Interview de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec France 2 le 20 mai 2016, sur le crash de l'Airbus A 320 d'Egyptair, le conflit israélo-palestinien et sur les sanctions européennes contre la Russie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec France 2 le 20 mai 2016, sur le crash de l'Airbus A 320 d'Egyptair, le conflit israélo-palestinien et sur les sanctions européennes contre la Russie.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international;

ti :

ROLAND SICARD
Bonjour Jean-Marc AYRAULT.

JEAN-MARC AYRAULT
Bonjour.

ROLAND SICARD
On va évidemment revenir sur la catastrophe de l'Airbus A 320 d'Egyptair, est-ce que ce matin une hypothèse est privilégiée ?

JEAN-MARC AYRAULT
Aucune. Toutes les hypothèses sont examinées, mais aucune n'est privilégiée car nous n'avons absolument aucune indication sur les causes. D'ailleurs nous recherchons des débris de l'avion, vous avez vu que la France contribue avec l'Egypte, la Grèce et puis d'autres pays, un avion est déjà sur place, un autre va venir, des navires, il faut à tout prix trouver ces débris, les analyser ; et puis les boites noires puisque nous voulons la vérité, toute la vérité.

ROLAND SICARD
Et pourtant les Egyptiens, eux, disent, que l'hypothèse de l'attentat est la plus vraisemblable.

JEAN-MARC AYRAULT
Je crois qu'il faut être prudent à ce stade. J'ai eu mon homologue, monsieur Sameh CHOUKRI, deux fois au téléphone hier, il ne m'a pas dit ça, il m'a dit simplement qu'il voulait que toutes les hypothèses soient examinées, en toute transparence. Parfois on reproche aux Etats d'être lents à réagir. Il y a une coopération totale entre l'Egypte et la France, c'est très important. Il y avait 66 personnes à bord, donc 56 passagers, 12 nationalités. Demain d'ailleurs je vais réunir au Quai d'Orsay les représentants de toutes les familles, 12 nationalités, les ambassadeurs qui seront là, et puis il y aura évidemment le représentant du Parquet parce qu'il y a une enquête judiciaire qui est ouverte en France, comme en Egypte ; il y aura les représentants du Bureau Enquêtes Accident qui enquête sur les aspects techniques en toute indépendance, sur les bases des normes internationales ; il y aura bien sur le centre de crise qui est en contact avec les familles depuis les premières heures du Quai d'Orsay. Et puis d'autres services de l'Etat. Et nous allons pouvoir donner le maximum d'informations en toute transparence, toute la vérité, rien que la vérité, bien entendu nous la devons aux familles parce que c'est une épreuve terrible. J'étais hier à Roissy, j'ai vu les familles qui arrivaient dans l'angoisse, le désarroi total, donc je crois qu'il faut vraiment que nous fassions tout pour que la vérité soit la plus rapidement connue.

ROLAND SICARD
Justement est-ce que en attendant les résultats de l'enquête, la sécurité à Roissy va être renforcée ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais elle l'est déjà. Elle ne cesse d'être renforcée. Je m'en suis moi-même évidemment préoccupé depuis longtemps, quand j'étais Premier ministre. Et puis le gouvernement a renforcé toutes ces mesures depuis les attentats de janvier et également de novembre de l'année dernière. Nous avons des échéances aussi très importantes, l'euro 2016. Je peux vous dire j'étais encore à Matignon autour du Premier ministre avec beaucoup de ministres la semaine dernière ; tout est fait pour renforcer partout la sécurité des Français. D'ailleurs un vote vient d'intervenir au Parlement qui renforce la loi pénale qui prend un certain nombre d'éléments de l'état d'urgence. Donc la France se protège face à une menace et cette protection elle la doit aux Français, elle la doit aussi à tous les visiteurs, tous ceux qui vont venir participer à l'euro 2016, aux touristes. C'est une mobilisation générale qui existe.

ROLAND SICARD
En attendant la diplomatie continue, et la France va réunir le 3 juin une conférence sur le Proche Orient. Quel est l'objectif de cette conférence ?

JEAN-MARC AYRAULT
L'objectif c'est de ne pas se résigner à ce qui se passe sur place. Vous savez la violence ne cesse de monter côté palestinien, côté Israélien, des attaques aux couteaux ici, un bus dans lequel il y avait une bombe qui explose ; donc moi je suis allé à Jérusalem et à Ramallah, j'ai parlé avec monsieur NETANYAHU, j'ai parlé avec monsieur ABBAS, je leur ai dit …

ROLAND SICARD
Ils reprochaient d'ailleurs à la France une impartialité, un défaut d'impartialité dans cette affaire.

