Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à iTélé le 12 mai 2016, sur le diagnostic porté par le président de la République sur la situation économique ("ça va mieux") et la motion de censure contre le gouvernement après le recours au 49.3 sur la loi Travail. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à iTélé le 12 mai 2016, sur le diagnostic porté par le président de la République sur la situation économique ("ça va mieux") et la motion de censure contre le gouvernement après le recours au 49.3 sur la loi Travail.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, TOUSSAINT Bruce.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : BRUCE TOUSSAINT
Jean-Marie LE GUEN est l'invité d'I-Télé ce matin. Bonjour.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Bruce TOUSSAINT.

BRUCE TOUSSAINT
Et merci d'être avec nous. Juste avant de parler de la motion de censure qui sera débattue à l'Assemblée tout à l'heure, et de la loi Travail, cette petite phrase d'Alain JUPPE sur RTL, il y a quelques minutes, vous savez, sur le fameux : « ça va mieux » du président de la République. Alors écoutez ce que dit le candidat JUPPE, eh bien, il tacle François HOLLANDE.

ALAIN JUPPE, CANDIDAT À LA PRIMAIRE LES RÉPUBLICAINS – DOCUMENT RTL
La France n'est pas au plein emploi, nous sommes à 10 %, ça ne s'arrange pas, les prévisions de la Commission européenne pour l'année prochaine, c'est que le chômage en France va passer de 10,2 % à 10,1 %. Et ça permet à monsieur HOLLANDE de dire que ça va mieux, donc ça ne va pas mieux. Donc le fond de ma proposition, c'est de dire : ce sont les entreprises qui créent des emplois, toutes les entreprises, le petit artisan, le commerçant, la TPE, la start-up, la PME ; et il faut donc remettre nos entreprises en situation de créer des emplois, c'est ça une vraie politique sociale, c'est tout faire pour le plein emploi.

BRUCE TOUSSAINT
Pendant que vous vous entretuez, là, à gauche, il y a un monsieur à Bordeaux, là, Alain JUPPE, qui fait son petit bonhomme de chemin, qui sort un nouveau livre, propositions économiques, qui était à la radio ce matin, sur RTL, et qui est en train de faire une campagne…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je ne peux pas vous donner tort, c'est-à-dire que, il y a une forme d'irresponsabilité d'une certaine gauche qui d'ailleurs ne veut plus assumer de responsabilités, qui est toujours la critique radicale de ce que fait ce gouvernement réformiste, alors que, il n'y a qu'à voir les rapports de force dans le pays et ce qui est proposé, monsieur Alain JUPPE propose la retraite à 65 ans, il propose 39 heures payées 35. Monsieur Alain JUPPE propose la suppression de l'ISF, et j'allais dire, c'est quasiment un des programmes les plus modérés de la droite, quoi qu'ils se retrouvent sur tous ces sujets-là. Alors…

BRUCE TOUSSAINT
On va voir si ça le fait baisser dans les sondages…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, mais…

BRUCE TOUSSAINT
On verra…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je dis simplement à ceux qui pensent que, et qui sont attachés à la justice, à ceux qui pensent que, il faut une politique équilibrée entre le soutien aux entreprises, mais aussi, le droit des salariés, je voudrais qu'ils ouvrent un petit peu les yeux sur la réalité de la situation. Et c'est vrai

BRUCE TOUSSAINT
A propos de réalité, quand il dit : il faut arrêter de dire ça ne va pas mieux, là, aussi, c'est un rappel à la réalité…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il a tort, il a tort de considérer que, il faut absolument désespérer de notre pays, moi, je crois, je vois dans les chiffres économiques que les choses vont mieux, est-ce que ça va mieux pour tous les Français ? Non, bien sûr, nous le savons bien, et est-ce que la confiance est là ? Non, bien sûr, car il y a une énorme défiance qui s'est installée dans notre pays. Mais justement le rôle des responsables politiques, c'est d'essayer de surmonter cela, de dire que la France n'est pas sur le chemin du déclin, qu'il y a des moyens de s'en sortir, que notre modèle social, qui doit être évidemment ajusté, a aussi sa validité, ses valeurs dans le monde de demain.

