Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 25 mai 2016, sur le conflit autour du projet de loi Travail et les relations entre le gouvernement et la CGT. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 25 mai 2016, sur le conflit autour du projet de loi Travail et les relations entre le gouvernement et la CGT.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Olivier MAZEROLLE.

OLIVIER MAZEROLLE
Les forces de l'ordre interviennent, multiplient les interventions, mais les grèves s'amplifient, raffineries, dépôts de carburant, centrales nucléaires, transport, ça va durer encore longtemps ?

JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord je veux avoir un mot pour tous nos compatriotes. Enfin, du moins un certain nombre d'entre eux qui sont aujourd'hui dans une vie compliquée, rendue plus difficile par un mouvement social que nous avons, pour partie, du mal à comprendre parce qu'il n'est pas toujours installé de façon légitime mais en tout cas je veux leur dire avec sérénité que nous sommes dans une démocratie, nous respectons le droit de grève. Mais en même temps il ne peut pas y avoir de blocage par une minorité. La démocratie ce n'est pas un régime de faiblesse, c'est un régime de respect, c'est un régime de la loi, et la loi permet et permettra tout simplement à ce qu'une minorité ne bloque pas l'économie…

OLIVIER MAZEROLLE
Les Français vont vous dire « écoutez tout ça maintenant on commence à en avoir marre, vous êtes tous responsables… », D'ailleurs il y a un sondage ce matin qui dit si vous n'avez pas utilisé le 49.3 on n'en serait pas là.

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est inexact, vous le savez. Il y a une décision qui a été prise par une organisation syndicale de refuser et d'imposer quelque part sa lecture des relations sociales. Il y a un débat qui est respectable bien évidemment. Nous pensons nous que la négociation sociale doit faire sa propre révolution et aller plus proche de nos concitoyens, plus proche des entreprises parce que c'est bon pour les salariés, ça leur permet d'avoir des droits qui sont plus propres à eux-mêmes et pas simplement dans un carcan administratif qui, on le voit d'ailleurs, ne protège pas réellement ni de l'emploi, ni du chômage, ni de la précarité. Donc 1/ une révolution du dialogue social mais d'une façon positive où on considère les salariés comme des adultes et non pas soumis à un paternalisme des uns ou des autres.

OLIVIER MAZEROLLE
L'euro de football arrive, vous n'allez pas être contraints de céder pour ne pas avoir à offrir au monde entier l'image d'une France en désordre.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, il y a une volonté d'intimidation. Au-delà des faits, il y a aujourd'hui de la gêne, je vous en ai parlé, je pense notamment à ces automobilistes, et un certain nombre de professions peuvent être atteintes parce que .bon. J'appelle d'ailleurs tous les automobilistes à bien croire que le gouvernement … et vous le voyez aujourd'hui, il y a quand même des raffineries qui ont été débloquées, il y a des proclamations syndicales qui sont d'ailleurs reprises peut-être parfois un peu rapidement où on nous explique que si l'on veut on peut bloquer le pays. Je vous le redis, il n'est pas, dans la possibilité ni légale, ni même populaire, au sens où il y aurait une majorité de Français qui sont prêts à bloquer le pays, non, ce n'est pas exact. Nous sommes donc de façon tout à fait sereine. Il y a une gêne, indiscutablement, mais la légitimité démocratique se fera respectée et il n'y aura pas de blocage de notre société.

OLIVIER MAZEROLLE
L'affrontement avec les grévistes est parfois brutal, on l'a vu hier à Fos, le gouvernement est prêt à assumer le risque d'un blessé grave, voire d'un mort au cours de ces affrontements ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non. Bernard CAZENEUVE est extrêmement scrupuleux, et j'entends bien que certains, j'ai vu des déclarations ici ou là, où certains appellent à l'embrasement. Nous sommes nous dans la sérénité, nous savons que nous devons passer ce cap, ce cap est un peu difficile ; les réformes dans ce pays sont difficiles, il ne faut pas se le cacher. Quand j'entends certains, et je pense que tout le monde devrait avoir ça à l'oreille, ils veulent casser la baraque, certains candidats de droite, pour ne pas dire …

OLIVIER MAZEROLLE
François FILLON.

JEAN-MARIE LE GUEN
Pour ne pas dire les candidats de droite, veulent casser la baraque, on voit ce que cela couterait. Mais nous avançons, nous faisons une loi Travail qui va être positive et qui réforme. Il y a des gens qui croient qu'ils peuvent bloquer la société, pour des raisons qui sont essentiellement idéologiques…

OLIVIER MAZEROLLE
On va y venir. Mais vous êtes résolus, vous nous le dites, vous irez au bout…
JEAN-MARIE LE GUEN

Déterminés, sereins, et respectueux.

