Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France Info le 2 juin 2016, sur la crue de la Seine, le lancement d'une grève reconductible à la SNCF, la levée de la grève des contrôleurs aériens et l'enquête sur le crash de l'A320 d'Egyptair. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à France Info le 2 juin 2016, sur la crue de la Seine, le lancement d'une grève reconductible à la SNCF, la levée de la grève des contrôleurs aériens et l'enquête sur le crash de l'A320 d'Egyptair.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche

ti : Le secrétaire d'Etat aux transports, Alain VIDALIES, invité de France info ce matin, avec vous Yaël GOOSZ, bonjour.

YAËL GOOSZ
Bonjour. Secrétaire d'Etat aux Transports, aérien, terrestres, ferroviaire et d'abord fluvial. La Seine non navigable à Paris, Alain VIDALIES.

ALAIN VIDALIES
Oui, tout simplement c'est compréhensible puisque le niveau des eaux est incompatible avec la navigation par rapport au passage sous les ponts, donc c'est la décision qui a été prise, uniquement sur Paris, ni en amont, ni en aval, mais évidemment…

YAËL GOOSZ
Et on n'a pas atteint le pic encore !

ALAIN VIDALIES
On n'a pas atteint le pic, d'où la question qui peut se poser s'agissant du RER C par exemple.

YAËL GOOSZ
L'autoroute A10 coupée, on vient de l'entendre, au niveau de Saint-Arnoult en direction d'Orléans, quand est-ce que ça pourra rouvrir ?

ALAIN VIDALIES
Il y a une vraie difficulté. On a commencé à pomper l'eau qui est sur l'autoroute hier et le niveau ne baisse pas, d'après mes dernières informations, et donc je veux être très clair aujourd'hui, je ne sais pas, nous allons faire des évaluations techniques aujourd'hui, mais je ne sais pas quand est-ce qu'elle pourra rouvrir car le sinistre est important.

YAËL GOOSZ
Le RER C ?

ALAIN VIDALIES
Le RER C, je viens d'en parler, nous surveillons. Pour l'instant, pas d'alerte majeure, mais une surveillance très précise.

YAËL GOOSZ
Le métro ?

ALAIN VIDALIES
Le métro, pas de difficulté pour l'instant.

NICOLAS TEILLARD
Un mot de l'autoroute A10, on a vu des images particulièrement impressionnantes d'une autoroute transformée en rivière, on a vu aussi l'Armée contrainte d'intervenir pour aller secourir certains automobilistes qui s'étaient engagés, malgré la montée des eaux, sur une autoroute gérée, on le sait, pas des sociétés privées. VINCI n'a pas fait son travail ?

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, il y a une difficulté, c'est clair, j'ai entendu les témoignages et je crois que… ce qu'il faut faire dans ce genre de situation c'est toujours s'engager sur un retour d'expérience, c'est-à-dire convoquer les acteurs, ceux qui ont été victimes, ceux que l'on voit sur les images, et puis le gestionnaire, les autorités responsables, pour voir exactement ce qui s'est passé. Il ne s'agit pas, a priori, de rechercher des fautes, parce qu'il y a eu des circonstances météorologiques qui sont tout à fait exceptionnelles, mais une exigence de vérité pour répondre à votre question que je partage.

YAËL GOOSZ
On a une idée du coût des inondations ?

ALAIN VIDALIES
Non…

YAËL GOOSZ
Vous êtes en train de chiffrer tout ça ?

ALAIN VIDALIES
Franchement, je pense que c'est beaucoup trop tôt, parce qu'il faut y mettre le coût pour les particuliers par exemple, il faut y mettre le coût pour les sociétés qui gèrent les autoroutes, pour les collectivités locales, le coût des interventions…

YAËL GOOSZ
Déjà des communes, dans le Loiret, qui réclament l'état de catastrophe naturelle, vous allez donner suite ?

ALAIN VIDALIES
Bien sûr. Oui, je pense que ça c'est une décision qui appartient au ministère de l'Intérieur, vous savez qu'il y a une procédure, avec une commission, mais, évidemment, on peut estimer que ces décisions viendront.

