Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à LCI le 20 mai 2016, sur la disparition du vol MS804 d'Egyptair, l'organisation de la sécurité durant l'Euro 2016, le droit de manifester et les violences durant l'état d'urgence et les relations entre le gouvernement et la CGT. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à LCI le 20 mai 2016, sur la disparition du vol MS804 d'Egyptair, l'organisation de la sécurité durant l'Euro 2016, le droit de manifester et les violences durant l'état d'urgence et les relations entre le gouvernement et la CGT.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, CHABOT Arlette.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : ARLETTE CHABOT
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Arlette CHABOT.

ARLETTE CHABOT
Vingt-quatre heures après la disparition effectivement de l'avion d'EGYPTAIR, aucune piste, aucune hypothèse n'est privilégiée par le gouvernement français.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non. Nous suivons l'enquête avec beaucoup évidemment d'attention et en toute transparence mais pour l'instant, il est impossible semble-t-il – je ne suis pas au coeur directement de l'enquête – mais il est absolument impossible de savoir les causes de cette horrible situation. Evidemment après, il faut être aux côtés des victimes, des familles, prendre les dispositions qui s'imposent mais il faut aussi prendre le temps de l'enquête.

ARLETTE CHABOT
Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin qu'effectivement on saura toute la vérité ? Parce que cet avion venait de Paris, de Roissy, de l'aéroport. Ça veut dure que s'il y a eu défaillance dans un système de sécurité en France, on le saura.

JEAN-MARIE LE GUEN
En France ou ailleurs, puisque vous savez que cet avion avait d'autres étapes préalables. Il faut que la transparence totale soit faite, à la fois parce qu'on le doit vis-à-vis des victimes mais parce que c'est la meilleure façon de faire de la prévention. Et donc il faut réfléchir à toutes les situations, qu'elles soient mécaniques ou qu'elles soient humaines. Il faut absolument qu'on sache au mieux tout, et c'est d'ailleurs l'intérêt de ces fameuses boîtes noires, et cætera, de leur exploitation par des gens impartiaux.

ARLETTE CHABOT
Alors la menace terroriste, cet avion évidemment, l'histoire de cet avion vient nous la rappeler. Il y a beaucoup de gens qui s'interrogent surtout à la prolongation de l'état d'urgence. Est-ce bien raisonnable par exemple à propos de l'Euro ? De continuer ces fan-zones de supporters, qu'on mettra un peu partout en France, notamment à Paris autour de la Tour Eiffel. S'il y a une menace aussi forte, ce risque terroriste que vous assumez d'ailleurs, vous dites qu'il existe, vous en parlez, est-il raisonnable de continuer à organiser l'Euro de la même façon ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais bien sûr, pour deux raisons. La première raison, c'est une raison de principe. Ces gens-là veulent attenter non seulement à nos vies mais aussi à notre mode de vie, et donc il est hors de question de céder. Deuxièmement, si on devait entendre certaines voix du repli, de la frilosité, en quoi ça nous protégerait ; en quoi il serait possible demain d'empêcher un attentat dans un métro, dans un centre commercial ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Donc il faut tre fort, il faut être vigilant, il faut être mobilisé mais il ne faut en rien renoncer à ce que nous sommes.

ARLETTE CHABOT
Pas renoncer à ce que nous sommes, c'est une chose. Mais organiser l'Euro avec des zones où des fans vont se regrouper et deviennent des cibles, est-ce que c'est raisonnable ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il y a des regroupements de Français, de touristes tous les jours et nous allons continuer comme ça. Nous allons prendre toutes les précautions qu'il faut : exercer la vigilance, prendre les moyens mais ne renoncer en rien à ce que nous sommes.

ARLETTE CHABOT
Donc on continuera. Deuxième question sur l'application de l'état d'urgence, c'est bien sûr les manifestations contre la loi Travail. Est-ce que le gouvernement n'est pas pris entre deux positions ? D'un côté, la liberté de manifester, la liberté de contestation, et deuxièmement aussi la sécurité. Est-ce que vous n'allez pas devoir interdire toutes les manifestations au nom de l'état d'urgence ? Ce serait logique.

