Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur l'importance des Accords de Matignon et de Nouméa pour l'unité institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie et la réaffirmation de l'engagement de l'Etat en faveur du développement économique des Iles Loyauté, à Lifou le 1er mai 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, sur l'importance des Accords de Matignon et de Nouméa pour l'unité institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie et la réaffirmation de l'engagement de l'Etat en faveur du développement économique des Iles Loyauté, à Lifou le 1er mai 2016.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement en Nouvelle-Calédonie du 28 avril 2016 au 1er mai - Discours devant l'Assemblée de la province des Iles Loyauté, à Lifou le 1er

ti : Monsieur le président, cher Neko HNEPEUNE,
Madame la ministre, des Outre-mer, chère George,
Monsieur le commissaire,
Monsieur le commissaire délégué,
Madame la députée, c'est votre circonscription ici,
Monsieur le député,
Monsieur le président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie,
Messieurs les députés de métropole qui m'accompagnez,
Monsieur Alain CHRISTNACHT, une partie de la mission qui êtes avec nous,
Mesdames, Messieurs les élus de l'Assemblée de la province des îles,
Monsieur le maire de Lifou,
chers amis.


Je vous remercie très sincèrement pour votre accueil chaleureux, alors que je viens vous rencontrer, un dimanche matin, et au surplus un 1er mai, mais je ne pouvais conclure ce déplacement officiel en Nouvelle-Calédonie sans me rendre dans les Iles Loyauté, et c'est vrai que je suis intervenu devant le Congrès, mais aussi les élus de la province Nord et aujourd'hui des Iles Loyauté. Je voulais vous saluer Monsieur le président, ainsi que les élus de votre Assemblée.

Monsieur le président, votre voix est celle de la sagesse, elle est respectée et écoutée par l'ensemble des partenaires politiques et institutionnels. C'est une voix, nous le savons à Paris, mais cela se sait aussi en Nouvelle-Calédonie, qui parle juste, est plus jamais nécessaire, alors que la Nouvelle-Calédonie entre dans une phase décisive de son histoire.

Je viens accompagné de l'enfant de Lifou le plus connu de France, et je remercie très chaleureusement Christian KAREMBEU d'avoir accepté de prendre part à ce déplacement, et je tiens à lui redire ici très sincèrement, devant les siens, devant toute sa famille, l'extraordinaire respect que son parcours impose, et quand on vient ici on le ressent sans doute encore davantage. Nous disions tout à l'heure avec le Haut commissaire, en arrivant ici, c'est un exemple de modestie, de travail et d'abnégation, pour toute la jeunesse de notre pays, merci cher Christian de m'avoir accompagné.

Il est donc le symbole de la Nouvelle-Calédonie qui réussit, et sans rien renier de sa culture, de son histoire ou de ses valeurs, et sans oublier bien sûr ses racines. Et comment, d'ailleurs, oublier un territoire aussi magnifique, et comment oublier, aussi, une histoire malheureusement parfois si tragique.

Nous avons tous évidemment en mémoire le drame de la prise d'otages puis de l'assaut de la grotte d'Ouvéa, et nous n'oublions pas non plus que Jean-Marie TJIBAOU et son ami Yeiwéné Yeiwéné, ont perdu la vie également à Ouvéa 1 an plus tard. Ici, peut-être, encore plus qu'ailleurs, il est possible de mesurer le chemin accompli depuis plus de 25 ans, et c'est sur ce passé tragique, sur ce passé douloureux, qu'a été construit un compromis politique ambitieux et inédit.

En effet, c'est à la suite de ces terribles événements que des hommes de bonne volonté ont su prendre toutes leurs responsabilités pour proposer un chemin nouveau, le chemin de la paix et du compromis. Le courage ce n'est pas seulement se battre pour ses convictions, c'est aussi savoir écouter l'autre et l'accepter dans sa différence. J'ai eu l'occasion de rappeler, et je ne suis pas le seul ici, j'ai eu l'honneur, vous le savez, de travailler pour Michel ROCARD lorsqu'il était aux responsabilités, à Matignon, et dans son parcours politiques, et il n'a pas hésité à prendre des risques politiques considérables et a pesé de tout son poids pour rendre possible cette fameuse poignée de mains historique entre Jean-Marie TJIBAOU et Jacques LAFLEUR. Michel ROCARD avait été accueilli ici, à Lifou, en 1989, et je sais qu'il en garde et qu'il en gardera toujours un souvenir ému. J'ai également une pensée pour Lionel JOSPIN, qui a oeuvré, vous le rappeliez, 10 ans plus tard pour faire aboutir les discussions qui ont mené à l'Accord de Nouméa. Au fond, je me dis, les Premiers ministres socialistes ont plutôt bien travaillé pour la Nouvelle-Calédonie, je dis ça en souriant parce qu'on rappelait tout à l'heure que Valéry GISCARD d'ESTAING, dans la case, on le rappelait, avait oeuvré de manière totalement considérable pour, ici, Lifou, en amenant un bulldozer, donc… Je veux croire, plus sérieusement, avec tout le respect que je dois à tous les présidents de la République, que ce souffle des Accords de Matignon, puis de l'Accord de Nouméa, nous porte toujours, et l'Histoire nous démontre que les paris faits sur l'intelligence et le compromis ont toujours été payants. J'ai présidé, nous avons animé avec George PAULANGEVIN, trois comités des signataires en 2 ans, et je vois bien le goût des Calédoniens pour le débat, même si le ton monte parfois vite, entrecoupé, quand même, heureusement, de longs silences. Mais j'ai vu aussi la capacité, je le dis très sincèrement, des Calédoniens à dépasser leurs divergences, comme ils l'ont fait le 6 juin 2015, puis le 4 février 2016, en décidant de clore politiquement un litige électoral ancien et qui parasite la préparation de l'avenir. Et je veux remercier Philippe GOMES et Pierre FROGIER pour leur contribution décisive lors de ces deux réunions à Paris, et je sais que chacun y a énormément contribué et que vous, vous y avez pris toute votre place.