NICOLAS TEILLARD
Et puis des équipes encore mobilisées cette nuit, parce qu'on avait des maires de certaines communes qui ce matin encore voyaient l'eau monter dans les rues du village.

ALAIN VIDALIES
Je crois d'ailleurs que c'est l'occasion, et en plus c'est leur congrès, de rendre hommage une nouvelle fois aux maires de ces communes. On voit bien que dans ces circonstances, et moi qui suis du Sud-ouest j'ai vécu ça quand il y eu les grandes tempêtes, les moments où souvent les grands services sont interrompus, c'est quand même au niveau local, avec la mobilisation des élus, des équipes municipales…

YAËL GOOSZ
Donc il ne faut pas baisser leur dotation alors ?

ALAIN VIDALIES
Mais c'est ce que le gouvernement…

YAËL GOOSZ
Le président va faire un geste aujourd'hui ?

ALAIN VIDALIES
Ça le président…

YAËL GOOSZ
Oui, il fera un geste.

ALAIN VIDALIES
Je ne vous dis pas ça, je ne sais pas.

NICOLAS TEILLARD
Des maires indispensables, des services publics aussi, qu'on voit à l'oeuvre ces derniers jours.

ALAIN VIDALIES
Bien sûr, bien sûr, mais c'est toute la position et tout ce qu'essaye de faire le gouvernement sur l'aménagement rural, sur le respect des élus ruraux, évidemment.

YAËL GOOSZ
Autre front sur lequel vous intervenez, la SNCF. Est-ce qu'on va vers une décrue dans le mouvement social ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, aujourd'hui, à la SNCF, il y a une grève reconductible, qui a été lancée par trois organisations syndicales, la CGT, SUD et l'UNSA. Cette grève elle a deux motifs, totalement différents. D'une part il y a des gens qui sont en grève contre la loi Travail, bon, ce n'est pas moi qui va apporter la réponse et on ne voit pas très bien où est l'issue par rapport à cette grève, et deuxièmement il y a des négociations, en cours, internes à la SNCF, sur le nouveau cadre social, et aujourd'hui il y a quand même une grande confusion dans les esprits. Parce que j'entends que l'on critique beaucoup les décisions qui ont été prises en disant ça va trop dans le sens des salariés, les salariés qui continuent à faire grève.

YAËL GOOSZ
Question beaucoup plus rapide, plus directe : est-ce que tout sera débloqué avant le coup d'envoi de l'Euro, est-ce que vous pouvez nous dire ça ce matin ?

ALAIN VIDALIES
J'espère, j'y consacre tout mon temps, je crois que les syndicats ont le sens des responsabilités, le trafic est perturbé mais il continue à fonctionner, donc…

YAËL GOOSZ
Parce que vous n'avez pas simplifié la tâche du patron de la SNCF, Guillaume PEPY. Il y a le conflit syndicats/ direction, et il y a un début de conflit, maintenant, direction SNCF/ gouvernement. Est-ce qu'il y a une démission prochaine de Guillaume PEPY ?

ALAIN VIDALIES
Il n'y a pas de conflit possible entre…

YAËL GOOSZ
Il n'y a pas de démission de Guillaume PEPY à venir ?

ALAIN VIDALIES
Il n'y a pas de conflit possible entre la direction et le gouvernement, il peut y avoir des discussions, il n'y a pas de conflit, c'est une entreprise publique, elle n'appartient pas à la direction, ni aux syndicats, elle appartient aux Français. Et d'ailleurs, je vais vous dire une chose, la moitié du courrier que je reçois, la moitié des interpellations qui sont faites par des élus, souvent de droite d'ailleurs, qui aujourd'hui critiquent l'intervention du gouvernement, sont des interventions pour poser des questions sur des dysfonctionnements et des questions relatives à la SNCF. C'est donc bien qu'il y a une responsabilité politique majeure sur cette question.

NICOLAS TEILLARD
On continue d'en parler dans une minute avec vous, Alain VIDALIES, secrétaire d'Etat aux Transports.

