Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "ITélé" le 11 mai 2016, sur les raisons du recours par le gouvernement à l'article 49.3 pour faire adopter le projet de réforme du code du travail, sur les accusations de harcèlement et d'agression sexuels visant M. Denis Baupin. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, à "ITélé" le 11 mai 2016, sur les raisons du recours par le gouvernement à l'article 49.3 pour faire adopter le projet de réforme du code du travail, sur les accusations de harcèlement et d'agression sexuels visant M. Denis Baupin.

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Stéphane LE FOLL est l'invité d'I Télé ce matin, bonjour.

STÉPHANE LE FOLL
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Et merci d'être avec nous. L'utilisation systématique du 49.3, ce n'était pas dans le programme de François HOLLANDE.

STÉPHANE LE FOLL
Systématique… Non, systématique, ça fera deux fois, mais je crois que dans un quinquennat, un septennat, les présidents…

BRUCE TOUSSAINT
Il reste un an.

STÉPHANE LE FOLL
Il reste un an, oui, mais je ne crois pas qu'il y ait de raisons de considérer que ça ait été systématique, ça a été exceptionnel.

BRUCE TOUSSAINT
Comment en êtes-vous arrivé là ?

STÉPHANE LE FOLL
Oh, tout simplement parce que dans un débat démocratique à l'Assemblée nationale, il y a des positions, des points de vue, au sein du groupe socialiste ; et l'alliance entre une partie des frondeurs et la droite, fait qu'on peut risquer de ne pas avoir de majorité. Et tout a été fait pour chercher avec les frondeurs, je les appelle comme ça maintenant, un accord, en fonction de ce qu'ils souhaitaient, des points sur lesquels on pouvait et on devait bouger, le gouvernement et le rapporteur. Constat a été fait hier matin, puisqu'il y a eu une réunion, que, au fond, il n'y avait pas de volonté de trouver d'accord, et c'est déplorable, au sein même du groupe socialiste.

BRUCE TOUSSAINT
Au fond, on ne saura jamais combien de députés PS s'apprêtaient à ne pas voter ce texte, 30, 40, peut-être même plus, 50, 60. Vous avez une idée, vous-même ?

STÉPHANE LE FOLL
Non, je ne crois pas qu'il y a ait 50/60, c'est plutôt autour des 30/40.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, évidemment, ça provoque beaucoup de réactions, ce 49.3. Avant de voir les réactions politiques, écoutons quelques réactions recueillies dans la rue, hier, du côté de « Nuit debout », puisque les manifestants s'étaient rassemblés autour de l'Assemblée nationale. Écoutons.

TÉMOIGNAGE
Eh bien les CRS, les lacrymaux, le 49.3, en fait c'est la même réponse, c'est-à-dire que c'est un gouvernement qui est minoritaire et qui n'a même pas de majorité dans sa propre majorité, qui est incapable de mettre en pratique sa politique, sans, juste, violence, violence institutionnelle ou violence répressive dans la rue.

TÉMOIGNAGE
C'est pas possible, on ne peut pas, en démocratie, soi-disant, il y a longtemps qu'on n'y est plus, mais enfin, pour ceux qui ont l'illusion d'y être encore, ça, c'est vraiment de la dictature.

TÉMOIGNAGE
On est des personnes qui sont démocrates, qui veulent du débat, qui veulent de la réflexion, et cette loi travail on n'en veut pas, on vaut énormément mieux que ça.

BRUCE TOUSSAINT
C'est terrible les mots qui sont utilisés : « antidémocratique, dictature ».

STÉPHANE LE FOLL
Mais justement, je renvoie à ces mots, c'est comme beaucoup une manière de s'exprimer, mais totalement, mais déconnectée de ce qui est une démocratie, et la réalité. De quoi on parle ? Une dictature en France ? Mais, que cette dame qui l'a dit, réfléchisse deux secondes à ce que sont les dictatures qu'il y a dans le monde. Mais comment on peut dire des choses pareilles. Comment on peut laisser penser que cette loi remettrait en cause, ça a été dit à plusieurs reprises, le droit du travail ? On fait en sorte que, dans une économie qui est mondialisée, dans une France qui est dans le monde, ou dans l'Europe, ou alors l'autre solution, c'est considérer que le monde et l'Europe c'est ailleurs, on n'y est pas. Mais, comment on fait pour continuer à préserver un modèle social, et avancer pour créer de l'emploi ?

