Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFMTV/RMC le 26 mai 2016, sur le projet de loi Travail et le maintien de son article 2 sur les accords d'entreprise. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFMTV/RMC le 26 mai 2016, sur le projet de loi Travail et le maintien de son article 2 sur les accords d'entreprise.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, bonjour.

Manuel VALLS
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Vous êtes là sur RMC et BFM TV jusqu'à 09h, e ensuite, vous allez répondre aux questions des auditeurs de RMC…

MANUEL VALLS
Avec plaisir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Entre 09h et 09h30. La contestation s'étend, se durcit, les Français ne vous demandent qu'une chose, ce matin, une seule question : que faites-vous ?

MANUEL VALLS
D'abord, je pense à eux, parce que c'est eux qui pâtissent aujourd'hui de cette situation, ce sont des salariés, des ouvriers, souvent ceux qui sont au chômage, qui doivent faire de longues files d'attente devant les stations-services, qui subissent donc cette situation, cette situation aussi peut peser à terme sur l'économie française, alors que nous venons de connaître, pour le deuxième mois consécutif, une baisse du chômage, 20.000 chômeurs de moins cette année, c'est le deuxième mois consécutif, 70.000 chômeurs de moins…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, j'y reviendrai tout à l'heure.

MANUEL VALLS
Pour cette année 2016. C'est la première fois qu'on a une baisse sur les 12 derniers mois. Et donc l'économie doit être confortée, notre compétitivité doit être assurée. On voit bien que ce type de situation peut nuire, bien sûr, à notre économie. Donc je pense d'abord aux Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, à eux…

MANUEL VALLS
Et notamment aux plus modestes, et ensuite, une nouvelle fois, devant vous, je veux dire ma détermination, mais par conviction, moi, je ne suis pas dans un combat contre la CGT ou dans un face à face ou un mano à mano avec Philippe MARTINEZ, comment peut-on penser un moment, avec mes convictions, moi, le maire d'Evry pendant 11 ans, que je veuille casser le modèle social français, que je veux remettre en cause le droit des syndicats, que je veux faire perdre des droits aux salariés, cette loi dont beaucoup d'aspects n'ont pas été compris, je le reconnais, par mes compatriotes, est bonne pour les entreprises, pour les PME, notamment, parce qu'elle va leur donner plus de visibilité, et cette loi est bonne pour les salariés, parce qu'elle leur donne plus de droits, elle est bonne également pour les syndicats, parce qu'elle leur donne plus d'heures de formation, elle est bonne pour les jeunes, parce qu'elle leur permet la Garantie Jeunes, c'est-à-dire 460 euros pour rentrer dans la vie active et pour se former. Donc cette loi, elle est bonne pour les salariés comme pour les entrepreneurs. Donc Jean-Jacques BOURDIN, j'ai des convictions, ces convictions, je les défends, ce texte me paraît utile pour le pays, et donc je suis évidemment serein en même temps déterminé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, tout le monde se pose la question : qui gouverne ? Qui gouverne ? C'est vous ou c'est la CGT ? Eh oui, oui, parce que les Français se posent la question, vous le savez bien !

MANUEL VALLS
Mais je l'ai dit hier dans une formule, ça n'est pas la…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, vous l'avez dit dans une formule : la CGT ne fait pas la loi dans le pays, cette radicalité est inacceptable, c'est ce que vous disiez hier à l'Assemblée nationale.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, oui, je suis très respectueux du rôle des syndicats, et notamment cette loi, elle va permettre, et c'est peut-être le coeur de sa philosophie, de faire en sorte que le dialogue social se fasse au niveau de l'entreprise, au plus près des terrains, du terrain, c'est-à-dire avec les entrepreneurs et les salariés. Donc je suis respectueux des syndicats, je suis respectueux de la CGT, dont je connais l'histoire, sa participation pleine et entière à l'histoire de notre pays, à la résistance, sa volonté de donner des droits aux salariés. Mais ça n'est pas la CGT qui peut bloquer le pays. Ça n'est pas la CGT qui peut imposer un texte de loi. La CGT, contrairement aux syndicats réformistes, contrairement à la CFDT, contrairement à l'UNSA, à la CFTC, à la CFE-CGC, n'a pas souhaité poursuivre les discussions, a refusé l'accord que nous avions trouvé avec ces syndicats que je viens de citer, les syndicats réformistes, puisqu'il y a eu une longue discussion, que j'ai menée avec Myriam El KHOMRI…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un accord rejeté par certains syndicats, un accord sans majorité à l'Assemblée nationale, vous le savez bien, Manuel VALLS, et un accord rejeté par les Français à 70 %, ça fait beaucoup, pardonnez-moi, ça fait beaucoup ! Alors, je vais vous poser deux questions directes, il n'y aura donc pas de retrait de la loi Travail, on est bien d'accord ?

MANUEL VALLS
Donc, vous me posiez la question « qui gouverne »…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, qui gouverne ?

MANUEL VALLS
Le président de la République, le chef du gouvernement, le gouvernement, et avec l'engagement de responsabilité, le fameux 49.3, nous nous sommes donné…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous gouvernez contre les députés, vous gouvernez contre les Français, et vous gouvernez contre une partie des syndicats !

MANUEL VALLS
Mais Jean-Jacques BOURDIN, quelle est l'alternative ? Ou plutôt, quelles sont les alternatives ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement !

MANUEL VALLS
Alors, c'est le retrait du texte ? Ça n'est pas possible, le retrait du texte, c'est l'impossibilité, pas seulement pour ce gouvernement, mais pour tout gouvernement, de réformer, c'est quoi l'alternative ? Des élections législatives anticipées ? Mais alors, c'est le projet de la droite… !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez songé à démissionner ?

MANUEL VALLS
Non, non, parce que ça n'est pas un problème de personne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'homme ou de personne…

MANUEL VALLS
C'est quoi l'alternative ? Nous allons le voir d'ailleurs dans quelques jours, puisque le texte Travail va venir au Sénat, où il y a une majorité de droite, qui va donner son projet, et qui sera évidemment aux antipodes, non seulement de ce que nous avons proposé, mais de ce qu'attendent éventuellement ceux qui manifestent. Donc il est hors de question de changer le cap, il peut toujours y avoir des modifications, des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah !

MANUEL VALLS
Il peut toujours y avoir des modifications…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça m'intéresse !

MANUEL VALLS
Des améliorations, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une réécriture d'un article par exemple ou l'article, eh bien, je pense à l'article 2, évidemment ?

MANUEL VALLS
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?

MANUEL VALLS
Pas de retrait du texte, et l'article 2 – c'est-à-dire, la négociation dans l'entreprise – défendu notamment par les syndicats réformistes, en l'occurrence par la CFDT, vous vous rendez compte, le premier syndicat de France aujourd'hui, Laurent BERGER, son secrétaire général, qui a été sévère au début sur la première mouture du texte, avec qui nous avons négocié durement sur le texte, considère que ce texte est bon pour les salariés et qu'il leur donne de nouveaux droits. Et moi, je vais retirer un texte…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas de réécriture de l'article 2 !

MANUEL VALLS
Où je vais réécrire un article qui est le coeur de la philosophie, c'est-à-dire la négociation dans l'entreprise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, il n'y en aura pas ?