(…) Point sur l'actualité

NICOLAS TEILLARD
Le secrétaire d'Etat aux Transports, Alain VIDALIES, est toujours l'invité de France Info avec vous, Yaël GOOSZ.

YAËL GOOSZ
Guillaume PEPY, suite, on y revient, vous vous rendez compte de ce que vous avez fait à Guillaume PEPY, il prépare l'ouverture de la concurrence voyageurs sur le rail à partir de 2020 ; il faut qu'il fasse des économies, et hop, là, l'Etat intervient et dit : le régime des heures de repos pour les conducteurs, oh ben, non, ça, on n'y touchera pas, on achète la paix sociale, et tant pis pour le patron de la SNCF.

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, les choses doivent être claires, le régime qui va résulter des négociations qui ont eu lieu est un régime qui correspond à celui qui existe depuis huit ans, ça fait huit ans que l'on fonctionne avec ce système.

YAËL GOOSZ
Et comment il fera des économies, Guillaume PEPY ?

ALAIN VIDALIES
Attendez, ne personnalisez pas, monsieur PEPY, il a été nommé il y a huit ans, il a été nommé par monsieur SARKOZY, renommé par le président HOLLANDE, ce qui montre bien les qualités de l'intéressé, mais aujourd'hui, nous sommes devant une situation dans laquelle il y a eu des négociations, il y a eu des décisions qui ont été prises, et surtout, il y avait un schéma qui avait été arrêté, où il nous fallait trois niveaux de réponse, le décret, la convention collective pour l'ensemble du secteur, et la convention d'entreprise, moi, j'ai souhaité qu'on accélère pour que lundi, les syndicats puissent prendre leur décision…

YAËL GOOSZ
Quelle contrepartie financière, quel chèque vous allez faire pour que la SNCF puisse surmonter cet accord qui ne pourra pas avoir lieu ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, je ne suis pas d'accord avec la façon dont vous présentez les choses, mais, premièrement, on reste dans le cadre social qui est le cadre d'aujourd'hui, deuxièmement, quelles sont les marges de productivité, et je souhaite, je l'ai toujours dit que la SNCF puisse faire des économies, comment elle peut en faire ? Eh bien, par exemple, ça a toujours été dit, sur la polyvalence, là, il y a des marges de manoeuvre qui peuvent être utilisées. Et donc je souhaite que l'on puisse avancer, je pense que les syndicats sont ouverts à cette négociation. Deuxièmement, on mélange tout, la dette, c'est une vraie question, mais aujourd'hui, il ne peut pas y avoir ni de chantage ni de contrepartie, la dette est une question qui est posée à l'Etat, notamment par rapport au fonctionnement du réseau ferroviaire en France. Moi, je crois au réseau ferroviaire, l'Etat croit au réseau ferroviaire, et nous allons essayer de le moderniser ensemble.

YAËL GOOSZ
L'autre grève, levée celle-là, celle des contrôleurs aériens.

ALAIN VIDALIES
Les contrôleurs aériens, l'ensemble des organisations syndicales avait émis un préavis, les deux principales ont signé hier soir un accord avec la direction de l'aviation civile, et je vous annonce que deux autres syndicats cette nuit, puisque nous avons poursuivi la négociation, c'est-à-dire Force Ouvrière et la CFDT, ont aussi signé le protocole qui avait déjà été signé donc par l'UNSA et le SNCTA. Et nous poursuivons ce matin les négociations avec la CGT, mais à ce jour, 4 sur 5 ans ont signé un protocole et la main levée du préavis, ce qui veut dire qu'il n'y aura pas de perturbations ce week-end dans l'aérien.

NICOLAS TEILLARD
Le responsable de la CGT dans l'aérien qui, sur France Info, ce matin, se dit prêt à sortir de la grève aussi, et qui dit : le gouvernement a reculé devant la CGT, c'est vrai ?

