Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité, sur la défense des zones humides et la gestion de la biodiversité au sein des parcs naturels régionaux (PNR), dans le parc de la Brenne le 21 mai 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité, sur la défense des zones humides et la gestion de la biodiversité au sein des parcs naturels régionaux (PNR), dans le parc de la Brenne le 21 mai 2016.

Personnalité, fonction : POMPILI Barbara.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité

Circonstances : Déplacement à la veille de la journée mondiale de la Biodiversité au parc naturel régional de la Brenne (région Centre Val-de-Loire) le 21 mai 2016

ti : Je veux avant tout remercier toutes celles et tous ceux qui ont contribué à rendre cet après-midi de visite ministérielle formidablement agréable.

Vous savez, il y a certains déplacements officiels plus sympathiques que d'autres, et incontestablement, celui-ci restera gravé dans ma mémoire de secrétaire d'Etat en charge de la biodiversité.

Pas simplement parce que nous sommes la veille de la journée mondiale de la Biodiversité.

Pas simplement pour la beauté des paysages découverts, pour votre territoire : cela, c'est un ressenti personnel.

Non, ce qui a rendu cet après-midi si sympathique, et ce qui, je l'espère continuera à nourrir nos échanges informels autour du cocktail républicain qui nous attend, c'est avant tout l'illustration, j'allais dire in vivo, de ce qui fonde la raison d'être de ma délégation ministérielle.

Et en premier lieu le type de territoire sur lequel nous nous trouvons, à savoir une zone humide.

« Zone humide » : voilà bien le type d'expression scientifique un peu désincarnée qui peine à traduire la richesse du concept.

Sa richesse sensorielle, j'en parlais à l'instant, avec des vues à couper le souffle, avec un ensemble d'étangs et marais qui incitent à la méditation et à la sérénité.

Mais richesse environnementale également – et là, j'en reviens à la raison d'être de mon secrétariat d'Etat.

Trop souvent, par biodiversité, on entend uniquement diversité des espèces – qu'elles soient végétales ou animales.

Et on oublie que ces espèces, qui rendent tant de services écosystémiques, évoluent dans un environnement, dans des paysages, dans des types de paysages.

Les zones humides, au sens scientifique du terme, c'est-à-dire des régions où l'eau est le principal facteur contrôlant le milieu naturel et la vie qui y est associée, représentent en France 3% du territoire national.

Elles ont été parmi les principales victimes du développement urbain et économique au cours du dernier siècle : notre pays a perdu les deux tiers de ses zones humides entre la fin du XIXe siècle et les années 1990, la moitié dans la seconde partie du XXe siècle.

Et pourtant.

Et pourtant ces zones humides remplissent, on s'en aperçoit aujourd'hui parfois douloureusement lorsqu'elles ont disparu, des fonctions essentielles tant pour notre environnement que pour les activités humaines qu'elles abritent ou permettent.

Des fonctions de régulation hydrologique, notamment comme bassins de rétention des eaux qui évitent les crues,

Des fonctions climatiques, en exerçant une influence locale sur les précipitations et la température – et c'est une dimension essentielle dans le contexte de dérèglement climatique que notre planète connaît, et des fonctions biologiques, bien sûr, puisqu'elles sont l'habitat d'espèces spécifiques – je notais ce matin, en forêt d'Orléans, en accompagnant la signature de la convention objectif B@lbuzard, à quel point le retour et la croissance des populations de rapaces majestueux constituait un bon indicateur de la qualité et de la préservation des zones humides dans la région.

Et ici, vous avez su préserver et entretenir une zone humide tout à fait remarquable, au sein d'un parc naturel régional dynamique.

Le lacis d'étangs, de marais, de cours d'eaux qui façonne ce territoire est le fruit d'une coopération exemplaire entre l'Homme et la Nature établie par l'Histoire qui perdure, et dont j'ai pu mesurer cet après-midi, avec les professionnels piscicoles notamment, le caractère fructueux.

Mesdames et messieurs, j'aimerais tant que celles et ceux qui, souvent de Paris il faut bien le dire, s'imaginent qu'espace protégé rime avec nature sous cloche, oui, j'aimerais bien qu'ils puissent être avec nous aujourd'hui.

Car que constateraient-ils ?

D'abord que la gestion des espaces naturels, quel que soit le classement dont ils bénéficient, est toujours le fruit d'une coopération entre collectivités et, singulièrement les communes, usagers professionnels ou amateurs et services de l'Etat.

C'est la vocation des Parcs Naturels Régionaux que d'assurer cette régulation qui permet de concilier préservation de la biodiversité – c'est-à-dire préservation d'un héritage naturel pour les générations qui viennent – et développement économique et territorial pour les habitants d'aujourd'hui.

Il y a parfois des difficultés à gérer, sinon des conflits d'usages. Rien n'est plus normal.

Et précisément, les organes de gestion des espaces sont faits pour réguler, pour discuter, pour trouver au plus près des réalités du terrain les solutions les plus adéquates.

La protection de la nature, de la biodiversité, c'est un exercice démocratique ; c'est le fruit d'un dialogue. Et j'ai le sentiment qu'ici tout particulièrement, ce dialogue est fructueux.

Et protéger la nature, c'est aussi un gage de développement : cela génère des activités.

Des activités touristiques et de loisirs – celles auxquelles on pense le plus spontanément – mais également des activités de pêche ou encore de nature agricole.