BRUCE TOUSSAINT
Ça c'est le fond.

STÉPHANE LE FOLL
Oui, mais c'est le fond, c'est ça qui est important.

BRUCE TOUSSAINT
Bien sûr.

STÉPHANE LE FOLL
Ce sont, je le dis, des gens qui font fausse route sur l'analyse qu'ils font.

BRUCE TOUSSAINT
Enfin, vous le savez, parce que c'est une déclaration que l'on a beaucoup beaucoup revue ces derniers temps, et y compris au moment de la loi Macron, François HOLLANDE, lui-même, en 2006, vous le savez, disait : « C'est un déni de démocratie, le 49.3 », donc ça ne sort pas de nulle part non plus.

STÉPHANE LE FOLL
Oui oui, bien sûr, mais…

BRUCE TOUSSAINT
Des gens importants et intelligents comme François HOLLANDE…

STÉPHANE LE FOLL
Non, mais on est parfaitement conscient, et le Premier ministre l'a dit, que lorsqu'on n'a pas la majorité et qu'on a un risque de coalition, parce que c'est ça quand même qu'il faut bien avoir en tête, c'est-à-dire que ceux qui sont contre la loi, au nom du fait qu'elle serait une remise en cause du droit du travail, s'allient en fait avec ceux qui veulent vraiment le remettre en cause, il n'y a qu'à regarder les propositions ce matin, d'Alain JUPPE. Donc c'est ça l'alliance qui pose le problème, c'est pas un débat, qui est légitime, je l'ai dit, au sein du groupe socialiste. On aurait pu trouver des solutions.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce que…

STÉPHANE LE FOLL
Ceux qui ont refusé, c'est ceux qui ne voulaient pas trouver de compromis.

BRUCE TOUSSAINT
Mais est-ce que vous ne vous êtes pas entêtés ? Personne ne veut de cette loi, les syndicats, le MEDEF, la droite, une partie de la gauche, les Français, dans tous les sondages qui ont été réalisés sur cette loi.

STÉPHANE LE FOLL
Alors, vous avez dit des choses très importantes. Aucun des syndicats ? Monsieur TOUSSAINT, vous avez bien réfléchi à ce que vous avez dit ? Là aussi, on fait semblant...

BRUCE TOUSSAINT
Bien sûr, vous avez raison.

STÉPHANE LE FOLL
On fait semblant. FO…

BRUCE TOUSSAINT
On va dire une majorité.

STÉPHANE LE FOLL
FO, CGT.

BRUCE TOUSSAINT
Ok. C'est pas rien.

STÉPHANE LE FOLL
Oui, et après il y a ceux que l'on appelle les syndicats réformistes…

BRUCE TOUSSAINT
Ce n'est pas rien.

STÉPHANE LE FOLL
… la CFDT, l'UNSA, la CFTC, la CGC. Donc, soyez…

BRUCE TOUSSAINT
Alors, je rectifie : FO, CGT, MEDEF, la droite, une partie de la gauche…

STÉPHANE LE FOLL
C'est très bien ce que vous avez dit, d'ailleurs, j'avais oublié, FO, CGT et le MEDEF. Voilà, qui ne veut pas de cette loi. D'un côté le MEDEF qui considère que ça ne va jamais assez loin et qu'il faut toujours en faire plus, et qui ne veut pas, en particulier le compte personnel d'activité, c'est-à-dire le fait que chaque salarié, ait, pour lui, ait des droits pour la formation et des droits sur la pénibilité sur la retraite, qui veut être remise en cause, d'ailleurs, pénibilité, par Alain JUPPE. Ça c'est ce que ne veut pas le MEDEF, c'est-à-dire ce qu'on donne en plus aux salariés. Et puis de l'autre côté, il y a ceux qui considèrent qu'on fait trop de cadeaux au MEDEF, et que donc il ne faut pas faire cette loi. Voilà.

BRUCE TOUSSAINT
Non mais je vous pose la question différemment. Vous savez, on dit souvent, il y a cette phrase : « Il faut savoir finir une grève ». Est-ce que, à l'inverse, il ne faut pas savoir aussi finir un débat sur une loi dont encore une fois une écrasante majorité ne veut pas ? Sept syndicats appellent à des mouvements, à des grèves et des manifestations le 19 et le 17 mai.

