Interview de Mme Annick Girardin, ministre de la fonction publique, à RFI le 31 mai 2016, sur le climat social, la mise en oeuvre du protocole "parcours professionnels, carrières et rémunérations" (PPCR) dans la fonction publique et le rapport Laurent sur le temps de travail des fonctionnaires. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Annick Girardin, ministre de la fonction publique, à RFI le 31 mai 2016, sur le climat social, la mise en oeuvre du protocole "parcours professionnels, carrières et rémunérations" (PPCR) dans la fonction publique et le rapport Laurent sur le temps de travail des fonctionnaires.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Annick.

FRANCE. Ministre de la fonction publique

ti : Frédéric RIVIERE, vous recevez ce matin la ministre de la Fonction publique Annick GIRARDIN.

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Annick GIRARDIN.

ANNICK GIRARDIN
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Le gouvernement a-t-il les moyens de sortir de la crise sociale provoquée par la loi El Khomri ?

ANNICK GIRARDIN
Moi je crois que si on replace l'échange, le dialogue, le respect au centre des jours à venir, on peut oui retrouver le chemin du dialogue et c'est par le dialogue de toute façon qu'on sortira de cette crise, dialogue avec les syndicats…

FRÉDÉRIC RIVIERE
Mais il y a eu un défaut de dialogue ces derniers jours ?

ANNICK GIRARDIN
Dialogue avec les Français.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Il y a eu un défaut de dialogue depuis quelques semaines ?

ANNICK GIRARDIN
Non, il y a eu un bras-de-fer voulu par un certain nombre ou du moins par un syndicat demandant le retrait de la loi Travail, il était clair que le gouvernement l'avait annoncé, la loi Travail ne serait pas retirée, je crois qu'aujourd'hui on a repris un certain nombre d'échanges entre le gouvernement et ce syndicat CGT et on pourra… on parle d'ailleurs moins de retrait du texte mais davantage d'articles. Cette loi Travail elle va donc arriver au Sénat, elle sera débattue, on verra là d'ailleurs – et c'est intéressant - la vision de la droite sur ces questions de Code du travail ou de nouveaux droits pour les Français, pour les salariés et puis ce texte retournera à l'Assemblée nationale et il peut y avoir débat à nouveau à l'Assemblée nationale.

FREDERIC RIVIERE
Oui ! Et il peut y avoir à nouveau motion de censure, on en parlera dans un instant. Le 49.3 voulu par Manuel VALLS, puisque vous parlez d'un bras-de-fer voulu par une organisation syndicale, en l'occurrence la CGT – pour ne pas la nommer – le 49.3 ce n'est pas aussi instaurer un rapport de force ?

ANNICK GIRARDIN
Quand une loi est une loi de progrès, comme cette loi, c'est une loi utile…

FREDERIC RIVIERE
Ce n'est pas comme ça qu'elle est perçue par tout le monde !

ANNICK GIRARDIN
Non, mais utile pour les entreprises tel qu'on peut le percevoir, utile pour les salariés puisque plus de droits, utile pour les jeunes également ; quand elle a été débattue, débattue avec les syndicats, débattue à l'Assemblée nationale en commission avec un certain nombre d'amendements qui ont été acceptés et qu'il y a tout d'un coup un blocage à l'Assemblée nationale, tout d'un coup – enfin c'est - un blocage à l'Assemblée nationale parce qu'une partie effectivement de la gauche ou des députés de gauche décident de bloquer le texte avec des députés de droite, si on est persuadé que cette loi elle est utile – et c'est le cas du gouvernement – il fallait utiliser le 49.3 et le 49.3 est un outil de notre Constitution.

FREDERIC RIVIERE
La grève aussi ?

ANNICK GIRARDIN
La grève aussi ! Moi je ne conteste absolument pas le droit de grève, ce serait terriblement choquant de dire ce genre de chose, par contre entre le droit de grève et puis le blocage, entre le droit de grève et puis les manifestations qui se transforment – et je n'accuse absolument pas les syndicats – en guérilla dans les rues, il y a quand même des marges.

