Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 19 mai 2016, sur la disparition du vol MS804 entre Paris et Le Caire, le droit de manifestation et les "casseurs", la refondation de l'école et le débat au sujet de la limitation des rémunérations des patrons. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à RTL le 19 mai 2016, sur la disparition du vol MS804 entre Paris et Le Caire, le droit de manifestation et les "casseurs", la refondation de l'école et le débat au sujet de la limitation des rémunérations des patrons.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Premier ministre;

ti : YVES CALVI
Bonjour Manuel VALLS. Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Yves CALVI.

YVES CALVI
Bienvenue sur RTL. Avant de vous laisser entre les mains d'Olivier MAZEROLLE, je rappelle l'information de la nuit, la disparition du vol Paris-Le Caire, avez-vous des informations ?

MANUEL VALLS
Les informations remontent progressivement, mais il faut être prudent, vous savez que le centre de crise du ministère des Affaires étrangères a été immédiatement activé, afin de récupérer notamment la liste des passagers, ADP a activé sa propre cellule de crise et met en oeuvre la procédure d'accueil des familles, des familles qui vont arriver progressivement, là, pour avoir des informations. Nous essayons d'avoir toutes les informations, le président de la République devrait avoir dans quelques instants le président égyptien SISSI. Nous sommes donc en contact étroit avec les autorités égyptiennes, civiles et militaires. Les autorités égyptiennes ont déjà dépêché des équipes de reconnaissance aérienne sur place, et la France est prête à participer aux recherches, si les autorités égyptiennes, bien sûr, le demandent. Je crois que, à ce stade, aucune hypothèse ne peut être écartée sur les causes de cette disparition, et malheureusement, il y aura sans doute – et nous aurons cette information – plusieurs de nos compatriotes dans ce vol.

YVES CALVI
Incluse une hypothèse terroriste, la compagnie vient d'annoncer à l'instant même qu'il y aurait 15 Français à bord, vous, vous étiez au courant de ces chiffres ?

MANUEL VALLS
Bien sûr. Le plus important, au-delà de savoir évidemment les causes de cette disparition, c'est d'accueillir maintenant les familles de toutes les victimes.

YVES CALVI
Vous êtes désormais interrogé par Olivier MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Olivier MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous connaissez la puissance de l'image, après des jours de manifestations violentes, une voiture de police a été attaquée en plein Paris, incendiée, avec deux policiers à bord. Comment convaincre de l'autorité de l'Etat après ça ?

MANUEL VALLS
Mais l'autorité de l'Etat, elle est là, elle s'exprime tous les jours, à chaque moment, bien sûr, face à la menace terroriste, dans la lutte quotidienne contre la délinquance, et aujourd'hui, les chiffres de la délinquance vont dans le bon sens, puisque, il y a une baisse notamment des violences et des cambriolages. Elle s'exprime aussi dans le maintien de l'ordre face à des individus qui veulent se payer un flic, qui veulent tuer un policier. Et cette attaque, d'une violence inouïe, et je vois bien en effet le symbole d'une voiture brûlée, avec une volonté encore une fois de casser du policier, de tuer du policier, ne peut pas rester impunie. Quand on fracasse une voiture de police, quand on y jette un fumigène, alors qu'il y a des fonctionnaires de police à l'intérieur, tout cela démontre incontestablement une volonté de nuire, de blesser, voire pire, et c'est inacceptable, et l'Etat de droit est notre bien le plus précieux, les sanctions doivent être donc implacables, l'enquête vient de commencer, les interpellations ont eu lieu. Les présumés auteurs faisaient peut-être partie de ceux que le ministre de l'Intérieur avait voulu interdire de toute manifestation, mais vous savez que le tribunal administratif avait cassé cette décision…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais justement, trois d'entre eux, justement, auraient dû être interdits de manifestation, et, est-ce qu'il y a une coordination entre la police, la justice, les services de l'Etat ?

MANUEL VALLS
Non, mais, Olivier MAZEROLLE, vous êtes non seulement un journaliste avisé, mais vous connaissez aussi le droit, le ministre de l'Intérieur et le préfet de police de Paris ont pris les bonnes décisions, c'est-à-dire de tout faire pour écarter un certain nombre d'individus, qu'il y ait toute décision d'interdiction de s'approcher. Cette décision, qui était bien sûr motivée, a été cassée par le tribunal administratif, qui agit en toute indépendance. Des noms, des listes de noms vont être de nouveau décidés pour empêcher encore une fois un certain nombre d'individus de se rendre à des manifestations, par ailleurs, je veux le rappeler, interdites, et j'espère que cette fois-ci, la justice administrative confirmera la décision du ministre de l'Intérieur.

OLIVIER MAZEROLLE
Je voudrais vous faire entendre quelques instants, quelques paroles recueillies auprès de casseurs.

UN CASSEUR
Si on proteste, c'est qu'on a le droit de casser, parce que, eux, quand ils rentrent chez nous, ils font une perquisition, comme ça, gratuite, ils rentrent chez nous, ils cassent tout, ils brûlent tout, ils font tout ce qu'ils veulent.

UN CASSEUR
Nous, dans nos quartiers, la police, il n'y a pas de : bonjour, nininin.., c'est coups de matraque, c'est coup de "gépro", c'est pour ça, on dit : nique tout ce qui est en rapport avec la police.