MANUEL VALLS
Mais, ce pays se meurt parfois de ses conservatismes, de son impossibilité à réformer, c'est pour ça que nous sommes dans un moment crucial, je sais que les Français expriment leur opposition au gouvernement, à travers leur opposition à ce texte, qui sont inquiets pour l'avenir, pourtant, au moment où…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais vous parler des Français, oui…

MANUEL VALLS
Pourtant au moment où, encore une fois, les chiffres du chômage s'améliorent nettement, où nous retrouvons de la compétitivité et de la croissance, mais ça, je l'entends parfaitement, mais ma responsabilité, comme chef du gouvernement, ce n'est pas de suivre les sondages, c'est bien sûr d'écouter les Français, et j'entends notamment ceux qui sont en difficulté, ceux qui souffrent, les salariés, comme les chefs d'entreprise, les artisans ou les indépendants, je veux rappeler que ce texte de loi est bon aussi pour les indépendants, parce qu'il va leur donner davantage de possibilités de se former…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
Donc, il ne s'agit pas d'un entêtement, je pense que ce texte est bon pour l'intérêt général, bon pour les entreprises, bon pour… nous sommes dans un moment crucial, où, au fond, il y a deux conceptions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est un moment crucial…

MANUEL VALLS
Deux conceptions, deux conceptions du syndicalisme, en l'occurrence, du dialogue social, on le voit bien, entre les syndicats réformistes et de l'autre côté, la CGT, et on le voit bien parfois aussi à gauche, vous disiez que nous n'avons pas pu faire passer le texte, mais est-ce qu'il y avait une alternative à l'Assemblée nationale ? Non, mais il y a eu une trentaine de députés socialistes qui ne voulaient pas voter ce texte, et c'est la raison pour laquelle, j'ai utilisé la responsabilité, l'engagement de responsabilité du gouvernement, mais après…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous l'utiliserez encore ?

MANUEL VALLS
Mais après avoir intégré 600 amendements qui avaient été adoptés par la Commission des Affaires sociales ou par le rapporteur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes prêt à l'utiliser encore ?

MANUEL VALLS
Mais bien évidemment, moi, j'espère que chacun assumera pleinement ses responsabilités…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes prêt à utiliser le 49.3 encore une fois ?

MANUEL VALLS
Je l'ai utilisé à cette occasion-là, il y a eu un débat très approfondi à la Commission des Affaires spéciales, Christophe SIRUGUE, le rapporteur de la loi, a permis, avec les autres parlementaires, de tous bords d'ailleurs, qu'il y ait 600 amendements qui enrichissent le texte, il y a eu des modifications, mais ce qui est de l'ordre de l'équilibre, c'est-à-dire la négociation dans l'entreprise et le compte personnel pour les salariés, le compte personnel d'activité, qui permet aux salariés d'avoir plus de droits, ce compte personnel pour la formation notamment tout au long de la vie, ça, ce sont des éléments très importants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, donc on ne réécrit pas l'article 2, on n'y touche pas ? Vous ne toucherez pas à l'article 2 ?

MANUEL VALLS
Il peut toujours y avoir tel ou tel élément de précision, mais le coeur, c'est-à-dire la négociation dans l'entreprise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que l'accord d'entreprise primera sur l'accord de branche ?

MANUEL VALLS
Bien sûr, c'est ce qui est au coeur du texte, et c'est un changement. Mais chacun dit : il faut que la France change, il faut qu'on soit capable de faire en sorte que le dialogue social soit un avantage pour le progrès social et pour le progrès économique, il faut qu'on se parle plus, notamment dans l'entreprise, et on tente une réforme, je vois bien les conservatismes de tous les côtés, à gauche comme à droite, mais mon rôle, c'est d'avancer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une du Parisien, prêt à lâcher du lest, donc vous n'êtes pas prêt à lâcher du lest ?

MANUEL VALLS
Qu'est-ce que ça veut dire lâcher du lest, s'il faut écouter, modifier tel ou tel élément…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes prêt à recevoir la CGT par exemple ?

MANUEL VALLS
Mais bien sûr, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour négocier ?

MANUEL VALLS
Mais, nous avons des contacts permanents avec la CGT…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pourriez ouvrir des négociations, là ?

MANUEL VALLS
Mais sur quoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, je ne sais pas, sur des propositions de la CGT ?

MANUEL VALLS
La CGT, je voyais, il y a un instant, sur BFM, un responsable de la CGT qui proposait comme négociation le retrait du texte, nous avons discuté et négocié avec tous les partenaires sociaux ainsi qu'avec le patronat, il y a plusieurs mois, vous savez, ça n'a peut-être pas été assez dit, la discussion sur ce texte est préparée depuis un an. Il y a eu un rapport, celui de Jean-Denis COMBREXELLE, qui a proposé ces négociations dans l'entreprise. C'est encore une fois un vrai changement, une vraie révolution des mentalités que d'instaurer véritablement le dialogue social dans l'entreprise, et d'ailleurs, la CGT le sait, elle signe beaucoup d'accords dans l'entreprise, et au moment où d'ailleurs, à STX, on va créer sans doute des milliers d'emplois avec de nouvelles commandes, alors que, aussi, à PSA, contrairement  ce que j'entendais, les accords de compétitivité ont permis à cette entreprise d'être sauvée, grâce aussi à l'accord de l'Etat, et de créer de l'emploi, le dialogue social pour certains, c'est la confrontation, moi, je n'accepte pas ni la confrontation ni la violence, je sais que pour beaucoup de nos compatriotes, les syndicats n'ont pas une bonne image, que le dialogue social…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais mettez-vous à la place… mais oui, mais vous non plus, vous n'avez pas une bonne image !

MANUEL VALLS
Mais je ne dis pas le contraire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous savez pourquoi ? Vous savez pourquoi les Français aujourd'hui sont partagés devant les actions de la CGT, mais vous le savez aussi bien que moi, pourquoi ? Parce qu'ils sont en grève contre vous, les Français, en grève contre le pouvoir, contre François HOLLANDE, et contre vous ! Ils ne vous veulent plus au pouvoir ! C'est pour ça qu'ils sont là, 70 % des Français refusent cette loi Travail, est-ce que vous croyez que c'est parce qu'ils connaissent la loi Travail ? C'est un refus à Manuel VALLS, c'est un refus à François HOLLANDE !

MANUEL VALLS
Je pense que ça peut être même un refus plus large…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A la politique peut-être !

MANUEL VALLS
Parce que c'est une forme de crise politique, de grande interrogation sur les institutions, sur le rôle des syndicats, y compris même sur notre démocratie. Mais vous savez, quand je vois, d'un côté, la montée des populismes, de l'extrême droite, quand je vois de l'autre côté la violence, parce que, vous savez, on passe très vite d'une actualité à une autre, mais il y a encore quelques jours, il y avait la violence sur les forces de l'ordre, sur les policiers, sur les gendarmes, il y a eu cette voiture qui a brûlé, ce symbole, et ce courage, ce sang-froid des policiers face à cette violence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, entre parenthèses, des libérations un peu rapides peut-être, non ?

MANUEL VALLS
Mais ça, c'est le choix de la justice, quatre personnes avaient été interpellées…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les avez trouvées un peu rapide ?

MANUEL VALLS
Quatre personnes ont été interpellées, à la place qui est la mienne, je fais très attention à ce type de commentaires, un est resté aujourd'hui incarcéré, les trois autres sont sous contrôle judiciaire, vous ne savez pas, Jean-Jacques BOURDIN, ce qu'il y a dans le dossier, ce que je constate, c'est que le Parquet a fait appel, moi, je pense que quand on agresse des policiers, quand on veut se faire du flic, quand on veut tuer des policiers…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On n'est pas remis en liberté ?

MANUEL VALLS
La place est en prison. Mais le Parquet a fait appel, moi, je me rappelle que je suis l'ancien ministre de l'Intérieur, aujourd'hui, chef du gouvernement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour ça que je vous pose la question…

MANUEL VALLS
Aux côtés de Bernard CAZENEUVE, et nous sommes aux côtés des policiers et des gendarmes qui sont des salariés comme les autres, mais sur qui, je voudrais dire un mot là-dessus, sur eux pèsent aussi beaucoup de responsabilités, leur public, la maîtrise de l'immigration, la lutte contre la délinquance, bien sûr, faire face au terrorisme, la préparation de l'Euro de foot, s'il y avait un peu de responsabilité collective, notamment du côté de la CGT, qui a sorti ces tracts odieux sur la responsabilité qui serait celle de la police ou du gouvernement, face à un certain nombre d'incidents, ce sont les policiers et les gendarmes qui sont blessés, encore il y a quelques jours, à Fos. S'il y avait un peu de responsabilité, on pourrait se dire que tout…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Irresponsable, la CGT ?