BRUCE TOUSSAINT
Alors la loi Travail, donc la motion de censure, tout à l'heure, déposée par la droite et le centre, et la gauche, à feu et à sang, une fois de plus, est-ce que c'est ce qu'on va retenir finalement de ce gouvernement, peut-être qu'il aura fait exploser la gauche ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Alors, vous savez, il y a à peu près 10 % des députés qui, à gauche, contestent ce texte, bon, très bien, mais c'est un spectacle permanent…

BRUCE TOUSSAINT
… Socialistes…

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, oui, députés socialistes, bien sûr, mais je le constate, je le regrette…

BRUCE TOUSSAINT
Voilà, on peut aussi compter les écologistes qui étaient au départ vos alliés…

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, oui, mais je pense qu'il y a des gens, il y a une partie de la gauche – je le répète, et je crois que c'est ça qu'il faut bien avoir à l'esprit – il y a une partie de la gauche qui ne veut plus assumer de responsabilités, elle pense que la situation est trop dure, et d'un certain point de vue, c'est vrai que la situation est très dure, à partir de là, il y a une gauche qui se trouve d'autant plus belle qu'elle est dans l'opposition, qu'elle peut laisser libre cours à son indignation sans assumer les difficultés de la gestion du pays ; nous assumons aussi bien les problèmes de sécurité, de terrorisme que les questions économiques et sociales, que les questions de société, il faut pouvoir, aujourd'hui plus que jamais, le rôle de la gauche réformatrice est important.

BRUCE TOUSSAINT
D'accord. 56 députés donc étaient prêts à passer à l'acte hier, 56, et il en fallait 58, alors dans cette liste des 56, il y avait quand même quatre anciens ministres, Thomas THEVENOUD, mais aussi et surtout, regardez, Cécile DUFLOT, Aurélie FILIPPETTI, Benoît HAMON ; ça ne veut rien dire ça ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, c'est un peu leur problème, je pense que…

BRUCE TOUSSAINT
Ce n'est pas aussi votre problème, Jean-Marie LE GUEN ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Attendez, il y a là une génération quand même qui n'a pas été capable d'assumer les responsabilités dont je parle, c'est un échec collectif en partie et douloureux pour nous, il y a ici des personnalités de valeur, mais elles n'ont pas été capables justement d'assumer les contradictions du pouvoir, c'est un signal important, c'est une déception, moi, je le reconnais évidemment.

BRUCE TOUSSAINT
Ça, c'est leur responsabilité, votre responsabilité à vous, au gouvernement, dans cette crise, vous n'en avez aucune ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Si, d'abord, nous l'avons reconnue, puisque, au point de départ, je pense que le texte n'était pas complètement calibré, et surtout, il n'a pas été suffisamment expliqué et présenté. Nous sommes tombés un peu dans un piège, on nous attendait pour nous dire que c'était une loi pour faciliter les licenciements, c'est ce qu'ont entendu les Français, à tort d'ailleurs, mais c'est ce qu'ils ont entendu parce que ça a été répété à l'envi, y compris, y compris par nos propres amis, donc je veux dire que notre parole était difficile à entendre. Donc notre responsabilité, elle existe dans cette affaire, mais depuis, il y a eu un travail de discussions approfondi avec les partenaires sociaux, singulièrement, avec les organisations syndicales réformistes qui aujourd'hui se retrouvent dans ce texte, il y a eu plus de 500 amendements qui ont été repris venant des parlementaires dans le texte qui sera adopté ; c'est vous dire qu'en fait, les échanges ont été très importants entre le texte initial et aujourd'hui, il y a vraiment eu un travail.

BRUCE TOUSSAINT
Alors, là, quand même, vous l'avez dit, 10 % de députés socialistes, ce n'est pas rien, qui ont essayé de renverser le gouvernement, parce que c'est ça une motion de censure, c'est bien de le dire, eh bien, ces gens-là restent au Parti socialiste, il n'y a pas de problème !

JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord, je pense que, une des questions qui leur est posée, c'est de savoir effectivement comment, eux, dans leur cohérence et dans leur être, ils peuvent finalement conjuguer la présence parfois confortable à l'intérieur d'un grand parti, et puis, de l'autre côté, la facilité qui consiste pratiquement tout le temps à voter contre les orientations et les décisions de ce parti, bien. Là, il y a une contradiction, je les renvoie à leur propre dignité dans ce qu'ils font. Pour nous-mêmes, la question des règles collectives se pose, ce n'est pas mon rôle, moi, en tant que ministre du gouvernement de me poser la question…

BRUCE TOUSSAINT
Vous êtes chargé des Relations avec le Parlement !

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais je ne suis pas chargé du groupe socialiste…

BRUCE TOUSSAINT
C'est exactement…

JEAN-MARIE LE GUEN
Ou du Parti socialiste…

BRUCE TOUSSAINT
C'est votre boulot…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non…

BRUCE TOUSSAINT
De gérer les relations effectivement entre le gouvernement et le Parlement, et en particulier avec les députés de la majorité…

JEAN-MARIE LE GUEN
D'accord, mais non, je vous assure, je n'ai pas une responsabilité dans les organisations…

BRUCE TOUSSAINT
J'ai compris, vous n'êtes pas patron du PS, mais, enfin, quand même, vous pouvez dire aussi…

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, je dis…

BRUCE TOUSSAINT
Là, ça va trop loin !

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, je pense que c'est allé trop loin, je pense que c'est allé trop loin. Je suis témoin de l'exaspération de l'énorme majorité des députés socialistes qui ne comprennent pas cette absence de fraternité, cette absence de solidarité, cette absence d'engagement de parlementaires qui font de la flibuste, bon…

BRUCE TOUSSAINT
Mais il n'y a pas de sanctions, Jean-Marie LE GUEN, au fond, pourquoi s'arrêter puisqu'il n'y a pas de sanctions ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, je pense que les choses, à un moment ou à un autre, doivent être clarifiées, et n'étant pas en responsabilité sur ce sujet, moi aussi, je me tourne vers ceux qui sont en responsabilité pour voir ce qu'il convient de faire. Mais c'est vrai que nous avons une confraternité assez…

BRUCE TOUSSAINT
Non, mais attendez, à titre personnel, Jean-Marie LE GUEN !

JEAN-MARIE LE GUEN
A titre personnel…

BRUCE TOUSSAINT
Vous souhaitez qu'ils soient virs ou pas ? On le dit ou pas ? Allez-y !

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ce n'est pas… dans les fonctions qui sont les miennes, je n'ai pas à m'exprimer…

BRUCE TOUSSAINT
Non, mais à titre personnel !

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que les socialistes, je vous assure que vous ne me ferez pas dire à titre personnel, alors que je suis, ce matin, chez vous, en responsabilité, mais ce que je veux dire, c'est qu'il y a une très large majorité…

BRUCE TOUSSAINT
Non, mais ce n'est pas une question anodine…

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas une question anodine, mais elle ne me concerne pas. Ce n'est pas à moi de vous apporter la réponse. A travers la question que vous me posez, eh bien, ceux qui ont amené des réponses sont saisis par vos questions, voilà.

BRUCE TOUSSAINT
On écoute ensemble Laurent BAUMEL, c'est l'un des députés frondeurs, qui était prêt à voter la motion.

LAURENT BAUMEL, DÉPUTÉ PS FRONDEUR D'INDRE-ET-LOIRE
Chacun prendra ses responsabilités, mais je ne pense pas que le Parti socialiste, sa direction aurait véritablement intérêt à entrer dans une logique qui consiste à punir des gens parce qu'ils ont défendu des valeurs qui sont quand même celles du Parti socialiste, reconnaissons-le, et qui sont partagées par de très nombreuses personnes qui avaient voté pour François HOLLANDE en 2012. Que je sache aujourd'hui, si je regarde à la fois les manifestations, les enquêtes d'opinion, je n'ai pas le sentiment, ni que la loi El Khomri soit très populaire, ni que l'utilisation du 49.3 soit très populaire. Donc moi, je déconseillerai à la direction du Parti socialiste de s'embarquer dans cette logique de sanction.

BRUCE TOUSSAINT
Bon, eh bien, écoute, visiblement, ils ont raison !

JEAN-MARIE LE GUEN
Ils ne sont pas des apôtres d'une clarification très nette. Et d'ailleurs, je pense qu'une partie des gens, parce que je pense qu'il y a des gens de bonne foi qui sont avec eux, je pense que ces gens-là ont du mal à se retrouver dans ces reptations permanentes.