OLIVIER MAZEROLLE
Face à cela, la République a encore les moyens de se défendre ?

MANUEL VALLS
Mais bien évidemment, mais moi, je crois que l'Etat de droit, la République, incarnés en l'occurrence par les policiers et les gendarmes, qui ont en plus le soutien, la solidarité, l'affection même des Français, ont tous les moyens pour se défendre. Mais nous faisons face à des individus, qui, en marge des manifestations qui ont eu lieu, ou qui bravent l'interdiction des manifestations, sont particulièrement violents, veulent casser du policier. Et donc il faut agir, interpeller et faire en sorte que la justice, sur la base de preuves qui soient les plus nettes possibles, puisse condamner avec la plus grande fermeté.

OLIVIER MAZEROLLE
Les policiers qui manifestaient hier disent tous : mais on ne comprend pas pourquoi on laisse les attroupements se constituer, parce que lorsqu'ils sont constitués, les casseurs se mêlent aux manifestants pacifiques, et du coup, ça devient extrêmement difficile à contrôler et à maîtriser.

MANUEL VALLS
Hier, il n'y avait aucune manifestation officielle, légale, il s'agissait de manifestations interdites, donc ça veut bien dire que c'est sans doute un peu plus compliqué que cela. Il est vrai, et je le répète une nouvelle fois, il faut que ceux qui organisent les manifestations, en l'occurrence, les syndicats, et nous sommes un pays libre, où le droit…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais qui sont attaqués, vous avez vu le service d'ordre de la CGT attaqué par les casseurs…

MANUEL VALLS
Où le droit de manifestation est un droit constitutionnel, et heureusement, même pendant cette période que nous connaissons, même avec une menace terroriste, même avec la mise en oeuvre, que nous venons de prolonger, de l'état d'urgence, on a heureusement le droit de manifester dans notre pays. Mais chacun doit prendre ses responsabilités. Vous avez constaté un essoufflement des manifestations, il y a moins de monde, mais en revanche, ces manifestations peuvent dégénérer. Elles sont plus violentes, en marge, et je ne confonds pas ceux qui manifestent avec les casseurs.

OLIVIER MAZEROLLE
Prendre ses responsabilités, ça veut dire quoi ? Appeler à moins de manifestations ?

MANUEL VALLS
Je pense qu'il faut aujourd'hui que les syndicats, et Bernard CAZENEUVE a eu l'occasion de s'entretenir avec les responsables syndicaux, je suis moi-même prêt à les recevoir, doivent en effet prendre leurs responsabilités. Si à chaque manifestation…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais ça veut dire quoi ?

MANUEL VALLS
Ça veut dire que si à chaque manifestation, il y a aujourd'hui des casseurs, on doit s'interroger sur la pertinence d'un certain nombre de ces manifestations, et en tout cas, les services d'ordre, avec le soutien, bien sûr, de la police, doivent prendre toutes les mesures pour empêcher ces casseurs de se mêler à la foule des manifestants. Mais la réponse, ça doit être : interpellations dans des conditions qui sont, à chaque fois, très difficiles, parce qu'on voit bien ce que cherchent les casseurs, des victimes, on voit bien ce que cherchent les casseurs, à casser du policier. On voit bien ce que cherchent les casseurs, à se mélanger avec des manifestants, pour qu'il puisse y avoir une confusion. Et donc le travail des forces de l'ordre, que je veux saluer une nouvelle fois, est particulièrement difficile. Il n'y a aucune consigne de retenue, il n'y a aucune consigne de ne pas interpeller, il n'y a aucune consigne de ne pas aller jusqu'au bout pour appréhender ces casseurs, non seulement…

OLIVIER MAZEROLLE
Non, c'est le timing, on vous dit : on ne nous donne pas l'ordre d'intervenir suffisamment tôt.

MANUEL VALLS
Non, les ordres sont donnés face à cette violence, à Paris, à Nantes, à Rennes, à Toulouse, dans des conditions difficiles, je veux rappeler que les policiers et les gendarmes doivent agir dans le cadre de l'état d'urgence, face à la menace terroriste, poursuivre évidemment leur travail au quotidien contre la délinquance, assurer le maintien de l'ordre, nous faisons face aussi à la crise migratoire. Il y a dans quelques jours, dans quelques semaines, l'Euro de foot, donc la charge sur les policiers et les gendarmes est particulièrement lourde, leur tâche est difficile, c'est aussi la raison pour laquelle nous avons augmenté les effectifs de la police et de la gendarmerie, c'est la raison pour laquelle nous continuons à fournir davantage de matériels de protection, c'est la raison pour laquelle nous avons aussi augmenté leur régime indemnitaire et leur régime de primes, parce que les policiers et les gendarmes ont, non seulement, droit à notre considération, mais aussi à notre soutien, et à notre engagement total, c'est le cas, bien sûr, de ce gouvernement.

OLIVIER MAZEROLLE
Compte tenu de cette charge à laquelle les policiers doivent faire face, qu'ils doivent assumer, est-il bien raisonnable de continuer à autoriser l'organisation de fan-zones durant l'Euro, où on veut réunir par exemple, comme à Paris, jusqu'à 100.000 personnes ? Vraiment, est-ce qu'on peut contrôler ça ?