STÉPHANE LE FOLL
Oui, mais faudrait-il qu'ils soient, à part dire « on ne veut pas », qu'est-ce qu'on fait ? Les mêmes, d'un côté comme de l'autre, d'ailleurs, peuvent demander plus, pour pouvoir créer des contrats à durée indéterminée, et ne proposent rien qui permette d'avancer. Qu'est-ce qu'on propose ? C'est d'avancer, c'est de trouver un compromis dynamique, qui fasse que dans les entreprises, on ait cette capacité à être réactif, et en même temps qu'on donne des droits et de la sécurité aux salariés. C'est ça qu'on veut faire, et depuis le départ, c'est ça qui est en jeu. Et je comprends que certains ne l'acceptent pas, mais c'est pas pour autant que parce que certains ne l'acceptent pas, qu'on va arrêter ce compromis dynamique, on doit le mettre en oeuvre.

BRUCE TOUSSAINT
Il y aura un débat demain sur la motion de censure, donc, à l'Assemblée, elle peut passer ?

STÉPHANE LE FOLL
Oh, je ne crois pas qu'elle puisse passer, ou alors il y a une responsabilité qui serait prise par ceux qui iraient voter, je le dis, avec toutes les contradictions que ça comporte, c'est-à-dire qu'ils ne veulent pas de cette loi, et qu'ils iraient voter la motion de censure de la droite, qui elle veut aller encore beaucoup plus loin et remettre en cause, là pour le coup, donc, des acquis fondamentaux, et des acquis que nous avons d'ailleurs donnés ou créés avec la négociation sociale, je pense en particulier à la question de la retraite, le départ à 60 ans pour ceux qui ont la durée de cotisations, et la pénibilité dans le travail, qui est prise en compte depuis… pour la première fois depuis deux ans.

BRUCE TOUSSAINT
Selon vous, donc, le gouvernement ne sera pas renversé demain après midi.

STÉPHANE LE FOLL
Mais, selon moi, le gouvernement ne sera pas renversé, mais j'ai bien compris, j'ai bien entendu certains députés socialistes, qui vont assumer une très lourde responsabilité.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, justement…

STÉPHANE LE FOLL
Très lourde s'ils vont jusque-là. Parce qu'il faudra qu'ils expliquent comment ils peuvent voter une motion de censure de la droite, alors qu'ils se prétendent être de gauche.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, justement, il y a une alternative, c'est que ces députés frondeurs, rejoints peut-être par d'autres, créent leur propre motion de censure, ça devient un peu technique pour ceux qui nous regardent, mais il y a quand même cette possibilité. On va écouter ensemble, c'était il y a quelques minutes sur France Inter, votre ex-collègue du gouvernement, Aurélie FILIPPETTI, écoutez bien ce qu'elle dit.

AURÉLIE FILIPPETTI, ANCIENNE MINISTRE DE LA CULTURE, DÉPUTÉE PS DE MOSELLE – DOC FRANCE INTER
Il faut être 58 députés, pour pouvoir simplement déposer une motion de censure.

LÉA SALAME
Est-ce que vous êtes 58 ?

AURÉLIE FILIPPETTI
Pour l'instant, non. Pour l'instant, non, et on essaie évidemment, avec les députés de toutes les gauches, les députés Front de gauche, les députés écologistes, on a évidemment porté une vision qui était très semblable à celle de défendre davantage les droits des salariés.

LÉA SALAME
Est-ce que vous allez, pour la première fois, aller jusqu'au bout de vos convictions et voter la motion de censure ?

AURÉLIE FILIPPETTI
On en discutera tout à l'heure collectivement, parce que nous on a envie de travailler collectivement.

BRUCE TOUSSAINT
Voilà, donc les mots sont… les mots ont un sens. « On essaie », dit-elle, « on essaie de rédiger nous-mêmes, entre toutes les gauches, une motion de censure ».

STÉPHANE LE FOLL
Ce n'est pas… et en plus « de toutes les gauches », Aurélie FILIPPETTI a été membre du gouvernement, de voir aujourd'hui, laisser penser qu'il y aurait des gauches, qu'il y aurait des gauches et qu'il y aurait toute la gauche, d'un côté, et qu'il n'y aurait pas un gouvernement de gauche, il y a deux gauches qui doivent, et c'est pour ça que dans tout le processus qui et en cours, il y a une gauche qui doit bien réfléchir à la manière dont elle aborde l'avenir et le monde d'aujourd'hui. Et moi, je souhaite qu'avec ce qu'on va faire, sur « Hé oh la gauche », c'est qu'ont soit capable de créer une gauche nouvelle, une gauche d'espoir, et pas simplement une gauche de chimère et une gauche qui regarde en arrière.

