Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RMC/BFMTV le 4 mai 2016, sur les manifestations contre le projet de loi sur le travail, le climat social et l'harmonisation de l'action du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RMC/BFMTV le 4 mai 2016, sur les manifestations contre le projet de loi sur le travail, le climat social et l'harmonisation de l'action du gouvernement.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : Jean-Marie LE GUEN,
Secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement

RMC/BFM, Jean-Jacques Bourdin – 8h35

4 mai 2016


JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Marie LE GUEN, Secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement est notre invité ce matin. Bonjour.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. La loi Travail, où en est-on ? Les débats ont commencé à l'Assemblée nationale, peu de députés au début des débats puis ça s'est rempli.

JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a eu quand même des votes importants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pendant ce temps-là, manifestations en dehors, manifestations à Nantes plus ou moins violentes. « Si ça continue, il y aura un mort », c'est ce que dit Jean-Luc MELENCHON. Vous le craignez aussi ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il y a une violence d'un mouvement radicalisé avec des slogans qui aujourd'hui sont des slogans de très grande régression, un climat, on l'a vu aussi, vis-à-vis des forces de l'ordre. Je m'inquiète que certaines organisations qui ont vocation à être responsables ne mettent pas les bornes qu'il faut à l'expression.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez à la CGT. Vous dites à la CGT : « Ça suffit » ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que ceux qui organisent des manifestations doivent prendre leurs responsabilités, à la fois pour organiser ces manifestations et, deuxièmement, se tenir dans des propos où les policiers ne sont pas vus comme étant les représentants d'une répression. Tout ça n'est pas exact et c'est dangereux de le prétendre. Après, il y a des esprits échauffés qui ont des attitudes inadmissibles, qui sont réprimées d'ailleurs par la police : il y a des arrestations, il y a des jugements, mais attention…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les violences se poursuivent et les images sont terribles.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je n'accepte pas, je trouve inacceptable que les policiers soient pris systématiquement à partie de façon violente…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce sont des mots, Jean-Marie LE GUEN. Trouver inacceptable, ce ne sont que des mots.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non. La police interpelle des gens, il y a de la justice. D'ailleurs le ministre de l'Intérieur l'a fait hier au Sénat : il y a eu une interpellation par le secrétaire général du Parti communiste qui s'est plaint des violences disait-il. Et le ministre de l'Intérieur lui a dit que ses propos étaient inacceptables parce qu'à aucun moment il ne mettait en garde sur le fait qu'il ne devait pas y avoir de violence vis-à-vis de la police, donc nous sommes extrêmement fermes de ce point de vue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous demandez l'arrêt de l'occupation par exemple de la place de la République à Paris ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je ne le demande pas comme ça, parce que nous sommes-là, nous avons une vocation. Le droit est là pour défendre les libertés, donc les libertés de manifester y compris dans l'état d'urgence et quoi qu'en dise les uns ou les autres, ce droit doit être respecté. Mais il faut absolument que, y compris les gens de Nuit Debout, prennent leurs responsabilités et écartent ou en tout cas condamnent les gens qui opèrent des violences, qui opèrent des dégradations autour de la place de la République. D'ailleurs la police demande, essaye de travailler avec ces gens – ce qui n'est pas facile parce que c'est un mouvement un peu désorganisé – mais il y a une prévention. Est-ce qu'il n'y a pas ici ou là des dérapages ? Si, bien sûr, mais je pense que cet inconvénient majeur est moins grave que si nous devions interdire des manifestations d'opinion.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La loi Travail, Jean-Marie LE GUEN, cinq mille amendements. Quel était l'objectif de cette loi ?

