Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France info le 20 mai 2016, sur la disparition du vol MS804 entre Paris et Le Caire, la sécurité des aéroports, la contestation du projet de loi El Khomri sur le travail et les appels à la grève à la SNCF avant l'Euro 2016 de football. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France info le 20 mai 2016, sur la disparition du vol MS804 entre Paris et Le Caire, la sécurité des aéroports, la contestation du projet de loi El Khomri sur le travail et les appels à la grève à la SNCF avant l'Euro 2016 de football.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche

ti : YAËL GOOSZ
Bonjour monsieur VIDALIES.

ALAIN VIDALIES
Bonjour.

YAËL GOOSZ
24 heures après le crash de l'A.320 d'EGYPTAIR, grande, grande confusion, vous-même vous disiez hier soir que les débris retrouvés au large de l'île grecque de Karpathos étaient ceux de l'avion, en fait non, il faut tout reprendre à zéro ?

ALAIN VIDALIES
Il faut rester sur la ligne de conduite d'être d'une extrême prudence ! Il est vrai qu'hier dans la journée les autorités égyptiennes et une partie des autorités grecques avaient indiqué que des débris avaient été repérés - ce qui est probablement vrai - et ils avaient aussi indiqué que ces débris étaient ceux de l'avion, ce qui s'est avéré erroné et ce qui doit nous amener je crois effectivement à être très prudents, pas simplement parce que c'est une règle, mais c'est la première règle du respect des familles, il faut toujours penser dans ces moments-là aux familles, des gens dont la vie a été bouleversée hier matin et qui écoutent normalement ces informations et je crois que vraiment une nouvelle fois la prudence doit être la seule règle.

YAËL GOOSZ
Qu'est-ce que fait la France, quels sont les moyens de recherche mis en place ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez nous avons envoyé hier trois inspecteurs du BEA, qui sont arrivés Caire - parce que nous sommes le pays de conception de l'avion et c'est la règle - il y a d'autres experts aux côtés des experts Egyptiens qui pilotent l'enquête ; il y a aussi une enquête judiciaire qui a été ouverte en France par le Parquet, puisque l'avion est parti de Paris ; il y a un expert d'AIRBUS qui est sur place et la France a mis à disposition un avion qui participe, un Falcon, qui participe aux recherches. Il est vraisemblable que dans les heures ou les jours qui arrivent, dès lors qu'on aura pu localiser à peu près l'endroit où la zone où pourrait se trouver l'épave de cet avion, alors la France pourra mettre à disposition aussi ses capacités techniques, technologiques pour la recherche sous-marine où malheureusement nous avons acquis de l'expérience.

YAËL GOOSZ
Toujours aucune piste privilégiée, ce matin ?

ALAIN VIDALIES
Aucune piste privilégiée, ce qu'on a dit au début de notre entretien nous a menés à la plus grande prudence, personne aujourd'hui ne peut retenir telle hypothèse par rapport à une autre et donc je crois qu'il faut par respect pour les familles n'annoncer que lorsqu'on aura des certitudes.

YAËL GOOSZ
Pourtant les autorités égyptiennes prennent moins de précaution que vous et privilégient le terrorisme ?

ALAIN VIDALIES
Oui j'entends cette observation, j'ai relu ce qu'a dit le ministre Egyptien, très honnêtement il a aussi nuancé ses propos en indiquant que ça n'était qu'une hypothèse, je pense qu'il s'est rendu compte lui-même en les exprimant qu'il ne fallait pas aller si loin.

YAËL GOOSZ
Michel POLACCO évoquait le fait avec nous - et il l'a dit à l'antenne je crois – que 75 % des zones au-dessus desquelles passent les avions ne sont pas couvertes par des systèmes permettant de les suivre en temps continu, quand va-t-on enfin se décider à organiser le suivi permanent des avions alors que la technologie pourrait le permettre ?

ALAIN VIDALIES
Oui, vous avez parfaitement raison et c'est une question qui est légitime. Il y a actuellement – et la France y participe et l'industrie française y participe de près, notamment les grandes entreprises comme THALES – il y a aujourd'hui un travail expérimental qui est en cours très avancé dans lequel c'est un système de satellites qui sont pour résumer positionnés différemment et qui permet de suivre en permanence les avions qui est expérimenté. Ce que je peux vous dire, c'est que ce système expérimental est en cours aujourd'hui et qu'on espère évidemment et la France est là-dessus très première pour essayer de l'imposer.

YAËL GOOSZ
Même sous état d'urgence est-ce que nos aéroports sont sûrs, monsieur VIDALIES, suffisamment protégés ? Chez ADP on dit qu'il y a 70 badges d'agents qui ont été retirés sur 85.000, mais 70 quand même, en raison de phénomène de radicalisation chez les employés ?