MANUEL VALLS
On pourrait se dire que toutes ces manifestations pèsent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Irresponsable ?

MANUEL VALLS
Je crois qu'un syndicat avec l'histoire qui est celle de la CGT, doit faire preuve de responsabilité. Il y a dans le pays, il y a aussi, et ça, j'en suis convaincu, un besoin d'ordre, un besoin d'ordre républicain. Bien sûr, un ordre juste, parce qu'on a besoin de justice dans ce pays, de lutte contre les inégalités, un besoin d'ordre, donc ma responsabilité, comme chef du gouvernement, c'est de faire en sorte que l'autorité de l'Etat, que l'ordre soit respecté, et qu'on débloque tous ces sites qui ont été bloqués, parce que je souhaite que les Français, les usagers, comme les entreprises, soient approvisionnés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement, qu'allez-vous faire ? Je reviens à ma première question : qu'allez-vous faire ? Réquisitionner des salariés grévistes ? Est-ce que vous allez … Je ne sais pas moi, organiser un référendum autour de cette loi Travail comme le demandait Arnaud MONTEBOURG à votre place hier matin, ici même. Qu'allez-vous faire ?

MANUEL VALLS
On ne peut pas organiser un référendum soit prétexte de loi de ce type, ce n'est pas prévu par la Constitution. Et puis moi je crois aussi encore une fois au rôle du Parlement, je crois au dialogue social. Je veux convaincre les Français qu'il y a dans ce texte de bonnes choses pour les jeunes, pour les indépendants, pour les petits patrons qui vont avoir plus de visibilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En attendant les Français n'arrivent pas à rouler, en attendant les Français sont gênés dans leur travail quotidien !!

MANUEL VALLS
La faute à qui ? La faute à un syndicat minoritaire qui veut imposer ///

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la faute de la CGT.

MANUEL VALLS
Qui veut imposer sa loi, qui veut imposer la vision des choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez imposer votre loi, la loi de la République.

MANUEL VALLS
La loi de la République…Attendez, excusez-moi, le 49.3, c'est dans la Constitution, c'est la démocratie, c'est dans la Constitution !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez réquisitionner ? C'est la loi….

MANUEL VALLS
Le blocage des sites ce n'est pas dans la Constitution. Donc nous allons continuer à débloquer tous ces sites qui ont été bloqués. Nous allons continuer parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous allez réquisitionner des salariés grévistes ?

MANUEL VALLS
On peut envisager toutes les solutions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'avez envisagé ?

MANUEL VALLS
On peut envisager toutes les solutions. Il faut du droit là aussi, c'est en fonction d'une certaine situation. Donc Jean-Jacques BOURDIN, toutes les solutions sont envisagées…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y a des coupures de courant ce matin.

MANUEL VALLS
Non, il n'y a pas de coupure …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas vrai, il y en a, je vous donne des communes où il y a des coupures de courant.

MANUEL VALLS
Il y a des délestages, on voit bien. Puisque vous avez eu un dialogue ce matin avec le responsable de la CGT de la filière nucléaire, c'est un secteur hautement sensible, moi je crois de toute façon là à la responsabilité des salariés de cette grande entreprise qu'est EDF, qui n'est en rien par ailleurs – puis-je le rappeler – concernée par la loi Travail. En rien concernée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a une volonté de sabotage ?

MANUEL VALLS
Mais la responsable de la CGT que vous interrogiez ce matin assumait parfaitement que nous puissions par exemple exporter davantage d'électricité, et que ça représente un coût supplémentaire pour notre économie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Importer, importer davantage.

MANUEL VALLS
Importer davantage, vous avez raison de me corriger, importer davantage et ainsi ça représenterait un coût supplémentaire pour l'économie et l'industrie. Mais bon sang, on est patriote ou pas dans ces moments là ? Quand la croissance revient, quand on fait baisser le chômage, quand il y a davantage de compétitivité, quand les carnets de commandes sont en train de se remplir parce que les entreprises – grâce à ce que nous avons fait avec le CICE et le pacte de responsabilité – retrouvent des marques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est du sabotage de l'économie ?

MANUEL VALLS
C'est les mots…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les mots ont une réalité.

MANUEL VALLS
C'est une action irresponsable. Quand on mène une action qui consiste à bloquer et faire en sorte qu'il y ait aujourd'hui la possibilité de pénurie pour les usagers et pour les entreprises, et que ça puisse coûter à l'entreprise …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors est-ce que vous allez réquisitionner ?

MANUEL VALLS
Mais je ne vais pas l'annoncer ici à ce micro, toutes les possibilités sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réquisitionner c'est une possibilité. Vous l'envisagez ?

MANUEL VALLS
Toutes les possibilités sont sur la table. On verra comment les choses se passent aujourd'hui. Moi j'attends de voir comment les choses se passent aujourd'hui. Je veux assurer seulement aux Français devant vous, ceux qui nous regardent comme ceux qui nous écoutent que le gouvernement est totalement mobilisé pour qu'il puisse – parce que je connais encore une fois, je suis passé il y a quelques minutes devant une station essence, nous voyons la situation, il y a entre 20 et 30 % des stations-essence dans ce pays qui sont….

JEAN-JACQUES BOURDIN
N'était-ce pas irresponsable de parler de pénurie, d'absence de pénurie ? Le mot « pénurie », dès les premiers jours, alors que moi j'écoutais les auditeurs qui nous disent « mais non il n'y a pas d'essence ». Pas de pénurie, disait le gouvernement.

MANUEL VALLS
Il y a 20 à 30 % de stations-essence fermées ou en difficulté, ce ne sont pas toutes les stations-essence …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous étiez en Israël, Ségolène ROYAL était en Turquie, le président de la République était absent.

MANUEL VALLS
Non, le président de la République était là, le ministre en charge de ces questions-là, c'était à dire Alain VIDALIES, qui fait un très bon travail, était présent sur les médias, mon cabinet suivant parfaitement ce sujet là, et moi j'étais en Israël aussi à la fois pour vendre nos entreprises, pour gagner des marchés, et parce que la voix de la France elle compte aussi dans ces pays et en contact direct. Mais honnêtement, ça n'est pas là le sujet. Ce qui serait irresponsable c'est de ne pas tout faire pour que les usagers, les entreprises soient alimentés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La pénurie elle est là.

MANUEL VALLS
Elle est là en partie, je ne minimise rien. Depuis le début je ne minimise ni les difficultés des Français, ni les difficultés possibles pour notre pays, ni l'attitude irresponsable de la CGT.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors vous avez dit tout à l'heure, il peut toujours y avoir des modifications, des améliorations sur la loi Travail. Où ?

MANUEL VALLS
Mais il y a eu déjà beaucoup de modification et d'amélioration…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce qu'on peut encore modifier dans cette loi ?

MANUEL VALLS
Il faudra modifier sans doute le texte qui va revenir du Sénat dans quelques semaines. Mais pour que chacun le comprenne, et d'ailleurs reconnaissons-le c'est beaucoup trop long.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors quelles améliorations…

MANUEL VALLS
Je me faisais la remarque pour que vos auditeurs et vos téléspectateurs comprennent bien. En Grèce, le gouvernement de TSIPRAS, un gouvernement de gauche avec d'abord une grève générale, mène des réformes courageuses. Ces réformes ont été adoptées en quelques heures, 1500 pages sans amendement par le Parlement. Parce que parfois il faut aller vite dans la réforme. Nous, ce texte a du être adopté au Conseil des Ministres au début de l'année, il va être adopté définitivement au mois de juillet parce qu'il y a plusieurs lectures, à l'Assemblée et au Sénat, c'est notre Constitution. Donc le texte va revenir seulement à l'Assemblée nationale à la fin du mois de juin, début du mois de juillet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, Il y aura des améliorations ?