JEAN-MARIE LE GUEN
L'objectif de cette loi est d'apporter de nouveaux droits aux salariés, notamment des droits individuels. C'est ce qu'on appelle le compte personnel d'activité, c'est ce qu'on appelle la garantie jeunes qui permet à des jeunes de retrouver un emploi avec une méthode qui est très efficace et reconnue comme telle par des élus de tous bords, et puis évidemment c'est la capacité de donner plus d'agilité, plus de réactivité aux entreprises qui sont confrontées à un monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus de souplesse, plus de flexibilité.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non. Je ne veux pas être dans les mots piègeux, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y a pas de mots piègeux, il y a des mots qu'on assume ou qu'on n'assume pas, Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
J'assume le fait qu'il s'agit qu'aujourd'hui l'intérêt des entreprises n'est pas le contraire de l'intérêt des salariés. Cette vision où systématiquement ce qui serait bon pour l'un serait mauvais pour l'autre est une hérésie. Quand une entreprise réagit mieux à son contexte concurrentiel, elle garantit l'emploi de ses salariés. Donc il faut être capable de faire des ajustements discutés. Ce que nous disons, c'est que c'est au niveau des entreprises et au niveau des salariés que la négociation sociale doit se faire. Et ça, c'est une révolution considérable parce que nous sommes à une époque où on n'a plus besoin d'un paternalisme de la loi, ou bien même d'organisations syndicales qui au plan national savent tout mieux que quiconque. Nous voulons faire confiance aux salariés. Et c'est bien lorsqu'on parle de référendum d'entreprise, à l'initiative des salariés que celui-ci est opéré. Et donc dialogue social dans les entreprises, du pouvoir donné aux salariés, un peu moins peut-être aux bureaucraties qui peuvent exister ici ou là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je lisais Myriam EL KHOMRI hier qui disait, je la cite : « Cette loi est un progrès social. Elle défend mieux les travailleurs, ne facilite pas les licenciements économiques, les encadre et augmente les moyens des syndicats ». Rien à voir quand même avec l'objectif affiché au départ - ce texte a été considérablement modifié – objectif qui était de lutter contre le chômage.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'a pas été modifié, ce texte ? Si.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce texte a été modifié sur un point précis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sous la pression de la rue, sous la pression des syndicats, sous la pression de la gauche de la gauche. Vous le savez bien.

JEAN-MARIE LE GUEN
Sur l'affaire des prudhommes, c'est-à-dire la barémisation des indemnités prudhommales qui est le point qui a été retiré effectivement, on a été mal compris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous regrettez qu'on l'ait retiré ? Franchement ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Par certains aspects, oui, je pense qu'on n'a pas été assez loin dans la discussion. D'une façon ou d'une autre – j'entendais hier un député d'une région de l'Est qui disait qu'une entreprise une entreprise sociale qui reprend des maisons de retraite pour personnes âgées, allait être soumise  un jugement prudhommal qui donnait huit cent mille euros à un salarié sans qu'il y ait eu par ailleurs de bavure ou de discrimination, et que ceci mettait en cause y compris l'avenir de cette entreprise sociale. Oui, il va falloir y revenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez reculé.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais ça peut exister à un moment ou à un autre ; il y a un dialogue entre la société et un gouvernement. Nous ne sommes pas bloqués.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui, tout le monde est contre votre loi. Enfin, tout le monde : beaucoup de syndicats, le patronat.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, pour des raisons différentes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour des raisons différentes, c'est évident.

JEAN-MARIE LE GUEN
Pour des raisons opposées. Donc si vraiment le MEDEF a des choses à dire et si certaines organisations conservatrices au plan syndical, parce que les organisations et syndicats réformistes y sont globalement favorables, donc nous assumons d'être des réformistes. Nous ne sommes ni des conservateurs, ni des destructeurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Marie LE GUEN, juste avant de parler du vote, meilleur encadrement des licenciements économiques. Est-ce que vous allez bouger là-dessus ? Meilleur encadrement des licenciements économiques.

JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a un débat. C'est Myriam EL KHOMRI qui mène le débat, je ne vais pas me substituer à elle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Suppression de la surtaxation des CDD.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que là, le rapporteur Christophe SIRUGUE a expliqué qu'il n'était pas favorable à cette mesure, et je pense que le gouvernement l'entend.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire que les CDD ne seront pas surtaxés.

JEAN-MARIE LE GUEN
Les CDD en général, je ne le crois pas. Il peut y avoir et vous savez qu'il y a des CDD d'une journée, en tout cas de moins d'une semaine, qui se multiplient et là qui posent un problème. Et quelque part, nous n'avons jamais décidé de surtaxer. Nous avons dit aux partenaires sociaux : « Regardez si vous décidez, on vous donne les moyens si vous le souhaitez, vous les partenaires sociaux », ce qu'ils ont déjà fait d'ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'y êtes plus favorable.

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous ne l'imposerons pas. Nous ne déciderons pas d'une façon unilatérale cette mesure. Ça n'a jamais été notre intention.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de mandatement syndical dans les petites entreprises.