MANUEL VALLS
Oui, et toutes les conditions ont été réunies pour que la sécurité de ces fan-zones dans les villes hôtes, la dizaine de villes hôtes, qui vont accueillir les matchs de foot, puissent se réunir. Olivier MAZEROLLE, j'ai déjà eu à répondre à cette question…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais je sais, mais là, on voit que la violence continue, alors…

MANUEL VALLS
Mais renoncer…

OLIVIER MAZEROLLE
Et les policiers vous disent : on est fatigués, on n'en peut plus !

MANUEL VALLS
Mais renoncer à des manifestations sportives, à des manifestations culturelles, renoncer à des rassemblements de fête, c'est précisément renoncer non seulement face à la menace terroriste, mais face à la violence. Les maires des dix villes, et en l'occurrence pour ce qui concerne Paris, la maire de Paris, tiennent à ces manifestations. Il y aura aussi tous les moyens en termes de sécurité privée, ce sont plusieurs centaines d'agents de sécurité privés qui ont été recrutés pour assurer la sécurité. Mais abandonner l'idée même de la fête, de ces moments de rassemblement festif et populaire, ça serait renoncer face à cette violence inacceptable. Et les mots que nous venons d'entendre de la part de ces casseurs montrent qu'il n'y a qu'une seule réponse, celle de la fermeté, de l'autorité, de l'Etat de droit, et de la sanction ; quand on s'attaque, encore une fois, à des policiers, qu'on veut tuer des policiers, la justice doit passer particulièrement sévèrement, je vous rappelle qu'il y a un lycéen qui a été interpellé, qui faisait partie de cette bande qui a voulu tuer un policier, et j'espère qu'il sera, si c'est bien lui qui est confondu par les preuves qui seront réunies, qu'il sera condamné le plus sévèrement possible.

OLIVIER MAZEROLLE
Patrick CALVAR, qui est directeur général de la sécurité intérieure, a dit devant des députés, à une commission qui l'entendait : la France est le pays le plus menacé par le terrorisme. Ce matin, l'Assemblée nationale va voter le renouvellement de l'état d'urgence, mais sans le maintien des perquisitions de nuit, est-ce qu'on est en train de diminuer l'état de vigilance ?

MANUEL VALLS
Non, pas du tout, nous ne baissons pas la garde. Le directeur de la direction générale de la sécurité intérieure, Patrick CALVAR, n'a fait que rappeler cette évidence, que le président de la République, moi-même ou le ministre de l'Intérieur, avons déjà eu l'occasion de rappeler, oui, nous sommes une cible, et sans doute la cible numéro un de l'Etat islamique, de Daesh, d'autres pays sont visés, nous le savons bien, avec ce qui s'est passé en Belgique, il y a quelques mois. Ça veut bien dire qu'il y a cette menace, face à cette menace, il faut continuer à vivre, et notamment quand on accueille de grands événements sportifs, ça sera le cas avec l'Euro, et bien sûr avec le Tour de France. Mais ça veut dire qu'il faut continuer le travail.

MANUEL VALLS
Vous savez, tous les jours – tous les jours – la police française démantèle des filières d'acheminement de djihadistes vers la Syrie ou l'Irak. Tous les jours on interpelle, tous les jours on croise les informations. Il y a une action au quotidien pour faire face à cette menace terroriste. Il n'y a pas de risque zéro, en revanche il y a un engagement total et absolu de nos services de police, de gendarmerie, de nos armées à travers le plan Sentinelle et, bien sûr, des services de renseignement. Je rappelle que depuis 2012, nous n'avons eu de cesse de renforcer les moyens pour la sécurité, le renseignement et pour faire face à la menace et aussi à toute forme de violence.

OLIVIER MAZEROLLE
Oui mais, je vous parlais de la situation politique aussi quand même, parce que…

MANUEL VALLS
Je vous demande de lire l'intervention qui fut la mienne comme ministre de l'Intérieur au Sénat en novembre ou en décembre 2012. Je pointais toutes les menaces et tous les dangers, notamment celui de cette extrême gauche et de ces groupes de casseurs. Donc l'autorité de l'Etat, Monsieur MAZEROLLE, nous l'incarnons, pas seulement dans les mots, mais dans les actes. Quand dans le quinquennat précédent, on a supprimé 12 000 postes, qu'on a mis fin au renseignement de proximité, qu'on a baissé les budgets de l'investissement, je n'ai de leçon à recevoir de personne. Nous avons augmenté les postes de policiers et de gendarmes – 9 000 -, nous avons augmenté les moyens d'investissement de la police et de la gendarmerie, nous avons réformé les services de renseignement pour qu'ils soient plus efficaces parce que ma fonction, ma mission, c'est de protéger les Français face à toutes les violences et toutes les menaces.

OLIVIER MAZEROLLE
Je vais vous rappeler également ce que vous aviez dit, c'était le 8 avril 2014, votre discours de politique générale, parce qu'il n'y a pas que les casseurs qui sont dans les rues : il y a des Français qui n'ont plus de perspective. Vous disiez : « La langue de la république est devenue une langue morte ». Pour beaucoup de Français, deux ans après elle est toujours une langue morte. D'ailleurs hier soir à Evry, devant vos amis, vous disiez : « Il manque un projet de société, il manque un destin ». Quel constat après quatre ans de présidence Hollande ?