MANUEL VALLS
Mais on verra, mais il n'y aura pas de modification de la philosophie du texte, ce qui est bon pour les entreprises, c'est-à-dire le dialogue social comme le compte personnel d'activité pour les salariés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement, est-ce que vous vous sentez soutenu totalement par le président de la République ? Est-ce que vous n'avez pas trouvé étrange la sortie de monsieur Bruno LE ROUX hier qui dirige le groupe socialiste à l'Assemblée nationale et qui nous dit que l'article 2 pourrait être renégocié ?

MANUEL VALLS
Bruno LE ROUX a été et est d'un soutien d'une loyauté absolue à l'égard de l'action qui est …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a commis une bourde ?

MANUEL VALLS
Non, parce que ce débat avait eu lieu au sein du groupe socialiste, au sein du Parlement sur l'équilibre …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez dû être surpris en entendant cela ?

MANUEL VALLS
Il a quelques instants dit clairement les choses, et il a considéré que s'il y avait eu un débat aujourd'hui il fallait ne pas réécrire ce texte.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qu'il a dit ?

MANUEL VALLS
Vous lui poserez la question si vous l'invitez, je n'en doute pas un seul instant. Mais moi je le sais son soutien est loyal et c'est ça qui est le plus important. Je compte d'abord sur lui….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous pensez que François HOLLANDE vous soutient loyalement dans cette affaire ?

MANUEL VALLS
Vous vous rendez compte s'il ne me soutenait pas loyalement, ou si moi je ne le soutenais pas loyalement….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question, vous n'avez aucun doute ?

MANUEL VALLS
Je n'ai aucun doute sur …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement, soyons clairs.

MANUEL VALLS
Franchement, comme on dit les yeux dans les yeux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez aucun doute sur le soutien de François HOLLANDE ?

MANUEL VALLS
Non, je n'ai pas de doute. Hier au Conseil des Ministres, autour du président de la République, ce que je viens de vous dire, c'est-à-dire la nécessité de faire lever tous ces blocages, notre détermination à aller jusqu'au bout pour ce qui concerne ce texte. Le fait que l'article 2 est un élément important pour la négociation sociale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes à fond soutenu.

MANUEL VALLS
Mais il ne peut pas en être autrement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, on va vous retrouver sur l'antenne de RMC en dialogue avec les auditeurs jusqu'à 9h30

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, merci d'être resté avec nous…

MANUEL VALLS
Merci à vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et d'accepter de répondre, dans les circonstances actuelles, aux auditeurs de RMC. Je dois dire que nous n'avons jamais reçu autant d'appels que ce matin, ce qui montre l'urgence de la situation. Simplement une première question qui est arrivée par mail. C'est Luis qui nous a envoyé cette question, il a 37 ans, il est chauffeur poids-lourds dans les Yvelines : « Pourquoi laissez-vous faire ces manifestations et ces rassemblements alors que nous sommes en état d'urgence ? »

MANUEL VALLS
Mais parce que c'est un droit constitutionnel. C'est d'ailleurs l'honneur de notre démocratie alors qu'il y a une menace terroriste car, en effet, il faut le rappeler, nous sommes visés. Nous sommes même l'objectif numéro un de l'Etat islamique, de Daesh. Mais alors même que nous connaissons cette menace, que nous avons prolongé l'état d'urgence précisément pour assurer la sécurité de l'Euro de foot 2016 et du Tour de France. Malgré cela, dans notre pays, c'est une belle réponse à ceux nient nos valeurs, à ceux qui se sont attaqués à notre mode de vie il y a quelques mois – je parle des terroristes. C'est une belle réponse, c'est l'honneur de la France que de permettre que la vie démocratique – il y a eu des élections au mois de décembre, elles n'ont pas été annulées ; il y a eu des grands rendez-vous, il y a eu la COP21 ; il y a la possibilité toujours de manifester, d'organiser des réunions. Chacun ensuite, je le disais tout à l'heure à votre micro, doit assumer ses responsabilités, notamment non seulement ses responsabilités par rapport à ce qui pèse sur les policiers et les gendarmes mais aussi à ce que cela représente comme gêne pour les Français. Quand on se dit syndicat voulant défendre les salariés et qu'on met en difficulté des PME, des petites entreprises, des artisans et des commerçants, quand on oblige les salariés et les ouvriers de ce pays à faire la queue pour avoir de l'essence, je ne suis pas sûr qu'on défende véritablement les salariés de ce pays. Mais c'est l'honneur, encore une fois, de notre pays que de pouvoir permettre ce droit constitutionnel, ce droit de grève ou de manifester, de pouvoir toujours exister heureusement. C'est ça la France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, je vais vous laisser avec Alexandre qui a 27 ans, qui est agent EDF en Haute-Savoie. Alexandre, bonjour. Je vous laisse avec le Premier ministre.

ALEXANDRE, AGENT EDF EN HAUTE-SAVOIE
Bonjour Jean-Jacques, bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour monsieur.

ALEXANDRE
Voilà, j'ai une question pour vous. Vous êtes un homme donc de convictions, je vous entends parler de principes. On voit que vous croyez en votre loi et, puisque vous avez l'air tellement persuadé que c'est une bonne chose pour tout le monde, je pense que vous devez penser aussi que les Français pensent que c'est une bonne chose pour eux, je vous demande pourquoi avez-vous fait passer la loi en 49-3 et derrière n'avez-vous pas fait un référendum ? Puisque vous êtes persuadé que c'est une bonne chose pour les Français, pourquoi n'avez-vous pas pris le risque – a priori ce n'est pas un risque – de faire un référendum ?

MANUEL VALLS
Non, ce n'est pas moi qui décide du référendum, mais enfin ça, c'est une autre affaire.

ALEXANDRE
C'est votre gouvernement.

MANUEL VALLS
C'est le président de la République.

ALEXANDRE
C'est le président de la République qui nomme le gouvernement.

MANUEL VALLS
Bien sûr. Deuxièmement, on ne peut pas faire par ailleurs de référendum sur ce type de texte, mais parce que c'est un texte qui touche différents aspects de la vie des entreprises et des salariés, parce que c'est un texte aussi il faut le dire d'une grande complexité, parce que le droit du travail est complexe, même s'il faut le simplifier. Parce que je pense aujourd'hui, je vous le dis très honnêtement, qu'on risque d'ailleurs de voter en pensant à autre chose bien évidemment. C'est ça aussi la démocratie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contre vous.

MANUEL VALLS
Contre moi, contre le gouvernement, contre le système politique, contre la démocratie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contre vous, contre François HOLLANDE, Manuel VALLS, le gouvernement et le pouvoir en place.

MANUEL VALLS
Et contre un peu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contre un peu tout le monde.

ALEXANDRE
Monsieur le Premier ministre, excusez-moi.

MANUEL VALLS
Allez-y, je vous en prie. Je vous écoute.

ALEXANDRE
Ne pensez-vous pas que quand un gouvernement décide à la place des gens, nous ne sommes plus en démocratie ?

MANUEL VALLS
Non, le gouvernement ne décide pas…

ALEXANDRE
Nous avons voté pour vous certes, à peu près 20 % de la population avec des taux d'abstention…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez voté pour François HOLLANDE, Alexandre ?

ALEXANDRE
Oui. Oui, j'ai voté pour un gouvernement qui ne me représente plus. Je suis déçu. Et justement, puisque vous passez des lois sur le travail, ne pensez-vous pas qu'à ce compte-là on pourrait passer dans la loi du Travail un amendement qui consisterait à obliger les gens du gouvernement à respecter leurs promesses ? Si vous voulez, si j'ai voté pour vous quelque part vous êtes mon employé.

MANUEL VALLS
Et de quelles promesses et de quels engagements voulez-vous parler ? Moi, je crois à la démocratie. Je crois aussi à la démocratie représentative.

