Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à Europe 1 le 26 mai 2016, sur la situation des stations essence et l'examen à venir du projet de loi Travail devant le Sénat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à Europe 1 le 26 mai 2016, sur la situation des stations essence et l'examen à venir du projet de loi Travail devant le Sénat.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une journée sans, sans rien. Bienvenue, Alain VIDALIES bonjour.

ALAIN VIDALIES
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, les transports au ralenti, du métro, aux avions et aux navires, maintenant les centrales nucléaires. Qu'est-ce que vous faites pour empêcher les coupures de courant pour les particuliers, les entreprises, les hôpitaux ?

ALAIN VIDALIES
Alors, sur la question de l'électricité, donc des centrales nucléaires, d'une part il ne s'agit pas de coupures, mais effectivement éventuellement d'une…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a le risque.

ALAIN VIDALIES
Voilà, une diminution de la production. Heureusement, tous les réseaux sont très interconnectés, c'est-à-dire qu'aujourd'hui on est interconnecté avec tous nos voisins, et nous sommes dans une période, je vais le dire puisque j'ai procédé aux vérifications hier, où nos capacités de production, en Europe, sont très importantes. Et donc, si nous avions des difficultés d'alimentation avec nos ressources propres, naturellement nous pourrions faire appel, acheter de l'électricité…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que les centrales nucléaires soient occupées, ça n'a pas d'effet sur, à la fois l'économie, les particuliers, parce qu'on peut en importer ?

ALAIN VIDALIES
Nous sommes aujourd'hui en train, effectivement, de trouver des solutions alternatives à cette difficulté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le gouvernement a puisé, avez-vous dit hier, dans les réserves de précaution, l'équivalent de 3 jours de stocks sur 115 disponibles chez les distributeurs, aujourd'hui c'est le quatrième jour ?

ALAIN VIDALIES
Non, pas du tout. On a pris 3 jours depuis le début de la crise, et encore non pas parce qu'on manquait de stocks, mais parce que ça permettait d'accélérer la desserte des stations et donc on a autorisé à passer de 115 jours de réserves à 112 pour pouvoir desservir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est le quatrième jour, ça va continuer aujourd'hui ?

ALAIN VIDALIES
Aujourd'hui, ce qui va continuer, c'est le mouvement. Globalement, la situation s'est améliorée dans l'Ouest et dans le Nord, donc on a levé les interdictions et les restrictions qui avaient été prises par les préfets, la presse locale, d'ailleurs, rappelle cette situation. A Paris ça reste tendu, ça s'est stabilisé hier, et en région PACA ça reste aussi tendu, ça ne s'aggrave pas, mais je suis la situation de très près.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais cette fois vous constatez vous-même les files d'attente dans les stations-service, parce que quelquefois, hier, vous étiez un des rares à ne rien voir, ou à donner le sentiment que vous ne voyez rien.

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, je vois ce qui se passe, mais je vois aussi la réalité. Mon problème, je l'ai toujours dit depuis le départ, ce n'est un problème de stocks, si jamais un problème de stocks la situation aurait été grave.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sans toucher aux vrais stocks, qui sont secrets, qui sont probablement ceux de l'armée ?

ALAIN VIDALIES
Les stocks de la défense, on n'en parle pas, là on parle des stocks stratégiques pour l'activité civile. Distinguons deux choses. Le problème des raffineries, les raffineries il y a un droit de grève qui s'exerce, un droit constitutionnel, on le respecte, il n'y a pas de difficulté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En principe il y en a 8.

ALAIN VIDALIES
En principe il y en a 8, sur ces 8 il y a une qui est maintenance, 2 qui fonctionnent contrairement à ce qui a été dit depuis plusieurs jours, elles continuent à fonctionner, ce sont les raffineries EXXON, 5 qui sont en grève. Ça, pour l'instant, ça ne pose pas de difficulté. Ensuite il y a les dépôts, les dépôts c'est là où les professionnels, TOTAL, etc., vont chercher l'essence pour l'amener dans les stations, et les dépôts ils sont pleins, mais un certain nombre de mouvements bloquaient l'entrée des dépôts, d'où l'intervention des forces de l'ordre pour rétablir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et elles continueront, les interventions, chaque fois que ce sera nécessaire.