MANUEL VALLS
Non. Quel constat depuis des années et un peu partout, pas seulement en France, mais dans nos sociétés européennes ou occidentales. Il y a une crise, bien sûr, de la représentation, de la démocratie. Il y a une crise de la politique, du rapport entre les citoyens et la politique. Je ne suis pas le premier, bien sûr, à faire ce constat. Beaucoup a été engagé au cours de ce quinquennat et avec des résultats sur le plan économique, avec la refondation de l'école.

OLIVIER MAZEROLLE
Vos amis hier soir vous ont posé des tas de questions qui montrent qu'ils ne sont pas du tout convaincus sur l'éducation, sur l'entreprise.

MANUEL VALLS
Non. Il y a eu beaucoup de questions sur l'entreprise, sur l'école.

OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais qui montrent qu'ils ne savent pas.

MANUEL VALLS
Chacun salue ce qui a été engagé alors que l'école avait été, notamment la formation des maîtres, saccagée au cours du quinquennat précédent. Nous avons remis la formation des maîtres, nous avons créé 60 000 postes d'enseignants au cours de ce quinquennat, nous avons augmenté la rémunération des enseignants. Nous faisons de l'école prioritaire, c'est-à-dire dans les quartiers populaires, une priorité. Nous avons aussi augmenté le RSA, nous avons créé la prime d'activité, la garantie jeunes. Mais toutes ces mesures – toutes ces mesures – doivent démontrer davantage ce qu'est notre dessein, le projet pour la France, le projet de société, c'est-à-dire un projet pour les créateurs, pour ceux qui sur le plan culturel, sur le plan de l'entreprise, veulent créer davantage, veulent donner plus de chance.

OLIVIER MAZEROLLE
Deux questions concrètes.

MANUEL VALLS
Je suis dans le concret, Monsieur Olivier MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
Deux questions concrètes avec des réponses courtes, si vous le voulez bien. D'abord, les députés ont voté hier un amendement parlementaire qui prévoit de donner le dernier mot aux actionnaires et non plus au conseil d'administration sur les salaires des patrons. Est-ce que le gouvernement va appuyer cet amendement ?

MANUEL VALLS
Bien sûr parce que dans le projet de société que je défends, bien sûr qu'il n'est pas immoral de bien gagner sa vie, mais ce qui est immoral ce sont ces rémunérations. Et ce qui est immoral, et ça participe de cette crise politique, c'est de s'augmenter les rémunérations de cette manière sans se rendre compte des dégâts que cela peut représenter.

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que vous appuyez cet amendement ?

MANUEL VALLS
Oui.

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que vous appuyez les signataires d'une tribune dans Libération ce matin parmi lesquels Claude BARTOLONE et Jean-Christophe CAMBADELIS qui demandent la limitation des rémunérations des patrons à cent SMIC, c'est-à-dire à 1 750 000 euros par an ?

MANUEL VALLS
Est-ce que je peux vous répondre un peu précisément ? Nous avons agi depuis 2012 pour encadrer les rémunérations des dirigeants d'entreprise. Plafonnement à 450 000 euros bruts par an dans les entreprises publiques, renforcement de la fiscalité des stock-options et des retraites chapeau. Nous avons fait également le choix dans un premier temps de mettre les entreprises face à leurs responsabilités, en l'occurrence le patronat. Force est de constater que cela n'a pas été respecté, donc maintenant il faut légiférer. Il y a eu les amendements dans le cadre de la loi Sapin 2 votés par les groupes socialistes en faisant attention parce qu'il y a aussi des risques d'inconstitutionnalité. Mais cet appel, que j'approuve, montre bien le chemin qu'il faut prendre. Donc il faut donner aux actionnaires davantage de pouvoir pour que ceux qui s'augmentent ces rémunérations puissent, devant leur actionnaire, revenir sur ces décisions si c'est nécessaire.

OLIVIER MAZEROLLE
Dernière question : comment allez-vous ? Les réformateurs qui plaçaient tous leurs espoirs en votre nomination à Matignon commencent à se tourner vers Emmanuel MACRON. Ç'a été le cas du maire de Lyon hier. Vous allez bien, monsieur le Premier ministre ?

MANUEL VALLS
C'est difficile - pas pour moi – vous savez, quand on a à commenter la violence vis-à-vis des policiers et des gendarmes – j'ai été ministre de l'Intérieur et je sais leur travail -, quand je dois répondre à une question sur cette disparition d'un avion. Bien sûr que c'est difficile mais pas pour moi : pour les Français, pour les victimes de ces violences, pour les familles qui, au moment où nous parlons, sont plongées dans l'angoisse après cette…

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que vous, vous appuyez ça, vous pouvez supporter ça ?

MANUEL VALLS
Mais nous avons parlé de la crise du politique et, pardon de vous le dire avec toute la considération que j'ai pour vous, mais c'est précisément ce genre de question qui n'intéresse pas les Français. Les Français ne s'intéressent pas à savoir si je vais bien, ils veulent savoir comment on peut agir pour que le pays aille mieux, pour que chacun d'entre eux aille mieux. C'est ça qui intéresse les Français. Et moi, avec tous les événements que nous avons connus, avec la gravité des faits de 2015, les attaques terroristes, la menace terroriste que nous avons évoquée il y a un instant, je suis plus que jamais déterminé à poursuivre ma tâche. C'est cela faire preuve de responsabilité. C'est ça, privilégier l'intérêt général. C'est ça le sens de l'Etat. Il y a trop de gens qui oublient le sens de l'intérêt général, le sens de l'Etat. Et ceux qui gouvernent, ils n'ont qu'une seule mission : gouverner pour les Français et avoir le sens de l'Etat.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci Monsieur le Premier ministre.