Le grand chef Nidoïsh NAISSELINE disait, peu de temps avant sa mort, que la finalité de la société kanak et de la société océanienne est de rassembler, et je voudrais saluer ici votre capacité à construire ce rassemblement, dans le calme et la dignité, et vous redire toute ma confiance dans l'avenir, même s'il y a, bien sûr, des inquiétudes, et que le passé, que je viens de rappeler, doit nous permettre de tracer ce destin commun que nous avons tant évoqué depuis mon arrivée.

Les Accords de Matignon et de Nouméa auront permis, avec la création de la province, de donner une unité institutionnelle aux quatre îles qui sont représentées ici, Lifou, Maré, Ouvéa, Tiga. Cette institution, provinciale, vous permet d'aborder globalement la stratégie de développement de vos îles. Vivre dans les îles c'est, j'imagine, se confronter quotidiennement à des difficultés très concrètes qui appellent des réponses fortes de la part des responsables publics. Je sais, cher président, toute la détermination, vous venez de le rappeler, que vous mettez à trouver des solutions pour finaliser, pour financer, les infrastructures tout simplement indispensables à la vie quotidienne de vos concitoyens.

L'Etat, incarné sur ce territoire par le Haut commissaire et par son délégué, que je remercie pour son engagement - le rôle du commissaire et de ses délégués est tout à fait essentiel et nous avons ici des hommes de très grande qualité – l'Etat continue de vous appuyer dans tous vos projets. Je sais que les deux projets de rénovation des pistes des aéroports de Maré et Ouvéa constituent des priorités afin de maintenir la continuité territoriale de la Nouvelle-Calédonie, c'est pourquoi j'ai décidé que des crédits supplémentaires seraient débloqués afin de réaliser, d'ici la fin de l'année, les travaux à Maré et que ceux d'Ouvéa puissent débuter dès le début de l'année 2017.

J'ai également demandé, mais vous l'avez rappelé, au ministre des Finances, Michel SAPIN, de faire accélérer l'examen par ses services des dossiers de défiscalisation déposés par la compagnie Air Calédonie concernant le renouvellement de sa flotte, on ne peut, en effet, prendre aucun risque en la matière, toute indisponibilité des appareils paralysant immédiatement la vie économique et sociale des îles.

L'Etat continue aussi à investir dans la formation des hommes, des femmes, des jeunes bien sûr, dont nous avons parlé sous la case il y a un instant. Les Iles Loyauté sont traditionnellement un vivier d'éclosion de nombreux talents, il n'y en n'a pas qu'un, il y en a d'autres, qu'ils soient responsables politiques, administrateurs de société, journalistes, sportifs ou hauts fonctionnaires. Il faut qu'ils puissent continuer à apporter à la société calédonienne leur dynamisme, leur volonté d'entreprendre, et leur joie de vivre aussi, tout comme leurs glorieux anciens, je pense notamment à Jacques IEKAWE, le premier préfet mélanésien de la République, ou le sénateur Dick UKEIWE, je ne doute pas qu'ils sauront apporter beaucoup à la Nouvelle-Calédonie et à la France.

Mesdames, messieurs, le développement économique de la Nouvelle-Calédonie a reposé pendant des années sur le nickel, cette ressource a permis le décollage industriel de tout le territoire, et le développement économique et social. L'effondrement des cours du nickel, même s'il a légèrement remonté ces dernières semaines, pose avec beaucoup d'acuité la question de la diversification économique du territoire. Sans nickel les Iles Loyauté ont été obligées de penser un développement différent de celui la Grande Terre, vous êtes en quelque sorte, et nous l'avons bien ressenti au cours de ces trois jours, à l'avant-garde de la Nouvelle-Calédonie de demain, c'est-à-dire une Nouvelle-Calédonie qui aussi se diversifie sur d'autres terrains, et nous l'avons évoqué aussi avec le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Non pas qu'il faille renoncer, bien sûr, à l'exploitation du nickel, bien au contraire, j'ai pris des engagements et nous sommes tous impliqués pour passer cette crise, mais il est indispensable d'envisager les voies d'une croissance durable fondée sur des leviers différents.