BRUCE TOUSSAINT
Que se passera-t-il, quelle serait votre réaction, si cette motion était constituée ?

STÉPHANE LE FOLL
Ah, moi je… que se passera-t-il ? Faudrait-il que ça se passe, tant que ça ne s'est pas passé, je ne dirais rien d'autre que moi je ne souhaite pas qu'il y ait comme ça, avec des mélanges, dans des groupes, des constitutions, il faut 58 députés, je ne crois pas comment ça peut se faire, d'ailleurs on voyait bien qu'Aurélie FILIPPETTI ce matin disait « on va essayer, on va essayer ». Bon, très bien, moi je ne suis pas là, ni pour encourager, ni pour faire…

BRUCE TOUSSAINT
Non mais on voit bien quand même que là, la rupture elle est au-delà de consommée.

STÉPHANE LE FOLL
C'est bien ce que je vous dis. Je vous dis que maintenant il y a besoin de reconstituer un corps, qui fasse que l'on ait une gauche d'espoir, et pas simplement cette gauche qui se crispe systématiquement, qui ne regarde pas la réalité telle qu'elle est et qui ne veut pas faire cet effort de considérer que notre pays, ce grand pays, peut protéger son modèle social, tout en étant, et dans l'Europe et dans le monde.

BRUCE TOUSSAINT
Si des députés socialistes, frondeurs, comme on les appelle, votent la motion de censure déposée par la droite demain, qu'est-ce qui se passe ?

STÉPHANE LE FOLL
Ah là, il y aura des décisions qui seront à prendre par le Parti socialiste.

BRUCE TOUSSAINT
Et vous, vous souhaitez quoi ?

STÉPHANE LE FOLL
Ah moi je souhaite que là… il y ait des limites sur lesquelles il faut qu'un jour on soit clair, il ne peut pas y avoir, dans un parti qui a des débats, il y a toujours eu des débats, et même sur cette loi, c'était légitime, des membres de ce parti, et quelquefois des députés, des élus, voire des cadres de ce parti, qui iraient voter une motion de censure déposée par la droite. Là j'appelle chacun à la responsabilité quand même. On arrive à la limite de ce qui est compréhensible et acceptable.

BRUCE TOUSSAINT
Je voudrais qu'on écoute ensemble Alain JUPPE, qui hier soir présentait son programmé économique, mais qui a réagi à ce 49.3. Écoutez Alain JUPPE.

ALAIN JUPPE, MAIRE LES RÉPUBLICAINS DE BORDEAUX ET CANDIDAT À LA PRIMAIRE DE LA DROITE
La loi travail, dont la discussion parlementaire est en train de tourner à la farce, nous avons appris aujourd'hui que ça sera passerait au 49.3. Moi j'ai rien contre le 49.3, ça figure dans la Constitution, et je crois me souvenir que je l'ai utilisé quand j'étais Premier ministre. Bon, voilà. Donc, c'est un outil constitutionnel, mais moi je n'ai jamais déclaré « le 49.3 c'est la brutalité, c'est un déni de démocratie ». Cette déclaration, c'est monsieur HOLLANDE.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce qu'il n'y a pas au fond un problème et c'est ce que pointe Alain JUPPE, c'est son jeu, c'est normal, un problème philosophique, idéologique, on sait que Michel ROCARD l'a utilisé le 49.3, mais dans des conditions qui étaient bien différentes puisqu'il n'avait pas vraiment de majorité ? Est-ce qu'il n'aurait pas fallu encore une fois renoncer pour ne pas aller jusque-là ? Est-ce que vous n'allez pas pour finir ma question pardon, le payer très très cher ?

STÉPHANE LE FOLL
Je vais vous dire une chose, claire, en politique de temps en temps il faut faire des choix qui peuvent être extrêmement difficiles et avec des conséquences lourdes quand on pense que ce que l'on fait est juste. Donc on va arrêter de se poser la question, dix fois, fallait-il retirer, ne rien faire et dire après, eh bien il se passera ce qui pourra, on verra bien ce qui va se passer. On a décidé, le président de la République, de faire ces réformes pour donner des capacités, je l'ai dit, aux entreprises, et en même temps de donner des droits et de la sécurité aux salariés. Eh bien il faut l'assumer. Le regret, et ça c'est vrai, c'est que sur ce débat et sur cette loi on aurait du, on aurait du trouver les compromis au sein du groupe socialiste, on aurait du, et ceux qui n'ont pas voulu prendre sur cette question une lourde responsabilité, mais il faut qu'on assume, en politique il n'y a rien de pire que ceux qui laissent penser qu'on pourrait avancer et qu'on ne ferait rien parce qu'il y aurait une difficulté. Il faut assumer.