YVES CALVI
Manuel VALLS, vous allez rester avec nous puisqu'à partir de huit heures et quart, vous dialoguerez avec les auditeurs de RTL. En quelques mots, s'il-vous-plaît, juste une dernière question. Avez-vous des nouvelles des deux policiers qui ont été agressés par ces voyous et ces casseurs hier dans leur voiture ?

MANUEL VALLS
Oui, et je veux saluer d'abord leur courage et leur sang-froid. Le ministre de l'Intérieur a eu l'occasion de les rencontrer hier soir. Nous avons des policiers et des gendarmes admirables, qui font un travail d'une très grande qualité. Ils sont soutenus par les Français. J'entends beaucoup dire parfois, y compris dans les rangs de la police, qu'ils ne se sentent pas bien aimés. Non. Ce qui s'est passé au cours de l'année 2015, la confiance, l'amour d'une certaine manière que les Français leur ont donné, est toujours intact et ce n'est pas une bande de voyous, de casseurs, qui changera cet état d'esprit. C'est pour cela qu'ils doivent trouver la réponse la plus impitoyable, la plus nette, la plus claire de la part de l'Etat.

YVES CALVI
Et cette femme gardien de la paix et cet agent de sécurité sont en bonne santé ? Nous pouvons être rassurés.

MANUEL VALLS
Ils sont en bonne santé, choqués bien évidemment mais en bonne santé et forts du soutien que leur a apporté le ministre de l'Intérieur.

YVES CALVI
Nous vous retrouvons à partir de huit heures et quart en direct avec les auditeurs de RTL.

YVES CALVI
Le Premier ministre, Manuel VALLS, va donc dialoguer avec vous. Auparavant monsieur le Premier ministre juste une question, à la lumière de ce que vous avez dit tout à l'heure à Olivier MAZEROLLE, de la situation de nos policiers, est-ce que vous appelez vous à l'arrêt des manifestations ?

MANUEL VALLS
Ça ne peut pas être mon rôle, manifester est encore une fois un droit constitutionnel, et c'est la force de notre démocratie de le permettre, y compris dans cette période de très grande tension, mais chacun peut faire en effet preuve de responsabilité. Un projet de loi, en l'occurrence la loi Travail portée par Myriam El Khomri, a été adopté par l'Assemblée nationale, le débat va se poursuivre au Sénat et puis ensuite de nouveau à l'Assemblée nationale. Il faut respecter aussi ce temps démocratique…

YVES CALVI
Mais vous dites aux organisateurs « vous avez une responsabilité… »…

MANUEL VALLS
Les organisations syndicales réformistes, je pense à la CFDT, à l'UNSA, la CFTC, à la CFE-CGC ont bâti un compromis avec le gouvernement, il y a moins de monde aujourd'hui dans la rue, donc que chacun prenne ses responsabilités. Et en même temps je ne peux pas confondre – je le dis encore une fois – les manifestants, les syndicalistes, avec ceux qui commettent ces violences inacceptables à l'égard des policiers.

YVES CALVI
Irène nous appelle de Bondy, en Seine Saint-Denis, elle a une question à vous poser notamment concernant les forces de l'ordre et les forces de police. Bonjour Irène.

IRENE, AUDITRICE DE BONDY
Bonjour Yves CALVI, bonjour monsieur VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour madame.

YVES CALVI
Merci d'écouter RTL, vous pouvez dialoguer directement avec le Premier ministre.

IRENE
Alors je voudrais vous dire je suis une démocrate convaincue et le droit de grève est fondamental, seulement moi je suis en train de me demander, est-ce qu'on est obligé d'autoriser une manifestation le mardi, le jeudi, le samedi ou le dimanche, comme on l'a vu là ces derniers temps, plus « la nuit debout », etc, je me dis à un moment nos forces de police elles vont être épuisées, et comme va arriver l'euro et on sait que la menace terroriste est là – c'est pour ça qu'on est en état d'urgence - je me dis est-ce qu'on est obligé d'autoriser toutes ces manifestations, est-ce qu'on ne peut pas se cantonner à une importante par semaine, je ne sais pas, mais on ne peut pas faire ça, parce que là on voit bien qu'ils sont épuisés ; en plus ça donne une image absolument déplorable de notre pays et les gens qui vont venir aussi pour l'euro ils se disent « ils vont tenir le coup, ils vont arriver à maintenir l'ordre etc… ». Qu'est-ce que vous en pensez, est-ce qu'on est obligé de dire oui à toutes les demandes ?