ALEXANDRE
Pourquoi vous ne faites pas de référendum si vous croyez à la démocratie ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alexandre, laissez Manuel VALLS vous répondre.

MANUEL VALLS
J'essaye de vous répondre.

ALEXANDRE
Excusez-moi, je vous laisse répondre.

MANUEL VALLS
Non, non, mais contrairement à vous, moi j'ai plus accès aux micros et je comprends que vous vouliez me poser des questions. Mais ce que je crois en même temps, c'est qu'un gouvernement – après, à un moment il y a des élections, chacun portera le jugement et ce jugement, il approche si vous me permettez cette expression dans quelques mois, à l'occasion de l'élection présidentielle ; il faudra voir aussi au fond quels sont les projets pour le pays dans les années qui viennent : les projets de gauche, les projets de droite, qu'est-ce qui est bon pour chacun des Français. Mais moi, j'ai une responsabilité, je considère que c'est la responsabilité de l'intérêt général. Il y a un Parlement, il y a une constitution. J'avais une trentaine de députés socialistes qui ne voulaient pas de ce texte et qui voulaient mêler leurs voix avec celles de la droite, donc j'ai pris mes responsabilités et j'ai engagé ma responsabilité devant le Parlement. C'est la constitution. Il n'y a pas eu de motion de censure adoptée et c'est comme ça qu'on peut continuer à gouverner. Il y a eu de très grands textes adoptés grâce à l'engagement de responsabilité. Je pense notamment à la CSG qui avait été souhaitée par Michel ROCARD. Donc il y a des fois où un responsable politique doit être lucide bien sûr, être à l'écoute bien évidemment, mais doit être aussi courageux et, s'il a des convictions, il va jusqu'au bout et vous aurez l'occasion de nous juger dans quelques mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, merci Alexandre. Merci. Je vous coupe parce qu'il y a énormément d'appels. Simplement une question : en aucun cas, vous ne serez candidat à la présidence de la République, Manuel VALLS ? En aucun cas.

MANUEL VALLS
En aucun cas ; quand ? Demain, après-demain ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
En aucun cas. Il y a une élection dans un an.

MANUEL VALLS
Non mais moi, je ne m'enferme jamais dans ce type de question. Aujourd'hui très honnêtement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas la question ?

MANUEL VALLS
Dans un moment difficile : menaces terroristes, ces blocages, ces confrontations que souhaite, qu'a voulues la CGT, je suis totalement concentré sur ma tâche. Chaque chose en son temps. J'ai déjà eu l'occasion de dire que je considérais que c'était le président de la République François HOLLANDE qui était légitime à porter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus que jamais ?

MANUEL VALLS
Mais c'est lui qui prendra cette décision. C'est sa décision devant les Français mais, honnêtement, je ne pense pas que ce soit le sujet du matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, Annie justement qui vous écrit. « Le dialogue sert à quelque chose. Arrêtez de vous entêter. On ne vous demande pas de démissionner mais, s'il-vous-plaît, faites un pas en arrière. La CGT et l'Etat pourraient peut-être s'entendre et arranger les choses », voilà ce que vous dit Annie.

MANUEL VALLS
Annie qui doit nous écouter…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle vous écoute, oui.

MANUEL VALLS
J'ai discuté pendant plusieurs semaines avec tous les syndicats. Les syndicats comme la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC, l'UNSA, le premier syndicat étudiant la FAGE, ont accepté, ont donné leur accord aux modifications, au compromis que nous avons bâti ensemble. La CGT n'était que sur une seule position, pas depuis une semaine : depuis des mois. Le retrait du texte, la mise en cause de l'article 2, ce sont deux conceptions du dialogue social qui se sont affrontées. Pas uniquement entre le gouvernement et la CGT mais au sein même du mouvement syndical, au sein même du mouvement ouvrier, au sein même des organisations de jeunesse. Donc mon rôle était aussi d'écouter la ceux qui veulent la réforme, on ne peut plus réformer sinon si on accepte en permanence ces oukases comme on dit, c'est-à-dire cette volonté de ne jamais avancer, donc il faut avancer. Est-ce qu'on considère aujourd'hui que les salariés sont plus protégés avec un droit du travail qui est trop confus ? Nous avons voulu le simplifier et, en le simplifiant, voulu que la négociation se déroule d'abord dans les entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, j'ai plusieurs auditeurs aussi qui reviennent sur ce que vous avez dit tout à l'heure. Vous avez évoqué des modifications et des améliorations sur cette loi Travail et les auditeurs vous demandent plus de précisions.

MANUEL VALLS
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que vous êtes resté extrêmement vague. Alors quelles améliorations, quelles modifications possibles ?

MANUEL VALLS
Mais je suis resté volontairement vague parce que je n'en sais rien. Tout simplement parce que le texte vient d'être adopté à l'Assemblée nationale et il est déjà le fruit, je vous le disais il y a un instant, du compromis avec les syndicats réformistes, avec les parlementaires, notamment avec ces parlementaires socialistes qui sont particulièrement responsables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais sur quel point il pourrait y avoir selon vous…

MANUEL VALLS
Mais je n'en sais rien. Il va falloir déjà réécrire le texte quand il va revenir du Sénat parce que ce sera le projet…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais ça d'accord, mais on peut le réécrire différemment justement.

MANUEL VALLS
Mais ça ne viendra qu'à la fin du mois de juin, qu'au début du mois de juillet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaitez des modifications et une forme de réécriture du texte ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, je suis toujours ouvert quand il faut améliorer tel ou tel aspect, mais en revanche sur les grandes lignes du texte et notamment sur l'article 2, c'est-à-dire la négociation dans l'entreprise mais aussi la garantie jeunes, les nouveaux droits pour les salariés, la lutte contre le détachement illégal, ce que nous faisons pour les jeunes, ça il n'est pas question évidemment d'y toucher. Les droits nouveaux pour les salariés, vous allez voir, le texte qui va revenir du Sénat il va les mettre en cause. Les droits nouveaux pour les syndicats, la droite est aujourd'hui de plus en plus contre le paritarisme. Et d'ailleurs, je dis notamment à la CGT qu'elle fasse très attention. Son action, elle peut être peut-être soutenue ici ou là par les Français mais demain, si la droite l'emporte, ce sont les droits des syndicats, c'est le paritarisme, c'est la possibilité de négocier entre partenaires sociaux qui vont être mis en cause et ce type d'action, elle ne sert pas la cause des syndicats. Et moi, je me félicite qu'il y ait des responsables syndicaux, syndicats dits réformistes, qui disent qu'il faut que le texte soit maintenu, qu'on ne peut pas céder à ce type d'attitude, à cette volonté de faire plier le gouvernement en bloquant l'économie, en gênant les Français, au moment où nous obtenons des résultats économiques avec la baisse du chômage en mettant en danger la vie des entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS, Nicolas est avec vous. Il a 33 ans, chef d'entreprise à Paris ; bonjour Nicolas.

NICOLAS, CHEF D'ENTREPRISE PARISIEN
Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour.

NICOLAS
Bonjour. Je vous appelle, en fait, car aujourd'hui on peut constater que c'est votre électorat qui est dans la rue ainsi que tous les Français saturés par la démagogie politicienne. Aujourd'hui, une vidéo qui remonte à 2010 vous oppose entre vos propos de 2010 sur le gouvernement de François FILLON que vous critiquiez à l'époque et vos propos qui sont complètement opposés en 2016. Et je me pose la question : comment est-il possible aujourd'hui, en six ans de temps, d'avoir deux oppositions aussi violentes et comment on peut penser différemment sur une période aussi courte ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Vous dénonciez le passage en force de François FILLON en 2010 - j'ai le texte sous les yeux – passage en force contre les syndicats qui s'opposaient à la réforme des retraites en 2010, rappelons-le. Vous étiez assez dur – « assez » : vous étiez très dur dans vos propos contre le gouvernement en place à l'époque. Et vous êtes maintenant dans la position opposée.