BRUCE TOUSSAINT
On vient d'entendre Alain JUPPE, il a fait des propositions hier, son programme économique arrive finalement sur la table, alors la retraite à 65 ans, la fin de l'impôt sur la fortune, quel regard vous portez comme ça sur les premières mesures qui ont été présentées par Alain JUPPE ?

STÉPHANE LE FOLL
Je voudrais simplement dire à ceux qui tout à l'heure s'exprimaient pour dire que nous on était en dictature, qu'on était une dictature, franchement, et que sur la question de la loi on mettrait en cause les droits des salariés, eh bien que chacun réfléchisse bien, et je le dis aux jeunes en particulier, parce que la retraite à 65 ans ça sera pour eux, pour tous ceux qui aujourd'hui pensent que ce que l'on fait en tenant compte de la pénibilité dans le travail, en faisant en sorte de pouvoir partir à 60 ans lorsqu'on a sa durée de cotisation, en offrant cette possibilité très importante d'avoir des comptes de formation tout au long de la vie, que ceux-là réfléchissent bien, à la manière dont ils s'expriment, lorsqu'ils parlent de cette loi El Khomri, lorsqu'ils parlent du gouvernement. C'est ce que j'ai appelé « Hé oh la gauche ». Il ne faut quand même pas exagérer. Et il ne faut pas dire n'importe quoi. Ce que nous faisons nous le faisons avec bien sur la prise en compte de la nécessité de donner à l'économie et aux entreprises des marges, des possibilités de créer de l'emploi, mais en même temps nous n'avons jamais remis en cause le modèle social, nous l'avons même conforté – je ne vais pas revenir sur le tiers payant, sur l'universalité des droits sociaux avec Marisol TOURAINE, ni sur la pénibilité – donc je demande… c'est ça le vrai sujet.

BRUCE TOUSSAINT
Est-ce qu'il y aura d'autres réunions « hé oh la gauche » ?

STÉPHANE LE FOLL
Oui bien sûr il y en aura d'autres.

BRUCE TOUSSAINT
Vous avez l'intention de garder, de porter cet étendard ?

STÉPHANE LE FOLL
Oui de garder et porter cet étendard, et surtout de poser les bases, je l'ai dit, d'une gauche nouvelle. Nouvelle - et ça c'est très important – qui revoit une partie de la manière dont elle aborde les grandes questions de l'Europe et du monde. Une gauche nouvelle, « Hé oh la gauche » ça va servir aussi à se poser ces questions…

BRUCE TOUSSAINT
On a compris que jusqu'ici l'idée c'était quand même de valoriser le bilan, mais il y aura aussi un programme à un moment donné non ? Il y aura un programme, il y aura des idées, il y aura du …

STÉPHANE LE FOLL
Oui bien sûr.

BRUCE TOUSSAINT
La gauche nouvelle, il faut bien qu'elle donne des idées !

STÉPHANE LE FOLL
Mais bien sûr qu'elle donnera des idées.

BRUCE TOUSSAINT
La classe politique a été frappée, secouée cette semaine par les révélations autour de Denis BAUPIN. Cécile DUFLOT a dit hier soir « il y a beaucoup de Denis BAUPIN à l'Assemblée », et comme un ricochet on pourrait dire hier soir Michel SAPIN a fait un communiqué en expliquant que face à ces dernières révélations il était important pour lui de s'excuser pour un geste qu'il a qualifié d'inapproprié envers une journaliste en janvier 2015. C'est une affaire dont on a beaucoup parlé ces derniers jours. C'était bien que Michel SAPIN fasse cette mise au point ?