JEAN-MARIE LE GUEN
Là aussi, voyons concrètement ce que tout cela veut dire. Ce n'est pas pour rien qu'il y a des amendements.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors Jean-Marie LE GUEN, cinq mille amendements, une discussion qui ira jusqu'au vote final le 17 mai. « C'est court » disent les députés de l'opposition. Pouvez-vous affirmer ce matin que le gouvernement n'utilisera pas le 49-3 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas notre choix. Maintenant, quand vous dites qu'il y a cinq mille amendements, il est vrai qu'il y a des amendements qui sont souvent redondants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mille quatre cents socialistes.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mille quatre cents socialistes, deux mille à peu près communistes, et donc il y a indiscutablement parmi ceux-là, parfois, on voit une tentative d'obstruction parlementaire. D'ailleurs, c'est reconnu comme tel par les électeurs. Là évidemment, si les choses ne changent pas, si on veut empêcher le Parlement de travailler, alors il faudra bien qu'on trouve les moyens de convaincre ceux qui ont fait ces amendements que leur attitude n'est pas positive. Mais en tout état de cause, on ne va pas bloquer le Parlement, chacun le comprend bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pouvez affirmer ce matin que le gouvernement n'utilisera pas le 49-3 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ça n'a jamais été la position du gouvernement de dire de renoncer, parce que le 49-3 est là soit pour constater que des gens qui ont des oppositions contradictoires refusent de faire avancer un texte pour des raisons contradictoires, ou soit parce qu'il y a des blocages dans la procédure parlementaire. Nous comptons convaincre de lever ces blocages.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si vous n'arrivez pas à convaincre, vous utilisez le 49-3 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas notre choix, ce ne sera pas notre responsabilité, nous ne voulons pas aller sur ce terrain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Cette loi doit passer, on est bien d'accord.

JEAN-MARIE LE GUEN
Cette loi doit passer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pour la faire passer, si vous n'avez pas de majorité, vous utilisez le 49-3 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous constatons qu'aujourd'hui, pour être très clair, il suffirait qu'il y ait une petite minorité, très petite, de députés socialistes, environ 10 %, pour bloquer la loi. Nous leur disons : « Regardez tous les avantages qu'il y a dans cette loi ».

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et s'ils bloquent ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je ne le crois pas. Je pense qu'ils vont comprendre qu'une attitude et des postures sont quand même limitées, et personne ne pourrait comprendre que le Parti socialiste rompe avec les syndicats réformistes pour s'aligner sur la CGT et son congrès.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Jean-Marie LE GUEN, pourquoi ne pas dire les choses ? Pourquoi ne pas dire : « Si nous n'avons pas de majorité, nous utiliserons le 49-3 » ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous verrons bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Puisque la loi doit passer, pourquoi ne pas le dire franchement ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Parce que nous ne voulons mettre la pression sur personne. Nous croyons à l'esprit de raison et l'esprit d'unité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. A quoi pense François HOLLANDE en ce moment ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il pense au pays. Il pense que le redressement est en marche et qu'il faut aujourd'hui l'accompagner, ce redressement. Pour ça, il faut sortir de la politique d'autodénigrement permanent de notre pays. Nous avons des résultats économiques qui commencent à pointer, mais au-delà de ça il y a une France, alors qu'on entend sans arrêt les critiques sur la France, sur les Français qui seraient irréformables, il y a une France qui réussit. Il y a une France qui est dynamique. Il y a une France – celle des start-up, bien sûr – mais de tous ces jeunes qui veulent entreprendre. Il y a des salariés qui font des travaux considérables, des chercheurs, partout il faut valoriser cette France-là et mettre de côté les chafouins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, il y a 84 % des Français qui sont chafouins, mon cher Jean-Marie LE GUEN. 84 % !

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, non, non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah non ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Le Français, il est râleur mais il se bat. Le Français, il sait, lui, que l'avenir de son pays il le tient aussi dans cette loi. Ce n'est pas le président de la République, ce n'est pas le gouvernement qui fait toujours la richesse d'un pays. Ce qui fait la richesse d'un pays, ce sont ses salariés, ses actifs, ses chefs d'entreprise, ses chercheurs. Et ce que nous voulons dire, c'est arrêtons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce sont ceux-là qui râlent.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais qu'ils râlent parce que c'est difficile, qu'ils râlent parce qu'on est dans un monde en pleine mutation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que le pouvoir d'achat n'est pas là.