MANUEL VALLS
Nous sommes dans un Etat de droit madame, même si je comprends parfaitement votre question. Si nous décidions d'interdire un certain nombre de manifestations, la justice, la justice administrative mettrait en cause, casserait cette décision. Donc votre question elle est juste, c'est au fond une forme d'appel à ceux qui organisent régulièrement ces manifestations. Encore une fois cette semaine, vous venez de le rappeler, une manifestation mardi, une autre aujourd'hui. Je ne vois pas quel est véritablement le but aujourd'hui, je le rappelais, le texte de loi a été adopté par l'Assemblée nationale. Et puis en même temps, vous avez raison, cela nécessite à chaque fois un engagement très important des forces de l'ordre, même si je veux rappeler que les incidents très graves d'hier ont eu lieu alors qu'il n'y avait pas de manifestation. C'était une manifestation interdite à laquelle faisait face une nouvelle fois les policiers. Mais chacun doit faire preuve de responsabilité. Et en effet, la tâche des policiers et des gendarmes est difficile, il y a de nombreuses missions ; dans quelques jours, dans quelques semaines nous allons accueillir l'euro de foot, et les policiers sont fatigués, 327 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début des manifestations, 170 rien qu'à Paris, cela montre bien la difficulté. Donc moi j'en appelle encore une fois, mais modestement, à la responsabilité des organisateurs des manifestations.

YVES CALVI
Il n'y a vraiment aucune position intermédiaire qui soit concevable, comme le suggérait Irène, c'est-à-dire, je ne sais pas, peut-être un ou deux jours peuvent être bloqués pour les manifestations avec un encadrement spécifique, enfin voilà la question d'Irène ….

MANUEL VALLS
Moi je suis prêt à toutes les discussions avec les responsables syndicaux, mais encore une fois dans le cadre d'un Etat de droit il est très difficile d'imposer à ceux qui veulent manifester, à ceux qui déposent une autorisation de manifestation, il est très difficile de leur interdire ces manifestations, il n'y a que la responsabilité collective qui puisse s'imposer.

YVES CALVI
Irène qui vous interrogeait était professeur en Seine Saint-Denis. Et maintenant c'est Charles, qui est chef d'entreprise et qui nous appelle de Quimper dans le Finistère, qui vous interroge. Bonjour Charles.

CHARLES, CHEF D'ENTREPRISE A QUIMPER
Bonjour monsieur CALVI, bonjour monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Charles.

CHARLES
Ma question concerne les appels au meurtre qui ont été effectué place de la République par deux jeunes filles qui brandissaient des pancartes sur lesquelles il était mentionné « sur le pont d'Avignon, on pend tous les patrons », est-ce qu'on peut tolérer aujourd'hui que des appels au meurtre puissent être tenus en place publique en France ? Et quelles sont les suites judiciaires que l'Etat compte engager contre ces deux individus.

MANUEL VALLS
Il y a des suites judiciaires qui seront données. Tout appel au meurtre par l'intermédiaire d'une pancarte, d'un slogan ou sur internet – parce que c'est souvent le cas – tous ces appels doivent faire l'objet d'une réponse judiciaire. Il est intolérable qu'on puisse faire des appels au meurtre concernant des patrons, des responsables politiques ou publics et évidemment des policiers ou des gendarmes. La parole elle a eu tendance, ces dernières années, à se libérer et les réseaux sociaux en sont une démonstration ; et je ne suis pas en train de mettre en cause cette nouvelle forme de communication ; mais c'est cette réalité. On ne peut pas tout laisser passer. Et donc ça veut dire qu'il faut à chaque fois une réponse. Et il faut que la justice soit saisie et puisse rappeler à la loi ceux qui profèrent ce type de menace ou condamner tout simplement.

YVES CALVI
Merci beaucoup de nous avoir appelé Charles pour cette question. Je voyais une question posée par un auditeur au 64 900 code « matin Manuel Valls » : pourquoi ne pas interdire, par décret, de manifester le visage couvert, capuche, cagoule, masque, on pourrait ainsi repérer les casseurs car les manifestants n'ont pas honte de montrer leur visage. C'est quelque chose qui revient très souvent, j'ai envie de vous dire, dans le grand public et dans les questions que l'on se pose concernant ces manifestants.

MANUEL VALLS
C'est le cas. On ne peut pas aujourd'hui en effet se promener dans la rue avec le visage couvert, mais vous comprenez bien que ces individus s'affranchissent de ces règles, et c'est la raison pour laquelle il faut qu'il y ait des interpellations et ça rentre d'autant plus difficile le travail de la police et ensuite de la justice en terme d'identification.

YVES CALVI
Nous allons donner maintenant la parole à Christophe qui nous appelle du département de la Haute Saône. Bonjour Christophe.

CHRISTOPHE, AUDITEUR DE HAUTE SAONE
Bonjour monsieur CALVI, bonjour monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour.

CHRISTOPHE
Je souhaitais vous poser la question de savoir pour quelle raison est-ce que le gouvernement n'engage pas des procédures de dissolution à l'encontre des groupes d'extrême gauche qui sont aujourd'hui clairement identifiés comme étant responsables de ces intolérables violences orchestrées contre les forces de police et donc contre l'Etat, alors que sous votre gouvernement ou lorsque vous étiez ministre de l'Intérieur, vous aviez été très réactif et sans pitié pour dissoudre des groupuscules d'extrême droite au sujet de l'affaire MERIC ?

MANUEL VALLS
Mais tous les groupes, quand ils sont constitués, d'extrême droite ou de l'islamisme radical, peuvent faire l'objet d'une procédure de dissolution. Mais là il ne s'agit pas de groupes constitués. S'il y a le moindre groupe constitué qui se livre à ces violences il peut parfaitement faire l'objet, en effet, d'une procédure de dissolution, qui est …par ailleurs, et qui passe en fin de compte, pour conclure, à sa dissolution en conseil des Ministres, mais là il ne s'agit pas de groupes constitués, il s'agit de groupes spontanés, organisés parfois, sur les réseaux. On voit bien ce qui peut se passer autour de Nantes et de Renne avec les … , mais il n'y a pas de groupes proprement constitués d'une organisation proprement constituée.