FREDERIC RIVIERE
A propos d'accusation contre les syndicats, qu'est-ce que vous avez pensez des propos de Pierre GATTAZ qui a estimé que la CGT se comportait un peu comme des voyous, voire comme des terroristes ?

ANNICK GIRARDIN
Il faut faire attention sur la surenchère des mots ! Moi je préfère utiliser des mots bras-de-fer, qui veulent dire qu'à un moment donné effectivement on essaie d'imposer plus ou moins ses positions, que des termes qui seraient trop guerriers, il faut faire attention, on fait énormément monter la violence dernièrement et on le voit d'ailleurs sur tous les réseaux sociaux - et j'en ai été victime moi-même dans mon territoire qui est la plus petite circonscription française en Amérique du nord - cette haine elle monte et je crois qu'on a tous une part de responsabilité, il faut être très prudent sur les termes que l'on utilise et sur la manière dont on dépeint les choses.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Et du côté de la CGT est-ce que vous avez été choquée par la démarche de la centrale syndicale la semaine dernière qui a bloqué la parution des quotidiens qui ont refusé de faire paraître une tribune de Philippe MARTINEZ, c'est-à-dire tous les quotidiens à l'exception de l'Humanité ?

ANNICK GIRARDIN
Moi j'ai parlé d'une forme d'hystérie sociale la semaine dernière, quand j'en parlais je citais un certain nombre d'évènements, c'est-à-dire quand des jeunes en marge de manifestation veulent brûler un policier dans sa voiture, quand il y a de la casse systématique à chaque manifestation devant et à l'arrière, quand on empêche la parution d'un journal parce qu'on n'a pas son texte dedans, quand on a des comportements – et c'est normal – de Français qui paniquent quand on parle effectivement de pompes qui ne sont pas alimentées en fuel et qu'on se rend compte qu'en une journée on consomme trois fois plus qu'habituellement et, quand on lit sur les réseaux sociaux la violence qui monte, on voit bien qu'on a un vrai souci et qu'il faut absolument si on veut à nouveau dialoguer revenir à une sérénité et des échanges courtois entre les uns et les autres, c'est comme ça qu'on arrive à négocier, ce n'est pas autrement.

FREDERIC RIVIERE
Et sur les grèves, sur le mouvement social de cette semaine-là à la SNCF, à la RATP, dans le trafic aérien, est-ce que pour vous ces mouvements sont liés directement à la loi Travail ou est-ce qu'elle est plutôt une forme de caisse de résonnance ?

ANNICK GIRARDIN
C'est une caisse de résonnance, ça c'est évident, on le voit bien. D'abord parce que, quand on questionne les gens, on voit bien que leurs motivations à être dans la rue ou à manifester va plus loin que la loi Travail ; en même temps, j'aimerais aussi qu'on puisse parler de tout ce qui va bien en France et tout ce qui va bien dans ce pays, on a 70.000 demandeurs d'emploi en moins depuis cette année, on a une meilleure croissance, une croissance plus importante que celle qu'on avait prévue, on a des consommateurs qui ont retrouvé une confiance et on nous indique – c'est les chiffres de l'INSEE – que ça fait 10 ans que cette confiance n'était pas là, donc on voit bien qu'on est dans un paradoxe quelque part dans ce que nous montre les médias en boucle également ; et c'est pareil que les mots, les images on le sait ça choque, et, quand on passe des images en boucle pour montrer ce qui ne va pas en France, on oublie ce qui va bien, on oublie que ce gouvernement il est au travail, on oublie de dire qu'il reste une année et cette année il faut qu'elle soit utile pour les Français, moi dans mon domaine - la Fonction publique - je suis au travail dans le dialogue avec les syndicats et les employeurs et nous avançons.