JEAN-MARIE LE GUEN
Au nom de l'état d'urgence, le gouvernement n'a pas – et c'est très bien comme ça – toutes les possibilités juridiques. C'est-à-dire que si une manifestation était interdite, ceux qui l'organisent pourraient aller devant la justice et la justice, le conseil constitutionnel, on dit des choses qui sont précises. Donc nous sommes dans un état de droit où les libertés de manifester sont respectées. Evidemment, on constate qu'autour de ces manifestations – et je distingue évidemment la manifestation des casseurs – il y a une frange d'extrême gauche pour dire les choses comme elles sont qui se saisit de ces manifestations pour faire de la violence. Et on a vu le caractère inouï et inacceptable de ce qui s'est passé avant-hier. Dans ces cadres-là, il faut évidemment – et la police fait beaucoup d'efforts, d'ailleurs on demande beaucoup, beaucoup d'efforts à nos policiers – mais en même temps, il faut que les organisateurs sachent ne pas multiplier les initiatives, sachent prendre aussi de façon responsable toutes les protections qu'il faut, qu'il y ait de la coordination et que donc on laisse le moins d'espace à ces gens-là, à ces gens-là qui ont de la violence. On laisse moins d'espace aussi aux mots qui justifient la violence. Et ça, moi je suis très attentif à cette question. Je trouve qu'il faut demander à tous ceux qui peuvent avoir des motifs de manifester d'avoir dans le vocabulaire et dans l'expression une condamnation explicite de ces violences. On ne peut pas dire : « Ça, ce n'est pas moi. C'est des gens de mon syndicat mais ce n'est pas moi qui fait des affiches contre la police ». On ne peut pas dire qu'on renvoie de façon égale, comme parfois d'ailleurs un certain nombre de vos confrères le font dans certains journaux, à égalité la violence de la police et celle des casseurs. Ça, ce sont des comportements qui sont inacceptables.

ARLETTE CHABOT
Ce qui est visé, c'est la CGT, on a bien compris. Le syndicat majoritaire, c'est la CGT.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, la CGT n'est pas visée.

ARLETTE CHABOT
Philippe MARTINEZ, allons-y, qui ne condamne pas à votre avis assez.

JEAN-MARIE LE GUEN
Monsieur MARTINEZ doit condamner… Il faut que les organisations qui prennent la responsabilité – c'est vrai pour toutes ces organisations, il y en a plusieurs, y compris les organisations politiques qui parfois appellent à ces manifestations, soient extrêmement claires sur la question des violences, et que le vocabulaire des responsables politiques en général ne vienne pas quelque part enflammer. On ne peut pas décrire la France aujourd'hui, ce n'est pas sérieux, comme un Etat policier. Vous nous interrogez sur justement une supposée trop grande liberté de manifestation et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle existe. Vous nous interrogez – on ne peut pas non plus dire que ce gouvernement, cette politique et ce pays d'ailleurs d'une façon plus générale amène à un Etat antisocial. C'est le moins que l'on puisse dire. Donc il faut savoir raison garder, on a le droit de critiquer mais ne radicalisons pas notre discours qui après peut-être facilite trop des radicalisations dans les actes.

ARLETTE CHABOT
Il y a deux journées d'action qui ont été décidées hier par FO et la CGT qui sont en pointe dans la lutte contre la loi Travail. Vous trouvez que c'est raisonnable ou vous leur dites : « Stop ! Il faudrait arrêter quand même. Vous prenez des risques ». Il y a une journée de mobilisation d'ailleurs après le démarrage de l'Euro de foot. Ils font ce qu'ils veulent ou prendre ses responsabilités, ça veut dire stopper ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, leur liberté et leur responsabilité est importante. Ce que je constate, c'est que ces manifestations perdent de l'influence et de la représentativité. On a maintenant un mouvement qui est minoritaire, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas du débat autour de la loi.

ARLETTE CHABOT
Elle tient quand même, elle tient quand même.