BRUCE TOUSSAINT
Bon, la motion de censure cet après-midi, elle passe ou pas ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je ne crois pas, mais c'est la démocratie de s'exprimer, non, je ne crois pas.

BRUCE TOUSSAINT
Le gouvernement, peut-il est renversé ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je ne crois pas, je ne crois pas du tout que cela puisse être le cas. Ce qui va se passer c'est que la droite va arriver, faire une motion de censure contre la loi de madame EL KHOMRI. Qu'est-ce qu'elle va dire ? La loi de madame EL KHOMRI met en danger le droit des salariés, ce qui est évidemment inexact. Par ailleurs, elle va simplement dire « elle ne va pas », comme ils disent, « assez loin », c'est-à-dire qu'il faut… Par exemple, nous nous disons qu'un accord d'entreprise – puisque c'est une des grandes questions – il doit être validé par 50 % des salariés, soit par leurs représentants, soit à travers un référendum. Eux ils disent « mais pas du tout, il suffit… les organisations syndicales n'ont pas leur mot à dire dans cette affaire, il faut que ce soit les patrons qui décident d'organiser le référendum », etc., etc. Nous, nous disons attention, ça doit être contrôler dans le cadre, essentiellement, sur les questions du temps de travail, là ça va être sur toutes les questions d'organisation du travail. Il y a des positions qui sont extrêmement différentes, il n'y a qu'à d'ailleurs entendre ce qui est dit, les 39 heures payées 35, c'est la suppression des heures supplémentaires par exemple. Eh bien, face à cela il y a une politique de droite, il y a une politique de gauche, et elles sont différentes, quoi qu'en disent les uns et les autres, toutes les polémiques qui peuvent exister.

BRUCE TOUSSAINT
On voit en tout cas qu'il est difficile, voire impossible, pour la majorité aujourd'hui, de faire passer des lois, et en particulier cette loi…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, elle passe cette loi. Elle va passer.

BRUCE TOUSSAINT
Avec le 49.3.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais le 49.3 est une arme qui a été utilisée dans la Constitution, 28 fois par Michel ROCARD, 7 fois par Pierre MAUROY…

BRUCE TOUSSAINT
Ils n'avaient pas de majorité.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais nous, nous sommes…

BRUCE TOUSSAINT
Donc reconnaissez que vous n'avez pas de majorité.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais, nous avons une majorité relative, à l'Assemblée nationale, sur les textes les plus difficiles, nous avons une majorité plus large sur d'autres textes, c'est ça la réalité. Moi je ne vais vous dire que ceux qui votent pratiquement systématiquement, depuis le début, depuis 2012, contre le gouvernement, une partie des frondeurs dont on parle, je ne vais pas vous dire qu'ils sont dans la majorité, je ne le crois pas, je ne le constate pas.

BRUCE TOUSSAINT
Ils ne sont plus dans la majorité.

JEAN-MARIE LE GUEN
De fait. Je veux dire, à partir du moment où on ne vote pas des textes qui sont des textes fondamentaux, le traité européen, les budgets, et un certain nombre de lois qui sont des lois tout à fait fondamentales pour l'action du gouvernement, je ne peux que constater que nous avons une majorité relative, comme l'a eue Michel ROCARD en son temps.

BRUCE TOUSSAINT
Ils ne sont plus dans la majorité, mais ils sont toujours au Parti socialiste, tout ça est très clair.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je vous reconnais parfaitement le droit de souligner cette incongruité.

BRUCE TOUSSAINT
Eric CIOTTI dit « pourquoi est-ce qu'on n'irait pas jusqu'à la dissolution, après tout. Il n'y a plus de majorité, il faut dissoudre. »

JEAN-MARIE LE GUEN
Écoutez, je pense qu'Éric CIOTTI dit ce qu'il veut. Il y a une motion de censure, eh bien on verra s'ils sont sur cette orientation dite de dissolution, et quelle est la politique alternative qu'ils proposent, voilà.

BRUCE TOUSSAINT
La dissolution, c'est le président qui décide de dissoudre, donc est-ce qu'aujourd'hui…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais il fait référence peut-être à Alain JUPPE, qui avait décidé de dissoudre…

BRUCE TOUSSAINT
En 97.

