Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France Info le 10 mai 2016, sur les accusations de harcèlement et d'agression sexuels visant son mari, M. Denis Baupin, l'accueil et l'hébergement des migrants, la lutte contre les dérives de la plateforme de location Airbnb et l'élection présidentielle de 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à France Info le 10 mai 2016, sur les accusations de harcèlement et d'agression sexuels visant son mari, M. Denis Baupin, l'accueil et l'hébergement des migrants, la lutte contre les dérives de la plateforme de location Airbnb et l'élection présidentielle de 2017.

Personnalité, fonction : COSSE Emmanuelle.

FRANCE. Ministre du logement et de l'habitat durable

ti : FABIENNE SINTES
Emmanuelle COSSE, ministre du Logement, est donc l'invitée de France Info ce matin, avec vous, Jean-François ACHILLI, et Guy BIRENBAUM.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Bonjour Emmanuelle COSSE.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous êtes là ce matin. Comment avez-vous vécu la révélation sur les accusations de harcèlement et d'agression sexuels, visant votre mari, Denis BAUPIN, et surtout, parce que c'est la question que tout le monde se pose depuis hier et qui est montée en force, est-ce que vous saviez ?

EMMANUELLE COSSE
Je vais déjà vous dire les choses assez simplement. J'ai été très touchée, en tant que femme, en tant que compagne, en tant que mère et aussi en tant que ministre, parce que les questions de violences faites aux femmes, c'est pour moi quelque chose qui est inhérent à mon combat politique, depuis très longtemps, et que je n'ai jamais transigé avec ça. Je ne l'ai jamais fait et j'ai été saisie, et j'ai appris comme vous hier ces accusations de harcèlement. Et je vais vous dire franchement, là-dessus il n'y a pas à transiger. On parle de faits qui sont d'une extrême gravité, et si ces faits sont avérés, il faut que ça soit réglé devant la justice ; et si ces faits ne sont pas avérés, il faut aussi que ça soit réglé devant la justice. Il n'y a pas d'autre question, il n'y a pas d'autre choix, et je le dis ici, et en tant que femme, et en tant que ministre. Et puisque vous me posez la question « est-ce que vous étiez au courant ? »…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, est-ce que vous saviez ?

EMMANUELLE COSSE
J'ai été secrétaire nationale d'Europe écologie les Verts pendant deux ans, je n'ai jamais été saisie, à aucun moment, de signalement sur des faits de harcèlement sexuel ou d'agression sexuelle. Il y a eu une discussion l'a passé, à l'occasion de la publication de la tribune des femmes journalistes, politiques…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est ce qu'évoque l'élu parisien Yves CONTASSOT, hier.

EMMANUELLE COSSE
… sur le sexisme politique. Il y a eu une discussion dans un Conseil fédéral, une militante qui a dit qu'elle avait eu connaissance de faits, et moi j'ai rappelé des choses très simples à ce moment-là. Un, c'est que toute personne qui a connaissance de faits qui relèvent de la justice, doivent les transmettre à la justice, en particulier sur ces sujets-là. Deux, le Bureau exécutif que je présidais, a pris immédiatement des positions, et je le dis très clairement, parce qu'aujourd'hui les faits sont suffisamment graves, les allégations sont leçon, Denis BAUPIN, qui est par ailleurs mon conjoint, a fait le choix de se défendre en justice, et je le redis, quand les faits sont d'une telle gravité, le débat, il a lieu en justice.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Que dites-vous d'Yves CONTASSOT, qui raconte que vous auriez clos très sèchement ce débat, lors de ce Conseil national d'Europe écologie les Verts ?

EMMANUELLE COSSE
Je vais vous redire les choses encore une fois. Moi je ne transige pas avec ces sujets, et je ne suis pas là pour commenter des vociférations de telle ou telle personne. Je suis une femme responsable, engagée, et très engagée sur ces sujets-là, et je vous le dis aujourd'hui, d'une part, le débat et l'affaire qui concernent Denis BAUPIN, doit se faire devant la justice…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Devant la justice.

EMMANUELLE COSSE
… et c'est extrêmement important, notamment du fait de ces sujets-là. Et ensuite, il est aussi extrêmement important que le combat de la cause des femmes ne soit pas abandonné et ne soit pas lâché dans cette affaire.