YVES CALVI
Le criminologue Alain BAUER expliquait hier encore que, en revanche il n'y a pas de groupes constitués au sens politique du terme, ces groupes radicaux sont quand même parfaitement identifiés et qu'on connait les meneurs.

MANUEL VALLS
Ce ne sont ni les partis politiques, ni les associations, mais on connait beaucoup de ces organisateurs, de ces meneurs, pas toujours, parce que parfois il y a un élan, on l'a vu encore à Paris, d'un certain nombre d'individus qui peuvent venir de la mouvance de l'ultra gauche, se mélanger aussi avec des casseurs qui viennent d'un certain nombre de nos quartiers populaires, donc les choses sont différentes selon les villes. Mais en revanche, la surveillance, le travail du renseignement, le travail de la police, oui, nous permet parfois de prévenir un certain nombre de ces opérations. Mais encore une fois, la violence à l'égard de la police et de la gendarmerie, ce type de contestation de l'Etat de droit et l'ordre républicain, sont insupportables, et c'est pour ça qu'il faut agir ; police et justice doivent agir de concert.

YVES CALVI
Une question qui nous est tombée sur internet : est-ce que vous craignez des risques de pénurie d'essence étant donné le mouvement des routiers ? Il y a des blocages de raffinerie, au moment où je vous parle.

MANUEL VALLS
Je veux dire un mot d'ailleurs, l'appel à la grève des fédérations de transport, Force ouvrière et CGT, fait partie de la stratégie de contestation globale de ces deux confédérations, dont le résultat est malheureusement d'entraver le déplacement de beaucoup de nos concitoyens, avec des risques aussi pour notre économie ; ces deux organisations, qui sont minoritaires dans le transport routier, veulent attiser les inquiétudes en faisant croire que la loi, la loi Travail, mènerait à baisser la rémunération des heures supplémentaires des routiers - 10 % au lieu de 25 % -, et moi je veux rassurer les conducteurs et en tout cas je veux donner cette information aux Français, mais dénoncer aussi les contre-vérité sur ce projet de loi, il n'y a pas de conséquence sur la rémunération des routiers, sauf accord de branches signé par une majorité des organisations syndicales. Les heures de conduite supplémentaires des routiers resteront payées 25 % de plus. Donc il n'y a aucune raison de s'inquiéter. Donc il n'y a aucune raison de manifester. Donc il n'y a aucune raison de bloquer des raffineries, des ports, des aéroports. Et je demande à chacun de faire preuve de responsabilité. Et je demande encore une nouvelle fois à la CGT de faire preuve de responsabilité sur ce dossier-là et de dire la vérité, et en tout cas de lire le projet de loi.

YVES CALVI
Si tel est le cas et qu'ils maintiennent les barrages vous faites dégager les accès ?

MANUEL VALLS
Mais bien sûr, parce que …

YVES CALVI
Par la police.

MANUEL VALLS
Parce que l'accès aux ports, l'accès aux centres névralgiques économiques, l'accès aux aéroports, aujourd'hui doit être possible, et donc on ne peut pas tolérer encore une fois ces barrages, même si c'est une difficulté supplémentaire pour les forces de l'ordre.

OLIVIER MAZEROLLE
Monsieur le Premier ministre, sur la rémunération des routiers, je ne comprends pas bien, votre projet de loi prévoit la priorité aux négociations à l'intérieur des entreprises, et là vous nous dites « non, ça ne sera pas le cas ».

MANUEL VALLS
Non parce que sauf accord de branches signé par une majorité des organisations syndicales on ne peut pas mettre en cause aujourd'hui les heures supplémentaires.

OLIVIER MAZEROLLE
Donc, si la France prévoit de maintenir à 25 %, aucune entreprise de transport ne pourra descendre à 10 % ?

MANUEL VALLS
Bien sûr, parce que depuis 2008 les organisations syndicales du secteur des transports routiers n'ont jamais souhaité signer d'accord réduisant la rémunération des heures supplémentaires et, si jamais un accord de ce type devait être signé, c'est que les organisations syndicales auraient négocié des solides contreparties sur l'évolution salariale par exemple. Ça n'est pas le cas, donc il n'y aucune raison de s'inquiéter, la ministre du Travail Myriam EL KHOMRI le rappelait encore hier à l'Assemblée nationale, donc il faut que chacun entende bien ce message.

YVES CALVI
Monsieur le Premier ministre, les auditeurs de RTL continuent de vous interroger au 32.10, c'est le tour maintenant de Jean-Pierre qui nous appelle de Beauvais - dans le département de l'Oise - bonjour Jean-Pierre, vous voulez interroger le Premier ministre sur le handicap.