JEAN-MARIE LE GUEN
Par facilité, donc c'est peut-être ça qu'il souhaite. Non, je crois que cette proposition est une proposition qui ne correspond pas, et d'ailleurs le fait que ce soit monsieur CIOTTI et pas les leaders de la majorité, signifie que cette position n'est pas tellement suivie par ses propres amis.

BRUCE TOUSSAINT
D'après le site Médiapart, Emmanuel MACRON va annoncer sa candidature à la présidentielle en juin. Vous le soutiendrez ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Vous avez tort de vous fier aux informations qui peuvent être distribuées, ça a été déjà démenti, voilà.

BRUCE TOUSSAINT
Donc vous…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais je vous signale, je vous réponds factuellement.

BRUCE TOUSSAINT
Vous opposez à nouveau un démenti ce matin ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ah ça oui, c'est ce que MACRON a démenti, Emmanuel MACRON a démenti cette information, qui est un peu rocambolesque, il faut bien le dire.

BRUCE TOUSSAINT
Il peut démentir aujourd'hui et puis changer d'avis demain.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, c'est quand même compliqué.

BRUCE TOUSSAINT
Vous n'y croyez pas ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je ne crois pas, je ne crois pas une seconde. Emmanuel MACRON, il a l'envie évidemment de se distinguer, éventuellement, d'ailleurs, les médias lui tendent l'opportunité de le faire, pour partie c'est parfaitement légitime, pour partie il faut faire attention de ne pas se laisser embarquer dans une logique médiatique.

BRUCE TOUSSAINT
Il a lancé un mouvement, il y a des gens qui font du porte-à-porte pour lui pour chercher des fonds, il n'est pas en campagne, mais il fait quoi alors, je ne comprends pas bien.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, mais qu'il veule lancer une formation politique, c'est normal, il n'est pas au parti…

BRUCE TOUSSAINT
Ah oui, c'est comme ça, pour le plaisir ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non… non, mais, peser dans le débat politique, il faut rappeler à bon nombre de nos acteurs politiques, on ne pèse pas forcément parce qu'on est candidat à l'élection présidentielle. Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui on est à 30 ou 35 candidats à l'élection présidentielle, vous avez un peu raison de penser que qui n'est pas candidat à l'élection présidentielle n'existe pas.

BRUCE TOUSSAINT
Faisons la liste des non-candidats, ça ira plus vite. Je voudrais qu'on regarde ensemble, vous étiez tout près, c'est une séquence qui s'est passée, ça a eu lieu à l'Assemblée nationale, une passe d'arme, on peut le dire, entre Manuel VALLS et Emmanuel MACRON, on va regarder ensemble les images, il n'a pas l'air content le Premier ministre. Voilà. Il s'en prend directement au ministre de l'Economie. Alors vous étiez où là, on ne vous voit pas sur les images, vous n'étiez pas très loin…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je suis là.

BRUCE TOUSSAINT
Ah oui, vous êtes juste à, pardon, juste à côté, effectivement juste à côté du Premier ministre. Vous avez parfaitement entendu ce qu'il a dit ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui.

BRUCE TOUSSAINT
Pourquoi est-ce qu'il l'a engueulé ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ils ne se sont pas engueulés, ils se sont expliqués sur une partie d'une interview.

BRUCE TOUSSAINT
Regardez, c'est clair, il l'a engueulé, ça arrive, c'est aussi son boulot de Premier ministre.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, mais… remarquez, voilà, quand on est dans une équipe, de temps en temps on met un certain nombre de choses au point.

BRUCE TOUSSAINT
C'est ce que je vous disais.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais comme vous le voyez, c'était un échange privé, par ailleurs, même si c'était sous l'oeil des caméras.

BRUCE TOUSSAINT
Donc ? Mais il est agacé par Emmanuel MACRON.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, Manuel a un rôle qui est un peu difficile par moment, surtout dans une culture de l'époque où chacun est un petit peu individualiste, il faut ramener un petit peu à du collectif, et, voilà, c'est parfois une tâche un peu ingrate, mais c'est nécessaire.