ALAIN VIDALIES
Oui, ça c'est le résultat de ce que l'on a fait après les évènements dramatiques qu'a connu la France, c'est-à-dire qu'on a réexaminé la situation de l'ensemble des personnels et, dès qu'il y avait une interrogation, même pas une suspicion mais une interrogation, ces badges ont été retirés, c'est je pense une exigence qui s'impose à tout le monde. Les expertises qui sont faites sur notre système de sécurité, à la fois par les institutions européennes et internationales, montrent que la France est dans le plus haut niveau aujourd'hui en matière de sécurité, même si je le dis la règle doit être à chaque fois au moins de tirer les enseignements des accidents ou des évènements graves qui peuvent se…

YAËL GOOSZ
On en vient à l'actualité sociale ! Nouvel appel à la grève, ce sera jeudi prochain, puis une manifestation nationale le 14 juin à Paris contre la loi Travail toujours et un risque de panne sèche dans les stations-service. La CGT met la pression, écoutez.

EMMANUEL LEPINE, RESPONSABLE CGT DANS LA BRANCHE PETROLE
On appelle à ce que les raffineries arrêtent leurs installations de production de produits pétroliers et donc là, en quelque sorte, on coupe la source. Le but ce n'est pas bien entendu de créer la pénurie, le but c'est d'obtenir le retrait de la loi Travail

YAËL GOOSZ
Emmanuel LEPINE, responsable CGT dans la branche pétrole. Est-ce que oui ou non il peut y avoir panne sèche, Chez TOTAL il y a 1 station sur 5 dans le Nord-ouest du pays qui est à sec ce matin ?

ALAIN VIDALIES
Oui. Je voudrais dire un mot d'abord sur l'appel à manifester, puisque vous l'avez rappelé la semaine prochaine et puis le 14 juin, alors je trouve que le 14 juin c'est extrêmement intéressant, parce qu'il va y avoir - la politique je pense que c'est d'abord de la pédagogie - c'est quoi ? C'est le jour où le texte va arriver au Sénat ! Mais au Sénat c'est la droite qui est majoritaire. Le texte, qui va arriver au Sénat, il va dire quoi ? C'est un texte qui va dire : « il faut passer de 35 heures à 39 heures – et donc là la question des heures supplémentaires contre laquelle on manifeste sera réglée d'une manière tout à fait radicale ; c'est un texte qui va changer les seuls, c'est-à-dire qu'il y aura moins de représentants syndicaux dans les entreprises qu'aujourd'hui alors que nous on augmente les heures de délégation ; et c'est un texte qui va imaginer une sorte de CDD perpétuel, en tous les cas au moins de six ans…

YAËL GOOSZ
Donc vous dites à la CGT : « le 49.3 vous protège », c'est ça ?

ALAIN VIDALIES
Non, je leur dis : « vous pouvez garder les banderoles, vous pouvez les banderoles sur la remis en cause du droit du travail parce que là vous pourrez les opposer au programme de la droite, ce sera très intéressant de voir ce qui se passera à ce moment-là.

YAËL GOOSZ
Mais là l'urgence c'est les pompes, elles sont à sec ?

ALAIN VIDALIES
Sur les pompes, je crois que je l'ai dit il y a deux jours, nous ne sommes pas dans une situation de pénurie…

YAËL GOOSZ
C'était il y a deux jours !

ALAIN VIDALIES
Oui, c'était il y a deux jours bien sûr.

YAËL GOOSZ
On entend des témoignages partout de gens qui n'arrivent pas à trouver de l'essence ?

ALAIN VIDALIES
Oui bien sûr, il y a 20 % des stations autour du Havre et de Rouen qui sont fermées, donc vous trouverez toujours sur les réseaux quelque centaine de gens qui diront : « eh bien oui c'est cette situation » ; en plus, je vais vous dire, on n'a jamais vendu autant d'essence dans ces zones-là que depuis le début de la semaine.

YAËL GOOSZ
Forcément !

ALAIN VIDALIES
Pourquoi ? Parce que, en entendant cela…

YAËL GOOSZ
Tout le monde y va !

ALAIN VIDALIES
Les gens y vont. Bon ! Je précise qu'en France il y a un système qui est organisé, on appelle ça les stocks stratégiques, nous ne l' avons pas utilisé pour l'instant, donc il n'y a pas de risque de pénurie à court terme - évidemment si ça durait des semaines la question se poserait - en plus il faut rappeler que c'est un mouvement social qui est minoritaire, le syndicat majoritaire chez les transports c'est la CFDT qui n'est pas dans le débat et ça pose d'ailleurs un petit problème.