JEAN-MARIE LE GUEN
Le pouvoir d'achat il est là, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors il est où ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il a été distribué l'année dernière. Nous avons eu une croissance de 1,4 % du pouvoir d'achat. La croissance, elle est là parce qu'il y a un certain pouvoir d'achat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors pourquoi est-ce que les Français râlent si tout va bien ? Si tout va mieux ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais parce que l'avenir est incertain, parce qu'il faut faire des mutations, ça demande des efforts à tout le monde, qu'il y en a certains qui souffrent, personne ne peut dire le contraire. Mais le râleur, s'il n'est pas pessimiste et s'il est combatif, c'est bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les retraites seront revalorisées ? Est-ce que les retraites vont être revalorisées à l'automne ou pas ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Comme le prévoient les règlements des retraites, en fonction notamment de l'inflation bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il n'y a pas d'inflation. Elle est zéro.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, s'il n'y a pas d'inflation, c'est-à-dire qu'à chaque fois qu'on progresse de 0,1, c'est 0,1 de pouvoir d'achat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le pouvoir d'achat des retraités ne progresse pas, quoi.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais si, il progresse parce qu'il y a une progression qui se fait globalement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment « progresse » ? Je ne comprends pas très bien.

JEAN-MARIE LE GUEN
Par le niveau même des retraites moyennes qui ne cesse de progresser dans notre pays. C'est-à-dire que les gens qui partent à la retraite aujourd'hui ont des niveaux de retraite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je pense aux retraités parce qu'on les entend beaucoup. Enfin, on les entend beaucoup : on ne les entend pas dans les médias mais on les entend beaucoup quand on se promène. Vous le savez vous-même.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr. Sur les retraités, je veux leur dire quelque chose. Vous savez, nous sommes le pays – parce que quand on arrive à un certain âge, on s'occupe notamment des questions de santé – nous sommes le pays au monde où le niveau de couverture et d'offre de qualité de soins est absolument incomparable. Nous sommes le seul pays au monde où on peut avoir des médicaments qui coûtent cent mille, deux cent mille, trois cent mille euros qui sont donnés gratuitement à des malades pour les soigner, les médicaments les plus nouveaux. Que les Français qui râlent, et moi je comprends, moi aussi je suis un râleur, mais qu'ils comprennent qu'ils vivent dans ce pays-là, qu'il n'y a pas trente-six pays au monde et que c'est parce qu'ils font des efforts et parce qu'ils sont attachés à ce cadre que cela continuera à être comme ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Marie LE GUEN, est-ce que François HOLLANDE a lancé sa campagne électorale hier ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non. Il dit que son bilan, on repousse le dénigrement et on dit objectivement les choses. Voilà ce qui a été fait. Arrêtons de dénigrer cette politique, et c'est le rôle d'un politique de dire : « Voilà, là j'ai réussi ». Et Dieu sait que par exemple sur la question du chômage, François HOLLANDE s'est avancé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous verrons, nous verrons.

JEAN-MARIE LE GUEN
Il a reconnu que les résultats étaient en retard par rapport à ce qui était prévu, c'est vrai. Mais quand les choses vont bien, quand il y a du pouvoir d'achat, quand il y a de la protection sociale, quand l'économie frémit et qu'il y a une reprise d'emploi, alors il faut le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a un homme au gouvernement qui fait bande à part, il s'appelle Emmanuel MACRON. Est-ce qu'il fait bande à part ?

JEAN-MARIE LE GUEN
De temps en temps, oui. Il est brillant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il attire beaucoup aujourd'hui les sunlights comme on dit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que j'ai lu Manuel VALLS - vous êtes proche de Manuel VALLS - : narcissisme.

JEAN-MARIE LE GUEN
Il parlait aussi pour nous tous, il ne parlait pas que pour Emmanuel MACRON. Vous l'avez vu, ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il dit : « Emmanuel MACRON n'a pas de permis de critiquer. C'est au président de la République de traiter le problème. Il cède au buzz, à la petite phrase, à la polémique, manque d'exigence ».

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, tout ça c'est des propos…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est ce qu'il a dit. Pardon, pardon ! Je finis : « Ce ne sont pas Carlos DA SILVA, Luc CARVOUNAS ou Jean-Marie LE GUEN qui ont aidé Emmanuel MACRON. Ce n'est pas moi non plus qui l'ait invité à des réunions à l'Elysée en petit comité », sous-entendu c'est au président de la République de régler le problème Macron. Oui, c'est ce que dit et pense Manuel VALLS.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, on ne va pas parler langue de bois. Il peut y avoir un problème d'harmonisation de l'action du gouvernement et c'est vrai que le président de la République doit aussi prendre sa part, ce qu'il fait d'ailleurs très régulièrement. Voilà. Mais quand on est chef d'un gouvernement, il faut faire très attention à ce que… C'est comme une équipe de foot.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il est allé trop loin ?

