Tribune de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur son compte Facebook le 2 mai 2016, sur la politique de l'enseignement, intitulée "Nous refondons notre école". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur son compte Facebook le 2 mai 2016, sur la politique de l'enseignement, intitulée "Nous refondons notre école".

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Journées de la refondation de l'école, au palais Brongniart, à Paris les 2 et 3 mai 2015

ti : Depuis quatre ans, nous menons, avec les enseignants et les personnels de l'Education nationale, un chantier immense : la refondation de notre école, portée aujourd'hui par Najat VALLAUD-BELKACEM. Elle se poursuit en ce moment avec deux « journées de la refondation » qui réunissent l'ensemble des acteurs de l'enseignement.

Une réforme d'une telle ampleur n'avait pas été engagée depuis longtemps. De la maternelle au lycée, des programmes jusqu'aux rythmes scolaires, nous avons tout repensé, tout remis en cohérence.

Il le fallait, car notre école républicaine, voulue pour combattre les inégalités, encourager le mérite, promouvoir l'excellence, allait mal. Notre système scolaire était devenu le plus inégalitaire d'Europe. Quelques chiffres : les enfants d'ouvriers représentent 13 % des étudiants inscrits en licence, 5 % des doctorants et 3 % des élèves de grandes écoles.

Pour refonder l'école, nous avons agi avec méthode, en affectant les moyens nécessaires, aussi bien humains que budgétaires.

Chacun le sait : c'est dès la petite enfance que la réussite ou l'échec se jouent. 80 % des élèves qui finissent par quitter l'école sans diplôme, par « décrocher », sont en difficulté dès le primaire. Nous devions donc concentrer nos efforts sur le premier degré.

Nous avons ouvert, entre 2012 et 2015, plus de 1 100 classes afin de scolariser les enfants de moins de trois ans, et proposé 25 000 nouvelles places. Le nombre d'élèves préscolarisés avait été divisé par trois entre 2001 et 2012, alors même que cette démarche permet de mettre tous les élèves, dès le plus jeune âge, sur un pied d'égalité.

La maternelle – cette spécificité française, appréciée des familles – s'est affirmée comme le cycle des premiers apprentissages. Et les élèves du CP au CM2 sont, grâce au dispositif « plus de maîtres que de classes », mieux accompagnés pour acquérir les compétences indispensables : lire, écrire, compter.

Nous avons aussi réformé les rythmes scolaires, introduit une cinquième matinée pour mieux organiser les cours, mieux les répartir sur la semaine. Grâce à l'engagement des élus locaux, les enfants accèdent maintenant très largement à des activités périscolaires de qualité – sportives, culturelles… –, qui complètent leur apprentissage.

Il fallait, également, revoir l'organisation du collège pour enrayer cette logique sournoise qui fait que ceux qui connaissent des difficultés en arrivant en 6e ne les comblent jamais. Pire, ces difficultés ne font que s'aggraver.

Les nouveaux programmes renforceront la transmission des savoirs fondamentaux dans toutes les matières, tout en développant les nouvelles compétences dont les collégiens d'aujourd'hui ont besoin, comme le numérique ou les langues vivantes. Nous étions arrivés à un système à deux vitesses, où certaines familles contournent la carte scolaire pour inscrire leurs enfants dans les meilleures écoles, avec les bonnes options, alors que les autres élèves devaient attendre la 4e pour commencer une seconde langue vivante. Ce n'était pas acceptable ! Dorénavant, tous les collégiens commenceront, dès la 5e, à étudier une deuxième langue. Ce que nous voulons, ce n'est pas enlever quoi que ce soit aux meilleurs. Ce n'est pas « l'égalitarisme », « le nivellement par le bas ». C'est l'excellence. Pour tous, en fonction de son mérite. C'est cela, réellement, la mise en œuvre de la promesse républicaine.

Nous avons voulu faire confiance et laisser une plus grande liberté aux équipes pédagogiques, pour qu'elles s'adaptent mieux aux besoins des élèves et organisent elles-mêmes une partie du temps scolaire : en renforçant le travail en petits groupes, en mettant en place un accompagnement plus personnalisé. A cette réforme s'ajoutent de nouvelles modalités d'évaluation des élèves, compréhensibles par les familles, dont la logique sera moins de sanctionner les fautes que de valoriser les progrès. Elles seront mises en œuvre à la rentrée 2016.