YAËL GOOSZ
Est-ce que vous envoyez les forces de l'ordre pour débloquer ces dépôts pétroliers ?

ALAIN VIDALIES
Ah ! Si un jour on est devant une difficulté majeure qui remet en cause le fonctionnement de l'économie française, naturellement cette question pourra se poser et je pense que le Premier ministre a donné une indication forte dans son expression d'hier.

YAËL GOOSZ
Vous êtes aussi le ministre de la SNCF monsieur VIDALIES, des appels à la grève reconductible, des menaces sur le bon déroulement de l'Euro de football, cette grève est-ce que vous la comprenez à la SNCF ?

ALAIN VIDALIES
Ecoutez la SNCF, le secteur ferroviaire, aujourd'hui c'est autour de 165.000 salariés - 158.000 dans le public, donc la SNCF, 6 – 7.000 dans le privé - le fret s'est ouvert à la concurrence depuis 10 ans, on est passés de 20 % de l'activité à 10 – 11 % - ça remonte un peu, mais ce n'est pas remarquable - et puis les voyageurs où ce n'est pas ouverts à la concurrence.

YAËL GOOSZ
C'est pour 2020 ! Mais je vous pose la question, est-ce que cette grève est légitime ?

ALAIN VIDALIES
Non mais la grève c'est un droit, c'est un droit individuel, il est exercé et moi je ne remettrai jamais en cause l'exercice du droit de grève.

YAËL GOOSZ
On va le dire autrement, est-ce que lorsqu'un cheminot finit à 19 h le vendredi et qu'il ne reprend que le mardi est-ce que c'est normal ?

ALAIN VIDALIES
Mais c'est sa règle aujourd'hui, que les gens défendent leurs droits ça me parait normal, mais en même temps je veux dire aujourd'hui le débat à la SNCF ce n'est pas de remise en cause du statut – donc ces gens ne peuvent pas être licenciés contrairement à beaucoup de Français qui sont dans la rue – ce n'est pas de remise en cause du régime spécial de retraite, ce n'est pas de remise en cause de ce qui fait l'essentiel du statut des cheminots. Il y a des discussions qui sont légitimes et je soutiens ce que la direction demande pour essayer d'avoir un peu plus d'efficacité dans l'organisation et de ce point de vue-là, entre les enjeux et l'importance du mouvement qu'un certain nombre de syndicats veulent donner, je crois qu'il y a une disproportion, mais nous sommes dans une phase de discussions compliquée, elles ont lieu tous les jours, tous les soirs - je les suis très attentivement – et j'espère, je le dis, j'espère que tout cela arrivera à une phase conclusive à la fin de la semaine prochaine.

YAËL GOOSZ
Avant l'Euro ?

ALAIN VIDALIES
Oui.

YANN GOOSZ
Avant l'Euro, c'était ma question, parce que ça s'approche dangereusement ?

ALAIN VIDALIES
Avant l'Euro naturellement - et c'est vrai pour la SNCF et pour d'autres moyens de transport - l'Euro c'est un enjeu pour la France et je pense que chacun doit avoir présent à l'esprit qu'aucun Français, quelles que soient ses convictions, ne comprendrait que pour des problèmes de ce type on remette en cause l'image de la France et ce rendez-vous important que la France donne au reste de l'Europe.

FABIENNE SINTES
Mais il y a un plan B, pardonnez-moi monsieur VIDALIES, il y a un plan B ? Si les trains sont bloqués au moment de l'Euro, ça va être un peu compliqué quand même ?

ALAIN VIDALIES
Eh bien, écoutez, je ne vais pas aujourd'hui exprimer comment fonctionnerait un plan B…

YAËL GOOSZ
Vous y réfléchissez, vous en avez préparé un ?

ALAIN VIDALIES
Cette question se pose ! Mais, franchement, je n'ose pas imaginer que pour ces raisons-là et pendant cette période très particulière les cheminots prennent le risque de bloquer la France.

YAËL GOOSZ
Dans une autre vie pas si lointaine vous étiez aussi ministre en charge des Relations avec le Parlement, vous connaissez très bien l'Assemblée nationale, comment vous réagissez à la mort du groupe écologiste à l'Assemblée puisque six députés ont claqué la porte et rejoint les socialistes, scission fatale – parce qu'il faut être 15 pour faire un groupe – donc disparition du groupe écolo, qu'est-ce que ça vous inspire ?

ALAIN VIDALIES
Ecoutez c'est une question politique, je pense qu'il y avait deux lignes, ils ont essayé de cohabiter si j'ai bien compris et puis cette cohabitation s'est révélée impossible parce que la coprésidence qui était la règle n'a pas été acceptée par l'une des parties et donc ceux qui…

YAËL GOOSZ
Ça vous fait sourire d'avoir réussi à mettre le bazar chez les écologistes ?