STÉPHANE LE FOLL
Oui, c'était bien que Michel SAPIN fasse cette mise au point, et de manière très claire. En même temps vous me dites que Cécile DUFLOT a dit qu'il y a beaucoup de Denis BAUPIN, mais alors là je vais être aussi très clair. Si elle a dit ça, ça veut dire qu'elle sait des choses, elle doit le dire. Parce que ce qui arrive après « c'est que tout le monde va être potentiellement désigné comme étant un Denis BAUPIN » ; et quand je dis ça, je mets ça aussi entre guillemets, la justice est saisie et elle doit aller jusqu'au bout. Et tout ce qui est condamnable doit être condamné et sanctionné. Pour moi c'est très clair. Mais en tant qu'homme politique, quand je regarde tout ce qui est dit et en particulier de la manière la plus facile qui soit par un certain nombre de journalistes, je me dis aussi que si on fait peser des menaces ou si on soupçonne déjà, il faut qu'on soit maintenant très clair. Ça a été dit « fin de l'omerta ». Donc si Cécile DUFLOT sait des choses il faut qu'elle le dise, parce que là sinon chacun….vous voyez ce matin je suis invité ce matin, vous me parlez de ce qui éclabousse la classe politique, c'est donc mis dans le même panier et dans le même paquet, et ça je ne peux pas non plus à un moment laisser penser ça.

BRUCE TOUSSAINT
Attendez, il y a deux choses, il y a ce qui est condamnable par la loi, répréhensible ; et puis il y a aussi et ça ce n'est pas condamnable par la loi, c'est autre, c'est un climat qui n'existe pas seulement d'ailleurs dans le milieu politique, on pourrait tout aussi bien faire le reproche au milieu médiatique et à beaucoup d'autres milieux, une espèce de machisme ambiant. Il y a quelque chose… Est-ce qu'il n'y a pas une espèce de prise de conscience qui doit être faite par chacun d'entre nous ?

STÉPHANE LE FOLL
Mais la prise de conscience par chacun d'entre nous, bien sur, et tout ce qui est condamnable par la loi doit être condamné.

BRUCE TOUSSAINT
Mais il n'y a pas que ça, c'est ça que je voulais vous dire.

STÉPHANE LE FOLL
Et puis après il y a les attitudes des uns et des autres qui doivent être condamnées lorsqu'elles s'apparentent – et ça a été clairement dit – à du harcèlement ou du truc - comme à dit Laurence ROSSIGNOL – lourdingue et lourdot, on est parfaitement d'accord. Mais je rappelle que les faits qui sont dénoncés aujourd'hui sont des faits d'il y a trois ou quatre ans, et que si on doit tous faire des efforts, et s'il y a une prise de conscience, tous, tous – parce que vous parlez du système médiatique, le système médiatique a une tendance à juger …..

BRUCE TOUSSAINT
C'est ce que je vous ai dit.

STÉPHANE LE FOLL
Eh bien tout le monde doit faire un effort.

BRUCE TOUSSAINT
Ce que je veux dire c'est que c'est bien de faire la parité dans le gouvernement, c'est bien aussi que chacun puisse changer d'attitude !

STÉPHANE LE FOLL
Aucune discussion. Faut-il encore que certains puissent se sentir concernés et changer d'attitude parce qu'ils avaient une mauvaise attitude. Parce que c'est ça que vous laissez penser ! Et en particulier en me parlant vous dites en gros « il faut changer d'attitude… », Je voudrais que vous me disiez si un jour je suis coupable ou responsable…

BRUCE TOUSSAINT
Je vais vous dire franchement en tant qu'homme je me suis posé la question de savoir si je n'avais pas pu être à un moment coupable d'une attitude qui pouvait être dérangeante. Je pense que chacun d'entre nous s'est posé la question, est-ce que vous vous êtes posé la question ?

STÉPHANE LE FOLL
Mais bien sûr, oui, bien sûr. Et d'autant plus que je viens ce matin sur les télés, d'autant plus ce que j'entends sur toutes les télés et toutes les radios ce matin, vous pensez qu'en tant qu'homme politique, quand on entend tout ce qu'on entend, on ne se pose pas de question ? Ah on ne se pose pas de question !

BRUCE TOUSSAINT
Je vois bien que oui.

STÉPHANE LE FOLL
Bon alors !! Donc c'est très clair, 1 / tout ce qui est condamnable par la loi doit être condamné. Et il faut que les attitudes changent parce qu'on ne peut pas accepter, et vous l'avez très bien dit, que des attitudes soient là, qui soient des attitudes humiliantes pour les femmes qui considèrent avec des mots et des gestes et des attitudes de manière globale il faut que çà cesse, voilà c'est très clair et c'est net.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Stéphane LE FOLL, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mai 2016

Rechercher