JEAN-PIERRE, AUDITEUR DE BEAUVAIS
Oui, bonjour Monsieur le Premier ministre. Il va y avoir une conférence par rapport au handicap et il y a un problème qui est très, très récurrent c'est que moi je suis handicapé visuel et comme beaucoup d'handicapés on est obligés de repasser tous les cinq ans devant une commission alors qu'on a un handicap définitif et ça devient très, très lourd ; de plus, vous avez le problème suivant aussi pour l'allocation d'adulte handicapé quand vous êtes salarié, vous êtes obligé de faire une déclaration tous les trois mois et c'est très, très lourd, quand pourra-t-on légiférer pour nous éviter ce type de problème parce que c'est très, très lourd ?

YVES CALVI
Le Premier ministre vous répond.

MANUEL VALLS
Nous aurons dans un instant cette grande conférence sur le handicap à l'Elysée…

YVES CALVI
D'où l'appel de Jean-Pierre !

MANUEL VALLS
Après une réunion que nous aurons aussi au moment où je vous quitterai ici avec le président de la République pour faire le point sur la disparition de cet avion reliant la France à l'Egypte - et le président de la République aura l'occasion de faire un certain nombre d'annonces - moi je suis très sensible à cet appel, il y a trop d'entraves encore malgré les efforts qui ont été faits d'ailleurs depuis des années quels que soient les gouvernements, trop d'entraves administratives, trop de problèmes administratifs pour ceux qui souffrent d'un handicap particulièrement lourd comme celui de votre auditeur, donc il y aura toute une série d'annonces – je ne vais pas y revenir dans le détail – qui doivent permettre là aussi pour l'accueil à l'école, pour la simplification des démarches, d'aller dans le sens de ce que demande votre auditeur.

YVES CALVI
Pour la simplification des démarches. Bonjour Hervé…

HERVE, AUDITEUR DE SAINT-BRIEUC
Oui, bonjour Yves CALVI.

YVES CALVI
Vous nous appelez de Saint-Brieuc dans les Côtes d'Armor, Manuel VALLS vous écoute.

HERVE
Bonjour Monsieur le Premier ministre, déjà une pensée à nos deux policiers qui ont été molestés hier, c'est catastrophique pour la France. Moi je vous appelle concernant le RSI, le Régime Social des Indépendants, aujourd'hui avec des erreurs catastrophiques puisqu'on dénombre aujourd'hui plus de 450.000 erreurs qui ont été effectuées avec le RSI, à cause du RSI et avec des dizaines et des dizaines de suicides. Que fait-on de ce régime…

YVES CALVI
Erreur sur les cotisations des indépendants, hein ?

HERVE
Oui, tout à fait.

YVES CALVI
Voilà.

HERVE
Donc aujourd'hui il y a des dizaines et des dizaines de personnes qui se sont suicidées à cause d'un ordinateur qui s'appelle SNV2, qui est un ordinateur de l'URSSAF que ne comprend pas le RSI, que fait-on aujourd'hui de ce régime puisqu'on dénombre aujourd'hui plus de 450.000 erreurs sur huit ans ?

MANUEL VALLS
La réforme du RSI est en marche, est en cours, suite à un rapport parlementaire, vous savez qu'il y avait un débat, soit on réforme le RSI, soit on l'adosse au régime général, le choix qui a été fait c'est de garder le RSI mais de le réformer pour empêcher toute une série d'erreurs. C'est vrai qu'il y a de la part d'un certain nombre d'entrepreneurs, d'indépendants, de commerçants, beaucoup d'angoisses qui peuvent mener - et y compris à ces suicides qui viennent d'être évoqués - donc je connais parfaitement le drame que peuvent vivre ces personnes, donc l'idée c'est de faire en sorte que et les logiciels, et l'administration gagnent en efficacité. Des efforts ont été faits, je pense que les choses sont plutôt bien engagées, mais il reste du travail.

YVES CALVI
Une dernière question avant de nous séparer Monsieur le Premier ministre. On vient d'apprendre que le vol d'EGYPT'AIR disparu ce matin avait émis un message de détresse avant de disparaître des radars, on sait désormais que 15 Français étaient à bord, est-ce que vous avez depuis reçu des informations ou des éléments que vous puissiez porter à notre connaissance ?

MANUEL VALLS
Non je n'ai pas eu plus d'informations, je suis attentif aussi à ce qu'on puisse donner ces informations d'abord aux familles et la réunion autour du président de la République dans un instant à l'Elysée permettra sans aucun doute d'avoir plus d'éléments, une enquête va être ouverte - et vous savez qu'elles sont longues concernant la disparition des avions – mais toute la transparence, toute la vérité sera faite, c'est ce que nous devons bien sûr aux familles des victimes probables de cet avion.

YVES CALVI
Et nous saurons par exemple s'il y a eu des failles dans la sécurité à Roissy, dans notre aéroport international ? Je ne l'envisage pas, mais la question se posera forcément ?

MANUEL VALLS
Cela ça serait dans l'hypothèse d'un attentat s'il y a eu des failles, donc attendons d'avoir tous les éléments, aucune hypothèse ne peut être bien sûr écartée, mais laissons le temps nécessaire pour avoir tous les éléments permettant de savoir quelles sont les raisons de cette disparition, mais encore une fois aucune hypothèse ne peut être écartée.

YVES CALVI
Merci beaucoup Manuel VALLS d'être venu dialoguer ce matin avec Olivier MAZEROLLE, puis avec les auditeurs de RTL, bonne journée, vous allez rejoindre votre réunion…

MANUEL VALLS
Merci beaucoup.

YVES CALVI
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 mai 2016

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