FABIENNE SINTES
Emmanuelle COSSE, pour crever cet abcès-là, Cyril GRAZIANI, qui signe cette enquête pour France Inter et aussi avec Mediapart, dit que, selon ses sources, en mai 2015, il y a eu une mise en place d'une adresse de signalement, en fait, après cette histoire de Libération, et que vous auriez demandé, vous, à être la seule destinataire de ces emails, c'est vrai ou c'est faux ?

EMMANUELLE COSSE
C'est totalement faux, et vous trouverez, et vous demanderez à Europe écologie les Verts les comptes rendus des Bureaux exécutifs qui sont très clairs, une adresse mail a été mise en place en cas de… pour que des personnes puissent écrire. Elle était dirigée par quatre personnes du Bureau exécutif, et pas moi, et je n'ai jamais, je faisais une réunion par semaine, je n'ai jamais eu un seul retour de cette adresse.

GUY BIRENBAUM
J'ai sous les yeux la décision CF15056, Conseil fédéral des 9 et 10 mai 20105, qui missionne le Bureau exécutif pour enquêter sur les cas signalés, et mandater un groupe de travail spécifique sur la question, le groupe de travail s'adjoindra des aides de professionnels en lien avec la Commission justice, alors, est-ce qu'il y a eu des discussions et des avancées, pendant un an, puisque c'était juste il y a un an ?

EMMANUELLE COSSE
Donc, il y a eu plusieurs discussions par la suite, des membres du Bureau exécutif qui se sont portés membres de ce groupe de travail, qui ont commencé à rencontrer des associations, et par la suite, je vous le redis, il n'y a eu aucun signalement, et donc y compris puisqu'il y avait eu cette sortie au sein d'un Conseil fédéral, il n'y a jamais eu de suite, et je le redis très clairement, parce que je ne veux pas que l'on dévie du sujet. Hier, il y a une personne qui a été mise en cause, sur des faits très graves, il y a la présomption d'innocence, je tiens quand même à le dire, il est important que la justice soit là, soit présente dans cette histoire, été c'est pour ça aussi qu'il est très important que le débat se fasse devant un juge.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc vous voulez en passer par la case justice, Emmanuelle COSSE. Denis BAUPIN a du démissionner de la vice-présidence de l'Assemblée nationale, est-ce qu'il reste député ? Tout le monde se pose la question sur sa présence à l'Assemblée.

EMMANUELLE COSSE
Il reste député, il a fait le choix, d'une part, il a contesté les faits qui lui sont reprochés, et je vous le dis, de se défendre. Ensuite, il a démissionné de la vice-présidence de l'Assemblée nationale, parce que quand on est un républicain, et c'est ce qu'il est, on n'accepte pas que l'institution que l'on représente, puisse être entachée de quoi que ce soit. Donc il l'a fait sans discussion.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous vous êtes vraiment interrogé sur le fait que ces accusations sortent aujourd'hui ? Ça m'a été dit.

EMMANUELLE COSSE
Non, moi je ne m'interroge pas là-dessus, et je ne suis pas là pour faire des commentaires. Moi, simplement, ce que je peux vous dire, c'est que je suis une femme qui peut être touchée par ce qui se passe, mais je suis aussi ministre du Logement, que je vais continuer tous les jours, ce que je mène aujourd'hui, et mon combat pour le logement pour tous, très clairement, que je vais poursuivre mon engagement politique, dans la même droiture et dans la même détermination qui m'a toujours animée, et je tiens à le dire ici aussi, parce que je crois très important aussi que chacun comprenne bien que je fais la part des choses, entre ce qui concerne, ce qui peut concerner mon conjoint et ce qui me concerner moi.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
« Levons l'omerta », titre Libération, Fabienne SINTES le rappelait à l'instant, pour vous, la parole doit se délier ?

EMMANUELLE COSSE
Mais, en matière, vous savez, de violences, que ce soit violences conjugales, violences sexuelles, il faut d'une part un droit qui permette aux victimes de se défendre, et il a été fortement amélioré, notamment en 2012 quand une nouvelle loi sur le harcèlement sexuel a été votée, et il faut que la parole se délie, et il faut aussi que la justice se fasse, tout simplement.

GUY BIRENBAUM
L'accumulation des témoignages, parce que quand même, il y en a plusieurs, ne vous a pas troublée ?

EMMANUELLE COSSE
Non. Non, je n'ai pas de troubles, et si votre question est de savoir si j'ai confiance en mon conjoint, oui.