FREDERIC RIVIERE
La stratégie du gouvernement c'est d'essayer de répondre aux revendications sectorielles pour désamorcer la tension sociale point par point, est-ce qu'augmenter le traitement des enseignants – comme l'annonce ce matin Najat VALLAUD-BELKACEM – ça s'inscrit dans cette démarche-là ?

ANNICK GIRARDIN
Désamorcer, je voudrais rappeler que l'annonce de ce matin est une déclinaison de ce qu'on appelle le PPCR, c'est-à-dire un travail sur les grilles, les parcours, le salaire des fonctionnaires, c'est un protocole - on l'appelle protocole et pas accord parce qu'il n'était pas soutenu par tous les syndicats – qui a été mis en place le 30 septembre 2015 et nous avions dit, ce gouvernement a dit qu'entre 2016 et 2020 chaque fonctionnaire verrait pour lui-même son évolution, c'est le cas des fonctionnaires de l'Education nationale aujourd'hui pour les enseignants où cette annonce elle sort hier mais on la travaille depuis plus de six mois.

FREDERIC RIVIERE
Mais elle tombe un peu à point nommé quand même ?

ANNICK GIRARDIN
Mais elle tombe à point nommé, comme le point d'indice qui est réévalué de 1,2 % ou la première augmentation – et je l'ai annoncé en arrivant dans ce ministère – aura lieu en juillet, à la fin du mois de juillet sur le salaire des fonctionnaires on trouvera une augmentation ; et c'était normal, c'est un engagement que nous avons aux côtés des fonctionnaires qui sont engagés, qui sont au travail aux côtés des Français, qui portent les valeurs de la République. Ce que j'ai toujours dit c'est qu'il fallait attendre jusqu'au bout de ce quinquennat pour en faire le bilan, même s'il y a déjà des choses qui ont été faits bien sûr. Pourquoi ? Parce qu'on commence à voir, on commence à voir, il faut le redire – et le Président le dit, le Premier ministre aussi – on commence à voir les résultats de tout ce qui a été mis en place depuis 2012 et chez les fonctionnaires entre 2016 et 2020 chaque fonctionnaire verra ce que ce gouvernement a fait pour lui.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Est-ce que c'est pour ne pas aggraver le climat social que le rapport sur le temps de travail des fonctionnaires n'a pas été remis comme c'était prévu au Premier ministre jeudi dernier ?

ANNICK GIRARDIN
Est-ce que pour vous c'est étonnant ou ce serait choquant qu'un travail sur la Fonction publique soit remis à la ministre de la Fonction Publique ? Le Premier ministre…

FREDERIC RIVIERE
Sauf qu'il était prévu qu'il soit remis au Premier ministre !

ANNICK GIRARDIN
Oui, parce que la mission a été confiée par le Premier ministre…

FRÉDÉRIC RIVIERE
Voilà !

ANNICK GIRARDIN
Donc c'est la règle, habituellement un rapport qui est demandé par le Premier ministre est remis au Premier ministre - en même temps chacun comprendra que ce jour-là le Premier ministre avait d'autres missions et d'autres engagements, et d'autres réunions qui l'attendaient – ce gouvernement a souhaité que ce rapport il soit remis et j'ai reçu donc ce rapport de Philippe LAURENT qui est un excellent travail, et qui dit quoi ? Qui dit que les fonctionnaires ils bossent, c'est les fonctionnaires qui travaillent plus le dimanche, c'est les fonctionnaires qui travaillent plus le week-end, c'est les fonctionnaires qui travaillent plus la nuit, même si effectivement il y a des dysfonctionnements et que ces dysfonctionnements il faut en parler très tranquillement avec l'ensemble des employeurs et avec l'ensemble des organisations syndicales ; et on ne se cachera pas derrière son petit doigt et on ne le mettra pas sous le tapis, je l'ai largement montré, ce rapport il est en ligne.

FREDERIC RIVIERE
Merci Annick GIRARDIN, bonne journée.

ANNICK GIRARDIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juin 2016

Rechercher