Au lycée, nous agissons pour que l'enseignement professionnel trouve pleinement sa place. Il est trop souvent une filière « par défaut ». Les bacheliers professionnels pourront accéder plus facilement aux sections de techniciens supérieurs (STS) – qui recrutent aujourd'hui surtout dans les filières générales et technologiques, là où elles devraient être le prolongement naturel des « bacs pro ». Nous agissons, plus largement, pour que tous les élèves soient mieux orientés pour choisir la filière post-bac qui leur convient – on sait à quel point ce n'était pas le cas.

Refonder notre école, c'est donner plus à ceux qui en ont le plus besoin. Nous avons donc réformé l'éducation prioritaire. Nous avons également redoublé d'efforts pour lutter contre le décrochage scolaire. Et les résultats sont là : on comptait, il y a cinq ans, 620 000 jeunes sans diplôme – ils sont moins de 500 000 aujourd'hui. C'est encore trop. Il faut donc poursuivre cette action. Et nous agissons, dans le cadre de la loi Travail, portée par Myriam EL KHOMRI, pour que tous les jeunes décrocheurs puissent, grâce au compte personnel d'activité, acquérir une qualification, apprendre un métier.

Nous nous sommes, enfin, attaqué au problème de la mixité sociale. Dans une vingtaine de départements volontaires, une nouvelle sectorisation, de nouvelles modalités d'affectation, une nouvelle offre éducative seront mises en place, dès cette rentrée, pour enrayer les logiques de l'entre-soi. Nous devons poursuivre cette ambition, et la généraliser le temps voulu.

Refonder notre école, c'est aussi lui permettre de former, plus qu'elle ne le fait aujourd'hui, des citoyens éclairés, conscients de leur appartenance à une même Nation. Les attentats de janvier 2015 ont souligné plus encore les failles qui traversent notre société, les mécanismes de rejet, de repli, de haine qui sont à l'œuvre. L'école, parce qu'elle est en première ligne, devait se mobiliser pour rappeler ce qui fait notre cohésion, pour mieux développer l'esprit critique, réaffirmer l'importance du libre arbitre. C'est le but de la grande mobilisation de l'école pour les valeurs de la République, aux premiers rangs desquelles figure bien évidemment la laïcité.

Refonder l'école, c'est renouveler les pratiques, les dispositifs. C'est aussi réaffirmer la place et le rôle des enseignants. Nous savons ce que nous devons aux professeurs, aux équipes éducatives qui s'engagent, chaque jour, pour faire réussir leurs élèves, pour accompagner nos enfants.

60 000 postes supplémentaires auront été créés sur le quinquennat. La formation initiale – qui, je le rappelle, avait été supprimée par la majorité précédente ! – a été rétablie, et la formation continue renforcée. Nous avons lancé des travaux pour construire de nouveaux parcours de carrière et mieux reconnaître le métier d'enseignant. C'est dans ce cadre que nous allons poursuivre la revalorisation des salaires dans le premier degré, initiée en 2013. Nous le devons à ces maîtres, qui restent les « hussards » de la République.

Au-delà, l'école a également besoin de l'engagement de tous ses partenaires : les parents, les collectivités territoriales, les mouvements d'éducation populaire, le monde économique, le monde de la culture. C'est une responsabilité collective. Une communauté d'adultes qui permet à chaque enfant de se construire.

Bien des défis restent encore à relever. Réaffirmer notre ambition pour la jeunesse, c'est notamment mieux accompagner celles et ceux qui veulent poursuivre des études. J'engage donc tous les opérateurs de l'enseignement supérieur, de la formation, de l'apprentissage à permettre à nos jeunes de réaliser leurs projets, quelle que soit la filière qu'ils choisissent. Il faut faire la démonstration que la réussite ne passe pas uniquement par les filières scolaires dites « classiques » ! Il faut encourager tous les talents.

Bien sûr, il faut du temps pour corriger les inégalités, casser la ségrégation sociale et territoriale, redonner confiance aux enseignants. C'est l'affaire d'une décennie. Il fallait agir vite. Et il faudra agir dans la continuité.

En refondant l'école, nous refondons par les actes un modèle plus juste, plus équitable, qui permet à chacun de trouver sa place de citoyen et qui redonne à tous l'envie de construire l'avenir de notre pays.

Si nous refondons notre école, c'est pour rétablir l'égalité des possibles, c'est pour tenir la promesse de la République. C'est pour que la France puisse mieux avancer.


Source http://www.gouvernement.fr, le 3 mai 2016

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