MANUEL VALLS
Oui, je connais cette vidéo et cette question qui revient mais c'est une bonne question. Moi dans l'opposition, j'essayais en général sur les questions essentielles, je pense à la sécurité, à la laïcité, je pense même à la réforme des retraites, d'avoir une position responsable et ça veut bien dire que quand on tient parfois un propos dans l'opposition, il faut réfléchir à deux fois et ça veut bien dire que quand on a la chance, la responsabilité de gouverner et c'est un honneur, il faut toujours se rappeler que c'est difficile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une leçon ?

MANUEL VALLS
C'est toujours une leçon, elle vaut pour moi, elle vaut aussi pour eux qui aujourd'hui sont dans l'opposition qui ont gouverné et qui ont aspiré à gouverner.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre question qui reprend d'ailleurs une proposition faite par Bruno LE MAIRE, je crois à un service minimum obligatoire dans l'énergie. Est-ce que ça serait une bonne idée ?

MANUEL VALLS
Mais de fait, il existe puisqu'on ne peut pas arrêter la production d'électricité. On ne peut pas mettre en cause aujourd'hui le fonctionnement des centrales nucléaires pour des raisons de sécurité, pour des raisons d'intérêt national. Donc cela existe déjà. Le service minimum, il existe également dans les entreprises, ce qui n'empêche pas des grèves et la gêne que peuvent en ressentir les usagers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup vous disent « mais pourquoi ne pas aller jusqu'à la réquisition ? » Vous êtes ferme, vous êtes décidé à maintenir cette loi, vous êtes décidé à ne pas modifier la philosophie de cette loi et vous laissez parce que ça va durer, Manuel VALLS, c'est le risque !

MANUEL VALLS
Quel est le problème ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le risque n'est pas là ? Est-ce que le risque que la situation dure parce que la CGT et intransigeante aujourd'hui ?

MANUEL VALLS
Je vous ai dit tout à l'heure qu'il y a un besoin d'ordre, il y a un besoin de bienveillance, d'écoute, d'attention aux plus modestes, à ceux qui sont en difficulté, bien sûr mais il y a aussi un besoin d'ordre et d'ordre républicain ; ce conflit a commencé il y a quelques jours, la CGT veut le faire durer et le gouvernement est ferme sur l'approvisionnement des entreprises comme des stations-essence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le conflit va durer !

MANUEL VALLS
Donc il peut durer ! Je ne le souhaite pas bien évidemment, donc c'est pour cela que nous sommes déterminés à approvisionner et les stations-essence pour faire en sorte que chacun puisse être alimenté par l'essence. Donc nous allons continuer notre action. Si le conflit dure, il ne faut écarter aucune solution mais si j'annonce aujourd'hui la réquisition alors que les conditions juridiques ne sont pas remplies, ça ne sert à rien ! Moi, je prendrai les décisions, nous prendrons les décisions en toute connaissance de cause.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Réquisition oui …

MANUEL VALLS
Mais il nous faut écarter aucune solution !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune solution, bien …

MANUEL VALLS
Aucune voie pour faire respecter cet ordre, ce besoin …Les Français, je voyais votre sondage, qui disait qu'ils sont pour le retrait de la loi pour faire cesser le désordre. Qu'est-ce qu'ils expriment d'abord ? Ils expriment un besoin, d'ordre, ils ont une inquiétude sur ce qui est en train de se passer et e face, le gouvernement affirme et c'est quand même ma conviction que ce texte est utile pour les entreprises comme pour les salariés qu'il ira jusqu'au bout que nous ne retirons pas, que nous ne reviendrons pas sur l'article 2 et son équilibre et sa philosophie, c'est-à-dire la négociation dans l'entreprise sur tous les éléments positifs du texte, et donc ça veut bien dire qu'il faudra faire respecter la loi et l'ordre dans notre pays !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, Sofiane justement qui est fonctionnaire dans le Rhône, Sofiane bonjour !

SOFIANE
Oui, bonjour Jean-Jacques, bonjour Monsieur le Premier ministre !

MANUEL VALLS
Bonjour !

SOFIANE
Voilà donc je vous appelle aujourd'hui, j'ai une question à vous poser, Monsieur le Premier ministre. Donc est-ce que avec les événements d'aujourd'hui, est-ce que vous sentez encore le gouvernement légitime ?

MANUEL VALLS
Mais il est légitime ! Nous sommes dans une démocratie, nous sommes dans une démocratie et nous avons un mandat, celui de gouverner le pays pendant cinq ans !

SOFIANE
Oui mais un mandat, enfin il ne faut pas oublier que la plupart des électeurs socialistes aujourd'hui ne se reconnaissent plus dans votre gouvernement, dans vos décisions. Il ne faut pas oublier que vous avez fait passer deux lois en 49-3,il ne faut pas oublier aussi que vous avez beaucoup de frondeurs dans le Parti socialiste, donc enfin c'est légitime que je me pose cette question là et je ne suis pas le seul à poser cette question !

MANUEL VALLS
Toutes vos questions sont par essence légitimes. Sur le 49-3, je crois qu'il y a une très grande confusion. Le 19-3 dans notre Constitution, le 49-3, c'est dire aux parlementaires si vous ne voulez pas de cette politique, de cette voie, vous avez la possibilité de renverser le gouvernement. C'est donc bien de se soumettre au jugement des parlementaires, c'est tout l'inverse d'un passage en force et c'est donc un acte qui est démocratique. J'aurais souhaité bien sûr que le texte aille jusqu'au bout mais est-ce que j'ai été empêché de faire adopter cette loi ? Est-ce qu'il y a eu une motion, de censure ? Non, donc j'ai les moyens de gouverner. Est-ce que j'ai aujourd'hui les moyens de gouverner ? Oui, j'ai les moyens de gouverner quand il s'agit d'assurer de tout faire pour assurer la sécurité des Français par rapport à la menace terroriste. Est-ce que j'ai les moyens de gouverner pour faire en sorte que l'école, la sécurité, la justice, l'écologie soient aujourd'hui nos priorités ? Est-ce que j'ai les moyens de gouverner pour faire adopter cette loi sur le travail ? Est-ce que j'aurai les moyens de gouverner pour faire adopter une belle loi sur l'égalité pua la citoyenneté ou la loi dite Sapin 2 qui nous permet de mieux lutter contre la corruption et aussi de soutenir davantage les entreprises ? Oui, j'ai les moyens de gouverner et les Français auront à donner leur jugement dans quelques mois à l'occasion des élections présidentielles et législatives. Est-ce que vous me posez une autre question, c'est-à-dire est-ce qu'on peut mieux gouverner dans le dialogue, avec les Français à partir du dialogue social en étant attentif à ce qui se passe sur les réseaux sociaux en étant au fond dans une forme de démocratie permanente, participative ? C'est un vrai sujet et dans le monde tel qu'il est avec des citoyens qui sont éduqués, très bien informés, surinformés, dans le monde des réseaux sociaux, comment on gouverne ? Comment une démocratie moderne peut aujourd'hui se réformer ? C'est un vrai sujet. Moi, je suis bien conscient qu'aujourd'hui parfois, nos institutions, notre système politique, notre système parlementaire ne sont pas toujours adaptés à ce qu'est l'attente à la démocratie que souhaitent les Français mais moi, je ne peux pas gouverner en tenant uniquement compte des blocages, des manifestations, de ceux qui s'opposent à la loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Manuel VALLS, votre problème, c'est que 60% des Français vous rendent responsable des tensions sociales actuelles.