OLIVIER MAZEROLLE
Il est hors de question de retirer la loi, mais la CGT est toute aussi résolue. Donc vous êtes en train de nous dire ce matin que ça ne peut se terminer que par la défaite de la CGT ou par celle du gouvernement et la démission du Premier ministre ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non. Vous savez la CGT, moi j'appartiens à une histoire où la CGT est une organisation rugueuse et sérieuse. On l'a vu au congrès de Marseille, ça ne date pas du 49.3, comme on dit, au congrès de Marseille vous avez eu une inflammation gauchisante qui déborde les cadres traditionnels de la CGT, le parti communiste est balayé au profit de groupes plus gauchistes, monsieur VIANNET, leader historique de la CGT, comme monsieur THIBAULT qui en était quelque part le fils spirituel, ont été mis de côté, critiqués au profit de gens qui sont sur l'idée d'une grève généralisée et permanente ; c'est-à-dire une action idéologique et politique, plus qu'une action syndicale. Il y a eu beaucoup de désinformation autour de la loi Travail, à partir de là il y a une petite minorité qui essaye de radicaliser les choses. Nous ne tomberons pas dans la provocation, c'est-à-dire qu'avec sérénité, avec respect…

OLIVIER MAZEROLLE
Il n'y aura pas de réquisition ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, on débloque les situations. Nous avons les moyens. La démocratie a les moyens juridiques de débloquer la situation, nous débloquerons la situation.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous excluez la défaite du gouvernement ? Le retrait de la loi ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je ne parle pas en termes de défaite et de victoire. Je parle en termes de respect de la démocratie. Il y a eu un vote, il y a une décision, comme l'a dit Jean-Christophe CAMBADELIS, ce ‘n'est pas une organisation syndicale et encore moins une organisation syndicale qui malheureusement est en train de s'enferrer dans une radicalité dangereuse qui peut gouverner ce pays. C'est ce qu'on essaye… il y a des gens qui se trompent, ils ne comprennent pas le monde dans lequel ils sont. C'est fini l'époque où avec un roulement d'épaules quelques militants radicalisés de la CGT pouvaient bloquer un pays. Ça ne fonctionne plus comme ça dans cette démocratie.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors je voudrais vous demander, est-ce que François HOLLANDE et Manuel VALLS sont vraiment sur la même ligne ? Le Premier ministre est très ferme, comme vous l'êtes en ce moment à ce micro, il parle de prise d'otages, hier, par la CGT ; et de son côté, tout en disant de ne pas vouloir céder, le président de la République dit accorder une forme de respect à ceux qui ont des revendications légitimes. Est-ce qu'il n'est pas là en train de calculer, de se dire « bon ben je regarde un peu comment l'opinion publique va basculer et puis je déciderai ensuite ».

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je vous rassure… C'est le procès permanent. François HOLLANDE est dans une position de président de la République, son rôle n'est pas d'être intégré directement dans la gestion d'un conflit pénible, je pense à tous ces compatriotes qui aujourd'hui ont le sentiment d'être pris en otages. Et donc je leur dis soyez d'abord sereins, ne vous précipitez pas, et vous verrez. Le président de la République, par ailleurs, et le Premier ministre sont tout à fait sur la même ligne. Ceux qui spéculent, et j'entends bien que beaucoup aiment la spéculation, ici sur l'inflammation du dialogue social, là sur la division du gouvernement, ça n'existe pas.

OLIVIER MAZEROLLE
Vous avez récemment publié sur Internet un livre « la gauche qui vient », vous appelez à une sorte de clarification, qu'on en finisse avec la gauche qui est ancrée dans le passé, c'est l'occasion de clarifier définitivement les choses à gauche ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas de notre fait. La radicalisation .

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que c'est l'occasion…

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il y a des gens qui prennent un risque considérable pour la gauche. Non seulement de la mettre en difficulté aujourd'hui au gouvernement mais ensuite de l'enfermer dans une radicalité qui n'a aucun sens par rapport au problème…

OLIVIER MAZEROLLE
C'est l'occasion d'en finir avec ce débat qui traine depuis 1983 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que depuis 2012 la gauche qui assume les responsabilités est en pleine mutation, en pleine transformation. Ça se fait parfois un peu dans la douleur et dans l'agitation, je le concède. Mais à la différence de la droite qui et restée sur les vieux schémas ultra-libéraux des années 80/90, nous, nous sommes capables de muter. Parfois on nous reproche effectivement le caractère un peu douloureux de cette mutation, je le comprends, mais nous sommes en train d'opérer une véritable transformation parce que la République elle est aujourd'hui confrontée à des défis considérables, elle a besoin de la gauche et la gauche a besoin du combat républicain. Retrouvons nous sur ces grandes valeurs de la République, sur une véritable lutte pour l'égalité des chances qui aujourd'hui est mal menée dans notre pays depuis vingt ans, redressons notre industrie - et ce n'est pas les grèves que nous connaissons qui redressons notre industrie -, donc soyons à la hauteur des évènements, d'une époque qui est une époque difficile de transformations et de défis. Soyons à cette hauteur, c'est ce que nous appelons cette gauche réformiste qui assume le combat républicain.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci Jean-Marie LE GUEN.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 mai 2016

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