BRUCE TOUSSAINT
Il joue un peu trop perso, c'est ça ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Pas simplement lui, d'autres aussi. Il y a besoin de faire un petit peu plus de collectif.

BRUCE TOUSSAINT
Juste un mot, il nous reste une minute. Vous sortez un livre, alors je l'ai là, ce n'est pas une blague, c'est un livre numérique, donc on l'a imprimé, ce n'était pas facile de… « La gauche qui vient. » Pourquoi un livre numérique d'ailleurs ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Parce que, écoutez…

BRUCE TOUSSAINT
Vous n'avez pas trouvé d'éditeur ou ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je n'ai même pas cherché, parce que j'ai eu envie d'écrire un petit peu ce que je pense sur la situation politique, sur ce qui va effectivement, ce que je crois, ce que doit être la gauche aujourd'hui. Comme je fais des propositions qui sont quand même assez différentes de ce qu'est la gauche depuis 30 ans, j'ai voulu écrire et j'ai voulu le faire… bon, la diffusion numérique, finalement, ça peut être aussi quelque chose d'aisé. Comme c'est une contribution pour les citoyens, à la réflexion, l'aspect livresque, l'édition papier ne me paraissait pas, en soi, nécessaire.

BRUCE TOUSSAINT
Bon. Si on doit retenir une proposition ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien c'est que…

BRUCE TOUSSAINT
Je l'ai lu, c'est un peu… c'est, comment dire, c'est dense.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, j'ai essayé de faire quelque chose de sérieux, on va dire ça.

BRUCE TOUSSAINT
C'est ça.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais c'est ce qu'on appelle un livre à mèche longue, voyez-vous, c'est que dans les mois qui viennent il faudra que… ce que je dis c'est que la vie politique aujourd'hui elle doit s'organiser autour du fonctionnement de ce qu'est le camp républicain, la gauche doit s'investir dans ce camp républicain, c'est-à-dire des valeurs, qui sont connues, la liberté, égalité, fraternité, laïcité, la compétitivité, parce que s'il n'y a pas une économie efficace, eh bien ça ne marchera pas. L'égalité des chances, parce que la gauche notamment, a renoncé à l'égalité des chances, il n'y a pas assez d'ascenseur social dans cette société, il y a une défense des statuts figée, mais il n'y a pas d'ascenseur social. Et donc, ce que je propose, parce que je pense que l'époque est une époque qu'il faut considérer avec beaucoup de gravité, eh bien il faut être capable de rassembler le camp républicain dans ses différences, à droite il y a des républicains, à gauche il y a des républicains. La gauche doit être capable de se rassembler, de bouger, d'être une gauche moderne, républicaine, mais aussi de se dépasser, de tendre la main, parce que si nous voulons gagner l'élection présidentielle de 2017, eh bien il faudra que nous soyons en tête au premier tour, ce qui veut dire être capable de rassembler les Français, au deuxième, face à l'extrême droite.

BRUCE TOUSSAINT
C'est la Fondation Jean Jaurès qui publie ce livre numérique « La gauche qui vient » Jean-Marie LE GUEN. Une dernière minute. Christian PAUL, qui est chef de file des frondeurs, dit sur RMC, à l'instant, qu'il y aura une nouvelle motion de censure, en tout cas une nouvelle tentative de motion de censure de la gauche, lorsque le texte reviendra, après son passage au Sénat, lorsqu'il reviendra à l'Assemblée. Ce n'est pas fini !

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas fini, ça a toujours commencé, donc je veux dire… ce sont les mêmes qui sont sur un travail de sape, mais qui est relativement marginal. Ce qui me… c'est qu'il y a derrière tout ça que de la destruction, il n'y a la destruction d'aucune alternative, il n'y a aucune perspective de cette gauche critique, c'est ça qui est fondamentalement grave. On peut comprendre qu'il y ait des désaccords politiques, mais soit on essaye de faire pression pour réorienter, soit on construit une alternative, là il n'y a que de la division, il n'y a que du dénigrement, il n'y a finalement que le souhait de quitter les responsabilités, de ne plus assumer les responsabilités du pouvoir, et ça c'est assez triste, je vous le concède.

BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN, merci d'avoir été avec nous ce matin, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 mai 2016

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