ALAIN VIDALIES
Eh bien, vous savez, tout le monde court après la victoire dans ces cas-là, il y a cinq organisations syndicales qui avaient présenté une plateforme, nous avons négocié tout au long de la journée d'hier, tout au long de la nuit. Maintenant, que chacun dise : c'est moi qui ai gagné, je pense que c'est une conception que je lui laisse, je pense que c'est surtout le transport aérien, qui est vainqueur ce matin.

NICOLAS TEILLARD
Il va falloir le gagner, l'Euro, non, parce qu'il commence à coûter cher, cet Euro de football, qui oblige quand même le gouvernement à quelques jours du début de la compétition à faire un certain nombre de concessions, qu'il ne faisait pas depuis près de trois mois que le mouvement contre la loi Travail a débuté ?

ALAIN VIDALIES
Vous savez, ça, c'est aussi un raccourci, de quoi, il s'agit ? La date de la négociation sur la DGAC, ça a lieu à dates fixes, si ça tombait en même temps que l'Euro, ça, malheureusement, personne n'y peut rien, le préavis avait été donné par rapport à cette date, est-ce que c'est le contribuable qui va payer ? Non…

YAËL GOOSZ
Nicolas a raison, tous ces conflits n'ont rien à voir avec la loi Travail…

ALAIN VIDALIES
Ça n'a rien à voir avec la loi Travail, la DGAC, c'est un budget annexe qui est financé comment ? Par des contributions payées par les compagnies aériennes. Qu'est-ce que nous allons faire ? Comme il y a plus de trafic, on demande aux gens de plus travailler, comme ils travaillent plus et qu'il y a plus de trafic, il y aura plus de recettes à la DGAC, et on partage avec le personnel, c'est un accord qui me paraît gagnant-gagnant, qui ne coûtera rien aux contribuables.

YAËL GOOSZ
L'enquête sur le crash de l'A320 d'EGYPTAIR, la marine a détecté, vous l'avez entendu, un signal d'une des boîtes noires, quand est-ce qu'on va la récupérer, quand est-ce qu'on pourra l'exploiter ?

ALAIN VIDALIES
C'est une très bonne nouvelle, je confirme qu'on a détecté un signal de la boîte noire de l'avion, donc ça, c'était la première opération, avec un sonar, ensuite, il faut aller chercher la boîte noire, c'est une autre opération techniquement, puisqu'il faut une sorte, en résumé, un petit sous-marin qui va aller la chercher. Il nous faut à peu près huit jours pour amener ce matériel nécessaire sur place, avec les Egyptiens, qui ont la maîtrise des opérations. Donc une huitaine de jours pour récupérer la boîte noire, qui est la seule réponse aujourd'hui sérieusement aux familles sur ce qui s'est passé.

YAËL GOOSZ
Est-ce que la piste terroriste s'éloigne ?

ALAIN VIDALIES
Elle ne s'éloigne pas, elle ne se rapproche pas, très honnêtement, aujourd'hui, qu'est-ce que nous avons ? Trois éléments, le premier, un événement brusque qui peut aller dans le sens d'une explication d'un attentat, par contre, nous avons d'autres informations qui vont plutôt dans le sens d'un accident…

YAËL GOOSZ
Est-ce que vous confirmez qu'il y a eu des alertes de fumée dans les toilettes, dans la soute, dans la journée, qui a précédé, sur d'autres rotations, dans la journée qui a précédé le crash…

ALAIN VIDALIES
Non, non, ça, je ne le confirme pas, j'ai vu ces informations comme tout le monde aujourd'hui, l'interrogation que j'ai faite du BEA français, c'est que nous n'avons pas cette confirmation. Donc je n'en connais ni la source ni du sérieux, donc pour moi, ça reste une interrogation, très honnêtement, par rapport aux familles qui sont toujours au coeur de nos préoccupations, ce qu'il faut dire aujourd'hui, c'est qu'il y a une bonne nouvelle, on a retrouvé la boîte noire, et ensuite, on va essayer de continuer à fonctionner d'une manière rationnelle.

NICOLAS TEILLARD
Alain VIDALIES, secrétaire d'Etat aux Transports, invité de France Info, ce matin. Merci à vous.

ALAIN VIDALIES
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 juin 2016

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