MANUEL VALLS
Mais quand il y a ces difficultés …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peu importe …

MANUEL VALLS
Je ne dis jamais « peu importe  parce que je ne méprise jamais le jugement de mes concitoyens qu'il soit direct ou indirect mais il m'est arrivé par le passé, il m'arrivera sans doute dans l'avenir de prendre des décisions qui peuvent être impopulaires, qui ne correspondent pas tout de suite à l'attente des Français mais ces positions, je les assume. Sinon, à quoi servons-nous ? Si nous ne sommes là que pour gouverner au gré des sondages mais alors, il n'y a plus d'intérêt général. Vous vous rendez compte si François MITTERRAND en 81 avait écouté les sondages sur la peine de mort ? Il avait une conviction profonde. Moi, j'ai aussi des convictions profondes sur d'autres sujets quand j'engage des mois, des réformes parce que je crois qu'elles sont utiles pour le pays, il faut aller jusqu'au bout et encore une fois, nous avons beaucoup discuté, négocié avec les partenaires sociaux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une question corollaire. Est-ce que votre impopularité est telle, je dis bien votre impopularité est telle qu'elle vous empêcherait de gouverner ?

MANUEL VALLS
Je ne le crois pas, franchement …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez plus d'autorité ? Où est votre autorité aujourd'hui, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Comment, je n'ai plus d'autorité ?!

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais autorité dans l'opinion publique ! Où est votre autorité ?!

MANUEL VALLS
Non mais je n'exerce pas, pardon Jean-Jacques BOURDIN, je n'exerce pas une autorité par rapport à l'opinion ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non l'autorité pour décider et pour faire partager ces décisions ?

MANUEL VALLS
Mais je décide et nous décidons et nous continuerons de décider ! Ça n'est pas parce que la CGT aujourd'hui veut bloquer le pays, gêner les Français que moi je vais partir, je vais plier. Ca n'est pas possible, ça n'est pas ça ma conception de la démocratie. La démocratie, ce n'est pas la loi de la rue ; ça n'et pas la loi des sondages ; ça n'est pas la loi des manifestations. Chacun doit tenir compte bien sûr de ce qui se passe dans la rue des manifestations et des enquêtes d'opinion mais j'avance parce que nous avons des convictions. Sinon, il n'y a qu'à nommer un chef de bureau à la tête du gouvernement qui agira en fonction des sondages, ça n'est pas ma conception de la démocratie. Ecoutez, moi j'ai des convictions sur l'idée qu'on se fait de la République, sur l'autorité, sur l'ordre républicain, sur la laïcité, sur l'entreprise, sur le dialogue social, sur la lutte contre les inégalités. Quand j'entends par exemple, je vais prendre un exemple y compris parce qu'on peut l'entendre parfois chez les auditeurs, quand j'entends parler d'assistanat, de ceux qui vivent du système mais moi, je refuse ces mots ! Quand on décide d'augmenter le RSA, ou de créer la prime d'activité, ce n'est pas forcément toujours populaire et pourtant, c'est utile pour les plus pauvres, pour les modestes, pour les travailleurs précaires. Donc dans le monde qu'il est avec la montée des populismes, avec une part de démagogie où on mélange tout, eh bien, le rôle du politique, c'est comme ça, c'est d'assurer au fond, oui, l'intérêt général et ce que je crois bon pour le pays et aux Français de juger dans quelques mois ce qu'ils considèrent bon pour le pays, mauvais pour le pays et ils auront l'occasion de juger parce qu'aujourd'hui, ils jugent ce que nous faisons. Demain, ils jugeront aussi ce qui est proposé pour le pays. Tous ces Français qui aujourd'hui s'inquiètent sur la loi Travail qui est pourtant bonne pour les entreprises et pour les salariés, qu'ils regardent les projets en face, qu'ils se disent ce que représenterait le retrait du texte ou ce que représenterait demain l'adoption de ce que propose une partie de la droite et encore une fois c'est le débat démocratique. Ce que propose la CGT, c'est le retrait du texte et le retrait du texte, c'est moins de droits pour les salariés. Ce que propose la droite, c'est moins de droits pour les salariés et moins de dialogue social alors que nous avons besoin de dialogue social. Nous sommes dans une position qui est certes difficile mais qui me parait être la bonne pour le pays parce que nous devons à la fois faire en sorte qu'il y ait davantage de progrès social pour notre pays dans tous les domaines, sur le plan social, sur le plan éducatif, qu'il y ait davantage de compromis et c'est difficile, Jean-Jacques BOURDIN parce que je suis conscient qu'il y a de la radicalité dans notre société, qu'il y a aussi de la violence sociale, de la violence dans les comportements. C'est inacceptable qu'on s'attaque ainsi aux permanences d'élus, ou qu'on s'attaque aux policiers et aux gendarmes avec une violence… Et ce ne sont pas ceux qui sont le plus en difficulté, ce sont parfois des garçons – on la bien vu avec les interpellations – qui viennent de tous les milieux sociaux. C'est inacceptable ! Et moi mon rôle c'est de dire « voilà qu'elle est mon idée de la démocratie ». Et puis c'est le rassemblement des Français autour des valeurs de la République. Donc, donc, je dois poursuivre cette tâche qui est la mienne, c'est l'honneur de la politique, et c'est l'idée que je me fais, malgré l'impopularité, malgré les contestations, mais il faut tenir. Il faut tenir, vous avez, dans ces moments difficiles. C'est comme ça qu'on voit ceux qui ont de la trempe, un sens de l'intérêt général et un sens de l'Etat. Le sens de l'Etat c'est tellement perdu. Ça serait facile Jean-Jacques BOURDIN de dire « je suis les sondages, je désavoue Myriam El KHOMRI, je suis ce que ici les frondeurs ou là la CGT veulent nous imposer », ce n'est pas ma conception de l'action publique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les François doivent toujours faire des efforts, vous dit Nelly, et perdre leurs avantages et leurs acquis.

MANUEL VALLS
Mais quels avantages Nelly ? Quels avantages ? Aujourd'hui, prenons des exemples concrets :
J'ai 23 ans je n'ai pas d'emploi, pas de diplôme et je suis sans ressource, mon horizon est bouché et demain je pourrais bénéficier de la garantie jeunes. C'est une allocation de 460 euros par moi, mais c'est aussi un accompagnement pour suivre une formation, trouver un emploi, raccrocher donc des wagons.
J'ai 20 ans, j'ai quitté le système scolaire, je n'ai pas de diplôme, je n'ai pas de formation et aujourd'hui grâce au compte personnel d'activité mon projet de formation sera financé et je pourrais être formé à un métier et accéder à un emploi.
Aujourd'hui je suis un indépendant, je me mets à mon compte pour ouvrir un petit commerce, je n'ai pas de droit individuel à la formation, la loi va le permettre.
Aujourd'hui je suis chef d'une entreprise, j'aurais plus de lisibilité, donc je pourrais davantage employer, embaucher avec des CDI.
Je suis un salarié sans qualification, j'ai quitté l'école sans aucun diplôme, j'ai commencé à travailler à 19 ans, au bout de bientôt dix ans d'expérience je souhaiterai pouvoir me former pour accéder à un emploi pour avoir plus de responsabilité ; demain avec le CPA je bénéficierai de 48 heures de formation par an et je pourrais ainsi financer une formation me permettant d'être promu à de nouvelles fonctions.
Le dialogue social dans l'entreprise ce n'est pas des droits en moins pour les salariés ? Donc il faut arrêter cette désinformation. Et moi je vais continuer me battre comme le fait Myriam EL KHOMRI, comme doivent le faire tous les membres du gouvernement pour expliquer cette loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même Emmanuel MACRON ?

MANUEL VALLS
Tous, tous, un seul intérêt aujourd'hui, défendre cette loi et défendre l'intérêt général.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, est-ce qu'Emmanuel MACRON peut toujours rester dans ce gouvernement en faisant entendre sans cesse des choix différents de ceux du gouvernement auquel il appartient. Franchement ?

MANUEL VALLS
Emmanuel MACRON a participé avec moi et Myriam EL KHOMRI à toutes les discussions, à toutes les négociations avec les salariés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez que je vous fasse la litanie de tous les propos tenus par Emmanuel MACRON qui ne correspondent pas à la ligne conduite par le gouvernement manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Comme je ne vais pas rester au-delà de 9h30….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce qu'elle serait longue, vous en convenez vous-même.

