Déclaration de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé, sur la lutte contre le tabagisme dans le cadre de la Journée mondiale sans tabac, Mexico le 31 mai 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé, sur la lutte contre le tabagisme dans le cadre de la Journée mondiale sans tabac, Mexico le 31 mai 2016.

Personnalité, fonction : TOURAINE Marisol.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, de la santé

ti :


Je vous remercie de m'avoir conviée à cet événement de mobilisation collective et je veux en profiter pour féliciter tous les acteurs engagés dans la lutte contre le tabac dans votre pays. Il y a quelques jours j'ai eu l'honneur de recevoir un prix spécial de la Directrice générale de l'Organisation mondiale de la Santé à l'occasion de la Journée mondiale sans tabac. J'aimerais le dédier à toutes celles et tous ceux qui, partout dans le monde, se battent et se mobilisent contre le fléau du tabac.

La lutte contre le tabac se trouve à un moment charnière. Les Etats se mobilisent, se réunissent, unissent leurs forces pour adopter des stratégies communes. Dans le même temps, jamais les lobbies du tabac n'ont été aussi forts. Le paquet neutre a fait ses preuves en Australie, il arrive en Europe, la France est pionnière. Il cassera progressivement l'attrait du tabac, notamment chez les jeunes.

Cette prise de conscience est progressivement partagée partout. Des mesures fortes sont prises pour protéger les générations actuelles et futures contre les conséquences sanitaires, environnementales et économiques catastrophiques du tabagisme. C'est là le sens de cette journée mondiale de lutte contre le tabac : montrer que partout, des initiatives sont prises.

En France par exemple, nous profitons de cette journée pour lancer une grande campagne de communication sur le thème : « fumer n'est jamais sans risque ». Son objectif est de combattre les clichés avec des messages simples affichés dans les tabacs, les commerces de proximité, les bars et sur internet : « Non, le cancer des poumons ne touche pas que les seniors. Il touche aussi les fumeurs dès 35 ans », « non, faire du sport, tous les jours ne protège pas les fumeurs du cancer », « non, fumer « seulement » 4 cigarettes par jour n'est pas sans risque. Cela multiplie par 3 le risque d'infarctus ».


1. Communiquer sur le tabac c'est la meilleure arme pour éviter que de nouvelles personnes ne tombent dans son piège. C'est tout l'enjeu de la prévention

En France, un jeune de 17 ans sur trois est un fumeur régulier et les femmes enceintes fument davantage qu'ailleurs. La consommation et l'achat de tabac progressent. Le Mexique connait le même problème, même si le taux de fumeurs parmi les adultes reste plus faible qu'en France.

C'est pourquoi j'ai souhaité faire de la lutte contre le tabac une priorité pour faire de la génération d'enfants qui nait aujourd'hui la première génération d'adultes non-fumeurs. Interdiction de fumer en voiture en présence d'enfants de moins de 12 ans et dans les aires de jeux des parcs publics, meilleur remboursement du sevrage, interdiction des arômes artificiels à partir de 2016, telles sont les mesures que nous avons prises pour aider les plus jeunes à ne pas commencer à fumer et les plus âgés à réduire leur consommation. Malgré les pressions des industriels du tabac, la France est le premier pays au monde, avec l'Australie, à adopter le paquet neutre. J'ai pu mener ce combat difficile grâce au soutien d'une grande partie des députés, des associations et de la société civile. Mais s'il y a bien un domaine dans lequel il faut faire preuve de détermination et d'opiniâtreté c'est celui-là.

Pour aller plus loin encore, j'ai récemment annoncé la création d'un fonds de prévention de 32 millions d'euros pour cette année. A l'automne, je lancerai également un « Moi(s) sans tabac » pour une démarche collective, inspirée de ce que font les Anglais. L'enjeu est de se battre ensemble, de s'entraider, de se serrer les coudes, pendant un mois pour arrêter de fumer.


2. Nous le voyons, les mesures que nous prenons s'inspirent des expériences d'autres pays. C'est pourquoi nous avons intérêt à construire des stratégies communes et à renforcer la coopération internationale pour lutter contre le tabac

Aujourd'hui, les industriels du tabac rivalisent d'inventivité pour dénigrer nos politiques. Ils n'hésitent pas à engager des poursuites devant les juridictions nationales et internationales. Plusieurs décisions de justice ont été rendues en Australie, au Royaume-Uni, devant la Cour de justice de l'Union européenne en faveur du paquet neutre. Pourtant les industriels persévèrent. C'est pourquoi nous, responsables politiques, devons faire, ensemble, partout, la promotion du paquet neutre pour convaincre d'autres pays de franchir le pas.

En juillet dernier, je réunissais à Paris 10 pays qui ont adopté le paquet neutre ou envisagent de le faire. A peine un an après, le 23 mai dernier, 17 pays étaient réunis pour affirmer l'importance stratégique de la lutte contre les stratégies de marketing des industriels. Nous devons être plus nombreux encore à nous entraider autour de l'Organisation mondiale de la Santé et du Secrétariat de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). J'invite d'ailleurs le Mexique à rejoindre notre coalition.

La France apportera tout son appui technique, juridique et politique, aux Etats qui souhaitent s'engager vers l'adoption du paquet neutre.

Au-delà du paquet neutre, la coopération internationale est indispensable pour lutter contre le commerce illicite de tabac.

Selon l'organisation mondiale des douanes, une cigarette sur dix circulant dans le monde appartiendrait au marché illicite. Cela heurte profondément l'efficacité de nos politiques de santé.

C'est la raison pour laquelle la France a ratifié le protocole de l'OMS contre le commerce illicite. 40 ratifications sont nécessaires pour que ce texte entre en vigueur. 16 pays seulement sont déjà parties à ce protocole. C'est pourquoi nous encourageons le Mexique à le ratifier rapidement comme il a ratifié en 2004 la Convention Cadre de l'OMS pour la lutte anti-tabac.

Il y a un autre domaine dans lequel il importe d'harmoniser nos politiques. C'est la fiscalité du tabac.

Au niveau européen, nous avons demandé à la Commission européenne de mettre en place un observatoire des prix pour aboutir à terme à une harmonisation à la hausse des prix pour avoir un impact sur la consommation. Si l'échelon régional est primordial, nous devrons parvenir, à terme, à une harmonisation au niveau suprarégional.


Mesdames, messieurs,

Si ensemble nous ne prenons pas des mesures fortes, le nombre annuel de décès liés au tabac dans le monde pourrait atteindre 8 millions d'ici 2030. Il y a urgence à agir, à coordonner nos efforts, à partager nos expériences. La France est pleinement engagée dans ce combat et sait qu'elle pourra compter sur l'engagement du Mexique.


Je vous remercie.


Source http://social-sante.gouv.fr, le 2 juin 2016

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