ALAIN VIDALIES
Pas du tout !

YAËL GOOSZ
Non ?

ALAIN VIDALIES
Non ! Pas du tout, je pense que c'est un mouvement important dans la société, je regrette qu'un certain nombre d'entre eux soit aujourd'hui sur le terrain d'une radicalité dont je ne vois pas l'issue par rapport notamment aux échéances démocratiques de 2017, tout ça nous amène dans l'impasse et peut contribuer à la défaite globalement de la gauche - donc ma position est claire - et en même temps c'est un mouvement qui avait sa pertinence, qui a mené aussi je dirais une approche sur un certaine nombre de problèmes très, très intéressante, en même temps la totalité d'entre eux…

YAËL GOOSZ
C'est une clarification ou un affaiblissement de la gauche ?

ALAIN VIDALIES
C'est une clarifi… c'est les deux, c'est les deux, c'est une clarification, mais je préférais évidemment le paysage où il y avait tous les groupes. En même temps rappelons que chacun de ces députés-là a été élu en étant candidat au premier tour pour l'ensemble des partis et donc, de ce point de vue-là, bienvenue dans le groupe socialiste.

YAËL GOOSZ
Avec ces scissions, avec la disparition de ce groupe, vous croyez que vous tenez encore le bon bout pour faire une primaire des gauches ?

ALAIN VIDALIES
Moi ma position est claire, je pense qu'aujourd'hui dans le paysage politique français - et je crois que c'est une question qui s'adresse d'ailleurs à tous ceux qui y compris manifestent aujourd'hui – il va se passer des choses ce week-end en Autriche qui doivent nous préoccuper tous…

YAËL GOOSZ
On va en parler !

ALAIN VIDALIES
Voilà ! Mais ce n'est pas François HOLLANDE qui est président et l'extrême droite monte aussi, je veux dire ignorer aujourd'hui pour des gens de gauche, pour des républicains qu'on est, face à cette montée de l'extrême droite partout pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la politique française on le sait bien, c'est totalement irresponsable d'ignorer ça et d'organiser une espèce de bataille interne à la gauche permanente, je crois que la gauche c'est clair, il n'y a qu'une solution, il n'y a que le rassemblement qui peut permettre la victoire et moi je n'ai pas intégré la défaite et je pense que pour arriver à la victoire aujourd'hui autour de François HOLLANDE il faut qu'on se réunisse tous.

YAËL GOOSZ
Oui. Mais on a bien compris que, quand on a écouté le président l'autre jour, que l'épouvantail de l'extrême droite va servir de thème de campagne, mais vous comprenez bien que des gens ont le droit de contester et de ne pas accepter qu'on balance à la figure sans arrêt l'extrême droite quand ils ont envie d'être plus à gauche ?

ALAIN VIDALIES
Oui, ça c'est tout à fait logique. Sauf qu'il y a aussi des institutions et qu'à ceux-là, dont je comprends aujourd'hui qu'on dise : « je ne suis pas d'accord avec vous d'ailleurs », il y a des groupes qui le font à l'Assemblée nationale, mais les deux questions ce n'est pas un choix, c'est-à-dire on ne peut pas soit être en phase avec ses convictions profondes, soit être responsable, on peut faire les deux - et c'est aussi pour ça qu'il y a un premier tour – et il y a les institutions : comment on fait pour qu'il y ait un candidat de gauche au second tour de l'élection présidentielle ? Vous pouvez vous lever tous les matins, faire toutes les protestations que vous voudrez, personne ne peut s'exonérer de cette question.

YAËL GOOSZ
Est-ce que l'hypothèse que le gouvernement Valls tombe en juillet c'est quelque chose que vous avez intégré, que vous imaginez possible en juillet lorsqu'on reviendra le 49.3 à l'Assemblée ?

ALAIN VIDALIES
Pas du tout, pas du tout, parce que - si on en arrive à cette extrémité-là - quelles seront les conséquences ? Qu'est-ce qui va se passer ? Un autre gouvernement, une dissolution, l'arrivée de la droite au pouvoir ? Tout ça véritablement n'a aucun sens pour les raisons dont je vous ai parlées et, en plus, après l'épisode du passage de la loi au Sénat, parce que c'est ça qui va être intéressant parce que là après l'épisode de la loi Travail au Sénat alors on va voir ce que c'est un projet de droite et ce que c'est notre projet à nous.

YAËL GOOSZ
Merci Alain VIDALIES.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mai 2016

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