ALAIN VIDALIES
On a débloqué 11 dépôts, et on continuera à les débloquer pour pouvoir desservir les stations. Ensuite, dernier élément, on a battu, depuis 2 jours, tous les records de consommation, donc vous voyez bien que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que ça veut dire on bat les records de consommation…

ALAIN VIDALIES
Ça veut dire que les gens…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire qu'on s'affole, qu'on panique, qu'on va vite faire des réserves ?

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, je pense qu'il n'y a pas de jugement à porter sur ce que les gens ressentent, il y a à le constater, et on peut constater que, voilà, il y a un réflexe de précaution. Mais il suffit que vous alliez interviewer les responsables pétroliers, qui disent « tous les camions disponibles, en France, fonctionnent… »

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on croit qu'ils mentent, on croit qu'ils racontent des histoires.

ALAIN VIDALIES
Non, mais pas les politiques, les responsables professionnels, je vous parle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais même eux.

ALAIN VIDALIES
Ah ben, si tout le monde ment, on ne s'en sortira jamais. Et, j'ai pris des arrêtés pour permettre aux camions de rouler le week-end, et aussi d'étendre la journée de travail pour les chauffeurs. Donc, tous les camions français sont aujourd'hui mobilisés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc les dérogations obligatoires pour les médecins, les ambulanciers, qui étaient réclamées tout à l'heure, les agriculteurs. Vous les voyez les agriculteurs, les routiers ?

ALAIN VIDALIES
Oui, nous allons travailler aujourd'hui avec les agriculteurs, même si la situation est moins préoccupante, ainsi que les représentants des entreprises, et là où les restrictions ne sont plus nécessaires elles ont été levées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Pont de Tancarville, Pont de Normandie, qui sont bloqués, qu'est-ce que vous faites ?

ALAIN VIDALIES
Là depuis ce matin, ça c'est des questions d'ordre public, dans le cadre de la…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on envoie qui il faut pour les dégager ?

ALAIN VIDALIES
Ça c'est une question qui se pose à Bernard CAZENEUVE, mais, naturellement, je pense qu'on peut respecter trois principes qui sont constitutionnels, qui sont : le droit de grève, il faut le respecter, le droit de manifester, il faut le respecter, parce que c'est un droit constitutionnel, et le droit à la libre circulation aussi, et dans une République on conjugue les trois en même temps.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais quand ce troisième point est menacé…

ALAIN VIDALIES
Eh bien on fait respecter les trois, on faut respecter le droit de grève, on fait respecter le droit de manifester et on fait respecter le droit de circuler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous dites ce matin, sans être trop optimiste, qu'on ne risque pas de manquer ?

ALAIN VIDALIES
On ne risque pas de manquer, la preuve, c'est que… alors, peut-être que vous avez raison, on sait très bien que c'est la peur de manquer qui parfois entraîné de la surconsommation, mais dans tous les cas on est en train, je le reconfirme, depuis 3 jours, de battre tous les records de consommation, ça c'est une réalité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les terminaux pétroliers, du Havre, de Marseille, où il y a une trentaine de navires immobilisés, qui sont menacés, qu'est-ce que vous faites ? On ne peut pas importer…

ALAIN VIDALIES
D'abord, nous importons beaucoup, ce qui fait que, d'ailleurs, on a moins de difficultés, vous avez raison de le rappeler, on importe aujourd'hui 50 % de ce que l'on consomme, en matière de gasoil, pour être précis, et l'alimentation se fait par les ports, à l'heure où on parle il y a eu des interruptions momentanées, mais le circuit poursuit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Monsieur VIDALIES, tout va tellement très bien…

ALAIN VIDALIES
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'on a envie de dire à la CGT, à Philippe MARTINEZ, continuez, continuez, on peut résister.

