizon 2020 : son obsolescence handicape en effet gravement la rentabilité de l'usine. Pendant très longtemps, le groupe ERAMET a considéré que la centrale ne pouvait être réalisée qu'en interne, sans pour autant programmer concrètement son financement. Rien ne semble désormais s'opposer à ce qu'un schéma alternatif de construction et de financement soit examiné, qui ne pèse pas sur les comptes d'ERAMET. Un financement non seulement par la SLN, mais aussi, éventuellement, par d'autres groupes industriels, spécialisés dans l'énergie, qui pourraient participer et revendre l'électricité à la SLN.

Je m'engage à ce que l'Etat puisse apporter, en temps utile, dans le respect des règles européennes et avec l'autorisation du Parlement en Loi de Finances, une garantie sur le financement bancaire du projet de centrale, pour en faciliter la réalisation.

Nos objectifs sont donc clairs :

- D'abord nous mobiliser, chacun dans nos responsabilités, pour préserver la SLN et lui permettre de passer la crise mondiale actuelle. Ceci suppose une solidarité sans faille ni arrière-pensée de tous les acteurs, une répartition équitable et réaliste des efforts demandés, une application loyale des décisions du Comité des Signataires.
- Deuxième objectif : assurer les conditions de la compétitivité de SLN sur le long terme.


Au-delà de la SLN, le dossier du nickel calédonien a fait récemment l'objet d'échanges nourris et positifs, notamment à partir du rapport de Michel COLIN. Le comité des signataires du 6 février a permis d'aboutir à une déclaration solennelle, rédigée en commun par les Partenaires calédoniens et l'Etat, pour laquelle je me suis personnellement impliqué et dont je suis le garant.

Ce relevé clair, simple, doit être respecté – de bonne foi – par tous.

Il affirme que les solutions passent par des réponses communes, fortes, pour l'avenir économique et la cohésion sociale de la Nouvelle Calédonie.

Il affirme que tous ont un devoir de solidarité envers les acteurs de la filière nickel ; et rappelle notre attachement aux trois grandes usines, notamment à l'usine du Nord, qui doit beaucoup à l'engagement du Premier ministre Lionel JOSPIN.

Et j'insiste sur la nécessité de conforter l'ensemble des métiers de la mine et de la métallurgie, comme l'ensemble des zones du territoire.

A cet effet, il a été décidé que des mesures seraient prises rapidement via le programme prévisionnel d'urgence des exportations, selon des procédures lisibles et après un débat transparent. J'appelle chacun à bien mesurer ses responsabilités en la matière, sur le résultat comme sur la méthode. Cette décision engage toutes les institutions calédoniennes. Il y va du respect de la parole donnée.

La survie du nickel calédonien sera collective ou, ce que je me refuse à envisager, l'échec sera collectif.

La Nouvelle Calédonie vit sous les yeux des opérateurs du monde entier. Comme la France métropolitaine, elle a grandement besoin des investisseurs étrangers : Brésiliens, Coréens, Japonais, Suisses. La Nouvelle-Calédonie doit rester la terre attractive qu'elle a été.

Or, comment imaginer qu'ils puissent durablement lui accorder la confiance qu'elle mérite, qui lui est indispensable sur les marchés mondiaux, si elle n'applique pas les décisions qu'elle a collectivement prises ?

Le temps n'est donc plus à des pudeurs, ou à je ne sais quelles manoeuvres. Il est au passage à l'action. Chacun doit bien mesurer que les divergences doivent être surmontées, que les engagements pris doivent être tenus et que chacun sera responsable de ses choix.


Le Comité des signataires a également débattu de la redéfinition d'une gouvernance de la filière nickel pour les prochaines décennies. Car en 20 ans, depuis les accords de Bercy, tout a changé en Nouvelle-Calédonie : le nombre d'industriels, les débouchés, l'adhésion des populations elle-même…

Et c'est maintenant que se prépare le secteur d'après la crise. Cette préparation sera un signe tangible et fort de la volonté collective d'en sortir.

Les réflexions doivent porter sur les modalités d'association et de contrôle des groupes métallurgiques par les pouvoirs publics calédoniens ; sur la politique de gestion des ressources ; sur le rôle et les moyens des maires des communes minières ; sur la politique de l'exportation ; et bien évidement sur la nécessité d'un Fonds Souverain pour les générations futures.

Le besoin, dans tous ces domaines, de procédures plus claires et plus lisibles, plus favorables à l'économie calédonienne, a été souligné par tous.

Pour parvenir à des réponses partagées, qui puissent être présentées au prochain Comité, comme les Partenaires s'y sont engagés, j'invite le groupe de travail des présidents et des signataires (GTPS) à accélérer ses travaux, toujours avec l'appui de l'Etat, pour avancer concrètement sur les points de convergences comme sur les sujets encore en débat.

Là encore, l'urgence nous presse. Les sujets de fonds importent plus que les questions de format, alors que la gouvernance du nickel calédonien est un élément fondamental de sa crédibilité.


Mesdames et messieurs,

L'élan que nous avons trouvé sur ces sujets en février fait que je ne doute pas que ces travaux progresseront rapidement. Je ne doute pas, non plus, que la SLN et l'économie du nickel calédonien aient un bel avenir devant eux. Et je sais que la question du nickel est indissociable de l'avenir politique de ce territoire.

L'Etat a toujours été aux cotés de la Nouvelle Calédonie. Ensemble, nous avons traversé déjà bien des crises. Unis, il sera non seulement possible de surmonter celle-ci, mais aussi de préparer les années qui viennent.


Je vous remercie.


Source http://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr, le 2 mai 2016

Rechercher