MANUEL VALLS
Je vais vous dire je suis assez indifférent à tout cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !!

MANUEL VALLS
Oui parce que les évènements de 2015, les attaques terroristes, mais aussi d'une certaine manière ce qui se passe dans le pays avec cette violence que j'évoquais, m'ont changé dans la manière de gouverner, dans la manière de voir les problèmes, dans ma relation bien sûr avec les Français et aujourd'hui j'essaye de me concentrer sur ce qui est essentiel. Les petites phrases, les comportements…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lorsqu'il dit « il faut privilégier l'investissement plutôt que les revalorisations salariales », c'est ce qu'il dit.

MANUEL VALLS
Mais il y a des revalorisations salariales y compris grâce au CICE, grâce aux marges qu'ont retrouvé les entreprises, ces dernières ont investi dans des machines outil, ont investi dans la formation, ont investi aussi dans l'augmentation des salaires. Nous avons-nous aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous lui dites ce matin « il faut se taire et il faut suivre la ligne que je conduis moi, Manuel VALLS, Premier ministre ». Est-ce que vous lui envoyez ce message ce matin ? Parce que les Français ne comprennent plus ces voix discordantes, vous le savez bien.

MANUEL VALLS
Mais je vois tous les ministres régulièrement, ça sera fait encore tout à l'heure à 11h puisqu'à Matignon il y aura une réunion de ministres, comme nous le faisons tous les 15 jours. Dans ce moment là où il y a ce jugement, qui m'inquiète pour notre démocratie, si négatif, pas seulement sur les responsables politiques, mais c'est vrai sur les médias, c'est vrai sur nos institutions, c'est vrai sur tous les décideurs du pays, le comportement de chacun doit être non seulement impeccable, mais il doit être à la hauteur des …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc c'est irresponsable de parler …

MANUEL VALLS
Non, je ne dis pas ça, il faut être concentré, que chacun…. Regardez Bernard CAZENEUVE est concentré sur ses missions de sécurité, Jean-Yves LE DRIAN sur sa mission de défense, Najat VALLAUD-BELKACEM sur l'éducation, Myriam EL KHOMRI sur le travail, Marisol TOURAINE sur les questions sociales et de santé, Stéphane LE FOLL sur la difficulté des dossiers de l'agriculture. Chacun doit être concentré, chacun doit être responsable….

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas Emmanuel MACRON sur l'économie…

MANUEL VALLS
Mais si, mais il s'occupe bien de l'économie de l'entreprise, mais que chacun soit concentré, c'est ce que nous devons aux Français, c'est cela le gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai deux dernières questions. La première est très concrète, le budget de la recherche, allez vous renoncer à supprimer 256 millions d'euros de crédit à l'Enseignement supérieur et à la Recherche ?

MANUEL VALLS
C'est un peu plus de 140 millions d'euros qui faisaient l'objet d'un gel, mais nous l'avons dit, l'université et la recherche sont des priorités. Aucun des grands programmes, aucun des grands centres de recherche de ce pays ne sera concerné par des baisses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous maintenez ces coupes budgétaires, ces baisses…

MANUEL VALLS
Non, non, non, nous l'avons dit, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche en l'occurrence Najat VALLAUD-BELKACEM l'a dit. Et je crois même que pour les mois qui viennent et les années qui viennent surtout, je pense au prochain quinquennat, je pense à l'avenir, nous devons faire en sorte que l'université, c'est-à-dire là où maintenant beaucoup de Français étudient, avant on s'arrêtait au bac, aujourd'hui c'est l'université, c'est plus de 2 millions d'étudiants. La recherche et l'innovation – parce que les grandes nations de demain ce seront celles qui auront le plus haut niveau de formation et d'innovation. Ca doit être sans doute l'une des grandes priorités des années qui viennent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas ce que disent les chercheurs et notamment les Prix Nobel …

MANUEL VALLS
Les Prix Nobel vont être reçus par le président de la République, ils sont, je n'en doute pas un seul instant, rassurés par ces propos.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai une dernière question à laquelle je tiens absolument, Manuel VALLS, parce qu'elle concerne beaucoup de nos auditeurs, il s'agit du RSI. Le fameux RSI. Est-ce que vous allez le réformer avant la fin du quinquennat ?

MANUEL VALLS
Je savais que vous alliez me poser la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon ! Pourquoi ?

MANUEL VALLS
Parce que j'ai souvent cette question quand je viens sur votre antenne, et parce que comme je vous écoute, c'est un sujet qui remonte. Le gouvernement a pris à bras le corps le sujet du Régime social des indépendants, car le régime mis en place en 2006 et réformé dans la précipitation par la droite en 2008 a connu de graves dysfonctionnements au détriment de plusieurs millions de travailleurs indépendants. Je veux rappeler quelles sont les responsabilités. J'ai nommé l'an dernier deux députés en mission, Sylviane BULTEAU et Fabrice VERDIER qui est le député du Gard que vous connaissez bien. Nous avons repris leurs recommandations avec un objectif clair : rendre la protection sociale des travailleurs indépendants plus simple, plus lisible et plus juste. Et les premiers résultats sont là tangibles, même si je connais la difficulté que vivent beaucoup d'indépendants. Un milliard d'euros de cotisations ont été remboursés dès le mois de juillet dernier grâce à l'accélération de la procédure de régulation cotisations mise en place en 2015. Cela constitue un gain de trésorerie majeur pour ces professionnels. 100 %, parce que c'est ça qui ne marchait pas, des appels téléphoniques, sont désormais orientés vers des collaborateurs du RSI et non plus sous-traités par un prestataire. Un médiateur dans chaque département a été nommé pour réduire les litiges. Et les travailleurs indépendants les plus modestes qui s'acquittent de cotisations minimales valident désormais trois trimestres de retraite par an contre un seul jusqu'en 2014(sic). Le gouvernement a mis en place un comité de suivi chargé de veiller à la mise en place de ces réformes. Je veux aussi rappeler que le gouvernement, dans le cadre du Pacte de responsabilité a baissé de 1 milliard d'euros les cotisations des travailleurs indépendants depuis le 1er janvier 2015. Et que grâce à la loi Travail ils vont bénéficier de la formation. Donc je connais les difficultés, beaucoup appellent encore sur votre antenne. Nous allons donc continuer ce travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question, Michel SAPIN fait partie de votre gouvernement ?

MANUEL VALLS
Je crois oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, il fait partie de votre gouvernement Michel SAPIN, il est proche de François HOLLANDE…

MANUEL VALLS
Je le confirme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous venez de me dire qu'il était proche de François HOLLANDE.

MANUEL VALLS
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous savez ce qu'il vient de dire ?

MANUEL VALLS
Non, vous allez me l'apprendre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peut-être qu'il faut toucher à l'article 2 de la loi Travail.

MANUEL VALLS
On ne touchera pas à l'article 2.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est à dire que vous êtes Premier ministre, vous dites « on ne touchera pas l'article 2 », l'un des ministres importants, proche du président de la république dit « peut-être qu'il faut toucher à l'article 2 ». Alors qui gouverne, je vous pose la question, est-ce vous ou est-ce le président de la République qui décide ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN je n'ai pas vu la déclaration …

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je vous le dis, tenez je vous la donne.

MANUEL VALLS
Merci, je n'ai pas vu la déclaration. On peut toujours mais on peut toujours améliorer, toucher tel ou tel aspect, on peut toujours le faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on peut toucher à l'article 2 ?

MANUEL VALLS
Mais je vous l'ai dit tout à l'heure, mais la philosophie de l'article 2, la négociation dans l'entreprise, ça on n'y touchera pas. C'est clair.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Merci Manuel VALLS d'être venu nous voir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 mai 2016

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