FABIENNE SINTES
Pour poursuivre la question de Guy, il y a une Boite de Pandore qui est ouverte, en fait, et ce que disent les gens qui ont fait l'enquête, c'est qu'effectivement ils reçoivent aujourd'hui potentiellement d'autres témoignages, est-ce que vous êtes prête à entendre ça, est-ce qu'il faudra tout entendre ? Parce que vous savez que dans les jours qui viennent, ça risque d'être peut-être plus compliqué encore.

EMMANUELLE COSSE
Mais, vous savez, moi je vois le mouvement médiatique qui a lieu aujourd'hui, et je vous le redis une dernière fois, d'une part je suis intransigeante sur ces sujets, d'autre part, ce débat doit avoir lieu devant la justice, parce que quand des faits allégés sont aussi graves, ce n'est pas dans l'immédiat que ça se discute, je suis désolée de le dire, c'est devant la justice.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Alors, Emmanuelle COSSE, je rappelle pour tous ceux qui nous écoutent, et qui vous regardent sur le live France info, que vous étiez invitée chez nous avant que n'éclate cette affaire, et que vous ne vous êtes pas dérobée ce matin. Vous êtes une ministre de la République, vous assumez, on peut le dire comme ça ?

EMMANUELLE COSSE
Oui.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous évoquiez des dossiers, on peut évoquer, ouvrir des dossiers ce matin qui sont sur la table, qui vous concernent. Il y a d'abord eu celui des 300 migrants du Lycée Jean Jaurès à Paris, vous avez écrit, c'est ce week-end, aux associations concernées, pour regretter, c'est ce que vous dites, profondément les conditions de leur évacuation mercredi dernier. Vous êtes en désaccord avec le gouvernement là-dessus ?

EMMANUELLE COSSE
Non, il n'y a pas de question de désaccord, et pour tout vous dire aujourd'hui, avec Bernard CAZENEUVE, nous sommes deux ministres très engagés sur la question de l'accueil et de l'hébergement des migrants. Pourquoi est-ce que ce n'est pas satisfaisant ? Tout simplement parce que depuis quelques semaines, on fait face à un phénomène un peu nouveau, qui est une arrivée beaucoup plus importante de migrants, que l'on trouve dans la rue, mais à un niveau beaucoup plus important. Là où on trouvait avant quelques dizaines de personnes, on a trouvé à Stalingrad, là…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Il y a eu Stalingrad, vous y étiez à Stalingrad.

EMMANUELLE COSSE
Oui j'y étais, mais je vais vous raconter. A Stalingrad, nous étions en train d'évacuer 800 personnes, in fine nous en avons évacué 1 600.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Le double.

EMMANUELLE COSSE
1 600, et donc aujourd'hui, ce à quoi je travaille, avec Bernard CAZENEUVE, et nous allons évidemment présenter cela au Premier ministre, c'est comment est-ce que notre pays fait pour anticiper ce qui est en train d'arriver et pour donner un accueil digne à l'ensemble des personnes qui arrivent sur notre territoire, au-delà du fait, par ailleurs, que la situation en Syrie, et en Libye, est extrêmement difficile, que nous avons de plus en plus de réfugiés syriens qui arrivent de Grèce, de Jordanie, de Turquie, dans des états sanitaires très difficiles, et que par ailleurs j'essaie de mobiliser, dans toute la France, des logements, de l'aide avec la société civile, des liens avec les entreprises, et ça va être un enjeu majeur, parce qu'il y eu une première phase, et nous travaillons maintenant avec Bernard CAZENEUVE, à justement… on change d'échelle.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Vous dites que vous n'êtes pas en porte-à-faux avec le ministre de l'Intérieur sur ces questions…

EMMANUELLE COSSE
Absolument pas, absolument pas. Je dis simplement qu'il faut qu'on anticipe, et c'est pour ça que je vais réunir les associations qui s'occupent de l'hébergement, parce que cela ne se fait pas comme ça, de trouver d'un seul coup des milliers de places supplémentaires pour accueillir des gens durablement en France.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Rapidement, Emmanuelle COSSE, il y a un autre dossier sur la table qui concerne les Airbnb. Est-ce que vous allez faire comme à Berlin, c'est-à-dire la chasse à ceux qui louent de façon un peu intempestive leur logement, leur maison, leur appartement, dans Paris et ailleurs ?