ALAIN VIDALIES
Dans tous les cas je lui réponds qu'en l'état de la situation le gouvernement continuera à débloquer les dépôts et à permettre aux Français d'avoir des carburants, ça c'est clair et net.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais pourquoi vous n'ordonnez pas des réquisitions ? est-ce que ça veut dire que le gouvernement choisit, comme on dit, le pourrissement, ou bien qu'il a peur de décider, qu'il hésite votre gouvernement ?

ALAIN VIDALIES
La réquisition c'est l'exception et la dérogation au droit de grève, elle se fait dans des conditions juridiques qui ne sont pas aujourd'hui réunies. A partir du moment où je peux alimenter les stations, je n'ai pas besoin d'utiliser la réquisition à ce stade.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et à quel moment, selon quels critères elles deviendraient nécessaires, vos réquisitions ?

ALAIN VIDALIES
Ce n'est pas des critères politiques, c'est des critères juridiques, lorsque le fonctionnement des pouvoirs publics, ou une situation d'extrême urgence peut se révéler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Devant une telle situation, Alain VIDALIES, avec un pays qui est plus ou moins bloqué, etc., le président de la République est au Japon, au G20. Il n'est pas loin ?

ALAIN VIDALIES
Le président de la République est au G20, il est parti cette nuit, et je peux vous dire qu'il suit ces affaires de très près, puisque même à 2H10 du matin, je ne sais pas s'il était dans l'avion ou pas, il m'a envoyé un SMS pour me dire que, lui faire le point régulièrement, pratiquement toutes les heures, de la situation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qu'est-ce qu'il dit, « on tient », « on va finir par céder », comme le demandent une partie des frondeurs, une partie des socialistes, et même Marine LE PEN, qui était, selon hier Xavier BERTRAND, aux abonnés absents, et qui s'est réveillée dans la journée ?

ALAIN VIDALIES
Oui, la position du président…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On le retire, on ne le retire pas, à la fin des fins ?

ALAIN VIDALIES
On ne retire pas le texte à la fin des fins, et chacun sera, je pense, un peu plus conscient de ce que sera le débat lorsque le texte viendra au Sénat, puisque là c'est la droite sénatoriale qui fera un texte, on aura donc le texte du gouvernement, contre le texte de la droite sénatoriale, il n'y aura plus de débat sur les heures supplémentaires, parce que quand vous passez de 35 à 39 heures, il n'y a plus d'heure supplémentaire, c'est zéro pour tout le monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous comptez sur les Libéraux du Sénat pour vous rassembler ?

ALAIN VIDALIES
Mais non, mais c'est un vrai débat sur la seule alternative qui existe en France, entre la droite qui veut le pouvoir… on nous dit « défaut de démocratie, vous ne discutez pas assez », et les gens en face nous disent « on va tout faire par ordonnance en 15 jours », il faut aussi prendre conscience de ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais Alain VIDALIES, dans cette épreuve de force on voit bien, parce qu'elle coûte cher au pays, toucher à la loi, est-ce que ce n'est pas l'argument de la lâcheté, de la peur et de la faiblesse, l'article 2 en particulier ?

ALAIN VIDALIES
Mais, négocier, discuter avec sa majorité, discuter ce que le gouvernement à fait. Le gouvernement est pour la démocratie sociale, il est pour la discussion…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais la CGT ne veut pas entendre.

ALAIN VIDALIES
Mais, nous discutons avec tout le monde, et comme le Premier ministre l'a dit, ce n'est pas la CGT qui fait la loi.

THOMAS SOTTO
Merci beaucoup.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A moins que vous puissiez récupérer force ouvrière, ah !!!

ALAIN VIDALIES
Ça c'est votre pronostic.

THOMAS SOTTO
J'ai une petite question. Un dit VIDALI ou VIDALIS ? Vous dites comment vous ?

ALAIN VIDALIES
On dit VIDALIS, et ça ne s'écrit pas comme dans « Sans famille », voilà, il y a un « e » entre le « i » et le « s. »

THOMAS SOTTO
Merci Alain VIDALIES d'être venu ce matin


source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mai 2016

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