JEAN-MARIE LE GUEN
Et puis il y a une forme de radicalisation de l'action. Là, il y a question. Il y a la question de l'ordre public mais ce n'est pas simplement la question de l'ordre. C'est où conduit-on les salariés dans cette affaire ? En tout cas, ceux qui font confiance encore à la CGT. Vers où tout cela va ? Est-ce que c'est raisonnable ? Est-ce que ça débouche sur quelque chose de positif ? Voilà, y compris du point de vue de ce qu'est théoriquement une organisation syndicale.

ARLETTE CHABOT
Vous dites entre parenthèses qu'on va dans une impasse selon vous. Ils vont dans une impasse, ils emmènent les salariés dans une impasse.

JEAN-MARIE LE GUEN
Regardez. Le premier communiqué qui avait réuni toutes les organisations syndicales au moment de la première mouture de la loi El Khomri qui a beaucoup évoluée, à aucun moment le contenu de l'article 2 de la loi, c'est-à-dire le dialogue social dans l'entreprise, n'a été dénoncé. Il y avait d'autres points. Sur tous ces points-là, on a avancé. Et par contre, sur l'article 2 qui est aujourd'hui le seul point qui reste principalement en discussion et en contestation, ce n'était pas le point initial avancé par les organisations syndicales. Voilà, je m'interroge.

ARLETTE CHABOT
Ça veut dire quoi selon vous ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ça veut dire qu'il y a une surenchère de la radicalisation et que je pense que si ce n'était pas les points principaux de contestation des organisations syndicales au début de la loi, je me demande pourquoi ça le devient à la fin.

ARLETTE CHABOT
Oui. Ce matin, le responsable CGT de raffineries annonce un blocage des raffineries. Etape supplémentaire pour faire plier le gouvernement sur la loi Travail.

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est un peu la démonstration de ce que je vous disais.

ARLETTE CHABOT
Pour vous, ils sont dans la surenchère et ça ne mène nulle part.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il y a des risques de surenchère et on ne peut pas bloquer un pays parce que tout d'un coup, à quelques-uns, on a décidé qu'on n'était pas d'accord.

ARLETTE CHABOT
Ça veut dire que vous allez faire évacuer les raffineries, les blocages, vous les empêcherez ? Peut-être pas le ministre de l'Intérieur mais il y a un gouvernement.

JEAN-MARIE LE GUEN
Le ministre de l'Intérieur ne laissera pas, et le gouvernement ne laissera pas bloquer le pays. Donc je pense qu'effectivement – alors encore une fois, les manifestations, les droits de grève doivent être respectés mais je n'imagine pas que la France puisse être bloquée.

ARLETTE CHABOT
Oui, la France ne sera pas bloquée. En tout cas, le 49-3 que vous avez imposé…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, il nous a été imposé.

ARLETTE CHABOT
En tout cas, ça n'a servi à rien parce qu'au fond, la détermination politique des frondeurs existe, et dans le pays, la mobilisation sociale demeure. Donc, au fond, ça a servi à quoi ? Peut-être à envenimer les choses ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, Arlette CHABOT. D'abord la loi avance et je pense que les Français ont un jugement depuis – je sais qu'ils étaient très interrogatifs et très contestataires, opposés à la loi. Pas forcément sur les positions défendues par certains dont on vient de parler mais très opposés. Je pense que la prise de conscience est en train de se faire et quelque part un texte, j'allais dire, qui est critiqué à la fois par la CGT et par le MEDEF doit avoir quelques vertus. Bien. Deuxièmement, ce texte avance. Les organisations syndicales réformistes expliquent en quoi il y a des avancées positives donc ce texte avance. Il y a eu un blocage politique par des gens qui ont, pour des raisons essentiellement politiques…

ARLETTE CHABOT
Il va continuer le blocage politique.

JEAN-MARIE LE GUEN
Et alors ?

ARLETTE CHABOT
Alors nouveau 49-3, vous vous en fichez.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais absolument.