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est comme une équipe de foot. Quand vous avez un joueur qui, parce qu'il a du talent notamment et parce que les médias s'emparent de lui, déséquilibrent un petit peu le collectif, il y a un sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a un sujet Macron ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ça peut être un sujet de l'action collective.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais vous êtes extraordinaire ! Vous commencez à me faire une comparaison avec le foot, je demande s'il y a un sujet : « Ah non ! » Il y a un sujet Macron ou pas ? Franchement ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Attendez ! Emmanuel MACRON a des qualités et a été justement l'objet de cet intérêt particulier des médias.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y a un problème Macron ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, il y a un problème collectif où il y avait un problème collectif…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y a un joueur qui ne joue pas collectif.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais si, mais le déséquilibre du ressenti…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous trouve extraordinaire, Jean-Marie LE GUEN, parce que vous avez un art de la dialectique politicienne qui est hors du commun. Je vous le dis sincèrement, je vous le dis sincèrement. Parce que là, je vous demande s'il y a un problème collectif avec Emmanuel MACRON…

JEAN-MARIE LE GUEN
Vous savez très bien qu'à un moment dans une équipe, il peut y avoir à un moment quelqu'un qui est un peu trop perso et ça pose un problème.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est trop personnel.

JEAN-MARIE LE GUEN
Et c'est le rôle effectivement d'un chef d'équipe de dire : « Attention ! On revient au collectif » tout en disant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
« On ne peut pas être ministre et préparer un autre agenda que celui du président de la République » dit Manuel VALLS.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il a raison, non ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, un autre agenda. Quel agenda ? Le sien ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais je n'en sais rien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le sien à Emmanuel MACRON ? Une candidature à la présidentielle ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Posez-lui la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je lui poserai la question, ne vous inquiétez pas.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je n'en doute pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment. Jean-Marie LE GUEN, le cannabis médicinal va être autorisé en Allemagne, c'est une décision du gouvernement allemand, est-ce qu'on devrait faire la même chose en France ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que d'une façon ou d'une autre le cannabis thérapeutique, existant dans certains cas très précis, qu'on ne va pas énumérer ici, se pose et se posera. Il y a de nombreux pays…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes médecin, je le rappelle.

JEAN-MARIE LE GUEN
Israël, les Etats-Unis, l'Allemagne aujourd'hui, d'autres pays en Europe, posent cette question, donc cette question-là sera posée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Moi je ne me substitue pas, pour le coup, aux autorités médicales, je pense que cette question sera posée aux autorités médicales. Vous avez noté que j'avais posé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le gouvernement va la poser ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, le gouvernement ne posera pas cette question, mais je pense que cette question, ou plus exactement la manière dont on aborde, d'une façon passionnelle, ces questions du cannabis, seront posées, d'une façon ou d'une autre, dans le débat public. C'est ce que j'ai dit, je ne fais que redire ça, je pense qu'il faut que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais posée par qui dans le débat public ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais elle est posée par tout le monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que c'est vous les politiques, les responsables politiques…

JEAN-MARIE LE GUEN
Vous savez, il y a 17 millions de Français qui fument du cannabis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais si vous, les responsables politiques, vous ne mettez pas le sujet du débat…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je le mettrai dans le cadre… attendez, il n'y a pas de décision sur des sujets comme ceux-là, en particulier, il n'y a pas de décision d'en haut, qui tombe comme ça, et le lendemain vous apprenez, etc. Donc on va avoir un débat entre Français, très tranquille, très tranquillement, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment allez-vous l'organiser ce débat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce matin, nous commençons à en parler, j'en ai parlé il y a une semaine, il y aura lieu pendant la campagne des élections présidentielles, non pas pour des raisons politiciennes, mais parce que la société…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le candidat que vous soutiendrez devra poser ce débat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Tous les candidats, tous les candidats seront amenés, alors certains commenceront par des postures, « moi jamais », etc., etc., et puis tout d'un coup on leur dira « mais attendez, il y a 17 millions de Français qui tous les jours, ou une fois par mois, ont une attitude qui est non conforme à la loi, il y a aujourd'hui des trafics considérables. Vous avez fait, quand vous étiez au pouvoir, vous ou un autre, vous avez fait tout ce qui était votre possible pour lutter contre les trafics et les trafics sont là, et on voit aujourd'hui de l'argent, des armes, du terrorisme, du narco-terrorisme, qui se développent. » Toutes ces questions elles sont présentes dans le débat. Je crois même que l'Assemblée nationale se posera ce type de problème, voilà. Mais, il faut en parler, sereinement, sans passion, sans sectarisme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 mai 2016

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