EMMANUELLE COSSE
Je crois que justement, avec Axelle LEMAIRE, qui a porté sa loi, qui a été votée au Sénat la semaine dernière…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça ne vous plait pas, ça.

EMMANUELLE COSSE
Nous ne voulons pas interdire, la question est de réguler. Aujourd'hui, avec Airbnb, on est passé d'un truc collaboratif, sympa, où on peut héberger quelqu'un chez soi, à en fait un site marchand, où tout le monde met en location ses biens. Mais à un tel point que vous n'avez plus de logement pour loger les gens comme vous et moi, des gens qui vivent là à l'année. Et ce n'est pas qu'un phénomène parisien, j'ai été saisie par le maire d'Ajaccio, par les maires du Pays basque, par l'ensemble des métropoles, comme Nantes ou Lille…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui, tout ce qui est touristique, finalement, tous les lieux touristiques.

EMMANUELLE COSSE
Tous les lieux d'attractions touristiques, aujourd'hui, et ça ne peut pas être la jungle, le numérique. Le numérique c'est un outil formidable, collaboratif, mais ça ne peut pas être la jungle, il faut le réguler. Il faut aussi dire aux gens qui louent leur bien, qu'ils doivent payer des taxes de séjour, qu'ils doivent déclarer leurs revenus locatifs, et c'est pour ça que nous disons que cette nouvelle économie, qui est une chance innée, elle ne doit pas se faire au détriment de la question du logement de tout le monde.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Nous avons évoqué tout à l'heure le comportement ou la prise de position de certains de vos bons amis Verts, Europe écologie les Verts, une question très politique, Emmanuelle COSSE, parce que l'heure tourne, vous soutiendriez une candidature Nicolas HULOT, à la présidentielle de 2017, qui monte en force ?

EMMANUELLE COSSE
Moi, vous savez, ce que je souhaite, c'est qu'en 2017 il y ait une vraie représentation des idées écologistes, et notamment parce que la révolution de la transition écologique, la révolution énergétique qui est en train de se passer, doit être au coeur du débat politique. Mais je pense aussi qu'il faut soutenir une personne qui est capable de gagner et d'emporter la victoire, et aujourd'hui il me semble que ce qui est important, c'est que Nicolas HULOT ait un véritable rôle à jouer dans cette élection présidentielle. Je ne vais pas vous dire « je le soutiendrai », ou pas, parce qu'on suppute beaucoup de l'engagement de Nicolas HULOT, et je pense qu'aujourd'hui c'est plutôt à lui de dire ce qu'il fait. Mais ce qui est certain, et je le dis ici, c'est aussi pour cela que j'ai accepté d'être ministre du Logement, c'est que moi je fais partie des gens qui pensent que l'urgence écologique elle est là maintenant. Elle est là maintenant, ça veut dire qu'il faut agir, et je ne suis pas là simplement pour commenter, moi je suis là pour être là où la politique se fait, et où l'écologie, justement, est en train de prendre sa marque et est en train aussi d'inventer un monde nouveau.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Emmanuelle COSSE, pour conclure, j'imagine que Denis BAUPIN, votre époux, a dû vous écouter ce matin, a dû écouter cette interview, moi j'ai envie de vous poser une question, avant de nous séparer : elle est rude, cette vie politique, cette confrontation, ici même, avec les médias, avec nous, pour dire les choses, tout simplement ? Vous vous y attendiez à ce grand déballage ?

EMMANUELLE COSSE
Mais, la vie politique a toujours été extrêmement rude. Ce à quoi on ne s'attend pas, c'est à un emballement médiatique, où il y a une personne qui pour l'instant ne peut rien dire, et c'est pour ça que je vous dis que quand les choses sont aussi graves, il faut être capable de prendre son temps, il y a le temps médiatique, il y a le temps politique et il y a le temps judiciaire. Le temps judiciaire, il est beaucoup plus long que les autres temps, mais en même temps c'est comme ça qu'on se construit et c'est comme ça qu'on se défend.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et vous avez reçu un soutien de la part de l'Élysée, de Matignon ?

EMMANUELLE COSSE
De plein de gens, de manière…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Dans l'exercice de votre ministère.

EMMANUELLE COSSE
Et de manière très forte et inconditionnelle.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Merci Emmanuelle COSSE, pour ces mots, ce matin, sur France Info.

FABIENNE SINTES
Merci beaucoup.


Source : service d'information du Gouvernement, le 11 mai

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