Il n'y a rien de plus absurde que d'opposer biodiversité et développement : je fais partie de ceux, c'est même mon ADN politique, si j'ose dire, qui considèrent que la protection et la préservation de la biodiversité peuvent et doivent être des facteurs de développement.

Et le rôle de l'Etat, c'est de fournir aux acteurs de terrains les outils d'évaluation, d'accompagnement, d'ingénierie de projets qui leur sont nécessaires pour développer en protégeant.

C'est la philosophie du projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, que je porte en ce moment même au Parlement.

Un projet que vous connaissez bien, cher Jean-Paul Chanteguet puisque vous contribuez activement à son élaboration.

L'une des conséquences majeures de l'adoption de la loi sur la biodiversité, comme l'ont nommée les médias, sera la création de l'Agence Française pour la Biodiversité.

Il s'agira d'un lieu d'expertise et de pilotage, opérationnel dès la promulgation de la loi, qui réunira les quatre organismes majeurs en charge de la biodiversité en France, afin d'être plus efficaces et de pourvoir dégager des moyens d'action renforcés sur le terrain.

Les modalités d'organisation de la future Agence ont été précisées au cours du débat parlementaire, et notamment les partenariats avec les collectivités territoriales.

Elles jouent, vous jouez, mesdames et messieurs les …conseillers régionaux, départementaux, maires, un rôle clé pour le succès de la reconquête de la biodiversité et de la lutte contre le changement climatique dans les territoires

Et pour la mise en place des organisations régionales, ou départementales qui seront les interlocuteurs de l'AFB au quotidien, nous avons fait le choix du pragmatisme, de la liberté, et de l'incitation plutôt que d'adopter le vieux réflexe jacobin de la décalque d'un modèle unique sur tous les territoires.

Je ne sais quels seront les choix opérés ici : c'est vous qui les ferez, en fonction des problématiques spécifiques à votre territoire, des réseaux d'acteurs constitués, de ce qui marche et qui peut être dupliqué ou étendu.

Mais soyez assurés de deux choses : d'une part, que vous trouverez auprès de mon secrétariat d'Etat écoute et respect dans l'accompagnement de vos réflexions si vous l'estimez utile, et d'autre part que vous trouverez dans l'AFB des réseaux de professionnels de haut niveau qui pourront s'appuyer sur les agents de terrain de l'agence.

Je vous disais au début de cette courte intervention que j'avais retrouvé au cours de cette journée une sorte de condensé d'éléments qui fondent la raison d'être du secrétariat d'Etat à la biodiversité.

La protection des espèces, ce matin, avec le Balbuzard pêcheur.

L'entretien des espaces fragiles mais dynamiques cet après-midi, notamment avec les pisciculteurs, avant de pouvoir bientôt goûter, je l'espère aux productions de vos éleveurs, et notamment à ce fameux Pouligny-Saint-Pierre, qui rencontre le succès auprès des consommateurs grâce à son AOC et à des qualités gustatives qui doivent tant à la protection de votre territoire.

Et puis aussi, parce que c'est aussi la démocratie, je m'apprête à recevoir des agriculteurs, afin d'échanger sur des sujets qui les interrogent, notamment présents dans le projet de loi biodiversité – et c'est bien normal.

Je veux redire ici que la loi biodiversité, c'est la reconnaissance du rapport étroit entre agriculture et biodiversité comme un principe général dans le droit.

Nous sortons enfin du débat de posture qui consistait à opposer préservation de la biodiversité et agriculture.

L'agriculture, comme toutes les activités humaines, a un effet sur la biodiversité : parfois en négatif – lorsque les intrants ou les rejets dégradent l'environnement- mais parfois également en positif – sans pisciculture, sans pâturage, la biodiversité ici serait moins forte, je le notais à l'instant.

Le projet de loi n'oppose pas : il reconnait un lien.

Et il tente d'apporter des réponses, pour accompagner les agriculteurs dans la transition des pratiques lorsque cela est nécessaire : sur l'usage de certains produits pesticides, qui mobilise beaucoup et l'opinion publique et le monde agricole, je suis persuadée que nous sommes capables d'élaborer et d'adopter une solution d'équilibre, pragmatique, qui non seulement fixe un objectif – la sortie des néonicotinoïdes qui sont néfastes aux pollinisateurs et à la santé des agriculteurs, mais également offre des moyens d'en sortir qui permettent au monde agricole de s'y retrouver.

De manière générale, le texte vise à faire des agriculteurs des acteurs de la préservation et de la reconquête de la biodiversité. Le développement économique français et le maintien de l'attractivité de nos territoires passent par une agriculture de qualité.

Et l'avenir de l'agriculture passe par une biodiversité en bonne santé.

Alors pour y parvenir, cela prend du temps, cela nécessite du dialogue, de l'écoute : ma fonction sert également à cela.

Voilà ce que je souhaitais vous dire rapidement, à l'issue d'une journée magnifique, et avant, demain, de me rendre dans la Réserve naturelle nationale de Chérine et la réserve régionale des Terres et étangs de Brenne.

Merci pour votre accueil. Et merci pour votre territoire – parce qu'un territoire, ce n'est pas seulement l'héritage que l'on reçoit d'un espace naturel, c'est avant tout ce que l'on en fait, par les protections qu'on lui garantit, par l'entretien qu'on y réalise, et par les richesses qu'on en tire pour permettre aux générations suivantes de le protéger, de l'entretenir, et d'en tirer de nouveaux motifs d'épanouissement.


Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 25 mai 2016

Rechercher