Et un constat s'impose, vous le savez, le développement économique des Iles passera nécessairement par la mer. Avec une zone économique exclusive, qui couvre 1,4 million de kilomètres carré, la Nouvelle-Calédonie dispose d'un potentiel extraordinaire. Cette économie bleue, que j'ai abordée rapidement à l'occasion de mon discours devant le Congrès, dans toutes ses dimensions, allant de la pêche traditionnelle aux biotechnologies marines, sera, sans nul doute, dans les années à venir, une source d'emplois et de richesse, d'ailleurs non seulement en Calédonie, mais une source d'emplois et de richesse pour la France qui rayonne sur tous les océans. Je me félicite d'ailleurs des initiatives prisent par le Cluster maritime de Nouvelle-Calédonie qui prévoit d'organiser en juillet prochain les Etats généraux de la mer. Et puis je sais que l'université de la Nouvelle-Calédonie est particulièrement impliquée sur ces questions.

Je pense également au tourisme, que vous avez su rendre attractif sans pour autant mettre en danger la coutume, votre très riche environnement, le lagon de Nouvelle-Calédonie qui est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2008 va permettre d'attirer de très nombreux touristes étrangers de toutes nationalités. L'activité croisière constitue à ce titre un relais de croissance majeur pour les acteurs du tourisme, et en arrivant, au moment où nous nous posions sur l'île, on voyait un de ces bateaux qui arrivait. Lifou est désormais une escale très prisée par ces navires de croisière de la région, je crois que c'est un navire australien, et si j'accueille tout à l'heure des touristes australiens j'aurai l'occasion de leur dire que je vais faire une courte visite dans leur pays demain suite à l'annonce d'un contrat particulièrement important pour l'industrie française. Pour que cette croissance se poursuive, la rénovation ou l'équipement des sites les plus visités, constitue une priorité, c'est pourquoi l'Etat soutiendra à hauteur de 70 millions de franc pacifique, sur le fonds exceptionnel d'investissement du ministère des Outre-mer, Madame la ministre, le programme d'aménagement du site que nous visiterons tout à l'heure.

Monsieur le président, Madame la ministre, Mesdames, Messieurs les élus, Mesdames, Messieurs, c'est, je crois, mon dernier discours, ou quasi-discours, officiel, j'ai beaucoup parlé mais j'espère que nous agissons surtout parce que c'est là l'essentiel. Et en quittant, à l'issue de cette journée, la Nouvelle-Calédonie pour la Nouvelle-Zélande, nous garderons tous en mémoire la chaleur et la sincérité de votre accueil. Je suis arrivé en respectant, à chaque fois, les chemins coutumiers, je repars à la fois conquis par la beauté de votre territoire et aussi par la confiance que vous portez dans la parole de la République, de l'Etat et du gouvernement français. Cette confiance elle est importante, d'ailleurs on la ressent partout dans le monde, à l'étranger, dans les Outre-mer, quand on s'éloigne de métropole ou de l'Hexagone, ici, peut-être, on ressent plus qu'ailleurs le rôle de l'Etat et d'un gouvernement. A Nouméa, en Brousse, et merci cher Philippe GOMES de m'avoir permis de découvrir aussi ce territoire, sur la côte Ouest, sur la côte Est, et nous avons vécu hier des moments particulièrement forts, puis ici à Lifou, dans les Iles Loyauté, je n'oublierai pas tous vos témoignages d'amitié. Je quitterai tout à l'heure la Nouvelle-Calédonie avec la conviction profonde que nous pouvons tous ensemble travailler pour une oeuvre commune qui dépasse très largement nos familles politiques. Cette oeuvre commune, et j'y insiste parce que je crois que c'est un élément essentiel, c'est la poursuite du fameux destin commun, notion centrale du préambule de l'Accord de Nouméa qui traduit parfaitement le projet d'avenir de la Nouvelle-Calédonie.

Je parlais de votre sens de l'écoute, et du respect que vous suscitez, Monsieur le président, les responsables politiques de la Nouvelle-Calédonie ne peuvent pas rater cette étape, ne peuvent pas rater le destin qu'attend, qu'attendent les Calédoniens, et notamment les plus jeunes d'entre eux. Sachez que vous pouvez compter sur moi, sur mon gouvernement, pour participer à la construction de ce destin commun. Dans les prochains mois nous aurons encore des réunions, et ce déplacement m'aura renforcé dans la nécessité d'avancer ensemble.


Merci à tous du fond du coeur.


Source http://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr, le 4 mai 2016

Rechercher