ARLETTE CHABOT
Vous ne serez pas obligés au bout du compte, comme l'espèrent les syndicats en bloquant, en faisant des grèves…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, pas les syndicats Arlette CHABOT. Certaines organisations syndicales particulières qui, dans un mouvement social aujourd'hui plutôt minoritaire et plutôt descendant, prennent des positions qui à mon avis, j'ai essayé de le démontrer il y a quelques instants, ont peu de choses à voir directement avec la nature du texte. Donc tout simplement, nous allons continuer à faire que ce pays avance. Ce n'est pas facile. D'ailleurs on voit pour tous ceux qui sont candidats à casser la baraque comme certains disent à droite, mais qui devraient prendre en compte que ce pays a besoin de beaucoup de pédagogie pour avancer, ce que nous faisons avec beaucoup de sérénité.

ARLETTE CHABOT
Alors beaucoup de sérénité. On parlait beaucoup hier d'une mesure, d'une loi pour encadrer les salaires des patrons. Manuel VALLS dit oui par exemple, bien entendu, et Emmanuel MACRON dit : « Ce n'est pas la bonne méthode, une loi, pour encadrer les salaires des patrons ».

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais c'est ce que nous avions pensé, j'allais dire. Cette question existe depuis maintenant plusieurs années. On nous a dit au niveau du patronat : « Attendez, non, non ! Laissez-nous faire, on va mettre de la moralité dans tout ça ».

ARLETTE CHABOT
Vous, vous légiférez mais le ministre de l'Economie dit non. Qui a raison ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il y a un gouvernement.

ARLETTE CHABOT
Ah bon ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Quand le président de la République et le Premier ministre s'expriment et que les parlementaires étaient majoritairement – très majoritairement pour ne pas dire à l'unanimité – dans ce sens, les choses se feront. Voyons un peu comment… Je vois aujourd'hui que le MEDEF a l'intention enfin de réagir.

ARLETTE CHABOT
Mais vous ne me répondez pas. Autant de réactions pour ne pas m'expliquer qu'Emmanuel MACRON n'est pas d'accord avec le Premier ministre et le président de la République.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, c'est son problème.

ARLETTE CHABOT
C'est son problème, ce n'est pas le vôtre.

JEAN-MARIE LE GUEN
Exactement. La politique du gouvernement est celle qui a été énoncée par le président de la République et par le Premier ministre.

ARLETTE CHABOT
D'un mot si j'ose dire, parce que « La gauche qui vient », c'est un petit livre que vous avez publié à la Fondation Jean-Jaurès. Il nous reste en gros une minute. « La gauche qui vient », c'est la gauche qui prend conscience des réalités du monde, la fin de l'innocence comme vous dites. C'est la gauche qui réfléchira quand elle sera à nouveau dans l'opposition, ce qu'elle n'a pas fait avant 2012.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non. C'est une gauche au contraire qui pense que la gauche de responsabilité, c'est d'abord le travail d'une formation politique, c'est d'essayer d'assumer des responsabilités, pas de s'indigner, et c'est aussi une gauche qui est conquérante parce qu'elle prend les enjeux de l'époque, c'est-à-dire la République. Elle est capable de bouger, cette gauche, de muter comme on dit, mais aussi de se dépasser. C'est-à-dire pour faire vivre ses idéaux, elle est capable aussi de rassembler au-delà de la gauche et d'être dans une situation où elle assume les responsabilités, parce que nous avons besoin d'un camp républicain illuminé par les valeurs de la gauche qui aujourd'hui puisse conduire la mutation de ce pays. Ce pays doit bouger et la gauche, elle est là pour le faire bouger de façon la plus efficace possible mais, en même temps, la plus cohérente et avec le plus de cohésion et de respect de nos compatriotes.

ARLETTE CHABOT
Oui. Et vous ne perdrez pas en 2017 et vous ne réfléchirez pas dans l'opposition. C'est ça votre espoir toujours.

JEAN-MARIE LE GUEN
Absolument.

ARLETTE CHABOT
Absolument, voilà. On termine sur cet absolument.

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà, absolument. Ecoutez, on verra. On parle à juste titre assez souvent des divisions de la gauche parce qu'elle aime bien les étaler. On verra ce qu'il en est dans quelques semaines ou dans quelques mois, parce que les débats politiques d'aujourd'hui ne peuvent pas s'aligner sur ce que propose aujourd'hui – les Français ne suivront pas les programmes les plus radicaux de la droite.

ARLETTE CHABOT
Merci Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Merci beaucoup, au revoir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mai 2016

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