JEAN-MARC AYRAULT
Je pense que ça c'est une polémique sans intérêt. Je l'ai dit au Premier ministre NETANYAHU, nous sommes les amis d'Israël, nous voulons la sécurité d'Israël, et ça fait partie évidemment de la question. Deux Etats, c'est ça l'objectif, un Etat d'Israël qui vit en sécurité absolue et puis un Etat palestinien qui se constitue. Aujourd'hui cette perspective s'éloigne chaque jour. Et donc c'est la violence qui l'emporte et si on réfléchit un instant à la sécurité d'Israël, c'est ce que j'ai dit à mes interlocuteurs, il faut aussi la paix. Sans paix il n'y a pas de sécurité. Donc comme rien ne se passe, que les négociations qui devront avoir lieu directement entre les deux pays, entre les deux parties n'ont pas lieu, alors la France a pris une initiative, elle l'a préparée minutieusement, c'est difficile pour une première réunion qui sera ouverte par le président de la République le 3 juin prochain, où seront représentés les pays du Conseil de sécurité, et bien sur la France, les USA, la Russie, la Chine, et puis la Grande-Bretagne, et puis les pays de la Ligue Arabe, les pays du Quartet avec l'Union européenne et l'ONU, donc la Russie à nouveau et les Etats-Unis, et puis plusieurs pays qui souhaitent participer aussi bien d'Europe – je pense à l'Allemagne, l'Italie – que d'autres pays du monde. Parce que aujourd'hui il y a une prise de conscience qu'on ne peut pas se résigner à cette situation catastrophe, il faut redonner de l'espoir, donc c'est ce que nous allons faire par une première réunion ministérielle pour créer les conditions d'une conférence internationale et ensuite qui permettra une négociation à nouveau entre Israéliens et Palestiniens. Donc c'est un travail difficile mais la France prend ses responsabilités.

ROLAND SICARD
Il n'y aura ni les Palestiniens, ni les Israéliens à cette conférence. Est-ce que ce n'est pas un défaut ?

JEAN-MARC AYRAULT
A ce stade ce serait impossible. Il n'y a pas de dialogue, donc… Et tout le monde en est conscient. Tout le monde l'admet. J'ai parlé avec le président Mahmoud ABBAS qui est tout à fait conscient qu'à cette étape il faut que les pays qui veulent la paix, qui veulent que deux Etats puissent se constituer cote à cote se mettent d'accord sur le diagnostic ; qu'est-ce qui ne va pas, la poursuite des colonisations qui est un danger, mais il y a aussi d'autres problèmes qui peuvent se poser, les Palestiniens qui sont divisés… on va faire un état des lieux et ensuite on va ouvrir plusieurs chantiers, ça demandera plusieurs mois de travail, pour créer les conditions d'une conférence internationale. Vous savez ça fait neuf ans, la dernière fois, qu'il y a eu une réunion au sommet. C'était d'ailleurs à la fin du mandat de George BUSH, et puis depuis il y a eu quelques tentatives, notamment par John KERRY, que j'ai rencontré hier à l'occasion de la réunion de l'OTAN, et qui sera là le 3 juin, et qui est très conscient que la situation actuelle ne peut pas durer. Et c'est le cas de beaucoup de représentants des gouvernements que j'ai rencontrés ces temps-ci.

ROLAND SICARD
Est-ce qu'il faut renforcer la coopération avec les Russes ?

JEAN-MARC AYRAULT
Mais écoutez, les Russes ce ne sont pas des adversaires, ce sont des partenaires, mais avec lesquels nous pouvons avoir des divergences…

ROLAND SICARD
Est-ce qu'il faut lever l'embargo par exemple ?

JEAN-MARC AYRAULT
L'embargo, vous parlez des sanctions ?

ROLAND SICARD
Oui.

JEAN-MARC AYRAULT
Les sanctions qui ont été mises en place par les 28 pays de l'Union européenne vont arriver à échéance là avant l'été. Faut-il les renouveler ou non ? Moi j'ai très clairement dit à Vladimir POUTINE, lorsque je me suis rendu à Moscou, que nous souhaitions lever ces sanctions. Même si c'est de façon progressive. Mais pour ça il faut que les choses bougent, notamment en Ukraine, et pour l'instant ça ne bouge pas. Donc il faut là aussi que ce qui s'est passé, lorsqu'il a été porté atteinte aux frontières de l'Europe, avec des tentatives sécessionnistes dans une partie de l'Ukraine, la Crimée, il est important que tout ça change. Il y a les accords de Minsk, il y a ce qu'on appelle le format Normandie animé par l'Allemagne et la France où sont conviés les Ukrainiens et les Russes, j'ai participé à plusieurs réunions à Paris, à Berlin, il y a quelques progrès mais il n'y en a pas assez. Donc moi je le dis très clairement, nous voulons la levée des sanctions mais pour ça il faut de résultats concrets. Il appartient au Russes d'apporter leur contribution mais aux Ukrainiens aussi.

ROLAND SICARD
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mai 2016

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